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litterature amerique du sud

La femme qui pleure de Zoé VALDES

Publié le par Hélène

"La littérature, vous devez le savoir, est un mensonge qui raconte la vérité." 

Zoé Valdès s'intéresse ici à Dora Maar, photographe et peintre surréaliste connue surtout pour avoir été la maîtresse de Picasso, celle qu'il a peinte sous les traits de "la femme qui pleure" 

La femme qui pleure Picasso

Zoé Valdés met l'accent sur une période bien précise de la vie cette "femme qui pleure" : quelques années après sa rupture avec Picasso, Dora Maar décide de passer quelques jours à Venise aux côtés de ses amis James Lord et Bernard Minoret deux écrivains homosexuels. Au retour de ce voyage, elle se retirera du monde pour vivre mystique et recluse dans son appartement parisien. Ce voyage intéresse l'auteure car il fut le dernier moment de bonheur de Dora. 

Après neuf années de passion destructrice, neuf ans ponctués de dépression, d'enfermement en asile psychatrique, Dora sort profondément marquée par cette relation qu'elle ne pourra jamais effacer de son esprit : 

"Elle l'avait conquis et lui, il l'avait soumise, pour la peindre, l'illuminer sur la toile et l'étouffer dans la vie." p. 189

"Ce que Picasso demandait aux femmes, ce qu'il réclamait de nous, c'était justement de renoncer au conventionnel, de renverser les barrières, de cesser d'être des femmes pour devenir des oeuvres d'art. Pour lui, nous devions danser pieds nus sur des rochers pointus, nous entaillant, saignant sauvagement." p. 234

Picasso apparaît comme un être tyrannique sans coeur, adepte des orgies sadiennes, et Dora semble être une victime prise dans les rets de cet homme qu'elle admire et aime profondément. Des aspects encore plus sombres du célèbre peintre apparaissent au fil des pages comme sa réaction quand Max Jacob, enfermé dans les camps lui demandera de l'aide en vain : "il tarda et ne fit rien". 

C'est ainsi un portrait controversé de l'artiste que présente Zoé Valdès en contrepointe, même si son sujet était avant tout Dora Maar. Une fois encore Dora est résumée à sa relation avec Picasso, présentée comme une femme larmoyante qui ne peut se détacher de son puissant amour. Ces partis pris peuvent déranger le lecteur, qui ressent les hésitations de l'auteure naviguant dans le flou de témoignages divers et variés. De plus, la mise en scène de l'auteur en train d'écrire et de faire ses recherches brouille les pistes, apportant davantage de flou au roman. En résulte l'impression que Zoé Valdès n'a pas grand chose à dire de neuf ou mieux sur le sujet, elle  tourne en rond et n'a finalement pas percé le "mystère" de Dora et de ce voyage à Venise...

Dora Maar par Man Ray

 

Présentation de l'éditeur :  Arthaud 

D'autres avis : Babélio ; Alice 

Vous aimerez aussi : Moi, Dora Maar de Nicole Avril

 

La femme qui pleure, Zoé Valdès, traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan, Arthaud, septembre 2015, 414 p., 22.50 euros

 

Reçu dans le cadre d'une opération Masse Critique organisée par Babélio

tous les livres sur Babelio.com
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Les nuits de laitue de Vanessa BARBARA

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Ada vient de mourir laissant son mari Otto démuni dans un entourage qu'il ne comprend pas forcément. Il faut dire que si Ada se fondait à merveille dans ce quartier peuplé de personnages décalés, Otto, quant à lui peine à comprendre les délires des uns et des autres. Il écoute distraitement Nico, le préparateur en pharmacie lui décrire par le menu tous les effets indésirables les plus étonnants des médicaments :

"En tous cas, ce médicament provoque des démangeaisons terribles. Avec ou sans éruption cutanée. Du coup, vous prenez un truc pour atténuer les démangeaisons et vous vous retrouvez avec un glaucome. ALors vous appliquez un collyre pour traiter le glaucome et voilà que vos yeux bleus deviennent marron. Je vous jure ! Certaines gouttes augmentent la pigmentation de l'iris. Imaginez un peu le drôle d'effet. Ah, et votre peau peut aussi devenir légèrement bleutée, surtout si vous vous exposez au soleil." p. 32

Il peste contre Anibal le facteur qui  aime se tromper dans sa distribution de courrier pour créer du lien social, il observe avec méfiance ses voisines Iolanda et ses chihuahuas hystériques, et Mariana, l'anthropologue chevronnée. Il s'entendait bien avec Monsieur Taniguchi un centenaire japonais persuadé que la Seconde guerre mondiale n'est pas terminée et qu'on lui ment, jusqu'à ce que la folie du vieil homme le rattrape.  Ada et sa vivacité virevoltante lui manque, elle qui prenait soin de son entourage avec amour, et aimait partager avec lui reportages animaliers, orgie de chou-fleurs et tisane de laitue pour soigner les insomnies.

