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rencontres litteraires

Rencontre avec Paolo Cognetti

Publié le par Hélène

De passage à Paris pour quelques jours, j'ai eu la chance de partager un déjeuner avec Paolo Cognetti, l'auteur du beau roman Les Huit montagnes. Accompagné de sa charmante compagne, sa première lectrice, il a évoqué son parcours, ses passions, ses déceptions avec humanité.

Son parcours

S'il a décidé de partager son amour de la montagne à travers ce roman, il aime aussi la ville, étant lui-même né à Milan. Il a d'ailleurs consacré un guide littéraire à New-York en 2010, sur les traces des écrivains qu'il admire comme Ernest Hemingway, Raymond Carver. Il a également rédigé des nouvelles non traduites en français, principalement des portraits de femmes, écrites du point de vue féminin. Ce furent des étapes, avant son immersion dans le roman, comme un aboutissement de ces esquisses.

Son inspiration :

Les huit montagnes est un récit à résonance autobiographique dans lequel se rencontre la trajectoire de deux garçons : l'un rivé à la montagne comme un aimant, l'autre oscillant entre la ville et la campagne. Une belle amitié naît entre les deux garçons, amitié qui perdurera avec les années. Pour ces deux personnages, Paolo Cognetti s'est inspiré de sa propre vie, s'identifiant à Pietro, Bruno incarnant un très bon ami à lui. La mère de cet ami, est, comme la mère de Bruno, une taiseuse, qui ne quitte pas son village, et reste accrochée à ses montagnes, été comme hiver.

Paolo Cognetti  et sa compagne vivent eux-mêmes à la montagne six mois par an, dans un petit village du val D'Aoste. Ils repartent dans la vallée quand la neige arrive.

@www.panoramio.com

Si leur village ne compte que six habitants, il a connu une activité inahabituelle récemment puisque Paolo Cognetti y a organisé un festival dans la forêt, près de chez lui, alliant musique et livres. A cette occasion, le village a alors reçu la visite de plus de 3000 personnes ... http://www.ilrichiamodellaforesta.it/

Dans les Huit montagnes, l'auteur évoque ainsi cette lente désertion des montagnes, ces hommes et ces femmes qui partent vers la ville, ces villages qui se dépeuplent petit à petit, devenant des villages fantômes.

Ses lectures :

Souvent son roman est comparé à celui de Marcel Pagnol, La gloire de mon père, mais Paolo Cognetti ne l'a pas lu. Il apprécie Sylvain Tesson, et se reconnait dans son expérience contée dans "Dans les forêts de Sibérie". Son coeur penche évidemment aussi vers les écrivains montagnards, comme Ramuz, Mario Rigoni Stern, comme une évidence, mais aussi vers le magnifique roman Une vie entière de Robert Seethaler, ou l'écrivain norvégien Per Petterson.

Ses projets :

Malgré le fait qu'il souffre réellement du mal des montagnes, il projette de partir marcher trois semaines dans l'Himalaya. Suite à ce voyage, il écrira dans un premier temps un récit de voyage pour un magazine, et peut-être ensuite un roman si l'inspiration vient.

A suivre...

 

Je vous invite à visiter son blog http://paolocognetti.blogspot.fr/

 

Je remercie Valentine des éditions Stock pour l'invitation, qui m'a aussi permis de découvrir un restaurant atypique : le Niebé dans le 6ème arrondissement qui a l'avantage d'allier culture africaine et brésilienne et de proposer des plats vegan. Nous avons savouré le tofu sauté à la crème de manioc, curcuma, coriandre et riz noir, et en dessert, la mousse de fruits de la passion était divine, tout comme le bissap.

J'ai eu le plaisir également de croiser Audrey du blog Booksnjoy ainsi que des libraires comme Olivier Gallais de la Librairie Idéale dans le 7ème, Philippe de la librairie Le livre écarlate dans le 14ème, et la libraire de La belle lurette dans le 4ème

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Forum Fnac et Rencontre avec Lola Lafon

Publié le par Hélène

Du 15 au 17 septembre, ce sont plus de 10.000 personnes qui se sont donné rendez-vous en plein centre de Paris à la Halle des Blancs Manteaux, réaménagée pour l'occasion en un lieu convivial et chaleureux.

