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litterature europe

Un bûcher sous la neige de Susan FLETCHER

Publié le par Hélène

 

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 ♥ ♥ ♥ ♥

Un roman ensorcelant. Susan Fletcher est une grande magicienne…

  

L’auteur :

 

Susan FLETCHER est une écrivain anglaise. Un bûcher sous la neige est son troisième roman, après  Avis de tempête et  La fille de l'Irlandais (Plon 2006) qui a connu un immense succès en Angleterre (sélectionné par le célèbre talk-show " Richard and Judy "). 

 L’histoire :

 

Dans l’Ecosse du XVIIème siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie et de trahison envers le roi Guillaume, attend le bûcher. Le révérend Charles Leslie vient d’Irlande pour tenter de comprendre qui a été l’instigateur du massacre de Glencoe. Il va alors rencontrer la jeune fille qui en fut témoin, et qui va accepter de lui raconter ce qu’elle sait, à condition qu’il écoute l’histoire de sa vie. Chaque jour, ce récit continue, comme une longue confession.

 Ce que j’ai aimé :

 

-         Le portrait de Corrag, archétype des êtres rejetés pour leur étrangeté, est subtilement peint : la jeune fille se livre à la première personne avec toute sa naïveté, sa jeunesse, et sa beauté, et parallèlement, dans les lettres qu’il écrit à sa femme Jane,  la voix de Charles donne un point de vue externe sur elle, point de vue qui va évoluer au fil du récit de cet étrange personnage.

Charles est finalement admiratif et fasciné par cette femme lumineuse :

 

« Jamais je ne me suis tenu immobile dans un marécage, ni n’ai entendu une chouette hululer. » (p. 308) dira-t-il, soudain ébranlé dans ses certitudes. Ce qu’il croyait vrai et juste n’était que l’ombre de préjugés insufflé par d’autres.

 

Mais Corrag ne sera plus la même après ce récit, elle qui a pourtant appris à se méfier des hommes :

 

« Tellement de haine dans le monde. Tellement de tristesse.

Ma mère disait toujours il n’y a pas de diable. Rien que les coutumes diaboliques de l’homme. Et elle allait là où étaient le vent, les hauteurs et l’herbe, car ces endroits-là ne pouvaient pas lui faire du mal, pas comme les gens. » (p. 306)

 

Elle aura rencontré quelques hommes irradiant la même lumière qu’elle, quelques hommes qu’elle s’autorisera à aimer, malgré l’avertissement désabusé de sa mère.

 

« Mais il y a aussi de la lumière. Elle est partout. Elle inonde ce monde, le monde en est rempli. Un jour, assise au bord de la Coe, je regardais des rayons de lumière tomber à travers les arbres, à travers leurs feuilles, et je me suis demandé s’il y avait quelque chose de plus beau que ça, ou de plus simple. Il y a maintes beautés. Mais toutes –depuis la neige jusqu’aux cheveux d’Alasdair, roux comme les fougères, jusqu’au ciel reflété dans l’œil de ma jument quand elle humait l’air sur la lande de Rannoch -, toutes ont de la lumière en elles, et elles valent la peine. Elles valent la peine de ce qui est sombre. » (p. 385)

 

-         Le souffle lyrique aère ces pages et leur offre une dimension supérieure. Jeune femme sauvage, Corrag vit en harmonie avec les éléments, et nous offre une vision pure de cette nature souvent ignorée au bénéfice des hommes et de leurs tourments. Nous parcourons les High lands à ses côtés, et comme pour Charles, c’est tout à coup une autre vision du monde qui s’offre à nous.

 

« Je pense ça, et je lève les yeux.

C’est le soir. La lune est à son premier croissant. Il y a des étoiles, et le bruit d’un ruisseau, et dans l’obscurité j’entends même des ailes d’insectes. Je me dis quels présents nous recevons. Quels présents, chaque jour.

Je m’enveloppe dans votre manteau, je respire. Je souris.

