Né au Japon en 1644 et mort en 1694. Basho vécut de et pour son art. Il fonda l'école de haïkus Shomon, à Tokyo.
Ce que j'ai aimé :
Ce recueil permet une rencontre avec le plus grand haïjin, poète de haïku japonais, celui qui a défini l'esprit du haïku. Certains de ses poèmes ont été publiés dans les recueils du Maître (poésie ou journal de voyage) et d'autres intégrés à des anthologies compilées par son école. Il chante la beauté de la nature, admire la lune, visite les lieux chantés par les anciens poètes.
"Avec légèreté, humour et simplicité, il porte une grande attention à la nature et réunit l'immuable et l'éphémère : l'essence de la poésie japonaise." (Présentation de l'éditeur)
"Le monde parfumé
d'une seule branche de prunier,
un troglodyte s'en contente."
"Le chant du coucou
comme s'il se propageait
sur l'eau."
"Le soleil splendide
entre chien et loup -
soir de printemps."
"Vieil étang -
une rainette y plongeant
chuchotis de l'eau."
Une belle découverte d'un poète de grande renommée...
Ce que j'ai moins aimé :
Je ne suis pas tombée sous le charme du grand Maïtre...
On ne présente plus Jim Harrison, écorché vif dans un corps de grizzly des montagnes, l'un des plus grands écrivains américains contemporains. On connaît moins le Jim Harrison poète. C'est chose faite grâce à ce recueil réunissant des poèmes inédits écrits entre 1965 et 2010, dans lequel Harrison, poète contemplatif à la fois mélancolique et brutal, se fait le chantre vagabond et universel de l'Amérique profonde et des vastes étendues sauvages. Dans Une heure de jour en moins, Jim Harrison, plus virtuose et truculent que jamais, joue avec les formes, les influences et les cultures, rendant au passage un vibrant hommage à ses maîtres, Antonio Machado, René Char et César Vallejo.
Ce que j’ai aimé :
Jim Harrison poète n'est pas loin de Jim Harrison romancier. Ses grands thèmes traversent ses vers comme ils structurent sa vie.
La nature est au centre des poèmes, matrice et élément auquel l'homme torturé revient toujours pour se recentrer, retrouver ses valeurs et se reconnaître en tant qu'homme. Elle coule dans l'eau des rivières, elle chante et enchante à travers le chant des oiseaux, elle crie le mal-être et la violence avec les coyotes, elle nous rappelle à l'ordre et recentre l'homme au sein d'un univers plus large.
« Issu de presque rien, de rien de
Tangible, nous retournons tels de vieux
Enfants au grand rien,
Le chant de l’homme et de l’eau allant à l’océan." (p. 191)
« J’espère définir ma vie, ce qu’il en reste,
Par des migrations, au sud et au nord avec les oiseaux
Loin de la fièvre métallique des horloges,
Le soi fixant l’horloge et disant « Je dois faire cela".
Je ne vois pas le temps sur la langue de la rivière
Dans l’air frais du matin, l’odeur fermentée
De la végétation, la poussière sur les parois du canyon,
Les hirondelles plongeant vers l’eau vive parfumée. » (p. 151)
« Dans la péninsule Nord du Michigan
Et les montagnes de la frontière mexicaine
J’ai suivi l’appel d’oiseaux
Inexistants dans des fourrés
Et des canyons. Je ne suis pas sûr
D’en être revenu indemne. » (p. 210)
Les indiens que Jim Harrison admire tant l'ont compris bien avant lui, comme ce vieil homme indien ojibway qui lui donne des conseils :
« Quand tu te balades dans l ‘arrière-pays, va où tu dois aller, et marche comme un héron ou une grue des sables. Il ne leur manque rien. (…) Pense à ton esprit comme à un lac. Renonce à la moitié de l’argent que tu gagnes si tu ne veux pas devenir une mauvaise personne. Les nuits de pleine lune, tâche de marcher aussi lentement qu’une moufette. » (p. 158)
Jim Harrison chante et enchante le monde grâce au pouvoir millénaire de la création. Il chante la vie qui court, il chante la joie de partager son coeur avec ses lecteurs, il chante comme un besoin inhérent à sa condition d'artiste...
« Au réveil d’une sieste j’ai su en un instant
Que j’étais en vie. C’était stupéfiant,
Presque effrayant. Emotion et sensations
Me submergeaient. Cela ne m’était jamais arrivé.
