Appel manqué de Carole FIVES
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"De toute façon, avec toi, la vie n'est qu'un long appel manqué."
Dans Appel Manqué, Carole Fives fait revenir Charlène, figure déjà croisée dans Une femme au téléphone. Elle a désormais soixante-treize ans. Le temps a passé, mais non l’urgence de dire : ne parvenant plus à joindre sa fille, elle déverse sur son répondeur une suite ininterrompue de messages, et cette absence de réponse l’exaspère autant qu’elle la blesse..
Ce que j'ai aimé :
Ce qui frappe d’abord, c’est cette parole sans frein, cette logorrhée maternelle qui surgit « pour un oui ou pour un non » : parce que la solitude se fait trop lourde, parce que de nouveaux locataires la malmènent, parce que des moucherons envahissent la cuisine, parce que l’argent manque, parce qu’une brouille l’a opposée à Colette, parce que la nuit a été mauvaise… Tout devient prétexte à renouer le fil, à conjurer le silence.
Mais sous l’apparente trivialité de ces motifs affleure une détresse plus profonde, une solitude nue teintée d'humour :
"Homme, femme, c'est complètement dépassé, tu le savais ?! D'ailleurs je ne me suis jamais sentie vraiment femme dans le fond, plutôt vivante, voilà, parfois au bord du trou, mais bon..."
En contrepoint, se dessine la charge invisible qui pèse sur celle qui écoute et subit ces messages. La fille, prise dans sa vie de mère, son travail et sa carrière d’écrivaine, doit encore absorber les angoisses d’une mère imprévisible, toujours au bord d’un nouveau désastre : locataires douteux sans bail, arnaques bancaires, agents immobiliers véreux, points qui disparaissent peu à peu du permis… Le monde devient menaçant, et l’étau semble peu à peu se resserrer autour d’elle.
Et si, par hasard, la narratrice tente d’ouvrir à son tour un espace de confidence, elle se heurte aussitôt à une pluie de reproches, mêlant culpabilisation et ironie mordante.
"Je sais bien que ton livre vient de sortir, je sais bien. Oui ma chérie, tu as raison, c’est honteux, et je vais le commander puisque tu ne m’as toujours rien envoyé. C’est fou ça, même ton frère l’a reçu, je suis toujours la dernière roue du carrosse. Encore un roman sur l’art ? Tu es sûre ? Mais ça va ennuyer tout le monde, voyons… Pourquoi tu n’écris pas plutôt un livre sur moi, c’est plus intéressant, tout le monde a une mère, alors que l’art… les gens s’en foutent, non ? Vise large, vise la mère, je t’assure, on n’en a jamais fini avec sa mère. "
Les griefs fusent, acérés, parfois cruels. Pourtant, malgré la violence des mots et l’usure du lien, quelque chose persiste, un fil ténu, indéchirable, fait d’attente, de dépendance et d’amour contrarié.
Une belle réussite !
Présentation de l'éditeur : Gallimard
Du même auteur : Une femme au téléphone ♥ ♥ ♥ ♥ ; Quand nous serons heureux ♥ ♥ ♥; C'est dimanche et je n'y suis pour rien ♥ ♥ ♥ ♥ ; Ca nous apprendra à naître dans le nord ♥ ♥ ♥ ; Tenir jusqu'à l'aube ♥ ♥ ♥ ; Térébenthine ♥ ♥