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litterature francaise

L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent de Philippe DELERM

Publié le par Hélène

Dans cet opus, Philippe Delerm s'intéresse aux gestes presque mécaniques les gestes de la vie : qu'il s'agisse de l'épluchage de la clémentine, de la conduite d'un caddie, de remonter ses manches, l'auteur observe et analyse ce que ces gestes peuvent révéler de nous.

Quelques gestes évoqués nous font retrouver le charme de ces "Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" qui avaient tant plu à l'époque de leur sortie, comme le déhanchement pour laisser entrer le chat, même s'il n'est plus là, un geste empreint d'habitude et de nostalgie.

Mais malheureusement, ces fulgurances sont rares, et l'ensemble est profondément décevant.

Ce que j'ai moins aimé :

Le style n'a rien de poétique : "elles sont trop fortes" P. 37, l'emploi généralisé du "on", "il y a", "génial" créent des phrases courtes sans âme. Même les ricochets perdent de leur poésie, chaque geste devient vide, guindé, en raison de la banalité du propos et du style.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil

Lu dans le cadre de Masse Critique de Babélio

tous les livres sur Babelio.com
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De pierre et d'os de Bérengère COURNUT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Uqsuralik est une jeune fille inuit qui se trouve séparée de sa famille en raison d'une fracture de la banquise. Livrée à elle-même dans le froid polaire, elle n'a d'autre solution que d'avancer pour survivre et trouver un groupe pour l'accueillir.

« Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l’Arctique depuis un millier d’années. Jusqu’à très récemment, ils n’avaient d’autres ressources à leur survie que les animaux qu’ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d’animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L’eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu’accompagne parfois le battement des tambours chamaniques. » (note liminaire du roman)
A l'origine de ce roman, une curiosité de Bérengère Cournut qui, en contemplant de minuscules sculptures inuit en os, en ivoire, en pierre tendre et en bois de caribou, s'est demandé "quel peuple pouvait produire des oeuvres à la fois si simples et puissantes." Poussée par ce premier appel, l'auteure a investigé, notamment auprès du fonds d'archives Paul Emile Victor et du fonds Jean Malaurie, à la Bibliothèque centrale du Museum Naturelle, et ainsi est née Uqsuralik, jeune femme nomade, fragile au début du roman, mais gagnant en force au fil des pages et de ses rencontres. Habitée par ses croyances et ses mythes, elle avance, tenace, envers et contre tout, vers la lumière entraperçue dans ses rêves.

Ce très beau roman nimbé d'onirisme nous entraine aux confins d'une culture fascinante portée par ce personnage terriblement attachant. L'intense spiritualité de ce peuple s'échappe de chaque page, de chaque chant retranscrit, nous emportant bien loin de nos propres croyances occidentales.

Pour ne rien gâcher, le livre lui-même, en tant qu'objet, est magnifique, avec cette belle couverture de Juliette Maroni, ce papier si doux au toucher, et pour finir, ce carnet de photographies à la fin permettant de s'immerger encore davantage dans ces mondes lointains

L'auteure a reçu le prix Roman Fnac, un prix amplement mérité !

"Puisse ce roman être une porte d'entrée vers l'univers foisonnant du peuple inuit"

 

Présentation de l'éditeur : Le tripode

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Par les routes de Sylvain PRUDHOMME

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Moi cette question je me la pose à propos de la vie tout entière, je lui dis. A ton avis qu'est-ce qu'il faut faire tout court. De la vie. De la mort. De l'amour."

 

Sacha et l'autostoppeur. Deux êtres, deux choix de vie : Sacha est écrivain, ses journées ont un aspect assez répétitif que rendent ces phrases courtes percutantes, répétition de gestes similaires, quelquefois vides de sens. Dans le village où il décide de s'installer, il retrouve l'autostoppeur, qu'il a connu dans sa jeunesse, aujourd'hui marié à Marie, père d'un petit Augustin, et pourtant, épris de liberté. Avide de rencontres et de découvertes, l'autostoppeur part régulièrement sur les routes : "J'ai vu peu de gens, dans ma vie, pour lesquels autrui n'était jamais un poids, jamais une fatigue, jamais un ennui. Toujours au contraire une chance. Une fête. la possibilité d'un supplément de vie. l'autostoppeur était de ces êtres."