Sur une chaise bleue dans un pré j’ai réappris
Le monde. » (p. 211)
Ses poèmes sont un véritable sésame à son oeuvre et à l'homme, il s'y met à nu et nous livre le plus beau des chants d'amour et de vie...
« J’ai gâché trop de clairs de lune.
Cœur battant. Je n’en gâcherai plus,
La Lune harcelée de nuages file vers l’ouest
En son arc impondérable, piégée une demi-
Heure parmi les feuilles mouillées de la vasque
Aux oiseaux. » (p. 76)
Ce que j’ai moins aimé :
- Le recueil rassemble des poèmes écrit de 1965 à 2010, et j'avoue avoir un faible pour les plus récents...
Cendres emportées par le vent jusqu’au fleuve et l’eau les reçoit comme les restes de larmes heureuses. »
L’auteur :
Ecrivain marocain de langue française, Tahar ben Jelloun est né en 1944. Il a publié de nombreux romans, recueils de poèmes et essais. Il a obtenu le prix Goncourt en 1987 pour la Nuit sacrée.
Présentation :
« Ce corps qui fut un rire
Brûle à présent.
Cendres emportées par le vent jusqu’au fleuve et l’eau les reçoit comme les restes de larmes heureuses. »
« Il est une douleur millénaire sui rend notre souffle dérisoire. Le poète est celui qui risque les mots. Il les dépose pour pouvoir respirer. Cela ne rend pas ses nuits plus paisibles.
Nommer la blessure, redonner un nom au visage annulé par la flamme, dire, faire et défaire les rives du silence, voilà ce que lui dicte sa conscience. Il doit cerner l’impuissance de la parole face à l’extrême brutalité de l’histoire, face à la détresse de ceux qui n’ont plus rien, pas même la raison pour survivre et oublier. » (Tahar Ben Jelloun)
Ce que j’ai aimé :
Tahar Ben Jelloun rend hommage à tous les morts pendant la guerre du Golfe : aussi bien les soldats, les militaires que les civils. La mission du poète passeur de mots est dans cette transmission, dans cette dénonciation :
« Entre le silence meurtri et le balbutiement désespéré, la poésie s’entête à dire. Le poète crie ou murmure ; il sait que se taire pourrait ressembler à un délit, un crime. » (p.6)
Les illustrations du peintre irakien Azzawi Harrouda nourissent intelligemment le texte du poète.
« Qui comptera nos morts ?
Tas de cendre oubliés au bord de la route
Membres épars dans les carcasses abandonnées.
Qui nommera ces restes ?
Nous ne sommes qu’épaves sans navire
Ombres du vent sur des collines perdues
Couchés sur flanc d’airain
Par le signe céleste. » (p. 35)
Le texte se termine sur une note d’espoir finale :
« Cet homme est tous les hommes. Il a fait toutes les guerres. Il est mort plusieurs fois. Il ne cesse de renaître. Toujours le même, il croit à l’âme, à la pensée et aux choses : une prairie fleurie, un parasol pour l’amour, le rire et l’amitié, l’enfance et le courage…
Cela fait des milliers de jours et de saisons qu’il marche. On dit qu’il est atteint d’errance. On dit qu’il est fou. Sa bouche est fermée sur des siècles de mots. Ses yeux, grands et étincelants, restent ouverts. Ils voient loin, au-delà des murs et des montages. Au-delà de tous les silences. »
Les Non identifiés sont les palestiniens des territoires occupés, victimes de répression.
Les poèmes sont construits pour certains comme des notices biographiques. Ce sont des personnes appartenant à l’humanité ordinaire, des gens du peuple, inoffensifs, mères de famille, jeunes gens innocents. Et pourtant cette vie simple s’est terminée brutalement dans d’atroces souffrances, par une mort absurde.
Un très beau recueil sur les ravages de la guerre et son absurdité...
Ce que j’ai moins aimé :
-Rien
Premiers vers :
« Ce corps qui fut un corps ne flânera plus le long du Tigre ou de l’Euphrate
Ramassé par une pelle qui ne se souviendra d’aucune douleur
Mis dans un sac en plastique noir
Ce corps qui fut une âme, un nom et un visage
Retourne à la terre des sables
Détritus et absence. »
La remontée des cendres suivi de Non identifiés Version arabe de Kadhim Jihad, Edition Bilinge, Points, 8 euros
La présente anthologie propose d'explorer sous toutes ses facettes le renouveau du haiku dans le Japon d'aujourd'hui.
