La cour des secrets de Tana FRENCH

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

 Au coeur d'un pensionnat irlandais

 

Un an auparavant un meurtre a eu lieu dans un pensionnat huppé de Dublin. A l'époque l'inspectrice Conway était chargée de l'enquête mais n'avait pas réussi à savoir qui avait tué le jeune Chris Harper. Aujourd'hui un élément relance l'enquête : une jeune fille a laissé une photo de Chris assortie d'un mot "je sais qui l'a tué" sur le panneau d'affichage du lycée. Conway reprend du service avec à ses côtés Stephen Moran -présent dans Les lieux infidèles- affecté habituellement aux affaires non classées et rêvant d'intégrer la Brigade criminelle. Mais il devra auparavant faire ses preuves. Les deux inspecteurs interrogent une à une les jeunes filles impliquées soient huit jeunes filles issues de deux groupes rivaux. 

Les chapitres alternent entre ces interrogatoires difficiles, tant les jeunes filles sont habituées à manipuler les autres, et d'autres chapitres qui content l'amitié qui lie le groupe de Holly, Rebecca, Selena et Julia, remontant dans le passé et égrenant un compte à rebours jusqu'à la nuit du meurtre. Toute l'action se passe au sein du pensionnat, entre ces murs dorés témoins de l'amitié indéfectible qui relie les jeunes filles. Elles s'épaulent et se soutiennent durant ce délicat passage de l'enfance à l'adolescence fait de contradictions et de surprises :

"Elle entend toutes les voix apaisantes qui lui serinaient quand elle était petite : "N'aie pas peur, ni des monstres, ni des sorcières, ni des gros chiens." Et les mêmes, qui aboient à présent : "Méfie-toi ! Aie peur de tout !", comme si c'était un devoir absolu. Aie peur de t'empâter, que tes seins soient trop gros ou trop petits. Aie peur de marcher toute seule, surtout dans des endroits si tranquilles que tu pourrais t'entendre penser. Aie peur de porter des vêtements ringards, de dire des âneries, de rire comme une cruche, de paraître godiche. Aie peur de ne pas plaire aux garçons ; aie peur de leurs avances. Aie peur des filles, elles sont toutes perverses et te démolliront en moins de deux. Aie peur des inconnus. Aie peur de ne pas obtenir de bonnes notes à tes examens, de te faire mal voir. Aie peur de toi-même, aie peur d'avoir tout faux. Et tu seras une bonne petite." p. 166

Leurs questionnements s'échappent peu à peu de la sphère argentée de l'enfance : faut-il autoriser ou pas les garçons à pénétrer dans leur espace intime, accepter de se fondre ou non dans la masse, croire en l'amitié, lutter contre la jalousie ... Et puis, de temps en temps, reste la possibilité libératrice de s'échapper, de se recueillir dans une clairière, cocon naturel qui offre un havre de paix au sein duquel les quatre amies sont comme intouchables, protégées à jamais : 

"Au-delà du portail en fer forgé, des sentiers serpentent entre les arbres, s'enfoncent dans une forêt perdue à mille lieues de la ville : taches de lumière, battements d'ailes, rouge éclatant des fleurs mettant en valeur la tresse sombre de Becca et la blondeur de Selena tressautant à l'unisson tandis qu'elles escaladent une colline minuscule plantée de buissons qui semblent avoir été taillés en boule par des elfes. Tout à coup, la pénombre se dissipe. Et le soleil aveuglant oblige Holly à mettre une main devant les yeux.

Aussitôt, l'ombre revient. La clairière est petite. De grands cyprès entourent un cercle d'herbe rase. Ici, l'air est différent, frais, apaisant. Seuls les grésillements d'insectes et le roucoulement paresseux d'une colombe perturbent le silence." p. 36

Malheureusement, démeler l'écheveau têtu des relations humaines n'est guère aisé, les errances des unes ou des autres pouvant être fatal ...  

Tana French est passée maître dans l'art des portraits psychologiques fins et acérés, densifiant sa bande de fille au fil de l'intrigue. Sa cour des secrets est hantée par des personnages profondément humains ancrés dans une intrigue passionnante qui happe irrémédiablement son lecteur !  Une réussite !

Ce que j'ai moins aimé : J'avais deviné le - ou la - coupable rapidement... De plus, pour moi, les passages "surnaturels" n'étaient peut-être pas nécessaires...

 

Présentation de l'éditeur : Calmann Levy 

Vous aimerez aussi : Ecorces de sang

D'autres avis : repéré chez Cathulu ; Babelio 

 

La cour des secrets, Tana French, traduit de l'anglais (Irlande) par François Thibaux, calmann Lévy, 2015,5200 p., 21.9 euros

Publié dans Roman policier Europe

Commenter cet article

Emma 20/04/2016 10:42

Je ne l'ai encore jamais lue mais je retiens celui ci.

Valérie 07/04/2016 20:49

Deux éléments me retiennent : j'ai lu un roman de l'auteure qui ne m'a pas emballée et le surnaturel que tu mentionnes.

Hélène 10/04/2016 20:26

Dommage car j'ai aimé celui ci...

zazy 02/04/2016 18:11

Un auteur que je ne connais encore pas

Hélène 04/04/2016 08:07

Elle vaut le détour même si elle ne révolutionne pas le roman policier, je suis souvent happée par ses romans;

Alex-Mot-à-Mots 01/04/2016 14:17

Il y a longtemps que je n'ai pas lu cette auteure.

Hélène 04/04/2016 08:06

Je l'ai retrouvée avec plaisir aussi.

Sandrine 01/04/2016 13:32

J'ai trois romans de Tana French dans ma PAL : va falloir que je me décide à les lire...

Hélène 04/04/2016 08:05

Ca devrait te plaire.

Aifelle 01/04/2016 13:20

Je n'ai rien lu d'elle ; devant ton enthousiasme, je note celui-ci.

Hélène 04/04/2016 08:05

Je l'aime bien, ça se lit bien.

keisha 01/04/2016 13:17

Purée le surnaturel en bouquin ça me gave, c'est pour attirer les lecteurs ou quoi? Dans mon cas c'est fichu. (si, je suis de super bonne humeur, y'a du soleil en plus)

Hélène 04/04/2016 08:05

C'est juste un détail mais je ne vois pas ce que ça apporte...

Electra 01/04/2016 10:42

comme Luociné, je ne comprends pas le besoin d'ajouter du surnaturel quand l'histoire marche très bien toute seule .. dis-donc tu as eu l'air totalement happée ! c'est super ! je ne connais que de nom cet auteur - je regarderai la vidéo plus tard ;-)

Hélène 04/04/2016 08:04

Oui happée c'est bien ça !

clara 01/04/2016 10:31

Malgré tes bémols, je le note !

Hélène 04/04/2016 08:04

Oui je l'ai beaucoup aimé !

luocine 01/04/2016 08:24

Je suis toujours très réticente quand un auteur manie le surnaturel, mon côté cartésien se rebiffe et cela m'empêche souvent d'apprécier des livres de valeur. Pourtant le début de ton billetcest très tentateur.

Hélène 01/04/2016 08:26

Le surnaturel n'est que un détail, il n'apparaît que de temps en temps mais je suis comme toi, je ne comprends pas bien l'intérêt ici. Il n'en reste pas moins que c'est un très chouette roman !