Désoeuvré, Otto observe son entourage de loin, et comme il lit beaucoup de romans noirs, il se persuade qu'on lui cache des choses.

Truffés de trouvailles rocambolesques ce petit roman possède un charme indéniable. Comme Nico, le lecteur est tenté de compter ses doigts pour vérifier qu'il est bien dans la réalité tant les évènements et personnages dépassent l'entendement. Le décalage entre le bougonnement incessant de Otto et la fraîcheur des autres habitants du quartier accentue encore la folie de ce petit monde. 

Cocasse, drôle, Vanessa Barbara est parfaite dans sa première partie. Pourquoi avoir voulu coller une pseudo intrigue policière par la suite, comme si la description de ce petit monde atypique ne se suffisait pas en soi ? Cet aspect pollicier est comme adjoint artificiellement à l'intigue et n'adhère pas harmonieusement au roman. 

Passé cette petite réserve, il n'en reste pas moins que Les nuits de laitue est un roman à savourer absolument pour son originalité optimiste ! 

 

Présentation de l'éditeur : Zulma 

D'autres avis : Ollie ; Nadael ; Cathulu

 

Les nuits de laitue, Vanessa Barbara, premier roman traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, Zulma, août 2015, 224 p., 17.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

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L'Ouzbek muet et autres histoires clandestines de Luis SEPULVEDA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Parce qu'il fallait se battre coûte que coûte, parce que aimer la vie signifiait résister, au Chili dans les années 60, tous les jeunes étaient révolutionnaires. Toujours courageux, quelquefois ingénieux, souvent imprudents, ils créaient des groupes, quitte à n'être que deux, et se lançaient à coeur et corps perdu dans la lutte pour ébranler le pouvoir en place. Comme les Farch, ce groupe de quatre jeunes gens qui décident de braquer une banque : "ou d'exproprier au nom du peuple les biens accumulés par la bourgeoisie, après une lecture passionnée de Que faire ? de Lénine et un coup d'oeil sur la réalité environnante. (...) L'heure était venue pour les FARCH de répondre "Présent !" dans le panorama insurectionnel du cône Sud Latino-américain." p. 39 A peine sorti de l'adolescence, El Flaco, l'un d'eux chante Blue velvet pendant l'attaque de la banque, pour apaiser les tensions (sic) mais aussi parce qu'il saisit là sa seule chance d'avoir un vrai public ! D'autres décident de placer des bombes dans des statues-lions, avant de se rendre compte que ce sont des trompe-l'oeil. Leur enthousiasme n'a d'égal que leur maladresse ! 

Dans ces nouvelles clandestines, on rencontre le Che, des condors fuyants, des chanteurs attendant leur heure de gloire, des activistes à l'instinct maternel très développé...

Mais derrière l'humour et la tendresse que Sepulveda éprouve envers ces jeunes têtes brûlées, se cache de beaux portraits d'hommes sincères et profondément humains : "Camilo s'appelait José Ramon Ramirez Candia? Il était né à Curico en 1948 dans une famille modeste et avait étudié la mécanique aux Arts et Métiers? Anna connaissait sa vie dans les moindres détails. Il n'était ni ombrageux ni orgueilleux et peu lui importait que les autres Chiliens comprennent ou non qu'il ne se battait pas pour la liberté mais pour ne pas oublier qu'il était un homme libre, qu'il ne se battait pas pour la justice, mais pour ne pas oublier qu'il était un homme juste." 

Un bel hommage rendu au temps où on pouvait rêver "d'être jeune sans en demander la permission."  

 

Présentation chez Métailié 

Du même auteur :  Le vieux qui lisait des romans d’amour ;  Dernières nouvelles du Sud  ; Ingrédients pour une vie de passions formidables

D'autres avis chez Yves Jostein 

 

L'ouzbek muet, Luis Sépulveda, traduit de l'espagnol (Chili) par Betille Hausberg, Métailié, 2015, 132 p., 16 euros

 

Merci à l'éditeur.

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La belle amour humaine de Lyonel TROUILLOT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"La vie n'est jamais rien qu'un ouvrage collectif." 

