Huis clos de Jean-Paul SARTRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Tu n'es rien d'autre que ta vie."

Dans un salon empire, débarquent trois personnages, trois pécheurs, Garcin, Inès et Estelle. Ils en se connaissent pas, ne se sont jamais croisés, sont issus de milieux différents, mais vont devoir apprendre à vivre ensemble, dans cette pièce. Chacun des trois personnages sera jugé par les deux autres sur les actes qui ont constitué son existence. La pièce ne comporte pas de miroir, de fait c'est le regard de l'autre qui sert de jugement. Pas de bourreau dans cette antichambre des enfers, l'autre se chargera bien assez facilement du travail !

"Ouvrez ! Ouvrez donc ! J’accepte tout : les brodequins, les tenailles, le plomb fondu, les pincettes, le garrot, tout ce qui brûle, tout ce qui déchire, je veux souffrir pour de bon. Plutôt cent morsures, plutôt le fouet, le vitriol, que cette souffrance de tête, ce fantôme de souffrance, qui frôle, qui caresse et qui ne fait jamais assez mal."

L'enfer c'est le regard que nous portons sur les autres, du fait de l'image que nous leur renvoyons. cela ne signifie pas que tout rapport à l'autre est impossible,  mais qu'il faut s'abstraire de cette dépendance au jugement d'autrui.

"- Estelle, est-ce que je suis un lâche ?

- Mais je n'en sais rien, mon amour, je ne suis pas dans ta peau. C'est à toi de décider."

L'enfer, ce sera de trop porter attention au moindre haussement de sourcil de l'autre, au moindre mot à double sens, alors qu'au fond, notre vérité est en nous et non pas en l'autre.

"Alors c'est ça l'enfer. je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres."

L'homme est englué dans sa mauvaise foi, Garcin dans la pièce est lâche quand Estelle n'assume aucunement ses actes. Inès seule assume l'entièreté de ses actes, elle est la seule "authentique" de la pièce. Et sans ce réveil nécessaire, nous sommes des morts vivants, des "encroutés", nous sommes libres de nous détacher de ces contingences

"On est ce qu'on veut. (...) Seuls les actes décident de ce qu'on a voulu"

Nous pouvons changer des actes par d'autres actes, nous pouvons briser le cercle infernal, l'homme est libre et responsable de son existence, comme le répète les existentialistes. L'homme existe et se construit ensuite, et de fait, il est responsable de ses actes.

Un texte terriblement d'actualité au regard des réseaux sociaux, l'Autre par excellence...

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Huis clos, Jean-Paul Sartre, Folio, 256 p., 7.80 euros

 

Publié dans Théâtre

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Commenter cet article

Moka 29/12/2017 11:14

Ah mais ce titre ! Je l'adore !

Alex-Mot-à-Mots 19/12/2017 13:04

Merci pour l'idée de mettre ce texte en regard des réseaux sociaux.

Titine 18/12/2017 16:21

C'est une de mes pièces préférées, je l'ai lu plusieurs fois. Et, comme tu le dis, c'est un texte qui est toujours d'actualité et qu'il ne faut pas hésiter à relire.

keisha 18/12/2017 08:15

Oh je l'ai lu il y a longtemps (au lycée?) Oui, on connait tous la réplique, mais hors contexte!

Hélène 18/12/2017 10:58

Exactement, il est important de bien la comprendre !

Valérie 17/12/2017 17:10

Voilà un auteur qui me fait peur. J'adore Beauvoir et ce qu'elle écrit me rend Sartre sympathique (même si je ne suis pas sûre qu'il l'était vraiment). Peut-être devrais-je le découvrir en allant voir une adaptation au théâtre.

Hélène 18/12/2017 10:54

C'est toujours mieux de le voir sur scène...

manou 17/12/2017 07:05

J'ai toujours adoré Sartre et ses livres ont fait partie de mes livres préférés quand j'étais ado. Il faudrait que je le relise à présent et je suis sûre que je ferai des découvertes. Merci de m'en donner envie

Hélène 18/12/2017 10:54

J'ai eu beaucoup de plaisir à le relire !