Je vais devant moi sous le ciel, à travers la lande. » (p. 388)

 

    Ce que j’ai moins aimé :

-         Rien.

 

 Premières phrases :

 

« Jane,

Je ne me souviens d’aucun hiver qui fût aussi cruel ou me mît à si rude épreuve. Tempêtes de neige et gel sévissent depuis des semaines. Un féroce vent du nord s’infiltre dans ma chambre et tourmente la bougie à la lumière de laquelle j’écris. Par deux fois, elle s’est éteinte. Ce qui va m’obliger à être concis. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La fille de l’irlandais

 

Un bûcher sous la neige, Susan FLETCHER, traduit de l’anglais par Suzanne MAYOUX, Plon, Feux croisés, août 2010, 400 p., 22 euros

 

Merci à Jennyfer SOULAT des Editions Plon pour cette découverte ensorcelante.

 

D’autres avis chez Ys, Cathulu, Papillon, Fashion, Liliba, Clara...

 1pourcent

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Sonietchka de Ludmila OULITSKAIA

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 Le doux portrait d’une femme ordinaire.

Prix Médicis étranger ex-aequo en 1996

  

L’auteur :

 

  Ludmila OULITSKAIA est une écrivain russe. Elle est l'auteur de plusieurs romans et nouvelles ainsi que de plusieurs scénarios de films.

 

L'histoire :

 

Sonietchka est une bibliothécaire passionnée par la lecture. Aussi, le jour où Robert la demande en mariage, elle n’ose y croire, trop habituée aux destins tragiques des personnages qui peuplent ses romans. Et pourtant, elle épousera ce peintre plus âgé qu’elle et aura une fille avec lui, Tania. Des années plus tard, elle n’ose toujours pas croire à son bonheur…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          J’ai apprécié le charme douceâtre de ce court récit. Sonietchka est émouvante dans sa simplicité. Heureuse, elle ne laisse finalement aucun aléa de la vie troubler ce bonheur planté à l’ombre de sa famille. Elle passe tel un ange sur les pages du roman, virevoltante, pour plus vite retourner à sa lecture :

 

« Le soir, chaussant sur son nez en forme de poire ses légères lunettes suisses, elle plonge la tête  la première dans ses profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières. » (p. 109)

 

Sonietchka est de ces personnages romanesques que l’on n’oublie plus après les avoir rencontrés…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières pages :

 

« Dès son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance, Sonietchka s’était plongée dans la lecture. Son frère aîné, Ephrem, l’humoriste de la famille, ne se lassait pas de répéter la même plaisanterie, déjà démodée au moment de son invention : « A force de lire sans arrêt, Sonietchka a un derrière en forme de chaise, et un nez en forme de poire ! »

 

Vous aimerez aussi :

 

L’accompagnatrice de Nina BERBEROVA

 

 

Sonietchka, Ludmila OULITSKAIA, traduit du russe par Sophie BENECH, Gallimard, Du monde Entier, 1996, 120 p., 12.20 euros

POCHE : Sonietchka, Ludmila OULITSKAIA, traduit du russe par Sophie BENECH, Folio, mai 1998, 108 p., 4 euros

 

 

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Le cuisinier de Martin SUTER

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 Soirée aphrodisiaque au menu

 L’auteur :

Martin Suter est un écrivain suisse. Depuis 1991 il se consacre uniquement à l’écriture après un passage dans l’univers de la publicité et du journalisme. Ses romans connaissent un beau succès.

 

L’histoire :

Maravan, jeune réfugié tamoul est employé dans un restaurant suisse, le Huwyler. Il y est chargé de couper les légumes, de faire la vaisselle, alors qu’avec ses connaissances culinaires, il pourrait assurer un poste beaucoup plus important au sein de ce restaurant spécialisé dans la « nouvelle cuisine ». Il se contente donc de faire ses expériences de cuisine moléculaire chez lui. Or, Andrea, une collègue serveuse également au Huwyler rêve de s’installer à son compte. Aussi propose-t-elle à Maravan dont elle connaît le talent, de s’associer avec elle pour offrir des menus privés aphrodisiaques aux couples dont la passion s’use.