Ce que j'ai aimé :

Dans un taxi, la jeune Anaïse se dirige vers un village côtier d'haItien, Anse-à-Fôleur sur les traces de son père qu'elle a à peine connu. Elle cherche aussi à comprendre certaines pages opaques de son histoire familiale liées à son grand-père, Robert Montès qui a péri dans l'incendie de sa villa. Pour l'accompagner dans son voyage, Thomas, lui-même issu du petit village. Thomas qui va monologuer pendant ce voyage pour présenter à Anaïse ce qu'elle doit savoir, ou ne pas savoir du passé du village, de son pays... 

S'il commence par critiquer de la condescendance des pays riches, l'arrogance des riches touristes et des profiteurs en tous genres, il va amener la jeune femme à s'interroger plus largement sur le sens de la vie, sur sa présence au monde. A travers son monologue, il demande une écoute, un partage. Comment  en effet vivre ensemble, quel sens donner à sa présence au monde sinon celui de la solidarité, de l'amour du prochain ?

"Laissez les choses à leur mystère. Maintenant que je ne vois plus, je ne trouve pas meilleur usage de ma présence au monde que de regarder par le fenêtre. Oui, deux hommes sont morts, deux maisons ont brûlé. Mas est-ce là le plus important ! Un jour, vous aussi vous mourrez. Quand viendra l'heure, posez-vous la question qui compte : "Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ?" Si la réponse est non,  ce sera trop tard, pour vous plaindre comme pour changer. Alors n'attendez pas. Les circonstances de la mort n'offrent pas de clé pour commprendre. La mort demeure pour le vivant la plus banale des occurences, la seule qui soit inévitable. La mort ne nos appartient pas, puisqu'elle nous précède. Mais la vie..." p. 25

"Mais je pense que le problème avec les causes et les motivations, ce n'est pas de n'en avoir adopté aucune quand on avait vingt ans, c'est de les perdre à quarante." p. 140

Lyonel trouillot fait preuve ici d'un art du conteur alliant lyrisme et puissance de l'écriture. A la question de l'utilité de sa présence au monde, il alui-même répondu : "Essayer d'être utile, un peu. J'aime cette idée de l'individu devenant un "aide-bonheur" pour les autres, à charge de réciprocité." (source : Mandor)

Ce que j'ai moins aimé :

- Le style est quelque peu déroutant au début puisqu'il s'agit d'un long monologue, mais une fois entré en ces pages, on ne peut qu'être envoûté...

Présentation de l'éditeur :

Actes Sud 

Vous aimerez aussi :

Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain

D'autres avis :

Babélio

 

La belle amour humaine, Lyonel Trouillot, Actes Sud, 2011, 169 p., 17 euros

 

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Ingrédients pour une vie de passions formidables de Luis SEPULVEDA

Publié le par Hélène

                             

♥ ♥

"Narrer...résister"

Ce que j'ai aimé :

Au gré de courts chapitres, Luis Sepulveda évoque ici ses souvenirs d'enfance, ses luttes pour les travailleurs, son amour pour la littérature, pour son pays, ses désillusions...

Il témoigne notamment de son admiration pour Salvator Allende, pour son pays natal le Chili, pour son pays d'adoption l'Espagne, bref de son amour inconditionnel pour le Sud. Il dénonce les dérives financières avant la crise, les spéculateurs, et fait preuve d'un engagement qui fait partie de lui-même, pour lui qui ne comprend pas ses amis qui se désintéressent de la politique. Il convoque à ses côtés les personnes qu'il admire : Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez (Gabo), Tonino Guerra grand scénariste italien et mondial, et nous livre les déambulations de ses réflexions au fil du temps et des pages.

"Il m'est particulièrement difficile d'imaginer une littérature où le conflit entre l'homme et ce qui l'empêche d'être heureux serait absent. Je ne pourrais m'attaquer à la littérature, à l'écriture, sans la conscience d'être la mémoire de mon pays, de mon continent et de l'humanité." p. 21

Il veut témoigner à tout prix, pour ceux qui ne peuvent pas, pour les faibles, pour les muets, pour les morts... Quand il visite le camp de concentration de Bergen-Belsen il lit ces mots :

"Dans un coin de Bergen-Belsen, près des fours crématoires, quelqu'un, je ne sais qui ni quand, a écrit des mots qui sont la pierre angulaire de mon moi d'écrivain, l'oriigne de tout ce que j'écris. Ces mots disaient, disent et diront tant qu'existeront ceux qui s'obstinent à bafouer la mémoire : "J'étais ici et personne ne racontera mon histoire."

Je me suis agenouillé devant ces mots et j'ai juré à celui ou celle qui les avait écrits que je raconterais son histoire, que je lui donnerais ma voix pour que son silence ne soit plus une lourde pierre tombale, celle du plus infâme des oublis. Voilà pourquoi j'écris." p. 22

Certains textes sont plus comiques, comme "La première cigarette" racontant son expérience avec une jeune fille qui refuse de l'embrasser sous prétexte que ce n'est guère hygiénique...