Je n'ai malheureusement pu me rendre au forum que le vendredi pour l'inauguration et pour une rencontre avec Lola Lafon, n'étant pas disponible les autres jours (de l'inconvénient d'avoir des vies parallèles au blog...)

Mais ce court moment lors de l'inauguration fut un vrai plaisir, j'ai retrouvé Caroline et sa robe rouge éclatante (blog Cultur'elle), Benoit ( à l'ombre du noyer), Eva et son sourire éclatant (Tu vas t'abîmer les yeux), Miss Léo (Me, Darcy and I), Nicole (Mots pour mots), Caroline ( Carobookine), Valentine Layet et sa bonne humeur (Stock), des serveurs serviables, des petits fours addictifs, du champagne à volonté (grâce aux serveurs aimables), des anecdotes cocasses entre l'agonie de l'Iphone de Caroline et les doubles vie follement romanesques de certains collègues de Eva et Caro, bref j'ai passé un excellent moment de joie et de complicité !

 

Après Gaël Faye et son Petit pays de l'an dernier, le prix du roman Fnac a été décerné à Véronique Olmi pour son roman Bakhita dont j'espère vous parler prochainement (et retenez le conseil de Benoit : aller au-delà des dix premières pages assez poignantes pour ensuite admirer la profondeur du roman)

 

 

Lola Lafon, auteure de Merry, Mary, Patty, nous attendait ensuite pour une rencontre entre blogueurs.

Elle nous a raconté comment le sujet était venu à sa rencontre par le biais de cette célèbre photo dérangeante de Patricia Hearst :

"Mais je ne voulais pas raconter l'histoire de Tania/ Patricia. Personne ne sait réellement ce qui a bien pu se passer dans la tête de Patricia pour rallier la cause de ses ravisseurs. On ne sait pas l'expliquer et c'est cela qui est intéressant. Elle n'a pas parlé, sinon, elle aurait fini en prison. Adopter son point de vue m'aurait obligé à prendre position, ce que je ne souhaitais pas. Ce n'est pas non plus un roman historique, Geneva et Violaine sont des personnages inventés.

Par contre ce qui m'intéressait était le procès et la réaction des gens face à ce retournement d'opinion. Les gens n'ont pas accepté que cette jeune femme, icône américaine, issue d'une famille riche et médiatique, ait pu tourner le dos à une vie iconique pour adhérer à la cause du SLA. L'ironie de l'histoire étant que son propre père gagne un argent fou en vendant ses journaux avec cette affaire faisant sa une.

C'est intéressant de voir comment en disparaissant, des personnages font apparaitre d'autres personnages.

Patricia, en étant prisonnière a conquis sa liberté, elle a observé son monde de l'extérieur et a compris de quoi le FBI et l'Amérique était capable. Elle a alors ressenti un profond dégout de l'Amérique, et a été profondément blessée par l'indifférence, c'est cela qui la heurte. Pour moi,  elle n'est pas déterminée à faire la révolution, mais elle est déterminée à être libre, cela passe par là car ces gens traversent sa route. Il a suffit d'une torsion de la vie pour changer les choses, elle qui se destinait à une vie bien rangée, à n'être qu'une jeune femme vouée au mariage, le SLA a bouleversé sa vie.

Violaine aussi a son importance. Quand les femmes parlent peu, elles disent beaucoup avec leurs corps, leur corps témoigne de la privation ou du contraire. Violaine parle avec son corps et elle a ainsi le pouvoir d'inquiéter tout le monde. La virginité politique de Violaine est une chance pour Geneva, son propre passé politique lui bloquant la vision. Violaine pressent, ressent l'essentiel parce qu'elle est étrangère à son monde, extérieure. Il y a une nécessité d'être décalée pour comprendre. Cette rencontre la renforce, la muscle, par un effet miroir, elle aussi dira "je suis vivante". Mais je ne voulais pas que ce soit soudain. Je voulais montrer que c'était possible, que changer les choses même après 40 ans est possible. Chacun a cette possibilité dans sa vie, de changer, il se passe toujours quelque chose à un moment, une porte s'ouvre, mais c'est très cinématographique de se dire que pif paf, on change de vie de but en blanc, on largue tout, le changement est souvent long, pas immédiat."

