« La seule obligation qui m’incombe est de faire bien. »
Thoreau défend l’idée que la conscience individuelle doit primer sur la loi : « Tous les hommes reconnaissent le droit à la révolution, c’est-à-dire le droit de refuser fidélité et allégeance au gouvernement et le droit de lui résister quand sa tyrannie ou son incapacité sont notoires et intolérables. »
Alors que les Etats-Unis financent la guerre le Mexique, et de fait le système esclavagiste, Thoreau refuse de payer un impôt qui financerait ce conflit. Pour ce refus, il est brièvement emprisonné.
Ce que j'ai aimé :
Par ce geste de refus, Thoreau affirme qu’une loi, même revêtue du manteau de la légalité, ne saurait commander l’obéissance lorsque son cœur est injuste. Se plier sans réfléchir, c’est devenir complice de l’injustice qui gangrène la société. Il propose alors une voie de courage : la désobéissance civile, ce refus noble de collaborer avec un État qui trahit le droit et la justice. Défendre la liberté, c’est écouter la voix intérieure de la conscience, ne pas se soumettre aveuglément aux lois, et tourner le dos à l’injustice.
Cette flamme d’indépendance inspirera, des décennies plus tard, des âmes lumineuses comme Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr.
Le texte insiste sur l’éveil de la responsabilité personnelle. Pour Thoreau, le véritable citoyen ne se contente pas de suivre la majorité ou l’État ; il suit le chemin de sa propre conscience, guidé par le sens du juste et du vrai.
Ce documentaire raconte l'histoire vraie d'une opération d'influence culturelle massive. Pendant près de 50 ans, la CIA a mené une guerre psychologique souterraine en introduisant clandestinement plus de 10 millions de livres et de revues derrière le Rideau de fer. L'idée était simple mais audacieuse : puisque les armes ne pouvaient pas franchir la frontière sans déclencher une guerre nucléaire, il fallait y envoyer des idées.
Ce que j'ai aimé :
Au cœur du récit se trouve Georges Minden, un émigré roumain installé à New York qui a piloté ce réseau. Contrairement à la vision caricaturale d'une propagande américaine brute, Minden insistait pour envoyer de la "vraie" littérature et de la pensée complexe. Il savait que les peuples de l'Est n'étaient pas dupes et qu'ils avaient soif de culture, de diversité et de réflexion, pas de slogans.
Nous retrouvons en ces pages des auteurs incontournables, avec en tête de liste George Orwell avec 1984 et La ferme des animaux dénonçant les mécanismes du totalitarisme, Hannah Arendt pour l'analyse politique, Albert Camus ou Agatha Christie qui offrait des visions du monde différentes ou simplement un divertissement non censuré.
Charlie English décrit des méthodes de contrebande dignes d'un roman d'espionnage : des livres cachés dans des doubles fonds de camions ou de voiliers, des ballons lâchés pour survoler les frontières, des exemplaires glissés dans les bagages de voyageurs occidentaux. Une fois sur place, un livre pouvait passer entre les mains de dizaines de lecteurs, créant des cercles de discussion secrets (le fameux "Book Club").
Ce n'est pas seulement un livre d'histoire ; c'est une réflexion sur le pouvoir des mots. Charlie English montre comment cette "pluie de livres" a contribué à l'effondrement moral et intellectuel du bloc soviétique, notamment en Pologne, en rendant la censure impossible à maintenir.
Ce que j'ai moins aimé :
C'est un livre très foisonnant, avec beaucoup de personnages, de dates, de détails. Il me semble davantage destiné aux passionnés d'histoire qu'à un grand public.
Cet essai est consacré à la notion d'hystérie envisagée ici à la fois comme construction médicale, sociale et politique. L’autrice s’inscrit dans une réflexion contemporaine qui interroge la manière dont certains corps — en particulier les corps féminins — ont été perçus, contrôlés et pathologisés au fil de l’histoire, et continuent de l'être encore. L'autrice explore la persistance d'un vieux diagnostic médical pour contrôler et discréditer la parole des femmes. Journaliste et documentariste (notamment pour France Culture), Pauline Chanu déconstruit l'idée que l'hystérie ne serait qu'une curiosité historique du XIXe siècle. Elle montre qu'elle survit, tel un "fantôme", dans nos institutions modernes.