"Tout en tirant sur ma cigarette, j'ai compris que la vie était complexe, que tout était complexe, même l'amour et les bactéries." (p. 105)

En filigrane apparaît l'homme Sepulveda, page après page, anecdote après anecdote, se profile un homme généreux, profondément humain, engagé, passionné jusqu'au bout de ses expériences...

Ce que j'ai moins aimé :

- Un peu décousu, nous passons de considérations politiques, économiques à des souvenirs d'enfance. Il manque une cohérence pour moi, un fil conducteur que ne fournit malheureusement pas le titre (en sachant que le titre original était "Escrituras en tiempos de crisis ")

Premières phrases :

"J'ai six enfants, cinq enfants et une fille, tous adultes, ils m'ont fait cinq fois grand-père et, quand je parviens à réunir toute la famille autour de la table, j'aime qu'ils m'appellent viejo."

Présentation de l'éditeur :

Metailié 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le vieux qui lisait des romans d'amour ; Dernières nouvelles du Sud

D'autres avis :

Marilyne

 

Ingrédients pour une vie de passions formidables, Luis Sépulveda, traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, Métailié, avril 2014, 144 p., 16 euros

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La recette magique de tante Palma de Francisco AZEVEDO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Quels sont les ingrédients pour une famille unie ?

L’auteur :

 Romancier, dramaturge, scénariste et poète, Francisco Azevedo (Rio de Janeiro, 1953) a aussi travaillé pour le cinéma et la télévision. Nombre de ses pièces de théâtre - Unha e carne, Coraçao na boca, A casa de Anais Nin- ont connu un grand succès. O arroz de Palma (La recette magique de tante Palma), son premier roman, est un best-seller au Brésil. (Source : babélio)

 

L’histoire :

  Tante Palma était une sorte de mère. C'est la première féministe que j'ai connue. Elle disait que "célibataire" n'était pas un état civil mais un état de grâce. »

Au beau milieu de la grande cuisine familiale de la fazenda, Antonio attend l'arrivée de son arrière-petit-fils. Son esprit s'envole, les souvenirs l'assaillent. Tante Palma surgit.
Jeune, audacieuse, indépendante, elle captive ses neveux et nièces. Un véritable théâtre à elle seule, créant chaque jour la surprise. À commencer par cet étrange cadeau de mariage qui rythmera les joies et désespoirs de toute la famille sur quatre générations : le riz ramassé sur le parvis de l'église, le jour du mariage de José et de Maria Romana. Qui aurait pu imaginer que, presque cent ans plus tard, leur fils Antonio serait encore en train de cuisiner ce riz aux vertus saisissantes... (Source : éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 Pour faire une famille, il faut savoir être un cuisinier hors pair tant l'alliance des ingrédients est délicate. Antonio l'a bien compris, lui qui a été attentif toute sa vie à sa famille et à son union ou désunion. A quatre vingt huit ans, il se souvient de ses efforts, et évoque avec tendresse et bienveillance sa tante Palma, pilier de la famille, philosophe et magicienne à ses heures. 

« Ce que je peux dire, moi, cuisinier vétéran, c’est que, même si cela manque d’inspiration, même si cela est insipide, la famille est un plat que vous devez tenter de faire et de goûter. Si vous pouvez le savourer, savourez-le. »

 « Créateurs de nous-mêmes, nous nous inventons et réinventons sans trêve, au quotidien. A chaque expérience, bonne ou mauvaise, naît un autre moi dont nous sommes l’auteur. Le talent est donné à tous, sans exception. Par instinct et par vocation, nous tous nous concevons, nous esquissons, nous mettons au propre et nous présentons au public dans la version que nous jugeons la moins mauvaise la plus convaincante. »

Antonio nous donne une magnifique leçon de vie et d'amour, sans pour autant occulter ses propres errements et erreurs. 

Pour une fois un roman sans catastrophes, sans pathos excessif, juste la vie, comme elle va, de la vie à la mort, avec ses naissances, ses mariages, ses disputes, ses mésententes, ses réconciliations, ses apprentissages au fil des années.  

Un doux récit nostalgique agréable. 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -Rien 

  Premières phrases :

 « Me voici dans la fazenda. Me voici dans la cuisine, à quatre heures et quelque du matin. Isabel dort, le soleil tarde. Me voici, un vieillard de quatre-vingt-huit ans. Pour les plus jeunes, Grand père éternel, celui qui n’a pas eu de début et n’aura pas de fin, celui qui est venu au monde avec ce visage ridé. »

 

Vous aimerez aussi :

Chocolat amer de Laura ESQUIVEL 

 

D’autres avis :

 Lecture commune avec Loo

 

 

La recette magique de Tante Palma, Francisco Azevedo, traduit du portugais (Brésil) par Daniel Matias, Autrement, janvier 2014, 21 euros

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Une ardente patience (Le facteur) d’Antonio SKARMETA

Publié le par Hélène

                                             

♥ ♥ ♥ ♥

L’auteur :

Écrivain et scénariste chilien.

