Julien Letrouvé colporteur de Pierre SILVAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Julien parcoure les ruelles sombres, la campagne, les sentiers, il marche parce que "C'était, ce n'était que le colporteur." 

Enfant trouvé, au passé vague, il aime raconter que, petit, il se réfugiait dans l'écreigne - une "maison creusée dans le sol tendre", habitation fabuleuse de la région, à la réalité incertaine. C'est là, lové au creux de la terre, que les mots offerts par les femmes qui filent, envoûtent son âme.

"Toutes écoutaient la liseuse tenant  son petit livre ouvert à la lueur d'un falot posé sur une hotte renversée, les esprits vagabondaient vers des horizons toujours bleus, des lointains tout de douceur et de promesses d'elles ne savaient quoi mais qui les combleraient au-delà de leur naïve attente, tandis que la main demeurait docile et ferme à la tâche." 

A l'adolescence il doit quitter cet univers rassurant de l'enfance souterraine pour affronter le monde. Tout naturellement, il devient colporteur, promenant ses petits livres de la bibliothèque bleue, ces "morceaux de ciel", et les distillant au fil de ses rencontres. Il refuse de vendre bibelots et mercerie comme les autres colporteurs de l'époque, il ne propose que des livres, en souvenir de cette fascination pour la lecture, pour lui qui ne sait pas lire. Car non, il ne sait pas déchiffrer les signes dansants qui peuplent ses nuits. Ce secret, il le garde enfoui au fond de lui. 

Nous sommes en 1792 et la bataille de Valmy n'est pas loin. La guerre va bousculer le monde  de Julien tout en lui offrant une rencontre marquante : celle d'un soldat déserteur prussien. 

Le naïf Julien, pareil au juif errant, ressent au fond de lui l'importance du mythe de la croyance, et de la littérature qui propage des récits millénaires.  Il recherche la terre promise, peut-être celle de cette écreigne de la première heure, condamné en attendant à errer pour combler son "insuffisance d'être". Mais peut-être cette terre promise est-elle simplement lovée dans l'instant fulgurant, dans la prise de conscience soudaine d'un bonheur inégalé dû à la vie...

"Un vaste pré en lisière de la forêt en était séparé par la largeur d'un fossé dont le remblai herbu couronné de grandes marguerites permtait qu'on pût s'y tenir à plat ventre, en observateur, sans crainte d'être vu.

Julien Letrouvé s'y était installé ce jour-là, l'après-midi, non qu'il y eût été à l'affût, mais parce qu'un rayon de soleil chauffait le versant exposé au sud et qu'il pouvait aussi quand un souffle passait, plein de l'odeur des feuillages, se laisser bercer par le mouvement de vague des marguerites blanches. Il était tranquille. La chaleur peu à peu l'engourdit." p. 58

Un bijou de littérature !

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien

Présentation de l'éditeur :

Editions Verdier 

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Camille de Toledo L'inquiétude d'être au monde

 D'autres avis :

Revue de presse sur le site de Verdier

 

Ironie de l'histoire ce roman est venu à moi par le biais d'un "colporteur" rencontré sur le stand de Verdier au salon du livre. Son enthousiasme m'a convaincue d'adopter Julien. Je l'en remercie !

 

Julien Letrouvé colporteur, Pierre Silvain, Verdier, 2007, 128 p, 11.16 euros

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Commenter cet article

Kathel 06/04/2015 18:18

On repère souvent des coups de coeur chez cet éditeur... Il va falloir que je me mette en quête de cette pépite ou d'une autre... ;-)

Hélène 07/04/2015 09:52

Je te le conseille !

Yv 04/04/2015 16:36

Lu il y a assez longtemps et il m'avait fait le même effet qu'à toi, mais mon billet s'est perdu, plus moyen de le retrouver... Bon, je n'ai plus qu'à le relire, et chez Verdier un ami m'a parlé de Le marque page de Sigismund Krzyzanovski.

Jostein 04/04/2015 09:21

Etrange, cette façon de croiser le chemin d'une pépite littéraire.
Ta chronique me fait un peu penser au roman de Miguel Bonnefoy, Le voyage d'Octavio.
En tous cas, ton colporteur a bien fait son travail. Ton avis donne envie de découvrir Julien Letrouvé.

Hélène 04/04/2015 10:38

Je note ton Octavio, merci !

Aifelle 04/04/2015 06:56

J'ai déjà fait de belles découvertes cette année chez Verdier (Monologues de la boue, la petite lumière) je suis prête à continuer avec celui-ci.

Hélène 04/04/2015 10:38

"monologues de la boue" m'attend, tu m'as tentée ..

Ariane 03/04/2015 15:12

Je crois bien que je ne vais pas pouvoir passer à côté !

Hélène 03/04/2015 15:27

Non, tu ne peux pas :)

luocine 03/04/2015 10:14

j'aimerais bien connaître les sources du romancier : s'est-il inspiré d'un personnage réel ou au contraire , ce roman est-il une pure fiction? J'ai toujours été fascinée par la bibliothèque bleue , si mes velléités de recherches universitaires s'étaient concrétisées, j'en aurais fait mon sujet de recherche.

Hélène 03/04/2015 12:20

Je pense qu'il s'agit d'un personnage fictif.

keisha 03/04/2015 09:40

Verdier, oui. J'ai déjà quelques idées lecture chez eux...

Hélène 03/04/2015 12:20

J'ai "monologue de la boue" qui m'attend !

clara 03/04/2015 07:51

Verdier plus ton résumé : je veux le lire !

Hélène 03/04/2015 09:21

J'ai adoré !

cathulu 03/04/2015 07:45

J'adore la façon dont le livre est venu jusqu'à toi !

Hélène 03/04/2015 09:22

Oui je remercie ce charmant inconnu !