Ce que j’ai aimé :

-          Comme dans tous les romans de Martin Suter, le récit coule de source, avec la juste dose de péripéties, des rencontres qui tombent à propos, un brin d’amour, un peu de violence…

-          La toile de fond culinaire est originale, on y apprend les base de la cuisine ayurvédique et celles de la cuisine moléculaire. En fin de roman, l’auteur propose les recettes concoctées par Maravan, pour ceux qui souhaiteraient organiser une soirée aphrodisiaque… Voici le menu :

 

« Mini-chapatis à l’essence de feuilles de caloupilé,

De cannelle et d’huile de coco

Cordons de haricots urad en deux consistances

Ladies-fingers-curry sur riz Sali à la mousse d’ail

Curry de jeune poulet sur riz sashtika

Et sa mousse à la coriandre

Churaa Varai sur son riz nivara à la mousse de menthe

Espuma gelé au safran et à la menthe,

Aves ses textures de safran

Sphères de ghee à la cannelle et

A la cardamone douce-amère

Petites chattes de poivre glacé,

Aux pois chiches et au gingembre

Phallus gelés au ghee et aux asperges

Esquimaux au ghee de miel et de réglisse. » (p.130)

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Si les explications concernant les préparations culinaires de Maravan très détaillées sont quelque peu complexes pour une cuisinière de base, d’autres sujets sont seulement survolés trop sommairement à mon goût : les personnages restent fantômatiques, peu creusés, la situation au Sri Lanka sert uniquement de toile de fond, et les tractations commerciales pour la vente d’armes m’ont franchement ennuyée. Alors, comme le dit très bien Nelly Kaprièlian dans « Les Inrockuptibles » (5 mai 2010) : « A trop vouloir être sympathique, Martin Suter signe des romans très agréables, mais rate toujours le cran au-dessus : signer un vrai grand roman. »

 

Premières phrases :

 

« - Maravan ! Siphon !

Maravan posa d’un geste rapide le couteau affûté à côté des fines lamelles de légumes, se rendit à l’armoire chaude, y prit le siphon en acier inoxydable et l’apporta, avant qu’il ne refroidisse, à Anton Fink.

Le siphon contenait la pâte du sabayon à l’ail des ours que l’on servait avec les maquereaux marinés. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le dernier des Weynfeldt de Martin SUTER

Autre : La fortune de Sila de Fabrice HUMBERT

 

 Le cuisinier, Martin SUTER, Traduit de l’allemand par Olivier MANONI, Christian Bourgois Editeur, mai 2010, 322 p., 20 euros

 

  1pourcent

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Le contraire de un d’Erri DE LUCA

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

Un recueil de nouvelles qui donne toute la mesure du talent d’Erri DE LUCA

  

L’auteur :

 

Erri DE LUCA est un écrivain italien contemporain. Il est aujourd’hui un des romanciers italiens le plus lu dans le monde.

 

L’histoire :

 

Ces nouvelles abordent des thèmes variés, chers à Erri DE LUCA : les groupuscules révolutionnaires italiens, l’alpinisme, la solitude, la multitude. Le caractère autobiographique de ces courts récits est indéniable.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La vision révolutionnaire de ces hommes et femmes qui s’engagent parce qu’ils estiment qu’ils n’ont guère le choix, et peut-être aussi pour être moins murés dans leur solitude :

 

« Ce n’était pas nous les révolutionnaires, mais le temps et le monde tout autour. Nous, nous aidions le mouvement qui dégondait colonies et empires. » (p.32)

 