 

Lola Lafon a aussi évoqué son choix de narration, ce "vous" qui peut déranger certains lecteurs :

"Ce "vous" permet au lecteur de prendre position. Comme une lettre, une adresse, il est chargé d'émotion aussi, accusateur. Cette mise en abyme de la notion de procès permet d'impliquer le lecteur."

Quant à la question de savoir si "un message" sous-tend le roman, la réponse est cocasse et profonde à la fois :

"Je n'ai pas de message clair à faire passer, sinon je ne serais pas auteure mais postière -ce n'est pas de moi-. La littérature est un espace qui ouvre des mondes plus vastes, plus de liberté, d'imaginaire.

On peut rester dans le même immeuble toute sa vie et avoir une vie de richesse, il faut faire l'effort de voir le minuscule. En cela, le paysage des Landes était pour moi évocateur car il est assez monotone, des plages, du sable, des forêts de pins, du sable, des plages. On se perd facilement dans ces forêts si on ne prête pas attention aux détails. Tous les chemins ne sont pas les mêmes. C'est à chacun de prêter attention aux détails pour trouver son chemin."

Merci à Lola Lafon pour sa gentillesse et son écoute bienveillante.

 

Pour conclure, ce forum fut une belle réussite, et ceci grâce à la Team chic et choc que je remercie chaleureusement : pour la Fnac, Julie, Audrey, Maurine, pour l'agence Anne et Arnaud, Anne, Arnaud, Anaïs, Vincent.

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Forum Fnac Livres

Publié le par Hélène

 

Du 15 au 17 septembre aura lieu la deuxième édition du forum Fnac Livres à la Halle des Blancs Manteaux dans le 4ème arrondissement à Paris avec avec près d’une centaine d’écrivains incontournables et des figures de la rentrée 2017.

 

Pour plus d'informations : https://www.fnac.com/forumfnaclivres

 

Pour ma part, je serai présente le vendredi pour l'inauguration et pour une rencontre avec Lola Lafon. J'espère vous y croiser !

 

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Festival Paris en toutes lettres 2016 - Rencontre avec Sylvain Tesson

Publié le par Hélène

Vendredi dernier dans le cadre du Festival Paris en toutes Lettres, la maison de la poésie organisait une rencontre avec Sylvain Tesson. 

Pourquoi la marche ?

Après ma chute, j'ai passé plusieurs mois à l'hôpital, enfermé. A ma sortie, j'ai eu la possibilité de faire ce que j'aimais, marcher au grand air. C'était une issue pour moi, une lumière au bout du couloir. Cela me permettait d'accomplir une forme de rééducation et aussi de sortir de ma déprime.

Pourquoi la France ?

Souvent nous négligeons ce qu'on possède, qu'il s'agisse des lieux ou des êtres. Je vivais en France mais je ne connaissais pas mon pays. L'exotisme est comme la maladie infantile de la géographie. On demande à la distance de nous apporter ce que la vie ne sait pas nous apporter...

La deuxième raison est que je ne pouvais pas aller trop loin, j'avais besoin d'une marche douce, une aventure dans les  limites du raisonnable. Avant j'étais un ado attardé sans l'acné un peu fou dans ses aventures. 

Je voulais aller vers la mer pour finir mon parcours au bord d'une falaise. Je me sens bien au bord des falaises, devant cette géographie qui impose la nécessité de s'arrêter. 

Vous avez fait  des études de géographie ?

Oui, je suis un être superficiel qui aime ce qui se déploie, ce qui s'étend et ce qu'on peut observer sur un plan euclidien. 

Que sont les chemins noirs ?

Les chemins noirs sont les chemins les plus fins possibles sur la carte. Sur le sol ce sont des broussailles, des sentiers oubliés, des issues de secours. Et puis j'ai joué avec une analogie vague : les chemins noirs sont aussi les chemins intérieurs, les lignes de traverse qu'on suit dans son existence, nos replis, nos silences, dans une volonté de s'abstraire du brouhaha. 

René Frémi a écrit en 1964 "Les chemins noirs ", l'histoire d'un conscrit qui s'évade. Je ne pouvais pas utiliser le même titre, j'ai donc rajouté la préposition car je tenais à ce titre.

Dans votre roman vous parlez aussi de l'exode rural ?

