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Soulfood équatoriale de Léonora MIANO

Publié le par Hélène

                                              

♥ ♥ ♥

« Au départ, ça n’a l’air de rien. »

 

L’auteur :

 

Léonora Miano est une auteure camerounaise. Elle a reçu un accueil enthousiaste et de très nombreux prix pour L'Intérieur de la nuit (2005). Après Contours du jour qui vient (2006), lauréat du prix Goncourt des lycéens, son troisième roman, Tels des astres éteints (2008), a confirmé la qualité et l'ampleur de son inspiration.

 

L’histoire :

 

La soul food est la nourriture de l'âme des Afro-Américains.
Soulfood, nom d'une gargotte qui fut l'âme de Douala, donne son titre à cet " Exquis " d'une grande densité, où Léonora Miano se livre à une réjouissante chasse aux trésors du langage gourmand sur les rivages du Cameroun : le jazz, sauce tomate glissée dans les sandwichs saxophones, le solo, plat de morue présidant à un destin amoureux... Entre légendes intemporelles et saynètes prises sur le vif, entre secrets culinaires et conseils pleins d'humour pour détourner les traditions, nous sommes ici conviés à un envoûtant voyage en Afrique équatoriale. (4ème de couverture)

 

Présentation de la collection :

 

Petite bibliothèque gourmande contemporaine, cette collection de livres courts propose à des auteurs contemporains d’horizons très différents de donner libre cours à leur imagination gourmande, en s’inspirant d’un jeu à la fois simple et dynamique de mots clefs. Exquis d’écrivains souhaite rendre hommage à la richesse de la langue française pour dire les plaisirs de la nourriture et constituer la mémoire littéraire de la gastronomie. Fictions, rêves et souvenirs, chaque auteur y livre ses voyages personnels au pays de la nourriture, sous différentes formes narratives (récits, nouvelles, dialogues, contes, poèmes…), qui donnent envie de passer à table ou de se mettre aux fourneaux.  Exquis d’écrivains, première collection demandant à des auteurs contemporains de livrer
leurs plaisirs de table et de bouche, s’adresse à tous les lecteurs gourmands et gourmets auxquelles elle propose des textes intimistes et variés, émouvants ou drôles, résolument appétissants et agréables à lire…

 

Ce que j’ai aimé :

 

- « Au départ, ça n’a l’air de rien. » : un petit recueil léger comme un soufflé qui nous parle de recettes et de souvenirs culinaires. Mais Léonora Miano a su épaissir ses anecdotes en leur ajoutant le piment nécessaire à une recette réussie. Si bien que bien loin de n’évoquer que des plats et  des habitudes culinaires, elle nous convie à un voyage chamaré au cœur de son univers.

 

« Ce que sont les peuples, cela ne s’écrit pas dans les livres, et c’est d’ailleurs sans rapport avec leur production en la matière. La civilisation est avant tout dans l’assiette. » (p. 15)

 

«  La sève des plantains tache les vêtements, difficiles à ravoir après. Pendant la préparation, la pluie continue de tomber. On a ouvert la fenêtre de la cuisine.

Une odeur de terre mouillée se mêle à celle des beignets ou à celle des plantains coupés en fine rondelles avant d’être plongés dans l’huile chaude.

Au moment de la dégustation, accoudé sur le rebord  de la fenêtre, on se dit que c’est beau, un orage, quand on n’est pas dessous. » (p. 25)

 

« Dans les BH [beignets-haricots], il y a l’endurance joyeuse de nos peuples. La capacité à fabriquer de la vie avec ces petits riens. Le désir de savoir ce que demain apportera. La foi dans la vie. » (p. 36)

 

- Les récits et les personnages sont variés : un jeune voleur qui fantasme sur un avocat ou un plat de gari aux crevettes, une jeune femme sommée de choisir entre deux prétendants et qui les départagera en les faisant cuisiner un plat  typique, explications sur  l’origine de certains plats, conseils matrimoniaux cocasses « Nul ne doit goûter de votre ndole sans avoir fait ses preuves au préalable. Dans tous les domaines. » (p. 69)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          J’attends maintenant l’invitation dans mon restaurant africain préféré car toutes ces nouvelles m’ont mis l’eau à la bouche… 

 

Premières phrases :

 

« Il est des jours comme celui-ci, où une fringale de rivage me prend. En un rien de temps, je l’aperçois. Le voici. Là, sous mes mains qui cherchent, dans le placard de la cuisine, le gros palet plat et sa petite pierre ronde. Une pierre dense et solide. Elle sert à écraser, une fois posés sur le galet, les ingrédients de la sauce qui me ramènera chez moi. Je la laisse épouser parfaitement le creux de ma main.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Blues pour Elise de Léonora MIANO

Autres : Tous les autres livres de cette collection.