 « Le degré de rupture à l’intérieur de l’ordre social d’alors ne se mesurait pas à des personnes prêtes à partir pour un front, mais à des citoyens comme elle qui se mettaient à saboter des pouvoirs dans les endroits les plus étranges et les plus difficiles. Le degré de fièvre de cette  Italie n’était pas donné par les surexcités, mais par le pouls des doux, des pacifiques qui collaboraient aux révoltes. Quand ce sont les pensionnaires qui vont à l’aventure, un pays est proche de l’incandescence. » (p. 33)

 

-          Erri DE LUCA parlent aux âmes esseulées qui trompent leur solitude en créant des accords numériques

 

« Nous sommes deux, le contraire de un de sa solitude suffisante. »(p. 118)

 

« Celui qui choisit d’être du côté de la multitude peut-il donc rester éclopé par la perte d’intimité avec une seule personne ? Faire couple avec la multitude ne lui suffit-il pas ? » (p. 134)

 

-          Les nouvelles sur l’alpinisme s’inscrivent dans la même grâce du moment vécu à deux. Elles parlent aux âmes montagnardes…

 

-          La poésie de ces phrases est comme incandescente, elle éclaire les pages d’une aura magique :

 

« Tous nos pas ont suivi un désir. Pour l’exaucer, il a fallu mettre nos pieds dessus et le piétiner. » (p. 119)

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien

 

Premières phrases :

 

« En toi j’ai été albumen, œuf, poisson,

Les ères sans limites de la terre

J’ai traversé dans ton placenta

Hors de toi je suis compté en jours. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Requiem pour l’alpiniste en guerre de Mario RIGONI STERN

 

Le contraire de un, Erri DE LUCA, Traduit de l’italien par Danièle VALIN, Gallimard, nouvelles, janvier 2004, 138 p., 14.50 euros

POCHE : Le contraire de un, Erri DE LUCA, Traduit de l’italien par Danièle VALIN, Folio, mai 2005, 181 p.,  5.60 euros

 

 

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Drôle de temps pour un mariage de Julia STRACHEY

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

Un court récit placé sous l’égide de Virginia WOOLF

 

L’auteur :

 

Julia Strachey était la nièce d’un grand ami de Virginia Woolf. Cette dernière et son mari ont publié son court roman en 1932. Elle fut auparavant mannequin chez Poiret, lectrice pour un éditeur, photographe et auteur de nouvelles…

 

L’histoire :

 

Le 5 mars Madame Thatcham, une veuve de la bourgeoisie, maria sa fille aînée Dolly, 23 ans, à Owen Bigham, 31 ans. Ce court récit raconte cette journée agitée…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La joyeuse agitation désorganisée de cette maison : entre Tom qui insiste pour que son frère change de chaussettes, un abat-jour qui fera beaucoup parler, les domestiques qui reçoivent ordres et contrordres, la tortue qui voyage puis ne voyage plus… L’ensemble crée un tableau tonitruant dans lequel se noient les deux protagonistes Dolly et Joseph.

-          Ces deux-là sont en effet destinés à se manquer, et le gâchis affectif se profilant minute après minute sous l’œil du lecteur évolue vers une autre dimension quand on en apprend davantage sur les personnages et leur passé. La construction dévoile peu à peu des vérités jusqu’ici tapies derrière l’effervescence de cette journée si particulière.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          L’étourdissement guette le lecteur qui doit persévérer pour ne pas fuir cette maison en folie. La fin justifiera sa constance…

 

Premières phrases :

 

« Le 5 mars, Mrs Thatcham, veuve de la bourgeoisie, mariait sa fille aînée, Dolly, âgée de vingt-trois ans, à l’honorable Owen Bigham. Il avait huit ans de plus qu’elle, et appartenait au corps diplomatique.

Les fiançailles avaient été brèves, comme sont censées l’être des fiançailles, seulement un mois, mais Owen étant attendu en Amérique du Sud fin mars, pour y rester en poste plusieurs années, Dolly avait accepté de l’épouser et de partir là-bas avec lui. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Mrs Dalloway de Virginia WOOLF

 

Drôle de temps pour un mariage, Julia STRACHEY, Traduit de l’anglais par Anouk NEUHOFF, Quai Voltaire, mai 2008, 16.50 euros

POCHE : Drôle de temps pour un mariage, Julia STRACHEY, Traduit de l’anglais par Anouk NEUHOFF , La petite vermillon, juin 2009, 117 p., 7 euros

 

 

Merci à Caroline CHABOT des Editions La table Ronde pour ce judicieux choix.

