Le soldat désaccordé de Gilles MARCHAND

Publié le par Hélène

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Dans les années 1920, le narrateur, un ancien combattant de la Grande Guerre, s'est reconverti en enquêteur pour les familles de disparus : il tente de suivre la trace des soldats disparus pour rendre leur souvenir à leur famille. A la demande de sa mère, il part ainsi à la recherche de Emile, disparu en 1917. 

Ce que j'ai aimé :

La quête est prétexte à de multiples rencontres et témoignages poignants des soldats, avides de raconter leur guerre, tant il est difficile pour eux de partager cette expérience traumatisante avec leurs proches, comme ce soldat qui refuse de raconter la guerre à sa femme pour ne pas que s'évanouisse la lumière de ses yeux.  

Face à la barbarie, chacun trouve son refuge, pour Emile il s'agira d'une belle histoire d'amour avec Lucie, d'autres s'accrochent à de belles légendes, espérant croiser "la fille de la Lune", jeune femme qui apparaît dans les tranchées, à la recherche de l'homme qu'elle aime. Moriceau prétend avoir croisé le grand Apollinaire, 

"On a tous une histoire d'amour intense, forte, dévorante. Une qui a tout emporté sur son passage et qui ne s'est pas finie, ou qui n'a jamais eu lieu parce qu'elle n'était pas réciproque. Une qu'on n’a pas osé déclarer, une qu'on a gardée pour soi parce qu'on avait peur. Et même quand tout se passe bien, on a encore peur : que l'intensité s'en aille, que la passion se soumette comme un animal sauvage à qui on aurait appris à lever la patte. La passion ne donne pas la patte, elle te la met dans la gueule. Et quand tout va bien, on cherche des noises, on va au conflit sans savoir pourquoi, alors que la réponse est simple : faut que ça bouge, faut que ça brûle, faut que ça pète. Pas tout le temps, mais parfois, juste pour permettre au sang de faire un tour et de revenir. Juste pour voir si on a encore des larmes, si les cris peuvent encore sortir ou s'ils restent bloqués au fond de notre gorge."

Emile est définitivement "désaccordé", fabriquant des sculptures à partir de douilles, écrivant des lettres d'amour enflammées, rêveur épris de poésie et de musique. Il possède une forme de fragilité poétique qui le distingue, représentant ainsi cette jeunesse sacrifiée avant d'avoir pu vivre pleinement.

Face à la grisaille de la mort, le roman célèbre la capacité de l'homme à créer des histoires, des légendes et de la beauté pour ne pas sombrer.

Du même auteur : Une bouche sans personne

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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