 

D’autres avis :

 

Cathulu

 

Soulfood équatoriale, Léonora Miano, Nil Editions, Exquis d’écrivains,  2009, 100 p.,  12 euros

 

 defi Afrika Choupynette

 

 

Publié dans Littérature Afrique

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L’équation africaine de Yasmina KHADRA

Publié le par Hélène

equation africaine

  « Le poisson rouge ne peut ramener la complexité des océans à la quiétude de son bocal. » (p. 185)

  

L’auteur :

 

Yasmina Khadra est né en 1955 dans le Sahara algérien. Il est aujourd'hui connu et salué dans le monde entier ou ses romans, notamment À quoi rêvent les loups, L'Écrivain, L'Imposture des mots, Cousine K sont traduits dans 40 pays. L'Attentat a reçu, entre autres, le prix des libraires 2006, le prix Tropiques 2006, le grand prix des lectrices Côté Femme et est actuellement en cours d'adaptation cinématographique. Ce que le jour doit à la nuit - Meilleur livre de l'année 2008 (Lire), prix France Télévisions 2008, prix des lecteurs de Corse - sera également porté à l'écran par Alexandre Arcady.

 

L’histoire :

 

Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une existence ordinaire, limitée à ses allers-retours entre son cabinet de consultation et son appartement bourgeois. Jusqu'au drame familial qui va le précipiter dans le désespoir. Afin de l'aider à surmonter son chagrin, son meilleur ami, Hans, un riche homme d'affaires versé dans l'humanitaire, lui propose de l'emmener sur son voilier jusque dans les Comores, pour les besoins d'une bonne cause. Au large des côtes somaliennes, leur bateau est assailli par des pirates. Kurt et Hans sont enlevés puis transférés dans un campement clandestin. (présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Yasmina Khadra a le mérite de s’intéresser à des problématiques actuelles complexes. Ici, il nous plonge dans une Afrique en proie à la violence, une Afrique désertique et appauvrie par des luttes de pouvoir. Il place face à cette réalité un européen issu d’un milieu aisé, médecin, un homme qui évolue dans des sphères totalement étrangères et qui va se heurter de plein fouet à un monde inconnu.

 « - Je n'ai pas choisi la violence. C'est la violence qui m'a recruté. De mon plein gré ou à mon insu, peu importe. Chacun fait avec ce qu'il a. Je n'en veux à personne en particulier et, par conséquent, je ne vois pas comment ne pas loger tout le monde à la même enseigne. Pour moi, Blanc ou Noir, innocent ou coupable, victime ou bourreau, c'est du pareil au même. Je suis trop daltonien pour distinguer le bon grain de l'ivraie. Et puis, c'est quoi le bon grain, et c'est quoi l'ivraie ? Ce qui est bon pour les uns est mauvais pour les autres. Tout dépend de quel côté on se trouve. Nul besoin d'éprouver du regret ou du remords. Qu'est-ce que ça change lorsque le mal est fait ? Petit, j'avais peut-être un coeur, aujourd'hui il est calcifié. Quand je porte ma main à ma poitrine, je ne perçois que la colère en train de sourdre en moi. Je ne sais pas m'émouvoir puisque personne n'a eut pitié de moi. Je ne suis que le support de mon fusil, et j'ignore qui, de moi ou de mon fusil, commande l'autre. » (p. 142)

 Si vous avez lu ce passage, vous comprendrez tout de suite ce qui ne peut pas fonctionner dans ce roman :

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Yasmina Khadra, comme dans L’olympe des Infortunes, s’échine à nous administrer une  morale, des phrases et des idées toutes faites :

 « Il n’y a pas d’enfer sur terre, docteur Krausmann, seulement des démons, et ils ne sont pas invincibles. » ( p. 214)

 « L’Afrique ne se voit pas, elle se sent. » (p. 217)

 Le désir de vivre des Africains, est, bien sûr, plus fort que tout :

 « J’ai vu des gens qui n’avaient que la peau sur les os, et d’autres qui avaient perdu le goût de la nourriture, et d’autres jetés en pâture aux chiens et aux vauriens, pas un n’était prêt à céder. Ils meurent la nuit, et au matin ils ressuscitent, nullement dissuadés par la galère qui les guette. » (p. 217)

 Conclusion lumineuse :

  « L’Africain sait que sa vie est son bien le plus précieux. Le chagrin, les joies, la maladie ne sont que pédagogie. L’Africain prend les choses comme elles viennent sans leur accorder plus d’opportunité qu’elles ne le méritent. Et s’il est convaincu que les miracles existent, il ne les exige pas pour autant. Il s’autosuffit, vous comprenez ? Sa sagesse amortit ses déconvenues. » (p. 218)

 «  Si je devais mettre un visage sur la générosité, ce serait le visage d’un Africain. Si je devais mettre un éclat sur la fraternité, il aurait celui d’un rire africain. » (p 219)

 Le ton de ces leçons est proprement lassant, trop sentencieux, trop attendu, tout comme la fin, parfaitement prévisible…

 Son style ampoulé et convenu enlise définitivement cette « Equation africaine »…

 

Premières phrases :

 