L'exode rural a provoqué la disparition de tout un peuple, les ronces ont repoussé. La disparition des paysans est quelque chose qui existe vraiment. Comme l'enlaidissement du territoire dû au phénomène de décentralisation, d'industrialisation, de politique agricole commune, de périurbanisation, de reliement par les routes, de rocades, ronds points... Ce n'est pas un délire de vieux barbon, c'est une constatation de ce qu'il s'est passé. Alors oui de nouveaux paysans reviennent, à petite échelle mais pour l'instant c'est anecdotique.

Vous souhaitiez échapper aux écrans ? Sortir des radars ?

J'apprécie le terme de "dispositif", d'appareillage employé par Foucault, qui désigne le gouvernement qui règne sur une collectivité sous une forme intangible, impalpable. Le philosophe Agamben s'en sert en ajoutant une nouvelle donnée, il injecte la révolution numérique, les nouvelles technologies censées être à notre service mais qui sont en réalité nos maîtres. La technologie est un instrument dont on devient esclave. Je veux échapper à l'impératif de se soumettre à la nécessité de communiquer, de s'exhiber tout le temps, de réagir sur tout, tout le temps, c'est ce que j'appelle le brouhaha du monde.

La diagonale est un chemin noir, une vie hors des voies, une échappée du dispositif.

Dans Berezina vous employez aussi le terme de "escapisme". 

Il s'agit d'un comportement stratégique tactique et existentiel devant une situation qui consiste à fuir, à prendre la tangente. Il s'agit d'un principe de vie, dès qu'un obstacle ou une bifurcation se présente, il faut prendre la troisième voie : le demi tour. Comme les herbivores qui fuient pour survivre. 

Mon retrait au bord du lac Baïkal était un retrait du monde dans une forme immobile. Les chemins noirs sont un retrait en mouvement. J'aime la recommandation d'Epicure qui incite à dissimuler sa vie -ce qu'il  n' a pas réussi et a bien raté d'ailleurs vu sa notoriété à travers les âges ! Dans ma vie je ressens toujours cette oscillation entre nomadisme et sédentarité, Kerouac et Xénophon, la Sibérie et l'Indre et Loire.

© / Pierre chamboultout

Pourquoi la première fuite ?

La première fois je suis parti faire le tour du monde à bicyclette avec Alexandre Poussin . Pour nous, c'était ordinaire, à 20 ans c'est une banalité de vouloir partir, cela tient d'une force vitale. 

Quant à trouver une explication psychanalytique à mon envie de m'échapper, je n'y crois pas. On ne trouve pas toujours tout dans les mystères de l'enfance, je ne crois pas que tout ce qu'on devient est contenu dans l'enfance. Il s'agit davantage d'occasions, de signes présents sur le bord de la route.

@http://www.expemag.com/

L'écriture était-elle liée au voyage dés le départ ?

Lors du premier voyage j'ai écrit par hasard : un éditeur m'a proposé d'écrire le récit du voyage, le livre a connu un beau succès, du coup j'ai écrit un deuxième livre puis c'est devenu une discipline puis un besoin puis un dédoublement de la vie. L'écriture représente la possibilité de vivre une deuxième fois la journée. D'ailleurs je tiens depuis longtemps un journal intime dans lequel j'archive ma vie, ses faits, tous les jours. Et pour moi la fin du voyage n'arrive réellement qu'après la fin du travail d'écriture, quand je pose le point final.

Etes-vous tenté par une oeuvre d'imagination ? 

Je n'écris que ce que je vis, je ne suis pas un écrivain de l'imagination. Je suis un laborieux, je ne suis pas comme ces écrivains qui se laissent emporter par leurs personnages, moi si je crée des personnages ils s'endorment sur le canapé ! Non, je ne serai jamais un écrivain de l'imagination. Je suis doté d'un bon outillage sensoriel pour observer le monde et je m'en contente, et puis la vie est suffisamment surprenante en elle-même sans que l'on cherche à en rajouter.

Pourquoi toutes ces citations dans vos livres ?

Je suis encombré par la référence, c'est une maladie européenne de mettre entre soi et ce que l'on voit l'écran de la référence. Je voulais cette fois-ci faire exclusivement usage de mes sens, or cela a duré 30 secondes et j'ai vite réutilisé le nuage de fumée des références. 

Vous avez été rejoint par des amis durant la route.