Ce que j'ai aimé :
L'autrice mène une enquête qui mêle archives hospitalières, entretiens avec des psychiatres, des avocats et des victimes, pour démontrer plusieurs points clés. Tout d'abord, force est de constater que ce diagnostic permet de maintenir les femmes dans le silence, en psychiatrisant la souffrance des femmes, on occulte la réalité des traumatismes qu'il s'agisse d'incestes, de violences conjugales ou d'abus. "Comment comprendre notre erreur ? Car peut-être n'y a-t-il eu de vieilles tantes, de belles-mères, d'ex-femmes, de grands-mères et d'arrière-grand-mères folles dans le grenier ? Peut-être n'y a t-il eu que des maris, des oncles, des pères, des frères, des cousins, des beaux-frères, des prêtres, des professeurs et des médecins violents ?"
"Je suis convaincue qu'il existe une mécanique de l'hystérie et que lorsque nous remontons notre histoire individuelle et collective, son origine est toujours la même : il y a d'abord un traumatisme, puis une confiscation de la parole au prétexte que la victime serait une menteuse et une folle, puis plus elle tentera de parler, plus s'enfoncera dans le silence."
Le titre fait référence à des structures, la justice, la police, ou la médecine, où les préjugés sexistes circulent encore. Chanu explique que l'hystérie n'est pas une maladie naturelle, mais une construction sociale produite par des "hystériseurs". Elle revient notamment sur les figures de Charcot et de Freud, montrant comment les "spectacles" de l'hystérie à la fin du XIXe siècle ont figé les femmes dans une image de corps convulsifs et de paroles non fiables. Elle rend son discours actuel en analysant aussi des figures médiatiques comme Britney Spears ou Amber Heard pour montrer comment le public et les médias s'emparent encore de l'étiquette "hystérique" ou "folle" pour dénigrer les femmes qui dérangent l'ordre établi.
L'autrice aborde également la dimension raciste glaçante de certains diagnostics, comme le "syndrome méditerranéen", une invention médicale suggérant que certaines populations (notamment les femmes racisées) exagéreraient leur douleur.
Elle encourage finalement à ne plus accepter le diagnostic de l'hystérie mais à se demander plutôt : "Qui a intérêt à raconter cette version de l'histoire ?" Elle invite à ne plus voir des symptômes, mais des réponses à une violence masculine systémique.
Ce que j'ai moins aimé :
Les témoignages sont poignants et s'enchainent, et cela peut provoquer un effet de suffocation devant l'ampleur de la maltraitance faite aux femmes. Il fallait sans doute cela pour secouer les esprits, mais il en ressort un sentiment d'impuissance, un écœurement désespérant !
Bilan :
C'est un essai qui s'inscrit dans la lignée des travaux féministes sur la santé mentale et le contrôle social.
Ce texte est un roman-témoignage puissant qui plonge le lecteur au cœur de la première vague de la pandémie de COVID-19, en mars 2020, pendant le confinement en France. L'auteur a utilisé son propre carnet de bord tenu entre mars et mai 2020 pour nourrir son récit, ce qui lui confère une authenticité et une intensité notables. Durant cette période, il est à la fois psychiatre exerçant en hôpital et responsable d'une équipe mobile qui maraude pour s'occuper des personnes marginalisées et des sans-abri dans la ville confinée. Le texte suit le quotidien intense et déchirant de ce psychiatre qui partage son temps entre deux réalités extrêmes.
Ce que j'ai aimé :
Ainsi l’auteur interroge sur la question de savoir ce qu'est le soin, ce que signifie prendre soin de l'autre, qu'il soit vivant ou mort : "L'adieu au visage" est l'écriture d'un tremblement dont l'angoisse aura été de prendre soin jusqu'au bout des humains dont il parle. En les masquant. En les protégeant." (note de l'auteur)
Il est avant tout l'écriture d'une résistance fragile et d'une lutte pour maintenir l'humanité et la dignité au milieu d'une urgence sanitaire déshumanisante. Il met en avant le conflit entre l'obéissance aux protocoles sanitaires et le refus de l'horreur qu'ils engendrent.
Ce que j'ai moins aimé :
Dés les premières pages le ton est donné, le narrateur doit laver le corps d'une dame décédée et accueillir la famille venue lui rendre sa dernière visite. Cela donne le ton, très réaliste et sombre de ce texte. L'auteur peint l'horreur des malades mourant seuls, privés de la présence de leurs proches et de tout rituel d'adieu. Le titre même fait référence à l'impossibilité, pour les familles, de voir le visage de leurs défunts une dernière fois à cause des protocoles sanitaires. Parallèlement, il continue ses maraudes pour retrouver et protéger les sans-abri dans une ville devenue silencieuse et vide. Il met en lumière la détresse de cette population déjà vulnérable, devenue encore plus invisible et en danger durant le confinement. Il faut toutefois se sentir prêt pour replonger dans les heures sombres du covid...