«  Lorsque j’ai rencontré l’amour, je m’étais dit, ça y est, je passe de l’existence à la vie et je m’étais promis de veiller à ce que ma joie demeure à jamais. Ma présence sur terre se découvrit un sens et une vocation, et moi une singularité … Avant, j’étais un médecin ordinaire entamant une carrière ordinaire. Je grignotais ma part d’actualité sans réel appétit, négociant par-ci de rares conquêtes féminines aussi dénuées de passion que de traces, me contentant par-là de copains de passage que je retrouvais certains soirs au pub et le week-end en forêt pour une gentille randonnée – bref, de la routine à perte de vue avec de temps à autre un événement aussi fugace et flou qu’une impression de déjà-vu qui ne m’apportait rien de plus qu’un banal fait divers dans un journal… En rencontrant Jessica, j’ai rencontré le monde, je dirais même que j’ai accédé à la quintessence du monde. »

 

Vous aimerez aussi :

 

  Ces âmes chagrines de Léonora MIANO

 

D’autres avis :

 

Charlotte ; Jostein

Le masque et la plume  parle de « non assistance à auteur en danger » de la part de l’éditeur…

 

 

L’équation africaine, Yasmina Khadra, Julliard, août 2011, 336 p., 19 euros

 

Merci aux Editions Julliard.

 

 

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defi Afrika Choupynette 

 

Publié dans Littérature Afrique

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Rue Darwin de Boualem SANSAL

Publié le par Hélène

                  

  ♥ ♥

« Le seul véritable inconnu, c’est soi-même. » (p. 46)

L’auteur :

 Boualem Sansal est un écrivain algérien. Boualem Sansal a une formation d'ingénieur et un doctorat d'économie.Il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien. Il est limogé en 2003 pour ses prises de positions critiques contre le pouvoir en place particulièrement contre l'arabisation de l'enseignement.

Son ami Rachid Mimouni (1945-1995), l'encourage à écrire. Boualem Sansal publie son premier roman Le Serment des barbares en 1999 qui reçoit le prix du premier roman et le prix des Tropiques. Son livre Poste restante, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté1 mais décide de rester en Algérie. Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire est un récit épique de l'épopée berbère. Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l'Allemand sorti en janvier 2008, roman qui est censuré en Algérie. Le 9 juin 2011, il remporte le Prix de la paix des libraires allemands.

Il habite près d'Alger.

L’histoire :

 Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt à Alger, où il a vécu son adolescence. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.

Son passé est dominé par la figure de Lalla Sadia, dite Djéda, sa toute-puissante grand-mère adoptive, qui a fait fortune installée dans son fief villageois – fortune dont le point de départ fut le florissant bordel jouxtant la maison familiale.

Né en 1949, Yazid a été aussitôt enlevé à sa mère prostituée, elle-même expédiée à Alger. Il passe une enfance radieuse au village, dans ce phalanstère grouillant d’enfants. Mais quand il atteint ses huit ans, sa mère parvient à l’arracher à l’emprise de la grand-mère maquerelle. C’est ainsi qu’il débarque rue Darwin, dans une famille inconnue. Il fait la connaissance de sa petite sœur Souad. D’autres frères et sœurs vont arriver par la suite, qui connaîtront des destins très divers.
La guerre d’indépendance arrive, et à Alger le jeune Yazid y participe comme tant d’autres gosses, notamment en portant des messages. C’est une période tourmentée et indéchiffrable, qui va conduire ses frères et sœurs à émigrer. Ils ne pourront plus rentrer en Algérie (les garçons parce qu’ils n’ont pas fait leur service militaire, les filles parce qu’elles ont fait leurs études aux frais de l’État algérien). Le roman raconte la diaspora familiale, mais aussi l’histoire bouleversante de Daoud, un enfant de la grande maison, le préféré de Djéda, dont Yazid retrouve un jour la trace à Paris.

 

Ce que j’ai aimé :

-          Rue Darwin est le récit nostalgique d’un homme qui cherche des réponses à ses questions et décident de les résoudre maintenant qu’il n’a plus à se sacrifier pour les autres. Dans un style millimétré Boualem Sansal nous offre un texte puissant sur les origines et la vérité :

« C’est peut-être une loi essentielle de la vie qui veut que l’homme efface son histoire première et la reconstitue de mémoire comme un puzzle impossible, dans le secret, à l’aune de son expérience et après bien des questionnements et des luttes, ainsi et seulement ainsi il peut faire le procès du bien et du mal, ces forces qui le portent dans la vie sur le chemin de son origine. Vire serait donc cela, retrouver le sens premier dans l’errance et la quête… et l’espoir qu’au bout est le fameux paradis perdu, la paix simplement. » (p. 225)

-          Boualem Sansal est un écrivain censuré dans son pays pour ses opinions radicales sur l’islam et ses imams :

« La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L'islam est devenu une loi terrifiante, qui n'édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu'il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l'islam. »

« Finalement, aujourd'hui, je pense que c'est aux hommes du pouvoir de partir. On a trop cédé, il ne faut plus céder. » (Entretien avec Marianne PAYOT, l’Express, 24 août 2011)

Il évoque dans son roman ses prises de position ainsi que son rapport à la guerre :