J'aime l'idée d'une bandes d'amis qui voyage, je ne suis pas misanthrope. Par contre, deux jours me semble un bon intervalle de commerce avec mes semblables. J'aime l'image de la cordée d'escalade  : 50 mètres nous séparent, de temps en temps on se rejoint quelques secondes pour échanger quelques mots cela me semble vivable avec un ami.

Et le corps ? 

Il repousse... Avant j'étais en bonne santé mais je buvais tellement... Quand je suis arrivé dans le Cotentin, j'ai eu l'impression d'être debout, que la sève avait été ré-insufflée en moi. J'ai jeté au-dessus de la falaise le mauvais sort que j'avais vécu.

 

Sur les chemins noirs 

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Lecture musicale de Gaël Faye lors du Festival Paris en toutes lettres

Publié le par Hélène

Il apparaît sur scène, altier, unique.

Si l'obscurité l'environne, il illumine la scène, comme un défi lancé aux ténèbres.

Il plonge dans ses racines, il longe les ravines de son passé, il songe à son petit pays.

Ses mots chantent l'insouciance d'une enfance, les défis lancés au sort du haut d'un plongeoir de piscine, la nuit, la fuite dans sa ville endormie, la magie des lumières prometteuses de Bujumbura.

La musique de Samuel Kamanzi offre un écrin doux et ouaté à ses paroles enchantées.

Il chante sa ville, ses bars, ses lumières, ses chansons.

Il loue la vie, la vie qui tourne, la vie qui virevolte sous un air de Papa Wemba, la vie qui palpite, la vie qui crépite.

Puis insidieusement, l'hostilité se glisse. Sournoisement, au détour d'une phrase, d'un sous-entendu, d'un silence...

Puis, l'horreur éclate, nous sommes le 21 octobre 1993.

Plus rien ne sera comme avant...

Et pourtant... Et pourtant... La vie reste plus forte.

Toujours...

"On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. Si tu n’es pas étonné par le chant du coq ou par la lumière au-dessus des crêtes, si tu ne crois pas en la bonté de ton âme, alors tu ne te bats plus, et c’est comme si tu étais déjà mort."
 

 
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Rencontre avec Emma Cline, auteure de The girls

Publié le par Hélène

Vendredi dernier, la librairie Gallimard organisait une rencontre avec Emma Cline, l'auteure talentueuse de "The girls", en collaboration avec l'agence Anne et Arnaud.

Ce fut l'occasion de rencontrer cette jeune auteure talentueuse.

Rencontre avec Emma Cline, auteure de The girls

Voici les questions qui lui ont été posées :

 

Pourquoi ce choix de s'appesantir sur l'adolescence ?

L'adolescence est un âge tumultueux, à la lisière entre l'innocence, la pureté de l'enfance et cette révolution du passage à l'âge adulte. Cela m'intéressait de donner un rôle à cette adolescence qui est souvent traitée avec des clichés dans les romans, trop rapidement.

 

Pourquoi utiliser cette affaire Manson en arrière-plan ?

L'affaire n'est pas au centre du roman, elle n'est qu'un prétexte pour parler de l'adolescence. C'est un symbole. Cette affaire est très présente dans la culture californienne dans laquelle j'ai grandi. Elle permet aussi une réflexion sur la violence, pas seulement la violence physique, mais aussi la violence psychologique des adolesents, la violence qui prend feu dans le rapport à l'autre. C'est cette violence là qui m'intéressait davantage que la violence dramatique de l'affaire Manson.

 

Peut-on voir des échos contemporains, faire un parallèle avec ces adolescents perdus de Californie et les jeunes embrigadés par Daesh ?

L'adolescence est un âge vulnérable, durant lequel on s'engage idéologiquement, on a besoin d'exrpimer cette violence inhérente vers d'autres que soi. On parle peu de la violence féminine, souvent rentrée, qui s'exprime par l'anorexie, les jeunes filles qui se tailladent, ou n'expriment pas leur mal-être, leur colère. C'était intéressant d'aborder ce thème là dans cette ville.

 

Pourquoi le personnage de Sacha ?

Je voulais montrer qu'à 30 ans de distance, une adolescente reste une adolescente avec cette envie d'être vue, regardée. Les réseaux sociaux sont au coeur de cette volonté de se montrer et d'être reconnu par ses camarades.

 

Pourquoi parler seulement de cette envie d'être vue et pas de l'envie d'être aimée qu'elle cache ?