Né en 1940 à Antofagasta (Chili), dans une famille d'origine dalmate, Esteban Antonio Skármeta Vranicic a été élevé par ses grands-parents, très pauvres. Il fait néanmoins des études universitaire, d'abord à Santiago, puis à l'université de Columbia (1964-1966), qu’il achève par un mémoire sur l'écrivain Julio Cortázar. En 1967, il publie un premier recueil de nouvelles El entusiasmo, puis un deuxième en 1969. Il doit s'exiler en 1973 à la suite du putsch du général Pinochet. Depuis, il a vécu aux États-Unis et en Europe, en particulier en Allemagne. Scénariste pour le cinéma et la télévision, il a enseigné à l'Institut du cinéma de Berlin.

De 2000 à 2003, Antonio Skármeta est ambassadeur du Chili en Allemagne. Il est surtout connu hors de son pays pour être à l'origine du film qui connut un succès mondial Le facteur (Il Postino), avec Philippe Noiret dans le rôle de Neruda et Massimo Troisi dans celui du facteur, une adaptation de son roman Une ardente patience. En France, sa notoriété a été confortée par l'obtention du prix Médicis du roman étranger pour La noce du poète (2001). En 2006, Antonio Skármeta a reçu le prestigieux prix Flaiano pour l'ensemble de soir œuvre. (Source : Bibliomonde)

 

L’histoire :

Dans son refuge de l'Ile Noire, Pablo Neruda est l'unique client du facteur Mario Jimenez. ces rapports se changent en amitié, et Mario Jimenez demande à Neruda de lui enseigner l'art de la poésie afin de conquérir l'amour de la fille de la patronne de l'auberge, la belle adolescente beatriz Gonzalez. Le poète l'aide, mais la mère de Beatriz, Mme Rosa, se méfie de la poésie, et son pragmatisme terre à terre s'oppose à la romance. Les amoureux gagnent : Allende aussi. celui-ci nomme Neruda ambassadeur à Paris. le roman suit la trajectoire ascendante de l'unité populaire jusqu'à la tragédie finale ; la mort du poète; du président et de la démocratie chilienne.

Le film du cinéaste anglais, Michael Radford, Le facteur, adapté du roman Une ardente patience, est un hommage à Pablo Neruda, rôle tenu par Philippe Noiret mais aussi au comédien Massimo Troisi, le Facteur, très populaire en Italie, mort en 1994.  

Ce que j’ai aimé :

 Parce qu'il aimerait séduire la belle Beatriz, Mario, facteur attitré de Pablo Neruda, va demander au célèbre poète de l'initier à la poésie et à la littérature. Car pour lui le pouvoir des mots est infini, et maîtriser l'art des métaphores est pour lui un gage de réussite dans sa conquête amoureuse."- Cela fait plusieur mois qu'un dénommé Mario Jimenez rôde autour de mon auberge. Ce monsieur s'est permis des insolences à l'égard de ma fille qui a à peine dix-sept ans.

- Que lui a-t-il dit ?

La veuve cracha entre ses dents :

- Des métaphores.

Le poète avala sa salive.

- Et alors ?

- Et alors, don Pablo, avec ses métaphores, il a rendu ma fille plus chaude qu'un radiateur.

- Mais, madame Rosa, nous sommes en hiver.

- Ma pauvre Béatriz se consume complètement pour ce facteur. Un homme dont le seul capital est constitué des champignons qu'il traîne entre ses doigts de pieds. Seulement, si ses pieds sont un bouillon de culture, sa bouche, elle , elle  est fraîche comme une laitue et entortillée comme une algue. Et le plus grave, don Pablo, c'est que les matéphores avec lesquelles il a séduit mon enfant, il les a copiées sans vergogne dans vos livres.

- Non !

- Si ! Il a commencé par parler innocemment d'un sourire qui était un papillon. Mais après, il lui a dit carrément que sa poitrine était un feu à deux flammes.

- Et cette image, il l'a employée de façon visuelle ou tactile ? s'enquit le poète.

- Tactile, répondit la veuve. Du coup, je lui ai interdit de sortir de la maison jusqu'à ce que monsieur Jimenez ait décampé. Vous trouverez peut-être ça cruel de la séquestrer ainsi, mais voyez vous-même ce poème que j'ai trouvé tout froissé au fond de son soutien-gorge.