 

D’autres avis chez Laurent, qui a moins aimé, Manu, Lilly ou encore Cathulu, plus enthousiastes.

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A quand les bonnes nouvelles de Kate ATKINSON

Publié le par Hélène

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♥ 

 Ce roman n’est ni un roman policier, ni un essai philosophique, mais  simplement un roman bien construit, drôle et profond à la fois, dans lequel chacun peut trouver les réponses à certaines des questions qu’il se pose .

 

L’auteur :

 

Kate Atkinson est une écrivaine américaine installée à Edimbourg. Son premier roman Dans les coulisses du musée publié en 1996 a connu un très beau succès.

 

L’histoire :

 

Alors qu’elle n’est encore qu’une enfant, Joanna assiste à l’assassinat sanglant de sa mère, de sa sœur et de son petit frère. Encouragée par sa mère mourante elle parvient à s’enfuir et échappe au massacre. L’auteur du crime est arrêté et jeté en prison.

Trente ans plus tard Joanna est une femme qui semble comblée : médecin, elle est mariée à Neil, un mari attentionné, et est maman d’un petit garçon, Gabriel. Elle a la chance de rencontrer de surcroît une « nounou » idéale en la personne de Reggie.

Reggie quant à elle a une vie plutôt chaotique, elle vient de perdre sa mère et est dotée d’un frère fréquentant des milieux peu recommandables… Cet emploi chez Joanna est pour elle une seconde chance, elle trouve là comme une seconde famille.

Aussi, quand, peu de temps après la sortie de raison de l’assassin de sa famille Joanna disparaît, Reggie va remuer ciel et terre pour la retrouver. Elle fera appel pour ce faire à Louise Monroe, inspecteur en chef  et à Jackson Brodie, détective privé rencontré par hasard.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         Si cette disparition semble être au centre du roman - sans doute pour appâter le lecteur avide de romans à la trame policière - elle n’est pourtant que prétexte pour aborder des sujets bien plus profonds. Dans ce monde loufoque à la Kate Atkinson, il ne faut pas se fier aux apparences. Les personnages sont beaucoup plus denses qu’ils n’y paraissent, comme la vie beaucoup plus complexe qu’elle ne le semble. Comme le dit un des personnages :

 

« Tout resterait un mystère. Ce qui signifiait, si on y réfléchissait bien, qu’on devait essayer de clarifier les choses au maximum pendant qu’on était encore en vie. Trouver les réponses, résoudre les mystères, être un bon détective. Un croisé. »

 

-         La question du hasard est au cœur du roman, en filigrane. Le train tranquille d’une vie peut dérailler à chaque seconde - plusieurs des personnages outre Joanna en feront l’expérience - l’être humain devant alors puiser assez de force pour continuer à avancer vers la lumière.

 

-         Cette force, Joanna la trouve dans l’amour : « L’important c’est l’amour » répète-t-elle souvent. Amour d’un enfant, amour du prochain, amour dans le couple, amour de la vie tout simplement pour celle et ceux qui sont des rescapés. Et au fond nous sommes tous de cette espèce, puisque la vie est un risque permanent. Si nous sommes encore là, vivants, heureux, c’est sans aucun doute parce que la grande faucheuse nous a épargnés … « Trouver les réponses » pour tenter l’aventure, ce serait lutter contre le hasard en rectifiant sans cesse les trajectoires…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Je n’ai rien à redire

 

Premières phrases :

 

« La chaleur qui s’élevait du macadam semblait emprisonnée par les hautes haies qui les dominaient comme des remparts.