« La guerre qui n’apporte pas une paix meilleure n’est pas une guerre, c’est une violence faite à l’humanité et à Dieu, appelée à recommencer encore et encore avec des buts plus sombres et des moyens plus lâches, ce ci pour punir ceux qui l’ont déclenchée de n’avoir pas su la conduire et la terminer comme doit s’achever une guerre : sur une paix meilleure. Aucune réconciliation, aucune repentance, aucun traité, n’y changerait rien, la finalité des guerres n’est pas de chialer en se frappant la poitrine et de se répandre en procès au pied du totem, mais de construire une paix meilleure pour tous et de la vivre ensemble. » (p. 108)

Il décrit notamment cette scène surréaliste durant laquelle Boumediene, en 1973 annonce dans un discours « plus il y a de morts, plus la victoire est belle. »  Et en déduit : « Je découvrais que les grands criminels ne se contentent pas de tuer, comme ils s’y emploient tout le long de leur règne, ils aiment aussi se donner des raisons pressantes de tuer : elles font de leurs victimes des coupables qui méritaient leur châtiment. » (p. 117)

Plus qu'un simple roman familial, Rue Darwin est un roman sur l'identité d'un être dans un monde difficilement habitable.

Ce que j’ai moins aimé :

Je ne saurais dire exactement  pourquoi je n'ai pas été emportée par ce roman, mais il m'a manqué quelque chose, peut-être tout simplement un intérêt pour le sujet évoqué, je ne sais pas, un rien sans doute, qui fait que j'ai avancé péniblement dans cette lecture et que au final je ne m'y retrouve pas.

Ce qui ne m'empêche pas d'insister sur ses qualités indéniables...

Premières phrases :

« Tout est certain dans la vie, le bien, le mal, Dieu, la mort, le temps, et tout le reste, sauf la Vérité. Maiq qu’est ce que la Vérité ? La chose au monde dont on ne doute pas, dont on ne douterait pas un instant si on la savait. Hum… Ce serait donc une chose qui s’accomplit en nous et nous accomplit en même temps ? Elle serait alors plus forte que Dieu, la mort, le bien, le mal, le temps et le reste ?... mais devenant certitude, est-elle toujours la Vérité ? N’est-elle pas alors qu’un mythe, un message indéchiffré indéchiffrable, le souvenir de quelque monde d’une vie antérieure, une voix de l’au-delà ?

C’est de cela que nous allons parler, c’est notre histoire, nous la savons sans la savoir. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le village de l’allemand

D’autres avis :

L’express

Marianne Desroziers ; Nina

 

Rue Darwin, Boualem SANSAL, Gallimard, août 2011, 17.50 euros

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challenge 1% littéraire

Publié dans Littérature Afrique

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Ce qu’on peut lire dans l’air de Dinaw MENGESTU

Publié le par Hélène

                                                   ce qu'on peut lire dans l'air

♥ ♥

 

L’auteur :

 À deux ans, Dinaw Mengestu, né en 1978 à Addis Abbeba, a fui l’Éthiopie avec sa famille pour s’installer aux États-Unis. Venu à Paris en 2007 pour la parution de Les Belles choses que porte le ciel, il s’est épris de la France. Il s’est installé à Paris tout en continuant à être régulièrement aux États-Unis pour enseigner, faire des conférences, voir sa famille et faire la promotion de ses romans. Les Belles choses que porte le ciel a connu un beau succés et quand Ce qu’on peut lire dans l’air est paru aux Etats-Unis (septembre 2010), il a été finaliste de la sélection du Independant book store et a gagné le Vilcek Prize.


L’histoire :

Au début des années 1980, Yosef et Mariam, que la révolution éthiopienne a séparés pendant trois ans, se rejoignent aux États-Unis. Pour célébrer leurs retrouvailles, ils s’offrent enfin un voyage de noces, à Nashville. Trente ans plus tard, Jonas Woldemariam, leur fils, en pleine crise existentielle, revient sur leurs pas. Entre de vagues souvenirs d’enfance et le silence de ses parents sur le drame qui les a menés aux Etats-Unis, il reconstitue à tâtons l’histoire de sa famille, sa propre histoire...

 

Ce que j’ai aimé :

 Les parents de Jonas sont des immigrés éthiopiens échus dans un univers américain qui ne sera jamais totalement le leur. La relation qu’ils entretiennent avec leur pays d’accueil est finement évoquée, portée de surcroît par une écriture calibrée. Leur passé flou est réinventé par leur fils en quête de ses origines et de lui-même. : il crée en artiste virtuose une histoire cohérente universelle.

 «  Elle avait collé la tête contre la vitre de séparation pour lui lancer : « Pardon, monsieur, vous êtes de quel pays ? » Elle avait souvent affirmé détester que les gens posent cette question aux chauffeurs de taxi. (…) « Fiche-leur la paix, avait-elle déclaré. Pourquoi seraient-ils obligés de raconter d’où ils viennent ou pourquoi ils ont quitté leur pays ? Pour qu’on leur file un dollar de pourboire en plus ? Personne en demande au vieux chauffeur noir d’où il est ni ce qu’il a vécu, parce que les gens trouveraient ça grossier et dingue. Sauf s’il a un accent. Là, tout est permis. Là, c’est « dites-nous pourquoi vous êtes venu ici et combien ce doit être dur ! » » (p. 131)

 Jonas assiste parallèlement impuissant à la déliquescence de son couple, l’érosion des sentiments ne résistant pas au manque d’identité des deux protagonistes. Les dernières semaines du couple s'égrennent au travers de scènes fugaces et parlantes.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 J’ai retrouvé exactement la même atmosphère que dans Les âmes chagrines de Léonora MIANO : quelques personnages épars aux  liens familiaux ténus et problématiques qui s’analysent au travers du vécu de leurs parents et de leurs rapports aux autres. Ce sont des romans très statiques, psychologiques, et il m’a manqué personnellement un élan romanesque, une découverte de nouveautés et d’étrangetés qui m’auraient emportée dans un univers fascinant ou terrifiant.