- Au fond de son soutien-gorge ? Et il n'était pas roussi ?"

Antonio Skarmeta insiste sur le lien profond entre la poésie et les femmes, quelquefois muses comme Beatriz - du même nom que la muse de Dante - 

L'évocation de la Beatriz de Mario est prétexte à des pages érotiques particulièrement remarquables. 

Une toile de fond historique tapisse le récit : le roman s’ouvre en 1969, année qui voit l’avènement d’une république socialiste démocratique au Chili, avec l’élection de Salvador Allende, et se clôt peu après le 11 septembre 1973, date du coup d’État du général Pinochet.
Un hymne à l'amour et à la poésie à savourer ! 

  le-facteur.jpg

Ce que j’ai moins aimé :

 - Rien.

Premières phrases :

 « En janvier 1969, deux motifs, l’un trivial et l’autre heureux, amenèrent Mario Jimenez à changer d’emploi. Le premier fut son absence de goût pour les corvées de la pêche qui le tiraient du lit avant le lever du soleil et presque toujours au moment où il était en train de rêver d’amours audacieuses en compagnie d’héroïnes qui rivalisaient d’ardeur avec celles qu’il pouvait voir sur l’écran du cinéma de San Antonio. »

 Vous aimerez aussi :

 adaptation filmique,Le Facteur de Michael Radford

 D’autres avis :

 Marilyne

 

Une ardente patience (Le facteur), Antonio Skarmeta, traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero, Points, 5.50 euros

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Luz ou le temps sauvage de Elsa OSORIO

Publié le par Hélène

luz ou le temps sauvage

♥ ♥ ♥ ♥

"Un roman bouleversant et implacable" (Télérama)

 

L’auteure :

  http://www.elsaosorio.com

 

Ce que j’ai aimé :

 

Argentine. Années 70. Des militaires chargés de nettoyer le pays des subversifs, des enfants désirés tombés du ciel, une famille complice et aveugle à la fois, la famille des enfants volés qui cherchent les enfants, et au milieu de cet inextricable situation, des enfants, qui grandissent au sein de familles qui ne sont pas la leur, et qui peuvent à un moment ou un autre se poser la question nébuleuse de leurs origines. Luz est une de ces femmes au destin atypique et tragique, enlevée à sa naissance à sa mère emprisonnée par une famille de militaires. Elle raconte ici son histoire, de sa naissance jusqu’à la recherche de ses origines.

La narration est très vivante : à la première personne, elle entremêle les époques, l’époque actuelle avec une Luz adulte maman d’un petit garçon, et l’histoire de ses parents, les vrais, et les adoptifs. Parallèlement, elle raconte aussi le destin de Miriam, une jeune femme qui a joué un rôle non négligeable dans son histoire. Ce faisceau d’histoires rend le récit dense et profond.

Elsa Osorio est une ancienne opposante à la dictature en Argentine et elle s’intéresse ici aux grand-mères de la place de mai, à ces mères et grands-mères qui recherchent les bébés kidnappés pendant la dictature pour enfin faire la lumière sur une vérité latente violente et meurtrière. Par le biais d’un personnage romanesque fort, elle dénonce cette dictature et insiste sur l'importance pour ces enfants de connaître leurs origines pour se construire une identité propre dans la vérité et vivre ensuite apaisé et en cohérence avec eux-mêmes. Pour ne pas être des ombres, la vérité doit être faite.

500 bébés ont été volés pendant la dictature, 300 d’entre eux connaissent leur situation d’enfants volés, mais seuls 70 connaissent leur origine exacte.

 

grands-meres.jpg

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

L’ensemble est peut-être un peu faible psychologiquement parlant, et le style reste assez basique, mais l’histoire nous emmène tellement facilement au cœur de cette période sombre de l’histoire argentine que ces petits défauts s’estompent au fur et à mesure pour ne laisser en tête que la profondeur et la gravité du thème.