Depuis la fracture d'Hiroshima, le haiku se nourrit du désordre des paysages urbains, exploite des gisements inattendus, ausculte l'accélération de l'histoire tout en gardant vivaces la saisissante simplicité et l'exigence d'expression absolue qui le fondent. Renaissant littéralement de ses cendres après le cataclysme, il trouve un nouveau souffle, cherchant un juste contrepoint au kaléidoscope du siècle.
En effet, et ce n'est pas là le moindre de ses paradoxes, la forme poétique la plus courte du monde, née sous l'égide de Bashô il y a quelque trois cents ans, semble résonner au mieux avec la sensibilité contemporaine, laquelle privilégie, on le sait, une esthétique de l'instantané.
Les 456 poèmes rassemblés dans cette anthologie témoignent d'un exceptionnel foisonnement. Invitation à tous les voyages, irruption de voix singulières qui tentent une fusion passionnante entre l'extrême modernité et le plus ancien passé. Dispositif d'émerveillement, tremplin de méditation, expérience de vérité, le haiku est plus proche que jamais de la fameuse injonction rimbaldienne : « fixer des vertiges ».
Ce que j’ai aimé :
Les haïkus sont comme des tremplins de méditation qui par leur brieveté et leur justesse mènent le lecteur vers d'autres rives. Le haïku "nous offre ce surcroît de présence, où les frontières vacillent amoureusement; Tous pulse, tout palpite. L'esprit et l'espace se fondent et se confondent." (Corinne Atlan et Zéno Bianu,p. 9).
Les haïkus présentés ici se situent dans le Japon de 1945 à nos jours : ils évoquent ainsi aussi bien la guerre, Pearl Harbour, Hiroshima, que l'enfance, la famille, la nature, la fulgurance du moment présent étant tamisé à l'aide de ces données essentielles de l'histoire d'un peuple et d'un pays.
Les haijin, compositeurs d'haïku sont avant tout des chasseurs de sensations et cherchent le mot juste qui permettra d'enfanter un monde en une petite touche, en trois vers.
"Le premier papillon du printemps
s'envole -
d'entre les rayures du zèbre" (Imai Sei)
"Dans les ravins
les névés ont l'air solitaire -
même la nuit brille !" (Mizuhara Shûôshi)
"Respirer ?
c'est aspirer toutes les voix
des cigales du soir" (Kaneko Tôta)
"Est-ce le son du brouillard -
presque imperceptible
entre les bouleaux ?" (Mizuhara Shûôshi)
"Nuit de givre -
en la prenant dans mes bras
je l'entends vibrer" (Ozawa Minoru)
Ce que j’ai moins aimé :
- Rien
Haïku du XXème siècle, Le poème court japonais d’aujourd’hui, Collectif, Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu, Poésie/Gallimard, 2007, 6,70 euros
Jusqu'à l'âge de huit ans, Sylvia Plath grandit à Winthrop, au bord de la mer.
En 1940, son père adoré, spécialiste des abeilles et professeur à Boston University, meurt de diabète - un traumatisme dont elle ne se remettra jamais vraiment.
L'année suivante, son premier poème est publié par le Boston Herald. En 1950, Seventeen publie sa première nouvelle, et en septembre elle entre au Smith College. Sa nouvelle 'Un Dimanche chez les Minton' remporte un concours de Mademoiselle et Sylvia passe juin 1953 à New York comme éditrice invitée. A son retour, elle fait une dépression, tente de mettre fin à ses jours en avalant des somnifères et se retrouve en hôpital psychiatrique avec traitements à l'électrochoc. Une première descente aux enfers qu'elle décrit dans son unique roman, publié en 1962, sous le pseudonyme de Victoria Lucas : 'La Cloche de détresse'.
En 1954, elle obtient son doctorat Magna cum Laude et une bourse Fullbright pour étudier à Cambridge, où elle rencontre le poète Ted Hughes, épousé en 1956. Leur fille Frieda naît en 1960, année de publication de son premier recueil de poèmes, 'Le Colosse'. L'année suivante naît Nicolas et, suite à une liaison de Ted, le couple se sépare.
Sylvia déménage avec ses enfants et connaît une période faste de création, écrivant souvent la nuit. Le matin du 11 février, Sylvia met fin à ses jours à l'aide du gaz. Ted rassemblera ses poèmes dans trois recueils posthumes : 'La Traversée', 'Arbres d'hiver' et 'Ariel’. (Source : Evene)
L’histoire :
Née aux États-Unis, Sylvia Plath met fin à ses jours le 11 février 1963, à Londres. Elle a trente ans, et laisse derrière elle le manuscrit en préparation de son second recueil de poèmes intitulé Ariel. Le poète Ted Hughes, dont Plath était séparée, procède à l’édition du volume publié en 1965 par Faber and Faber.