 

Premières phrases :

 « Sept cent soixante-huit kilomètres séparaient la maison de mes parents, à Peoria, Illinois, de Nashville, Tennessee, distance qu’une Monte-Carlo rouge vieille de sept ans et roulant à cent kilomètres à l’heure environ pouvait parcourir en huit à douze heures, selon que l’on prenait en compte certaines variables telles que le nombre de pancartes proposant un détour vers un haut lieu historique ou la fréquence à laquelle ma mère – Mariam – devait se rendre aux toilettes. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les belles choses que porte le ciel

Autre : Ces âmes chagrines de Léonora MIANO

 

Ce qu’on peut lire dans l’air, Traduit de l’américain par Michèle Albaret-Maatsch, Albin Michel, Terres d’Amérique, 2011, 368 p., 22 euros

 

defi Afrika Choupynette

 

challenge 1% littéraire

 

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Ces âmes chagrines de Léonora MIANO

Publié le par Hélène

ces âmes chagrines

 ♥ ♥

 "Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit." (Corinthiens, I, 13, 1)

   

L’auteur :

 

Léonora Miano est née au Cameroun. Après avoir consacré une trilogie à l'Afrique avec L'Intérieur de la nuit, Contours du jour qui vient, prix Goncourt des Lycéens 2006, et Les Aubes écarlates (2009), elle est l'une des premières à avoir fait entrer la population afropéenne dans la littérature en publiant Tels des astres éteints (2008) et Blues pour Elise (2010).

 

L’histoire :

 

Né dans l'Hexagone, Antoine Kingué, dit Snow, n'arrive toujours pas à surmonter la rancoeur qu'il nourrit envers sa mère, coupable de ne l'avoir jamais assez aimé. Elle n'a pas hésité à le laisser en pension alors qu'il n'avait que sept ans et à l'envoyer passer les grandes vacances seul au Mboasu, ce pays subsaharien, où il ne s'est jamais senti à sa place. Tout ça pour une histoire d'amour qui a tourné court. Et puis, il est persuadé que son frère Maxime a reçu plus d'affection que lui.

Pour se venger de cette enfance malheureuse, Snow fait payer ceux qui l'ont fait souffrir, rêve de devenir une vedette adulée, une star dont la vie serait enfin brillante et facile.
Quand son frère lui annonce son retour au pays avec leur mère, Snow voit son univers s'effondrer. Sans plus personne sur qui passer sa rage, il se retrouve face à lui-même.
Débouté par cette existence qui ne cesse de se dérober sous ses pieds, il va être amené à renouer avec une histoire qu'il a toujours reniée, celle de ses origines subsahariennes, là-bas, au Mboasu.

 

Ce que j’ai aimé :

 

 Ces âmes chagrines est un roman qui peut étonner au premier abord tant il semble éloigné de l’univers léger et lumineux de l’auteur. C’est un roman qui parle de solitude, d’abandon, du manque d’amour destructeur, de dépression. Léonora Miano l’explique elle-même : il est basé sur un texte initial ancien, elle avait 30 ans alors et ressassait ses histoires familiales dans un climat de dépression latente. Nous sommes donc bien loin du monde de « Blues pour Elise ». 

 Néanmoins, si le personnage d’Antoine, être déstructuré par l’abandon de sa mère bien décidé à se venger sur les autres, est relalivement sombre, il s’achemine au fil du récit vers une rédemption libératrice et optimiste. Lénora Miano nous enjoint par ce récit à  «éviter l’enfermement, le ressassement de la douleur, éviter l’amertume,  essayer la résilience, essayer d’y croire » et nous offre une lueur d'espoir dans une société gangrénée par la solitude…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Le talent de Léonora Miano permet de ressentir au plus près l'étouffement étriqué dans lequel vit Antoine, si bien que j'ai quelquefois eu du mal à respirer...

 

Premières phrases :

 

« Les femmes venaient de descendre. Il les voyait depuis le balcon de la terrasse donnant sur le jardin privatif, avec ses arbustes élégamment taillés, ses toboggans et balançoires destinés aux enfants des résidents. Philomène, apercevant de loin les voitures du funiculaire qui glissaient le long du câble, avait demandé quel était cet engin. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Blues pour Elise de Léonora MIANO

Autre : Celles qui attendent de Fatou DIOME

 

Ces âmes chagrines, Léonora MIANO, Plon, août 2011, 280 p., 20 euros

 

 challenge 1% littéraire 

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Je peux le faire voyager, avis aux amateurs...