 

Premières phrases :

 

« Luz, Ramiro et leur fils Juan arrivèrent à l’aéroport de Barajas à sept heures du matin d’un jeudi chaud. Dans le taxi qui les conduisait à l’hôtel, Luz leur parla de la Plaza Mayor, des ruelles étroites et mystérieuses, des bars ouverts à toute heure, des femmes au regard hautain qui dansent avec leurs mains comme des oiseaux inquiets. Tu vas adorer le flamenco, Ramiro, et toi Juan je vais t’emmener au parc de Retiro. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Tango

Autre :  Mapuche de Caryl FEREY

 

D’autres avis :

 

Papillon ; AlfieSylire 

 

 

Luz ou le temps sauvage, Elsa Osorio, traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry, Métailié, novembre 2002, 364 p., 12 euros

Poche : en Points 8 euros

 

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Des nouvelles du Mexique sélectionnées et présentées par François GAUDRY

Publié le par Hélène

des nouvelles du mexique

♥ ♥ ♥

 Les auteurs :

Jorge IBARGÜENGOITIA - José de la COLINA - José AGUSTIN - Antonio SARABIA - Luis Arturo RAMOS - Guillermo SAMPERIO - Elmer MENDOZA - Paco Ignacio TAIBO II - Eusebio RUVALCABA - Alberto RUY SANCHEZ - Daniel SADA - Mónica LAVIN - Fabio MORABITO - Juan VILLORO - Xavier VELASCO - Enrique SERNA - Mauricio MOLINA - Mario BELLATIN - Ana GARCIA BERGUA - Rosa BELTRAN - Ana CLAVEL - David TOSCANA - Guillermo FADANELLI - Mario GONZALEZ SUAREZ - Eduardo Antonio PARRA - Eloy URROZ - Ignacio PADILLA - Jorge VOLPI - Alvaro ENRIGUE - Fernando de LEON - Socorro VENEGAS - Miguel TAPIA ALCARAZ

 

François Gaudry est traducteur littéraire. Il a traduit de nombreux ouvrages aux éditions Métailié et Phoebus. Il est l'initiateur de cette anthologie de textes mexicains.

Interview sur Evene  http://www.evene.fr/livres/actualite/mexique-litterature-salon-du-livre-1855.php

 Présentation de l’éditeur :

 La littérature mexicaine des trente dernières années offre l’image d’un extraordinaire foisonnement et d’une diversité thématique qui font éclater toutes les représentations réductrices.  Il n’y a pas une littérature mexicaine, mais des écrivains mexicains singuliers. Qu’ils s’expriment dans le registre de la satire, du réalisme, du fantastique, de la chronique, de l’humour ; que leur univers romanesque soit noir, inquiétant, désespérant, corrosif, insolite, drôle ; qu’ils s’éloignent de leur pays ou en scrutent les plaies, les grâces et les rêves, tous témoignent d’une relation unique avec le Mexique, ses dires, son histoire, son présent. Et le prouvent, avec talent, par leurs nouvelles.

 

Ce que j’ai aimé :

Ces nouvelles nous plongent dans des univers très divers, au travers de nouvelles parfois très courtes, un univers dense et passionnant se dessine sous la plume des auteurs en présence.

« Il n’y a pas, semblent dire toutes ces voix qui font le pari de l’art de la fiction, UNE littérature mexicaine, mais des écrivains mexicains singuliers. Qu’ils s’expriment dans le registre de la satire, du réalisme, du fantastique, de la chronique, de l’humour ; que leur univers romanesque soit noir, inquiétant, désespérant, corrosif, insolite, drôle ; qu’ils s’éloignent de leur pays ou en scrutent les plaies, les grâces et les rêves, tous témoignent d’une relation unique avec le Mexique, ses dires, son histoire, son présent. » (Préface)

Dans cette préface François Gaudry dresse un rapide portrait très enrichissant de la littérature mexicaine des trente dernières années. Le choix des écrivains et des nouvelles est de qualité, permettant au lecteur de profiter de la richesse des lettres mexicaines.

 Les récits proposés sont tout à fait accessibles : qu'il s'agisse de l'histoire d'un homme marabouté dont les mains sentent la mort (Paco Ignacio taibo II), du destin d'un mélomane prêt à tout pour rencontrer un pianiste de renom (Eusebio Ruvalcaba), d'une jeune voisine veuve un peu envahissante d'autant plus qu'elle ne se sépare pas des cendres du défunt (Monica Lavin), d'un road movie dantesque en compagnie d'un iguane (Juan Villoro), d'un jeune écrivain en mal de reconnaissance qui reçoit tout à coup le cadeau du ciel : une lettre d'Octavio Paz, mais ce sera sans compter sur les talents de dessinatrice de sa jeune enfant (Enrique Serna), d'un nouveau collègue plein de zèle inquiétant pour un ancien (David toscana), ou encore du tournage de Don Quichotte par Orson Welles (Jorge Volpi).

