Racines de Lou LUBIE

Publié le par Hélène

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Rose est une jeune femme métisse née à la Réunion, à la peau claire mais aux cheveux crêpus. Complexée, elle cherche à les lisser pour se fondre dans les normes sociétales dominantes. Le récit suit son parcours de l’enfance à l’âge adulte, croisant moments personnels (que Lou Lubie revendique ne pas rendre autobiographiques, bien que très inspirés de son vécu) et scènes d’enquête documentaire. 

 

Ce que j'ai aimé : 

La narration explore les multiples facettes des discriminations capillaires, qu’elles s’expriment à travers le sexisme, le racisme ou encore la tyrannie des normes de beauté.
Derrière ce sujet en apparence léger, se cachent des enjeux très concrets : un poids économique considérable, mais aussi des coûts en temps, en énergie et en santé. 

 "Se faire défriser les cheveux n’a rien d’anodin. Pour les femmes afrodescendantes et métissées, c’est un surcoût en temps, en argent et en santé. La moindre coupe revient facilement à 80 euros et pour les tresses ou le lissage brésilien, il faut compter trois à quatre fois plus, et avoir aussi plusieurs heures devant soi ; surtout c’est un entretien quasi permanent. Pendant longtemps cela pesait très lourd sur mon budget, mais ne pas avoir les cheveux lisses était juste inconcevable. Même si certains soins étaient douloureux et me brûlaient le cuir chevelu, je ne savais pas non plus à l’époque que beaucoup de produits utilisés pour le défrisage accroissaient les risques de cancer. De toute façon, cela ne m’aurait sans doute pas arrêtée, tellement me sentir bien avec mes cheveux était vital."

Les cheveux crépus ou frisés deviennent alors le terrain d’exclusions quotidiennes, comme en témoigne cette scène glaçante : une coiffeuse qui, face à une cliente, déclare sans détour : « Non, nous, on ne coiffe pas " ça" ici. »

À travers ce fil narratif, l’autrice questionne l’identité et le métissage. Les cheveux apparaissent comme un symbole intime et collectif : ils disent l’appartenance, la complexité d’un corps métissé, et révèlent les tensions autour de la norme.

L’ouvrage s’enracine aussi dans une double perspective historique et scientifique. Les pages dévoilent l’héritage colonial des standards capillaires et les déconstruisent avec rigueur. Des encadrés pédagogiques, nourris d’explications biologiques et sociologiques, ainsi que des infographies claires, offrent au lecteur une mise en lumière accessible et éclairante.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai moins apprécié le dessin.

Bilan : 

Un album essentiel !

Sur le même sujet : Histoire sentimentale de mes cheveux de Estelle SARAH BULLE

Présentation de l'autrice : Lou Lubie

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A
Le graphisme est assez sobre, en effet.
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L
c'est fou où va se mettre le racisme , même les cheveux différents peuvent être porteur de discrimination
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N
Une bande dessinée qui m'a appris plein de choses !!
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