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Lisahohé de Théo ANANISSOH

Publié le par Hélène

                                                         lisahohe.jpg

 

  

L’auteur :

 

Théo Ananissoh est togolais. Il est né en 1962. Il vit en Allemagne. Lisahohé est son premier roman.

 

L’histoire :

 

Lisahohé, toute petite ville loin de la capitale d'un pays africain, au cœur d'une savane dont les fosses aux lions et les plaines aux éléphants captivent deux touristes allemandes. Un ancien ministre tout-puissant, Félix Bagamo, a été tué. Un coupable a été trouvé et arrêté ; un peu vite, sans doute. M. A. qui revient à Lisahohé après quinze années d'absence voudrait reparcourir les chemins du passé, mais le voici pris dans la logique d'une enquête involontaire. L'assassinat est-il crapuleux ? Des amis d'enfance sont-ils devenus les politiques criminels d'aujourd'hui ? Mais peut-il vraiment s'agir d'un crime politique ? Et puis, ici, qu'est-ce qu'un crime ? Le narrateur lui-même est-il innocent ?

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le rythme lancinant épouse parfaitement les errements de ce narrateur revenu dans son pays natal et à la fois avide de marcher sur les traces de son passé, mais aussi réticent par rapport à ce qu’il découvre au fil du temps. Cette hésitation incessante oscillant entre passé, présent et futur émane de chaque conversation, de chaque action de M. A.

 -          L’Afrique à la politique trouble est effleurée au fur et à mesure que l’enquête avance :

 « Les hommes sont des hommes et, en politique, le chemin n’est jamais droit ni propre. Autant d’hommes et de femmes, autant de buts, d’objectifs, de désirs, d’angoisses cachées, de complexes dissimulés ou non. Et il faut faire avec tout ça. » (p. 125)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          J’ai eu tendance à m’ennuyer à cette lecture qui a glissé sur moi telle un texte froid et sans humanité. Je n’ai pas saisi où voulait m’emmener l’auteur et j’ai de plus en plus douté avoir envie de l’accompagner dans cette aventure. Comme le livre est court, je suis allée au bout, mais à dire vrai il ne me reste pas grand-chose de cette lecture…

 

Premières phrases :

 « Avant de prendre place sur le siège qu’il m’avait indiqué, je demandai :

« Connaissez-vous l’auberge de la Savane à Lisahohé ? »

Ce fut en français.

«  C’est là que vous allez dormir ? demanda-t-il à son tour, dans son français.

-         Oui. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Ténèbres à midi de Théo ANANISSOH

Autre : L’iguifou, Nouvelles rwandaises de Scholastique MUKASONGA

 

D’autres avis :

A girl from earth, La Plume francophone , Hervé

 

Lisahohé, Théo ANANISSOH, Gallimard, Continents Noirs, 2005, 135 p., 13 euros

defi Afrika Choupynette

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Au pays des hommes de Hisham MATAR

Publié le par Hélène

                       

   ♥ ♥ ♥ ♥

À Tripoli en 1979, la société libyenne vit sous l’emprise du régime autoritaire du Muammar Kadhafi. Suleiman, neuf ans, tente de grandir dans cette atmosphère étouffante : son père est mystérieusement absent et sa mère, qu’il aime autant qu’il craint, sombre peu à peu dans l’alcool et l’angoisse, tandis que la maison se remplit de silences et de secrets.

Un jour, au cœur de la ville, Suleiman aperçoit son père dissimulé derrière de grandes lunettes noires, mais celui-ci les ignore. Dès lors, la peur s’installe : des hommes armés fouillent la maison, le père de son meilleur ami est arrêté, et sa mère brûle un à un les livres de la bibliothèque familiale, comme si un danger invisible les menaçait.

Ce que j’ai aimé :

J’ai repéré ce roman dans un article de Courrier International qui pointait les romans capables de nous en apprendre davantage sur un pays qu’un documentaire. Et en cela, ce roman est effectivement remarquable. En choisissant d’adopter le point de vue du jeune Suleiman, l’auteur parvient à créer une tension implicite plus forte que toutes les explications. Le lecteur adulte peut combler à sa manière les blancs inhérents à l’histoire et découvrir ainsi de multiples ramifications à ce roman qui ne parle pas seulement de la Libye de Kadhafi et des régimes totalitaires, mais qui interroge aussi le courage, la traîtrise, l’amour d’une mère. Il évite le pathos toujours grâce au point de vue de cet enfant un brin égoïste, qui aimerait être le centre du monde, mais sent qu’on lui cache des choses importantes.

« De la sollicitude. Je pense que c’est ce que je cherchais désespérément. Une sollicitude chaude, stable, immuable. En un temps de sang et de larmes, dans une Libye pleine d’hommes couverts d’hématomes et maculés d’urine, taraudée par le manque et désireuse de se libérer, j’étais cet enfant ridicule en quête e sollicitude. Et même si je n’y songeais pas en ces termes à l’époque, l’auto-apitoiement avait viré à la détestation de soi. » (p. 227)

Si bien que pages après pages, ce roman réussit le rare challenge de devenir universel, et de s’intégrer majestueusement dans la lignée des chefs d’œuvre de la littérature.