Ces deux hommes sont comme les deux aspirations qui peuvent tirailler l'être humain moderne, englué dans le quotidien quelquefois aliénant, et pris de vertige face à l'éventail de tous les possibles laissés de côté. Et pourtant il a bien fallu faire un choix, donner un sens à cette vie. Dans ses périples, l'autostoppeur cherche des réponses auprès des êtres croisés, il pose des questions philosophiques, mesure à quel endroit le vide atteint sa plus grande intensité, ou questionne sur notre présence sur terre, sur le sens de la vie, sur notre identité : "Elle m'a raconté que pour Spinoza chacun de nous était comme un petit nuage fragile, à chaque instant menacé de heurter d'autres nuages et de se dissoudre. Elle m'a dit que Spinoza n'utilisait pas l'image du nuage, mais que c'était comme ça qu'elle l'avait compris : vivre c'est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe, malgré les bonnes et mauvaises rencontres. C'est réussir à faire tenir ensemble toutes les petites gouttes de vapeur qui font que ce nuage c'est nous, et personne d'autre."

Le temps d'un voyage, les discussions s'enflamment, les liens se créent, le partage règne, comme dans cette magnifique scène finale, ode à la vie ! Un roman magnifique, doté d'une profondeur dans la légèreté, un vrai coup de coeur !!

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

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Une bête au paradis de Cécile COULON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Emilienne élève seule ses deux petits enfants Blanche et Gabriel tout en menant d'une main de maître sa ferme Le Paradis. Elle est aidée par Louis un jeune homme du pays qu'elle a recueilli alors qu'il rencontrait des difficultés familiales.

A l'âge de l'adolescence, Blanche tombe amoureuse d'Alexandre, et emportée par sa passion, s'imagine qu'ils vont passer toute leur vie côte à côte, dans la ferme. Malheureusement pour elle, les projets d'Alexandre diffèrent : dévoré par l'ambition, il veut quitter le village pour la ville. Il laisse une Blanche dévastée qui se jette corps et âme dans le travail de la ferme. Jusqu'au jour où Alexandre revient...

Dans ce roman au style ramassé, les sentiments sont intenses, le drame couve sans cesse sous les corps malmenés, les passions prêtes à éclater. D'une écriture sèche et efficace, Cécile Coulon immerge son lecteur dans une histoire prenante, à l'issue tonitruante.

 

Présentation de l'éditeur : L'iconoclaste

D'autres avis : Télérama

Du même auteur : Trois saisons d'orage  

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Einstein, le sexe et moi d'Olivier LIRON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"J'aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l'orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen. Bienvenue dans mon monde."

Olivier Liron est autiste Asperger. "Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence." Une différence qu'il partage avec nous aujourd'hui en choisissant résolument l'angle de l'humour et du second degré. Ayant participé en 2012 à l'émission mythique de Julien Lepers "Questions sur un champion", il revient sur cette journée particulière, prétexte pour aborder ses ressentis et expériences.

En se plongeant dans son passé, lui reviennent ces termes cruels employés par les autres camarades pour le désigner, "gogol", ces coups psychologiques incessants, l'intolérance prégnante, ce "fascisme de la norme" qui l'a rapidement condamné. Mais il a la possibilité d'écrire pour ouvrir la prison, aimer, aller à la rencontre des autres, et se répéter comme un mantra "Il y aura toujours la beauté."

L'originalité du procédé lié au suspens du jeu allié à un humour corrosif cachent une réflexion bien plus grave sur la place des personnes différentes dans notre société. Avec talent, Olivier Liron transforme le jeu "Questions pour un champion" en quête de soi même, et amorce en parallèle une réflexion sur l'acceptation, pour que chacun comprenne et intègre ce droit de ne pas "rentrer dans le moule".