Une très belle façon d'aborder cette littérature foisonnante et passionnante...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien

 Vous aimerez aussi :

Dans la même collection : Histoires d’amour d’Amérique Latine  présentées par Claude Couffon

D’autres avis :

Presse :

L’HUMANITE, Alain Nicolas
« Orientée vers les écrivains des trente dernières années, cette anthologie de textes courts rassemble tout ce qui bouge dans cette littérature. »

LES ECHOS, Philippe Chevilley

« Des Nouvelles du Mexique, parue  aux éditions Métailié, spécialistes de la littérature latino-hispanique, est indispensable. En trente-quatre textes et autant d’auteurs phares, un véritable feu d’artifices nous est offert. »

LA TRIBUNE, Laurène Champalle

« Une trentaine de courts récits des meilleurs auteurs mexicains contemporains, soigneusement sélectionnés et présentés par François Gaudry, fin connaisseur. »

LE FIGARO LITTERAIRE, Thierry Clermont

Trente-deux écrivains, dont un bon nombre traduits en français pour la première fois, sont réunis dans ce volume. L’occasion de découvrir la richesse d’une littérature qui depuis trois décennies ne cesse de surprendre et de séduire. »

 

Des nouvelles du Mexique, Métailié, Suite hispano américaine, février 2009, 382 p., 13 euros 

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Perdre est une question de méthode de Santiago GAMBOA

Publié le par Hélène

perdre est une question de méthode

L’auteur :

Né en Colombie en 1966, Santiago Gamboa a étudié la littérature à l’université de Bogotá jusqu’en 1985, puis la philologie hispanique à Madrid. Il est l’auteur d’une thèse de doctorat à la Sorbonne sur la littérature cubaine. Journaliste au service de langue espagnole de RFI, correspondant du quotidien El Tiempo de Bogotá à Paris, Santiago Gamboa est actuellement attaché culturel de la Colombie à l’UNESCO.

 

L’histoire :

Victor Silampa tient la rubrique des faits divers d'un quotidien colombien, il est aussi détective privé et très amoureux. Il enquête sur l'identification d'un cadavre horriblement mutilé, en compagnie d'un petit fonctionnaire doté d'un grand bon sens qui recherche son frère disparu. Couple don quichottesque, les deux hommes fréquentent une communauté naturiste et mettent à jour la corruption ordinaire de toutes les grandes métropoles. Avec un sens de l'humour et du dialogue incomparable, l'auteur construit un héros mélancolique qui perd méthodiquement sa vie personnelle à lutter contre les puissants.

 

Mon avis :

Le personnage central d’un roman policier, qu’il soit détective privé, professionnel, commissaire, journaliste ou cuisinier, se doit d’être doté de qualités essentielles à mes yeux : prêt à tout pour défendre la veuve et l’orphelin, il est un personnage complexe qui flirte avec la violence au quotidien et qui oscille ainsi souvent entre moralité et dérogations aux messages bien-pensant. Ténébreux, torturé, il est faible devant le beau sexe et ne néglige pas quelques tentations comme l’alcool, les bons repas ou la bonne musique. Bref, un Dahlgren bien sûr, mais Stoney n’est pas mal non plus, sans parler de Philip Marlowe…

 Et ici, ô déception cruelle et rédhibitoire, le jeune Silapan est pleutre et s’affole dès la première difficulté en envoyant même ses sbires en reconnaissance par peur des coups. Les allusions à sa faiblesse affluent : « Silanpa lui obéit en tremblant de peur. »,  « il sentit l’air lui manquer », «Il avait raccroché, l’âme désespérée. »,  « Il parvint à ne pas montrer ses larmes à Estupinan » Des LARMES !! Non mais sans blague depuis quand les détectives pleurent ? Par fidélité et respect pour Dahlgren, je ne pouvais pas continuer plus avant une telle lecture ! C’eût été faire affront aux durs à cuire qui ont obtenu ma confiance !

 Il faut dire aussi que l’intrigue ne m’avait pas ferrée : je m’étais rapidement perdue dans l’afflux de personnages : des naturistes, un boulimique qui nous raconte ses malheurs, un avocat qui n’a pas compris que le droit de cuissage est démodé, des femmes « vulnérables et terrorisée » ou au contraire un peu trop entreprenantes «  Elle lui prit la main, lui caressa la pulpe des doigts, puis elle écarta ses cuisses et lui fourra sa main sous sa jupe » (ce à quoi notre pseudo-détective pleutre répond « Il faut que je parte immédiatement à mon bureau. » fichtre quel homme !) , des femmes idiotes ou vénales donc, un empalé sorti d’on ne sait où…

 J’ai abandonné !

 Vous aimerez aussi :

 Littérature Amérique du Sud

 D’autres avis :

Sophie Isabelle Neph 

 

Perdre est une question de méthode, Santiago Gamboa, Métailié suite Polar, 2003, 281 p., 8.50 euros

POCHE : Perdre est une question de méthode, Santiago Gamboa, Points, 2009, 346 p., 7 euros

 12 d'Ys

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