Les grandes marées de Jacques POULIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Quand son patron demande à Teddy Bear ce qui le rendrait heureux, il n'hésite pas, il souhaite vivre sur une île déserte. Ainsi, il devient le gardien de l'île Madame, tout en assurant ses traductions de bandes dessinées. Toutes les semaines il reçoit la visite de son patron qui reprend ses traductions et lui amènent de nouvelles bandes dessinées ainsi que des provisions. Teddy Bear mène la vie sereine dont il avait rêvé. Il est heureux. Bonheur que vient troubler la visite tout d'abord de Marie qui, elle aussi s'installe dans l'île, bientôt suivie à chaque grande marée par d'autres individus plutôt loufoques. Peu à peu la tranquillité de Teddy Bear est affectée par ces visites et les égos des uns et des autres. Son bonheur vacille.

Comment vivre avec les autres harmonieusement alors qu'ils ont tendance à envahir notre espace physique et psychique ? Malgré son envie de solitude, Teddy a conscience que son bonheur peut aussi venir de ces rencontres lumineuses  qui enrichissent le coeur et l'âme. Quand Marie lui demande ce qui compte le plus pour lui, il répond :

"R. C'est difficile à dire.

Q. : Dieu ?

R. : Non.

Q : Les gens ?

R. : Non

Q : L'amour ?

R. : Je pense que non.

Q : La nature ?

R. : Non.

Q : Les livres ?

R. : Je pense que non.

Q : Les chats ?

R. : Non.

Q : Le tennis ?

R. : Non.

Q : Le gruau Quaker ?

R. : Tu ris de moi...

Q : Qu'est-ce qui reste ?

R. : Il y a une chose que j'aime bien. C'est quand, dans les yeux des gens, parfois, on voit passer quelque chose. Une sorte d'éclair qui brille, unesorte de chaleur. C'ets une chose que j'iame beaucoup." p. 184

Mais son bonheur est aussi mis à mal par ces mêmes autres, là réside un des paradoxes de la vie en société... Ces Grandes Marées fonctionnent comme une parabole, allégorie de la vie en société : Teddy apprendra que le paradis sur terre ne dure jamais longtemps et que le précepte de Sartre "l'enfer c'est les autres" peut malheureusement s'avérer tristement vrai...

Mes réserves : Ce texte est assez différent des autres oeuvres de Poulin, beaucoup plus pessimiste, comme si l'auteur lui-même avait perdu sa quiétude, envahi par le monde.  Même si on retrouve avec plaisir la poésie de l'auteur et son univers habité par la mer et les chats, une amertume lancinante court dans ces pages.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteur La tournée d'automne Le vieux chagrin  Volkswagen blues

D'autres avis : Babelio 

 

Les grandes marées, Jacques Poulin, Actes sud Babel, 1986, 213 p., 6.60 euros

 

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C
Il est dans ma PAL, j'ai décidé après Volkswagen Blues de poursuivre ma découverte de cet auteur avec celui-ci, car le pitch de l île déserte me tente assez
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H
J'ai hâte de savoir ce que tu en as pensé
Y
Tu as été déçue ? Je comprends, c'est vrai que c'est un roman bien plus pessimiste que les autres mais tellement bien construit, écrit, rythmé :-) Sans doute, pour moi, son plus grand roman (quoique clairement pas un doudou :-) )
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H
Comme quoi les ressentis... Il était pour moi trop décalé par rapport à ce que j'attendais de lui...
E
Le sujet de celui-ci me tente bien, je le retiens.
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H
Ce n'est pas le meilleur..
E
je découvre cet auteur ce mois-ci, en effet, celui là a l'air différent des deux que j'ai lus...
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H
Oui un peu plus pessimiste !
V
ça a l'air spécial, je ne sais pas trop...
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H
Je ne te conseillerais pas de commencer par celui ci de l'auteur...
A
Pareil que Dominique ; j'ai noté aussi "le vieux chagrin", vu par ailleurs. J'ai de quoi faire ..
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H
J'ai préféré "le vieux chagrin"...
J
Troisième avis sur cet auteur que je découvre aujourd'hui. Et je n'en avais jamais entendu parler avant !
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H
Tu dois déjà lire James Lee Bure, après tu passeras à Poulin...
D
j'avais bien aimé La tournée d'automne alors je note celui là car l'île déserte c'est mon fantasme
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H
J'ai nettement préféré "la tournée d'automne"...
E
Je ne connais ni l'auteur, ni ce livre et malgré le sujet du livre, plutôt sérieux, impossible de ne pas sourire en lisant le nom du personnage : Teddy Bear ? L'auteur explique-t-il ce choix si particulier ???
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H
Je pense que cela symbolise l'innocence que l'on peut avoir avant de vivre avec les autres. L'homme est peut-être naturellement gentil, comme un nounours, mais les autres le pervertissent...
S
Ce Jacques Poulin me semble être l'auteur québécois incontournable. Je ne l'ai pas encore découvert...
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H
Commence par "la tournée d'automne"...