Un roman-bijou qui a obtenu le grand prix des blogueurs littéraires en 2018.

 

Présentation de l'éditeur : Alma Editeur

D'autres avis : Babélio

 

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La femme qui dit non de Gilles MARTIN-CHAUFFIER

Publié le par Hélène

A 90 ans Marge raconte son destin particulier lié à une petite île du Morbihan, l'île aux Moines : en 1938, elle rencontre deux jeunes Bretons, Blaise de Méaban et son meilleur ami Mathias. Elle épouse Blaise et, se croyant enceinte, ne peut l’accompagner à Londres lorsqu’il s’embarque pour répondre à l’Appel du Général de Gaulle. Esseulée, elle fait alors de Mathias son amant - et le véritable père de son fils. Ce trop lourd secret de famille et les guerres feront le reste…

L'auteur s'est inspiré de l'histoire de sa grand-mère pour écrire ce roman, et il entremêle la destinée individuelle à la grande Histoire, la débâcle 1940, l’épuration, la déportation, la guerre d’Indochine, les Jeux olympiques de 1964, la guerre d’Algérie... Il nous livre aussi tout un pan très intéressant de l'histoire bretonne ... Mais ...

Ce que j'ai moins aimé :

- le manque de respiration, trop de données historiques, peu d'envolées poétiques pour une terre qui pourtant appelle la poésie

- un personnage peu attachant, assez volatile

- un style peu à mon goût : "j'étais dégoûtée" (p. 30) "je l'avais dans la peau" p.64, "dans le Larousse, au mot "frustré", son visage aurait mieux convenu que n'importe quelle définition" p.44

 

Présentation de l'éditeur : Grasset

D'autres avis : Babelio

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Rien n'est noir de Claire BEREST

Publié le par Hélène

♥ ♥

« À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien. "

L'auteure choisit ici de s'intéresser à dix ans de la vie de Frida Kahlo : sa rencontre avec Diego, cette passion dévorante, les années fastes pour Diego qui côtoie les Ford et Rockefeller, les voyages incessants, mais aussi les infidélités, les pleurs et séparations, réconciliations sans fin... Et, pour conjurer ces déceptions, ces accidents de la vie, l'art. L'art pour conjurer la souffrance physique et morale, l'art pour simplement survivre...

"Frida est trop intense parfois, impossible à son contact d'oublier que l'on va tous mourir et que notre passage ici est une sorte de violence magique, futile, essentielle et grotesque, interdit d'oublier que nous sommes tous reins et peau d'inconsolables incendies, c'est trop de tension, il est sorti ce soir, il a besoin d'être seul parfois, souvent. Mais une vie sans elle serait une pâle étoile. Une longue et morne promenade bordée de réverbères perpétuellement allumés."

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai fini par m'ennuyer, avec l'impression que le roman tournait en boucle autour de cette passion à la fois destructrice et source de création :

"Le problème, c'est que Diego veut être aimé du monde entier et du siècle.

- Et toi, Frida ?

- Moi, je veux être aimée de Diego Rivera."

Si le début m'a passionnée parce que je ne connaissais pas bien la personnalité de Frida ni son histoire, par la suite j'ai fini par survoler ses émois passionnés...

Bilan :

Si le destin de cette femme extraordinaire est fascinant, je n'ai pas été sensible aux mots de Claire Berest...

