Le soleil des Scorta de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

   ♥ ♥ ♥ ♥ 

« Heureux celui qui a connu ces repas-là. Nous étions ensemble. Nous avons mangé, discuté, crié, ri et bu comme des hommes. Côte à côte. C’étaient des instants précieux. »

À Montepuccio, petit village du sud de l'Italie, les Scorta mènent une vie de misère et ne connaîtront jamais la richesse, comme si une malédiction pesait sur leur lignée, les condamnant à l'opprobre. Pourtant, ils se sont fait le serment de transmettre, à travers les générations, ce que la vie leur laissera en héritage, si peu soit-il. En dehors de leur petit bureau de tabac familial, leur richesse réside dans l'immatériel : une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une lueur de joie. Ou bien un secret. Comme celui que la vieille Carmela confie au curé de Montepuccio, redoutant que les mots ne lui échappent bientôt.

Ce que j’ai aimé :

Dès l’ouverture, l’air se charge d’un parfum d’éternité. En quelques phrases, le lecteur bascule dans un ailleurs, dans un espace où le réel se délite pour céder la place à l’imaginaire. Ce roman possède ce don rare : celui de nous arracher à la poussière du quotidien pour entrouvrir une brèche vers un monde tissé de légendes, de souvenirs et d’instants suspendus. 

Au cœur de cette fresque, la famille. Pour les Scorta, elle n’est pas seulement un lien de sang : elle est flamme, bastion, malédiction et salut. Bien que condamnés à la pauvreté, à l’opprobre et à l’oubli, ils trouvent dans leur unité la seule richesse qui vaille. Dans leur cohésion s’esquisse une rédemption, fragile, mais tenace, indestructible. « Tu n’es rien, Elia. Ni moi non plus. C’est la famille qui compte. Sans elle, tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition. Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose. » (p. 166)

La saga atteint son apothéose dans la scène du banquet : une célébration, mais surtout une épiphanie. Moment d’une vérité nue, éclatante : « Elle se leva alors et fit ce qu’elle s’était promis de faire. S’occuper des siens. Rire avec eux. Les embrasser. Les entourer. Être pour chacun, tour à tour, avec élégance et bonheur. » (p. 145) Cette scène érige en absolu le partage, la mémoire et la transmission. Là, la parole s’élève en offrande sacrée : « Les Scorta acquiescèrent. Oui. Qu’il en soit ainsi. Que chacun parle au moins une fois dans sa vie. À une nièce ou à un neveu. Pour lui dire ce qu’il sait avant de disparaître. Parler une fois. Pour donner un conseil, transmettre ce que l’on sait. Parler. Pour ne pas être de simples bestiaux qui vivent et crèvent sous ce soleil silencieux. » (p. 149)

Splendide roman, traversé d’une beauté qui ne s’altère pas. Il nous parle de la fragilité des êtres, de la force des liens, du poids du temps, et de cette certitude simple, offerte comme un héritage par Salvatore : « il faut juste faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

Du même auteur : Ouragan    ; Pour seul cortège ♥ ♥ ♥ ; Danser les ombres  ♥ ; Dans la nuit Mozambique  ♥ ; La mort du roi Tsongor ♥ ♥ ♥ ♥ ; Salina ♥ ♥ ♥ ♥ ; De sang et de lumière  ♥ ♥ ♥ (poésie) ; Eldorado ♥ ♥ 

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Commenter cet article
M
Un roman qui a été pour moi un coup de coeur et que j'ai lu deux fois déjà...
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Z
Lu à sa sortie et ce fut un coup de coeur et ma rencontre avec cet auteur
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A
Mon roman préféré de l'auteur.
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P
J'ai beaucoup aimé Le soleil des Scorta et La mort du roi Tsongor, j'ai adoré Eldorado et La porte aux enfers. Ces oeuvres m'ont offert de très beaux moments de lecture et d'émotion et je m'en souviens encore. J'ai lu Cris que je n'ai pas retenu.
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V
Oh mon dieu, quel roman génial qui réunit tellement de qualités ! Un de mes préférés de l'auteur, un de ces livres que je pourrais relire :)
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N
<br /> Tiens oui, c'est une des caractéristiques de romans de Gaudé: on les apprécie sur le coup mais on les oublie assez vite. Ce qui n'est pas forcément bon signe, finalement...<br />
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H
<br /> <br /> Ah toi aussi tu trouves ! pour moi c'est seulement celui là, je me souviens bien de "eldorado" (peu aimé) et de "ouragan" (idem)... Peut-être parce que je les ai lus plus récemment aussi///<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> J'ai également beaucoup aimé ce roman, sans aucun doute le meilleur de Gaudé. Cela dit, un peu plus de souffle aurait été la cerise sur le gateau.<br />
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H
<br /> <br /> Ce qui me dérange est surtout que je l'oublie régulièment... Je suis obligée de le relire pour m'en souvenir !<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Je l'avais lu à sa sortie, je devais être trop jeune, je n'ai pas aimé. Depuis, cet auteur me rebute toujours un peu.<br />
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H
<br /> <br /> Il y en a tant d'autres, je n'insiste pas<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> J'ai adoré ce roman, c'est comme ça que ma vie de lectrice a basculé...<br />
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H
<br /> <br /> Un univers très beau et humain !<br /> <br /> <br /> <br />
G
<br /> Encore un auteur que je dois découvrir.... j'ai Eldorado dans ma PAL, c'est donc par là que je commencerai et puis ce sera "Et + si affinités !" !<br />
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H
<br /> <br /> Mon préféré est "le soleil des scorta", j'ai moins aimé "eldorado" et encore moins "ouragan"...<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Je vous rejoint Kathel et toi sur une athmosphère, une langueur, mais j'ai un peu oublié l'histoire aussi.<br />
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H
<br /> <br /> Un beau roman marquant, quelqu'en soient les raisons...<br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> je l'ai lu il y a quatre ou cinq ans... bizarrement, je ne m'en souviens guère, seulement une atmosphère, comme tu le décris...<br />
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H
<br /> <br /> Tu sais qu'à chaque fois que je dois en parler je suis obligée de le relire car je ne m'en souviens plus
K
<br /> Hors sujet (j'ai un a priori sur cet auteur...) : pour Les vagues, tu te sens pour la VO? Nous sommes dures, oui...<br />
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H
<br /> <br /> Joker.. Je préfèrerai en vf, mais traduit par Yourcenar ça passe non ???<br /> <br /> <br /> <br />