Révélation d’une écriture à la fois exigeante et novatrice, Ariel assure à son auteur, depuis cette date, un succès continu. Ce recueil, qui appartient au courant de la poésie dite « confessionnelle », fait des conflits du moi et de la douleur un champ d’expérimentation poétique. S’il décrit l’obsession du suicide et l’impossible deuil de la perte du père et de la trahison de l’homme aimé, il célèbre aussi l’avènement d’un sujet poétique aérien et flamboyant. L’imagination de l’air est libératrice à plus d’un égard dans ce recueil où l’écriture devient une expérience extrême, où s’inscrit, en même temps que la violence de l’Histoire contemporaine, dont l’œuvre se lit comme le miroir déformé, l’évidence d’une subjectivité féminine. Celle-ci fait avec Ariel, dans la poésie, une irruption majeure.
L’univers de Sylvia Plath baigne dans une lumière aveuglante ambivalente. Ses textes de fois sont à la fois lumineux, éclairés de l’intérieur par un esprit fin et passionné, et sombres parce qu’hantés par la mort, seule échappatoire à une angoisse folle.
« Je suis cette demeurée hantée par un cri.
La nuit, ça claque des ailes
Et part, toutes griffes dehors, chercher de quoi aimer.
Je suis terrorisée par cette chose obscure
Qui sommeille en moi ;
Tout le jour je devine son manège, je sens sa douceur maligne. » (La voix dans l’Orme)
Ces poèmes sont le cri de désespoir d’une femme qui aurait voulu vivre mais s’en sentait incapable, accablée par tant de démons intérieurs, sans la force suffisante pour les combattre. Elle chante son mal-être comme pour l’enchanter, mais ce sera finalement lui qui aura le dernier mot… Nous reste ce chant hypnotique, fascinant :
« Je ne bronche pas.
Le givre crée une fleur,
La rosée une étoile,
La cloche funèbre,
La cloche funèbre.
Quelqu’un quelque part est foutu. » (Mort et cie)
« Plath compte parmi les plus grands poètes qui soient, chez elle l’anecdote autobiographique n’est jamais narcissique et la petite histoire se trouve dépassée, inscrite dans l’Histoire plus vaste de nous tous. » (extrait de la Préface)
Ce que j’ai moins aimé :
-Je pense que cette lecture est à éviter pour les dépressifs…
Premières lignes :
« Amour, l’amour a réglé le rythme de ton cœur comme une grosse montre d’or.
La sage-femme a giflé les plantes de tes pieds, et le pur cri de toi
Vouloir ce Plus loin dont on ne sait le nom. » (p.
39)
L’auteur :
Andrée Chédid est une femme de lettres et poétesse française d'origine libanaise décédée en février dernier. Elle
est la mère du chanteur Louis Chedid, de la peintre Michèle Chedid-Koltz et la grand-mère du chanteur Matthieu Chedid.
L’histoire :
Figure de proue dela poésieet du métissage culturel,Andrée Chedidfait l'objet d'un hommage
lors de l'édition 2010 du Printemps des poètes. L'occasion rêvée de redécouvrir l'oeuvre d'un auteur prolifique avec destextesqui s'étalent de 1949 à nos
jours.
Ce que j’ai aimé :
-En
transparence, derrière les mots lumineux de ses poèmes, se dessinent le portrait d’une femme admirable, attentive aux autres, débordante
d’amour, de rebellion contre ceux qui dérangent le monde, une femme intelligente qui distille par ses écrits l’espoir.
« La peine est de ce monde, ô mes amis que j’aime,
Mais chaque fleur d’orage porte la graine de demain. » (p. 33)
« Elisons encore la
vie
Au sommet du jour blessé. » (p. 40)
-Elle place
la poésie au cœur du monde, la rendant accessible à tout un chacun, puisque pour elle, il s’agit seulement de regarder et d’aimer le
monde.
« Vivre en poésie,
ce n’est pas renoncer ; c’est se garder à la lisière de l’apparent et du réel, sachant qu’on ne pourra jamais réconcilier, ni circonscrire. » (p. 26)
« La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense de la vie, qui
est toujours en deçà de l’instant qui frappe. » (p. 27)
« Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie que cet
homme qui –sans parole aucune – se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre, ou le cœur attentif à la vois d’un ami. » (p. 27)
« Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi certainement que nous
portons notre corps, cela s’appelle : Poésie. » (p. 28)
-Elle
questionne la vie humaine et nous offre une formidable leçon d’humanité.