Bilan :
Un plaidoyer éprouvant en faveur de la mémoire et du soin à l'autre...
L’auteur raconte ici l’accident de parapente de sa femme. Il se concentre sur l’épreuve physique et psychologique ainsi que sur la reconstruction après un drame.
Ce que j'ai aimé :
Sapin-Dufour ne se contente pas de relater un fait divers ; il nous plonge dans un véritable processus de transformation personnelle, tant pour lui que pour sa femme, après l’épreuve qu’ils ont traversée. Il insiste sur la puissance des mots et leur capacité à modifier le cours de la vie :
"Ça commence au premier cri. Nous ne faisons que voguer de parcelle en parcelle de l'existence, la fortune, bonne ou mauvaise, ordonne nos azimuts. Mais une fois échoués, il reste un espace ténu où nos actes convaincus peuvent contrer l'inexorable et infléchir la suite. Sur cet îlot, un des pouvoirs, c’est la pensée et les mots précis qu'on lui associe. Ils peuvent jusqu'à modifier la vie, on ne mesure pas leur puissance."
Il évoque aussi la force de l'amour et du soutien mutuel dans les moments les plus difficiles tout en soulignant la bienveillance du personnel médical rencontré.
Ce que j'ai moins aimé :
Je suis toujours un peu gênée par ces récits de vie très intimes. Cédric Sapin-Dufour se livre entièrement, partageant ses émotions, ses doutes et ses questionnements. Il explore l'impact de l'accident sur leur vie quotidienne, sur leur relation, et la manière dont l’événement bouleverse tout. Certes, il en tire une réflexion profonde sur la fragilité de la vie et sur la manière dont une fraction de seconde peut tout changer, mais j'ai parfois eu du mal à entrer pleinement dans cette sphère privée, me sentant presque voyeuriste face à tant d'intimité.
En 2012, dans le centre-ville de Lyon, une femme meurt brutalement après avoir été percutée par un jeune garçon en motocross qui faisait du rodéo urbain. Dix ans plus tard, le fils de la victime, devenu journaliste, constate comment ce type de catastrophe est utilisé dans le débat public pour dresser les gens les uns contre les autres et décide d’écrire sur le drame.
Ce que j'ai aimé :
Il dresse alors un portrait des deux trajectoires qui se sont percutées : celle de sa mère et celle du conducteur Saïd. II enquête, cherche des explications, explore les sous-bassements psychologiques, sociétaux, constate l’omniprésence de l’argent facile avec la drogue, met en lumière la culture de rue, mais aussi le rôle de l’ennui pour finalement accuser un système saturé : « L’accident n’est pas qu’une imprudence individuelle, il est le résulat d’un lent ravinement collectif qui s’est accompli par étapes, par érosions budgétaires successives, et a permis la dérive toujours plus lointaine d’hommes privés peu à peu de perches solides à saisir. »
Pour lui, il est nécessaire de donner un sens, qu’il ne s’agisse pas d’une mort absurde, mais aussi parce qu’il refuse de s’abreuver comme les autres de faits divers non analysés. Pour lui l’écriture permet « de réinjecter de l’humain dans des histoires manichéennes, non pas pour diluer les responsabilités mais pour apaiser la colère et sortir du piège des sommations qu’exige l’époque »
En ce sens ses dernières pages resplendissent d’humanité.
Ce que j'ai moins aimé :
Certes le propos est louable : ne pas faire de ce drame un énième prétexte pour diviser la société en plaçant d'un côté des "racailles" de l'autre les bourgeois, de ne pas chercher à simplifier, à polariser les débats. Et pourtant, avec le terme même de "collision" il met face à face deux milieux sociaux, qu'il a tendance à caricaturer. Et que de répétitions dans l’écriture, que d’hésitations dans cette quête et dans la façon de la mettre en mots, d’ailleurs souvent le narrateur s'interroge lui même et tente de se justifier si bien qu’on en vient à penser comme un libraire qui lui dit "Tout le monde écrit quelque chose de nos jours, c'est un peu pénible..."
De plus, Paul Gasnier propose un essai sur les fractures sociales, les conséquences du laisser aller public, la défaillance des institutions mais ne met pas en place de pistes concrètes d’amélioration.
Bilan :
Pour conclure, le propos est digne, mais résonne comme un pavé lancé dans la mare. Pour moi c’est un livre qu’on oubliera rapidement.