 

Publié dans Littérature Afrique

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Disgrâce de J.M. COETZEE

Publié le par Hélène

disgrace

 

 

♥ ♥ ♥

 Booker Prize, 1999

Commonwealth Prize

National Book Critics Circle Award

Prix du meilleur livre étranger, 2002


L’auteur :

 

John Maxwell Coetzee est un romancier et professeur en littérature sud-africain. Il est lauréat de nombreux prix littéraires dont le prix Nobel de littérature en 2003.

 

L’histoire :

 

David Lurie, 52 ans, deux fois divorcé, enseigne à l’université du Cap. Une jeune étudiante, parmi ses nombreuses conquêtes, finit par l’accuser de harcèlement sexuel. Contraint à la démission, David se réfugie auprès de sa fille, Lucy, qui vit dans une ferme isolée. Mais les temps ont changé et sa retraite vire au drame. La bourgeoisie sud-africaine doit payer pour les crimes de l’apartheid…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         JM Coetzee peint avec subtilité le portrait d’un homme déchu, placé en statut de « disgrâce ». David Lurie n’est pas un héros classique doté de toutes les qualités requises pour que le lecteur puisse d’identifier à lui ou rêver d’atteindre sa perfection. C’est un être humain, contradictoire, borné quelquefois, intelligent souvent, lâche à l’occasion, tendre si besoin est. Comme le Lucifer de Byron, il se laisse mener par les forces obscures du désir :

 

 «  Bien ou  Mal, il fait ce qu’il a envie de faire. Il n’agit pas selon un principe, il obéit à des impulsions, et l’origine de ses impulsions lui est obscure. (…) Et Byron, en fin de compte, nous donne à penser qu’il sera impossible de l’aimer, au sens le plus profond, le plus humain du terme. Il sera condamné à la solitude. » (p. 44)

 

Il plaide coupable quand on l’accuse, s’affichant alors là où on ne l’attend pas :

 

« Nous vivons une époque de puritanisme. La vie privée des uns est l’affaire de tous. La luxure est respectable, la luxure et la sentimentalité. Ils voulaient du spectacle : que je batte ma coulpe, des remords, des larmes si possible. Un programme de télé, en somme. Je ne leur ai pas donné ce plaisir. » (p. 84)

 

Un être désespérement seul malgré ses efforts pour se rapprocher de sa fille.  

 

-         Là est la puissance des romans de JM Coetzee : savoir nous offrir une vision du monde et des humains qui n’est pas manichéenne. Ses personnages sont comme jetés, désoeuvrés, dans un monde qu’ils tentent d’habiter au mieux, dotés de qualités et de défauts profondément humains.

 

« Mais moi, je dis que tous autant que nous sommes nous regrettons ce que nous avons fait quand nous nous faisons prendre. C’est alors qu’on regrette. Mais la question n’est pas de savoir si l’on regrette. La question est de savoir ce qu’on a appris. La question est de savoir ce qu’on va faire maintenant qu’on regrette. » (p. 207)

 

- Sa réflexion sur l’Afrique du Sud, pays meurtri, est tout aussi nuancée.  Il évoque les séquelles de l’apartheid sans aucun parti pris.

 

 « Ce qu’il y a  doit circuler pour que tout un chacun ait l’occasion de connaître le bonheur le temps d’une journée. (…) c’est ainsi qu’il faut voir la vie dans ce pays : sous son aspect schématique. Sinon on pourrait devenir fou. » (p. 120)

 

-         Par touches, il laisse planer cette insécurité permanente des afrikaners condamnés à souffrir pour expier crimes du passé

 

« - C’est l’histoire qui s’exprimait à travers eux, offre-t-il enfin comme explication. Une histoire de torts longuement subis. (…)

-         Ca ne rend pas les choses plus faciles. Je reste en état de choc, je ne reprends pas le dessus, je veux dire le choc d’être objet de haine, dans l’acte même. » (P. 188)

 

-         Un grand roman qu’il faut lire pour découvrir cet auteur sud-africain hors du commun.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Rien.

 

Premières phrases :

 

« Pour un homme de son âge, cinquante-deux ans, divorcé, il a, lui semble-t-il, résolu la question de sa vie sexuelle de façon plutôt satisfaisante. Le jeudi après-midi il prend sa voiture pour se rendre à Green Point. A deux heures pile il appuie sur le bouton de la porte d’entrée de Windsor Mansions, il donne son nom et il entre. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : L’été de la vie de John Maxwell COETZEE

 Autre : Cette vie de Karel SCHOEMAN

 

 D’autres avis :

 

Lecture commune avec Zarline et Keisha

 Ys

 

Disgrâce, JM COETZEE, Traduit de l’Anglais (Afrique du sud) par Catherine Lauga du Plessis, Seuil, août 2001, 256 p., 19 euros

Disgrâce, JM COETZEE, Traduit de l’Anglais (Afrique du sud) par Catherine Lauga du Plessis, Points, octobre 2002, 274 p., 7 euros

 

defi Afrika Choupynette 

Publié dans Littérature Afrique

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Une si longue lettre de Mariama BA

Publié le par Hélène

 

 

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  ♥ ♥ ♥

Un très beau destin de femme.