A mon avis, l'adolescent n'est pas toujours en âge de comprendre que derrière cette envie d'être regardé se cache l'envie d'être aimé et compris.

 

Travaillez vous sur un nouveau projet ?

Oui sur un recueil de nouvelles et sur un roman.

 

Y aura-t-il une adaptation de "The girls" ?

On m'a proposé de travailler sur le script, mais j'ai refusé disant que quand c'était fini, c'était fini pour moi. Mais quelqu'un a acheté les droits du film. (Scott Rubin)

 

Etes vous toujours hantée par vos personnages ?

J'ai mis trois ans à écrire ce roman, fini depuis deux ans, et c'est seulement maintenant que je fais une tournée promotionnelle, c'est un peu étrange de parler de personnages que j'ai presque oublié pour certains, puisque je travaille sur de nouveaux projets. Mais oui, pour certains, ils m'habitent encore. J'ai finalisé le roman en deux mois et c'est là que j'ai mis le plus de moi même, et que j'ai écrit les personnages les plus difficiles.

 

Y-a-t-il une influence de votre vie personnelle dans ces pages ?

Je vous rassure, je n'ai tué personne ... Mais je suis l'aînée de 5 filles donc je connais les rapports entre filles. J'étais surtout intéressée par les décisions que l'on prend à cet âge là, décisions qui peuvent avoir des répercussions auxquelles on ne s'attend pas dans l'âge adulte.

 

Quel fut le meilleur moment de cette magnifique aventure littéraire?

J'avais terminé d'écrire le roman, et je suis sortie dans ma cour pour fumer une cigarette. Maintenant tout ce que je vis, je le vis avec distance, cela m'est un peu étranger.

Par la suite, j'ai pu rencontrer Anna Jarota et son assistant Robin Schultz, les agents littéraires d'Emma Cline. Anna Jarota a évoqué avec tendresse la jeune auteure de "The girls" : "Tout était déjà parfait dans ce roman, nous n'avons pas eu à le retravailler, j'ai senti à la première lecture que je tenais quelque chose, un talent rare. Sur peut-être 100 romans que nous lisons, seul 1 roman sort du lot, et ce fut celui là ! C'est impressionnant de se dire que cette jeune fille de 27 ans possède une telle maîtrise de l'écriture, et de la psychologie ! Elle est extraordinaire et mérite son succés. Nous avons vendu les droits de son roman dans 34 pays, et Emma a commencé sa tournée. La France est l'avant dernière étape avant l'Italie. J'ai hâte de recevoir son prochain roman dans ma boîte mail, à ce moment-là, je sais que le monde s'arrêtera de tourner et qu'il n'y aura plus que cela, ce manuscrit, cette nouvelle perle à découvrir. Je sais que je ne serai pas déçue !"

 Cette rencontre m'a éclairée aussi sur le métier d'agent littéraire, métier relativement récent en France, contrairement aux pays anglo-saxons où il est monnaie courante de faire appel à ces agents en tant qu'intermédiaire entre l'auteur et l'éditeur. Après une expérience enrichissante à Londres dans l'agence Andrew Nurnberg Associates, Anna Jarota a décidé de créer sa propre agence en France en 2008.  Elle est l'agent notamment de Nancy Huston, Woody Allen, Jérôme Kerviel et Valérie Trierweiler. Robin quant à lui, est passionné par ce métier qu'il assimile à celui de "découvreur de trésors" ! 

Quant à la question de savoir quel serait leur prochain "trésor", Robin m'a dit qu'il fallait s'attendre à un grand coup dans 5 mois, quelqu'un de connu, qu'il ne pouvait rien dire encore mais qu'il y avait des indices dans la newsletter de Livres Hebdo ! A vos tablettes !

 

J'ai aussi discuté avec le traducteur de "The girls"Jean Esch, pour qui cette traduction était une belle expérience. Il a aussi traduit récemment le roman de Don Winslow Cartel, la suite de La griffe du chien, à découvrir également absolument selon lui ! 

 

Nous avons pu également échanger plus longuement avec Emma Cline, une jeune femme très avenante, touchante de sincérité, Sandra vous en dit plus sur son blog Bellepagesite !

 

Merci à Arnaud, Anaïs, Roxane, et Sandra !

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la table ronde

Mon avis sur "The girls" : ICI

 

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