« La poésie chez Andrée est une philosophie de l’existence, elle fonde une éthique
de la fraternité : lien universel et éternel entre les hommes, elle nous invite à sortir de notre étroite peau » pour que l’intimité de chacun s’ouvre à la résonance du monde et que
nous donnions sens à l’aventure humaine par la partage. » (Préface)
-Savourons
les poèmes de cette grande dame en écoutant son mot d’ordre :
« Sacre l’éphémère. » (p.
49)
Ce que j’ai moins aimé :
-Trop
court.
Au cœur du cœur, poèmes choisis et
préfacés par Matthieu CHEDID et Jean-Pierre SIMEON, Andrée CHEDID, Librio poésie, 94 p., 3 euros
« De quoi offrir, pour longtemps, l’asile poétique à nos désirs en archipel. » (Bruno DOUCEY)
Présentation de l’éditeur :
Un tour du monde en 80 poètes à travers les contrées d’Outre-mer, voilà le livre événement de 2011, l’Année des outre-mer français, publié à l’occasion du 13ème Printemps des Poètes : D’infinis paysages, du 7 au 21 mars 2011. Une anthologie unique puisque, aussi curieux que cela puisse paraître, personne n’avait encore rassemblé la poésie des territoires de l’Outre-mer français. C’est désormais chose faite.
Ce que j’ai aimé :
-Ce recueil permet au lecteur de partir à la découverte de nouveaux territoires si proche de nous et pourtant si loin… Leur culture transparaît dans les mots brodés au fil de soi, leur histoire exhale ses odeurs, et c’est tout à coup un nouveau monde qui s’offre à nous…
« Ma langue
Flirte avec l’oubli
Valse avec l’Univers
S’évadant des hypothèses
Pour embrasser à pleine bouche
Les lèvres hypocrites de la Lumière »(Ma langue, Paul WAMO)
-Les thèmes abordés sont très variés : certains chantent leur île ou leur langue, quand d’autres s’insurgent contre les clichés qu’on leur adjoint, mais tous s’entremêlent pour créer un nouveau langage, une nouvelles poésie, et être enfin, eux-mêmes, juste cela…
« Nous gardons et emporterons dans nos bagages quelque essence qui est :
Sur nos chemins de partage,
L’apport par chacun de son brin de conscience,
De réflexion, d’humanité,
Pour commencer à dire ensemble,
Avec nos mots, nos sonorités, nos musiques intérieures,
La chose à transmettre,
L’esprit de juste mémoire :
Tailler, ajouter, renouer, rénover,
Aplanir, étendre et retresser la natte humaine. »(Adresse, Flora Aurima DEVATINE)
« Alors il se souvint , presque par aventure, des îles entrevues, toutes odorantes et dorées parmi sa jeunesse et ses premiers essors : là-bas, dans la plus grande solitude marine, en plein milieu du Pacifique, qui boirait à lui seul les quatre autres grands océans, là-bas des milliers de petites terres rondes et hautes, ceinturées de corail et diadémées de monts, riaient et scintillaient en éclaboussant leurs feux. » (Le-Maître-du-Jouir de Victor SEGALEN)
Ce que j’ai moins aimé :
-J’ai été peu sensible à cette poésie, peut-être parce que l’œuvre poétique de chaque poète ne se laisse pas embrasser d’un seul tenant et que, de fait, seulement effleurée, elle demeure mystérieuse…
« Quand le crépuscule tombera sur la terre et sur la mer
Des roussettes voleront dans l’air du
soir
La nuit venue je m’étendrai sous les
étoiles
La grande Voiepresque à portée de mes pieds
Et j’écouterai les longues annales de la
houle
Tandis que des tortues sans âge se traîneront sur
la plage. » (Equatoriales)
L’auteur :
Kenneth White naît à Glasgow en Ecosse juste avant la seconde guerre mondiale. Il
fait ses études de lettres françaises et allemandes, de lettres latines ainsi que de philosophie à l'université de Glasgow. Grand lecteur, il se passionne pour Ovide, Rimbaud, Hölderlin,
Nietzsche. Refonder radicalement notre culture, tel est, résumé d'une manière assez lapidaire, le dessein de poète, de théoricien de la « géopoétique », d'auteur de récits qu'est Kenneth White.