  

L’auteur :

 Mariama Bâ est née en 1929 au Sénégal. Diplômée de l'Ecole normale en 1947, elle enseigne douze ans durant avant d'être affectée à l'inspection régionale. Militante des droits de la femme, mère de neuf enfants, elle écrit en 1979 "Une si longue lettre". Elle est morte en 1981, ayant achevé son second roman.

 

L’histoire :

 L'auteur fait parler une femme du Sénégal, Ramatoulaye Fall qui écrit à une amie de jeunesse, Aïssatou Ba. A travers le quotidien qu'elle lui conte, c'est toute l'existence des femmes africaines qui se trouve dévoilée. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 -          Mariama Bâ nous offre avec cette longue lettre le portait vivant d'une femme africaine qui prend sa vie en mains.

 « Pour vaincre la détresse quand elle vous assiège, il faut de la volonté. Quand on pense que chaque seconde écoulée abrège la vie, on doit profiter intensément de cette seconde, c’est la somme de toutes les secondes perdues ou cueillies qui fait les vies ratées ou réussies. Se muscler pour endiguer les désespoirs et les réduite à leurs justes proportions ! » (p.81)

 -         La polygamie est au centre des préoccupations de ces femmes pour qui ce mode de fonctionnement ancestral n'est pas sans difficultés :

 «  Tu oublies que j’ai un cœur, une raison, que je ne suis pas un objet que l’on se passe de main en main. Tu ignores ce que se marier signifie pour moi : c’est un acte de foi et d’amour, un don total de soi à l’être que l’on a choisi et qui vous choisi. (J’insistais sur le mot choisi.) (p. 110)

 -          Mais au-delà de cette tradition avilissante pour la femme, c'est le statut global de la femme africaine, et de la femme en général qui est ici évoqué :

 «  La femme ne doit plus être l’accessoire qui orne. (…) la femme est la racine première, fondamentale de la nation où se greffe tout apport, d’où part aussi toute floraison. Il faut inciter la femme à s’intéresser davantage au sort de son pays. » (p. 116)

 -          Une si longue lettre est un court récit magnifiquement bien mené, un roman qui pose les bonne questions et les laissent planer lumineusement en notre esprit. 

 

Ce que j’ai moins aimé :

  - Rien.

 

Premières phrases :

« Aïssatou,

J’ai reçu ton mot. En guise de réponse, j’ouvre ce cahier, point d’appui dans mon désarroi : notre longue pratique m’a enseigné que la confidence noie la douleur.

Ton existence dans ma vie n’est point hasard. »

 

Vous aimerez aussi :

Celles qui attendent de Fatou DIOME

 

Une si longue lettre, Mariama BA, Le serpent à plumes, 2001, 164 p., 7 euros

 

 defi Afrika Choupynette

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La cruche cassée de Hayat EL YAMANI

Publié le par Hélène

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L’auteur :

 

Hayat El Yamani est d’origine marocaine mais vit et travaille en France. La cruche cassée est son premier roman.

 

L’histoire :

 

Dounia revient dans son village natal, au Maroc, pour assister aux funérailles de Yemma, l'aïeule de la famille. Elle renoue avec un univers radicalement autre, dont le deuil accentue la singularité. D'abord spectatrice, Dounia, qu'on surnomme « l'Européenne », prend conscience, à la vue du corps de la vieille dame, de l'impact que cette mort a sur elle. La distance s'amenuise. Au fil des jours et des rituels, hommes et femmes se confient à elle, comme Yemma aimait à le faire. Son sentiment de différence s'efface, facilité en cela par la promiscuité féminine permanente, de la maison au hammam. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Hayat El Yamani nous offre une peinture vivante de cette communauté marocaine au travers de courtes scènes liées au deuil de Yemma. Ses souvenirs affluent également, faisant revivre cette grand-mère aimante.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          J’ai trouvé cette histoire relativement banale. Le style est passe-partout, les scènes décrites n’ont rien d’original, et le choix même d’égrener les souvenirs sous forme de journal intime, au jour le jour, est assez facile. Je pense que quiconque qui sait un tant soit peu écrire et qui aurait vécu une expérience similaire, aurait été capable d’écrire ce roman…

 

Premières phrases :

 

« Il est minuit. Grand-mère est morte. Je suis dans ma voiture, mon micro-ordinateur sur les genoux. En l’allumant, j’ai la sensation de me raccorder à moi-même et j’ouvre mon « fichier-journal », guidée par le besoin impérieux de canaliser le flux de mes pensées. Il a pris un cours nouveau ce matin à dix heures, lorsqu’une voix que je n’ai pas us identifier au téléphone m’a présenté ses condoléances. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Une si longue lettre de Mariama BA

 

 

La cruche cassée, Hayat EL YAMANI, Editions Anne Carrière, janvier 2011, 211 p., 17 euros

 

Merci à Julia Gallet des Editions Anne Carrière.

 

defi Afrika Choupynette

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