La solitude des professeurs est infinie de Yannick HAENEL

Publié le par Hélène

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Jean Deichel est un jeune professeur de français qui commence son métier dans un collège de banlieue parisienne, à Mantes-la-Jolie. Il aime profondément la littérature et espère transmettre sa passion à ses élèves. Mais il découvre vite que le métier est difficile. Il constate ainsi qu'il existe un grand écart entre l'idée qu'il se faisait de l'enseignement et la réalité du quotidien.

Ce qui m'a touchée :

Cette solitude infinie se scinde en plusieurs points. Tout d'abord dans la part d'impondérable qui réside dans l'acte d'enseigner : le professeur parle aux élèves, mais ne sait jamais exactement ce qui les atteint. Il existe des moments de vide et d'ennui tout comme des moments de fulgurance : "il n'y a pas que du malheur, il y a de l'inoubliable." La littérature ne supprime ni la violence ni les difficultés sociales mais ouvre néanmoins une possibilité : celle de découvrir une autre manière de sentir, de penser et d'habiter le monde. En ce sens, cette solitude peut aussi être rédemptrice : enseigner suppose de se tenir seul devant une classe et de prendre la responsabilité de sa parole. La solitude est aussi celle ressentie quand l'administration abandonne les professeurs à leur sort : ils peuvent se sentir isolés face aux difficultés du métier, aux exigences administratives et aux violences rencontrées.

Finalement, en s'ancrant dans la vie intérieure de ce personnage fantasque et décalé l'auteur nous interroge sur la condition humaine. Jean représente ici toute personne qui tente de transmettre quelque chose auquel elle croit : un savoir, une passion, une exigence, une manière de regarder le monde. Cette personne rencontre inévitablement trois épreuves : l'épreuve du réel, c'est à dire que le monde ne correspond pas à l'idéal qu'il s'en faisait, l'épreuve de l'indifférence, ce qui lui paraît essentiel ne touche pas nécessairement les autres, et l'épreuve de la persévérance : faut-il dans ces conditions continuer à donner lorsque rien ne garantit que notre geste portera ses fruits ?

Le roman semble répondre en accordant une valeur immense aux instants fragiles où l'infime passe malgré tout. Le lyrisme de l'écriture donne ainsi aux expériences ordinaires une profondeur particulière. Un trajet, une rencontre, un moment de fatigue ou la lecture d'un poème peuvent alors prendre une signification qui dépasse les circonstances immédiates. Le lyrisme ne consiste pas nécessairement à embellir la réalité ou à nier la souffrance. Il peut au contraire être une manière de lui résister. Lorsque le quotidien devient pesant, la poésie permet de retrouver une forme de liberté intérieure. Elle rappelle que l'existence ne se réduit pas aux obligations, aux difficultés matérielles ou aux résultats que l'on doit obtenir. Pour Jean Deichel, l'attachement à la littérature peut ainsi être compris comme une résistance à tout ce qui menace d'appauvrir son rapport au monde.

Ce que je vais garder :

Le portrait d'un homme touchant qui tente désespérément de préserver un espace intérieur où la beauté, la pensée et l'espérance restent possibles.

Pour ceux qui aiment :

Les romans très littéraires.

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur : Tiens ferme ta couronne

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