Frida Kahlo e Diego Rivera, Messico 1933. Fotografia di Martin Munkácsi

Présentation de l'éditeur : Stock

D'autres avis : je n'ai lu que des avis positifs : Frédérique ; Cathulu

Lu sur Netgalley

 

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Salina : les trois exils de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

« Elle sait, elle, que la vie se soucie peu de la volonté des hommes, qu'elle décide à leur place, impose, écarte les chemins qu'on aurait voulu explorer et affaiblit ce qu'on croyait éternel. »

Salina fut abandonnée aux portes du village un beau matin, promise aux hyènes, elle sera finalement recueillie par Mamambala, même si elle sera toujours considérée par le clan comme une étrangère. A l'aube de sa mort, elle part pour un dernier voyage avec son fils, Makala. Celui-ci devra ensuite raconter son histoire, rendre hommage à celle qu'elle a été pour qu'enfin, elle trouve le repos dans sa dernière demeure.

Son histoire est marquée par l'amour, mais aussi par la loi clanique qui décide pour les plus faibles et modifie leur destin à leur insu. Salina n'aura de cesse de vouloir se venger de ceux qui l'ont aliénée en lui volant son honneur et sa liberté. Narrant la conquête d'une femme qui cherche l'apaisement, le souffle épique et lyrique des grands récits traverse ce beau roman envoûtant. Le destin ce cette femme aux trois fils, aux trois exils nous emporte aux confins de la mythologie et des terres lointaines pour nous conter l'humanité d'une femme promise au malheur.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Du même auteur :  Ouragan    ; Le soleil des Scorta ♥ ♥ ♥ ♥ ;  Pour seul cortège ♥ ♥ ♥ ; Danser les ombres  ♥ ; Dans la nuit Mozambique  ♥ ; La mort du roi Tsongor ♥ ♥ ♥ 

 

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L'aile des vierges de Laurence PEYRIN

Publié le par Hélène

Alors qu'elle vient de perdre son mari, Maggie est contrainte de s'engager en temps que domestique à Sheperd House, manoir du Kent. Pour cette petite fille de suffragette et fille d'une sage femme féministe, entrer au service des Lyon-Thorpe est un crève-cœur. Elle se console en se disant qu'elle ne restera pas longtemps en ces lieux et que bientôt, elle pourra partir pour l'Amérique.

Ce que j'ai moins aimé :

Sous couvert d'un personnage féministe, l'auteure nous plonge dans une histoires romanesques au possible, avec quelques scènes pseudo érotiques pour agrémenter l'intrigue. Le personnage de Maggie est assez caricatural, les ficelles romanesques centrées sur des quiproquos et des destins manqués attendues, tout comme les rebondissements visibles à 10 mètres.

Bilan : J'ai abandonné, noyée sous le romanesque...

 

Présentation de l'éditeur : Calmann Lévy ; Pocket

D'autres avis : http://ivredelivres.com/aile-vierges-laurence-peyrin/ qui met en avant les contradictions de cette Maggie soit disant féministe...

 

Elu L’été en Poche des blogueurs littéraires

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Des âmes simples de Pierre ADRIAN

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Quand le ciel entre quelque part, il donne une valeur à l'insignifiant."

Le narrateur de ce récit lumineux est un jeune homme qui a décidé de poser ses valises  quelques temps à Lescun bourg, dans le monastère de Sarrance en vallée d'Aspe. Il reste auprès du curé, Pierre, et écoute jour après jour l'histoire de cet homme, de cette vallée, de ces trajectoires qui s'arrêtent dans le monastère pour ensuite repartir. En ces lieux, la lumière s'échappe des âmes qui gardent le foi, la foi en l'homme, la foi en l'humanité, comme la foi en Dieu. Pierre rassemble, console, et porte invariablement vers le goût des choses simples, de l'entraide bienveillante. "Certains endroits élèvent", tout comme certains hommes.

"A quoi bon invoquer les saints si on ne reconnaît pas ceux qui nous entourent. dans leur vallée, dans ce gouffre, inconnus, ils passent sur cette terre. cela existe, les saints. Et nous ne le dirions pas ?"

Un beau récit simple et profond à la fois.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Prix littéraires :

  • • Prix Roger-Nimier 2017
  • • Prix Spiritualités d'aujourd'hui du roman 2017

D'autres avis : Télérama ; Alex ;

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