L'arbre qui marche lance une nouvelle collection premier voyage : des romanciers nous guident dans une ville qu'ils connaissent bien, nous découvrons ce qu'elle a d'unique à travers leurs yeux. Ici, Daphné Damage doit revenir dans sa ville natale Bruxelles pour le décès de son mentor et se retrouve à arpenter les différents quartiers dotée d'un chat qu'elle essaie de confier à différentes personnes.
Ce que j'ai aimé :
J'ai apprécié cette façon de découvrir la ville, l’approche est littéraire plus que strictement touristique. Le guide ne se contente pas de dire que visiter mais raconte, donne de la texture à l’endroit, fait ressentir.
"Moi aussi j'aime le marché du jeudi soir sur le parvis de Saint Gilles, le stand de poulet braisé, les huîtres et le vin blanc de Flagey, les croquettes de crevettes de chez Noordzee, les sgraffites, Fernand Khnopff et les poèmes de Norge."
Le fait de choisir des auteurs qui connaissent bien les villes, permet souvent des regards plus personnels, des partis pris, des moments de découverte qui ne sont pas dans les circuits classiques.
A la fin de l'ouvrage, nous découvrons aussi cinq itinéraires pour découvrir la ville, et pour continuer le voyage une sélection de films, ou livres.
Dans ce récit à la fois personnel et engagé, l'autrice explore la signification profonde de ses cheveux crépus en tant que femme métisse en France. Mais il est bien plus qu’un récit capillaire. C’est une traversée de soi, une exploration fine de ce que peut représenter une chevelure quand on est une femme métisse dans la France d’aujourd’hui.
Ce que j'ai aimé :
Ce texte, délicatement tissé entre souvenirs personnels et réflexion sociale, prend pour point de départ un sujet que l’on croit anecdotique — ses cheveux crépus — pour mieux interroger les normes, les regards, et les héritages. De la banlieue parisienne à la Guadeloupe, en passant par une résidence d’écriture auprès de jeunes en CAP coiffure à Saint-Denis, l’autrice retrace son parcours avec justesse, humour, et émotion. Elle invoque Michael Jackson, Maryse Condé ou encore Poil de Carotte et parvient à dire la complexité de l’identité, le poids des injonctions esthétiques, et la beauté des singularités, le tout avec une écriture souple et lumineuse.
Bilan :
Un bijou sensible, à glisser entre toutes les mains, surtout celles qui ont un jour rêvé de lisser, cacher, ou apprivoiser leurs boucles !
L’écrivain-voyageur revisite l’œuvre de l’un des plus grands poètes français. Le livre fait partie de la collection Un été avec, connue pour offrir une relecture personnelle d'auteurs classiques et essentiels.
Ce que j'ai moins aimé :
Je m'interroge sur la cible de cet opus ? S'agit-il de s'adresser aux novices, auquel cas ils n'apprendront pas beaucoup sur le poète, et pour eux mieux vaut lire directement son œuvre. S'agit-il de s'adresser à ceux qui connaissent déjà l’œuvre de Rimbaud ? Je suis dans ce cas et je n'ai rien appris de neuf.
Je pense que le but de l'auteur était surtout égocentrique et que le livre s'adresse à ceux qui admirent Sylvain Tesson : l'auteur se gargarise de ses mots, brassant le vide, se mettant en avant pour mieux cacher le vide de ses propos. J'ai eu l'impression d'une œuvre de commande, sans élan, sans passion.
Après la vague du mouvement « Body positive », la pression qui pèse sur le corps des femmes a-t-elle réellement disparu ?
Sur les réseaux sociaux comme dans les magazines ou les publicités, on observe la glorification de deux types de féminités « accomplies », deux modèles de corps qui paraissent s’opposer.
Le premier est une femme blanche, CSP+, qui se doit d’être naturelle et dynamique. Elle prend soin d’elle à coups de détox, de « jeûne intermittent » et pratique le sport comme une religion.
Le second est celui d’une femme « racialisée », invitée à la fois à assumer un physique hypersexualisé mais aussi à se rapprocher de la blanchité par des subterfuges dangereux pour sa santé.
À qui profite donc toute cette positivité toxique ? À l’industrie de la beauté bien sûr, et les marques de cosmétiques ou de chirurgie esthétique rivalisent d’ingéniosité pour nous pousser vers ces nouveaux idéaux.
Jennifer Padjemi mène une enquête engagée pour montrer comment le capitalisme moderne a récupéré tous les mouvements qui œuvrent pour la libération des corps et nous enjoint à lutter contre ces nouvelles injonctions.
Ce que j'ai moins aimé :
L'impression que l'autrice enfonçait des portes ouvertes, et finalement je suis sortie de la lecture avec l'impression de ne rien avoir appris, ce qui est tout de même le comble pour un essai !