Kenneth White, a écrit plus de trente livres en anglais et en français depuis Les Limbes incandescents (1976).
Nous pouvons les classer en récits : Le rodeur des confins (Albin Michel 2006), poésie : Mahamudra, le grand geste (Mercure de France, 1979), Le
passage extérieur (Mercure de France, édition bilingue, 2005) et Un monde ouvert : anthologie
personnelle dans la prestigieuse collection Poésie/Gallimard en 2007. Enfin, il y a les essais, recherches, entretiens où l'on rencontre l'esprit nomade, Antonin Artaud ou Hokusaï.
Kenneth White vient de faire paraître Les Affinités extrêmes (Albin Michel, 2009). (Source : France
Culture)
Les thèmes :
- La nature,
- La géopoétique : "La géopoétique est une théorie-pratique transdisciplinaire applicable à tous les domaines de la vie et de
la recherche, qui a pour but de rétablir et d’enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu, avec les conséquences que l’on sait sur les plans écologique, psychologique et intellectuel,
développant ainsi de nouvelles perspectives existentielles dans un monde refondé."
« Je suis las de lieux
Où l’homme se donne en spectacle
J’ai assez vu le théâtre humain
Les gesticulations de ses pantins
Toutes leurs petites histoires
Ce qui m’intéresse à présent
Ce sont les champs silencieux
Qui s’étendent alentour
Les mouvements de la mer
Le ciel semé d’étoiles
Le rapport entre mon corps et l’univers
Entre les nébuleuses et mon cerveau. » (Le testament d’Ovide)
Ce que j’ai aimé :
- L'auteur chante le monde, la nature,
les éléments et surtout les bords de mer, qu'ils soient écossais, bretons, canadiens... Il encense tous les lieux dans lequel la quintessence du monde prend
vie.L'auteur cherche à se fondre dans les éléments pour ne plus faire qu'un avec le
monde. Accéder à une compréhension intuitive.
« Fleurs jaunes
Qui dansent au vent
Un corbeau sur une branche
Qui croasse
Le ruisseau
Qui reflète le ciel
Dans ses rides gris-bleu
Plage blanche, varech
La démarche hautaine
Des huîtriers
Un crabe bleu qui tâtonne dans une flaque
Coquille luisante. » (La maison des marées)
« Entre une question et une question
Entre un silence et un silence
Le murmure de la rivière. » (La rivière qui traverse le temps)
« Assuré
Que la visée vitale
De l’art
C’est de jeter à la ronde
Images
Témoignages
Preuves
D’une puissance de synthèse
Accordée à la vie
Et qui préserve la vie
Contre la solitude
Le morcellement
Les agressions froides
De l’espace et du temps. » (Le grand rivage, 11)
- Un chant mélodieux inoubliable qui nous enjoint à mieux observer ce qui
nous entoure pour nous éloigner des contingences matérielles et, enfin, flirter avec le spirituel...
« Je suis las de lieux
Où l’homme se donne en spectacle
J’ai assez vu le théâtre humain
Les gesticulations de ses pantins
Toutes leurs petites histoires
Ce qui m’intéresse à présent
Ce sont les champs silencieux
Qui s’étendent alentour
Les mouvements de la mer
Le ciel semé d’étoiles
Le rapport entre mon corps et l’univers
Entre les nébuleuses et mon cerveau. » (Le testament d’Ovide)
« Par-delà ce tumulte
Qu’est vivre, aimer et mourir
Le ciel soudain s’éclaircit
Balayé par un grand vent blanc. » (Le mistral blanc)
- La dimension écologique n'est pas absente de ces pages :
"Colloque à la Hague :
"En 1900 l'Himalaya avait 10 000 glaciers
à présent 2000 de moins
au cours du dernier siècle et demi
la masse glaciaire des Alpes s'est réduite de moitié
les glaciers de l'Alaska
ont diminué de vingt pour cent ces cinquante dernières années."
ils disent que le planète se réchauffe
ils prévoient des tempêtes et des inondations
de nombreuses terres basses vont disparaître
assis en ce lieu
sur un promontoire rocheux de l'Europe
je regarde passer les nuages
et j'écoute la rumeur de la mer." (Deux lettres de montagne)
Un monde ouvert, anthologie personnelle, Kenneth WHITE, Traductions de Marie-Claude White, Patrick Guyon, Philippe
Jaworski et Pierre Leyris, Poésie gallimard, janvier 2007, 10 euros