« Accablante », dit leur mère. Elles se sentaient emprisonnées aussi. « On se croirez dans le labyrinthe de Hampton Court, dit leur mère. Vous vous souvenez ?

-         Oui, dit Jessica.

-         Non, dit Joanna.

-         Tu n’étais qu’un bébé, dit leur mère à Joanna. Comme Joseph aujourd’hui. » Jessica avait huit ans, Joanna six. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le mec de la tombe d’à côté de Katarina MAZETTI

 

A quand les bonnes nouvelles, Kate ATKINSON, Editions de Fallois, août 2008, 366 p., 20 euros

POCHE : A quand les bonnes nouvelles, Kate ATKINSON, Livre de poche, octobre 2009, 466 p., 6.95 euros

 

D'autres avis chez : Keisha, Aifelle, Clara.

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Novecento : pianiste d’Alessandro BARICCO

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Un truc à y laisser ton âme » (p.53)

 

L’auteur :

Alessando Baricco  est un écrivain italien contemporain, également critique musical. Son premier roman fut publié en 1995 et s’intitule « Châteaux de la colère ». Il a reçu le prix Médicis étranger la même année. Depuis son succès ne se démentit pas.

 

L’histoire :

C’est l’histoire de Novecento, né probablement né sur un bateau, peut-être même sur un piano. Novecento, pianiste de génie,  et qui va refuser de descendre de son bateau.

 

Ce que j’ai aimé :

-          C’est un récit court qui donne envie de fermer les yeux et d’emprisonner à jamais en soi la beauté du texte, pour ne jamais l’oublier. Devenir cet être de fiction et sentir le génie nous fixer sur le papier. Croire à nouveau à la réalité, mère d’un tel poète. Redevenir alors être de chair et se dire « bande de cocus, la vie c’est quelque chose d’immense, vous allez comprendre ça oui ou non ? Immense ! » (p. 63)

 

Premières phrases :

« Ca arrivait toujours, à un moment ou à un autre, il y en avait un qui levait la tête… et qui la voyait. C’est difficile à expliquer. Je veux dire…on y était plus d’un millier, sur ce bateau, entre les rupins en voyage, et les émigrants, et d’autres gens bizarres, et nous… Et pourtant, il y en avait toujours un, un seul sur tous ceux-là, un seul qui, le premier…la voyait. »

 

Vous aimerez aussi :

Neige de Maxence FERMINE

 

POCHE : Novecento : pianiste, Alessandro BARRICO, traduction de françoise BRUN, folio, février 2002, 4 euros

  

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Laitier de nuit de Andreï KOURKOV

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 Un roman fantasque et intelligent.

  

L’auteur :

 

Andreï KOURKOV est un écrivain ukrainien. Il écrit également des scénarios de films et de documentaires. Laitier de nuit est son dernier roman traduit en français.

 

L’histoire :

 

L’inventeur d’un remède offrant à celui qui l’absorbe un courage et un dévouement citoyen exemplaire meurt assassiné. Or cette nuit-là, Sémion rentre tard chez lui, sans donner d’explications plausibles à sa femme Véronika. Dima, employé des douanes, trouve quant à lui une mystérieuse mallette emplie d’ampoules aux vertus étranges…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’originalité : les situations cocasses s’enchaînent, à la limite du surréalisme. Néanmoins, derrière cet humour décalé, c’est une vision déstructurée de la Russie post-soviétique que nous offre l’auteur. Le laitier de nuit est un roman qui se dévore littéralement. Les chapitres sont courts, consacrés tour à tour à l'un des personnages principaux.

-          L’humour : rien ne semble étonner les protagonistes, qui sont comme anesthésiés. Les chats ressuscitent, les somnambules ont une double vie dont ils ne sont pas responsables, les cadavres sont jetés dans des puits discrètement… Comme Dima le dit à sa femme un soir en rentrant chez eux, rien d'inquiétant :

 

« - Surtout il ne faut pas que tu t’inquiètes, ce n’est pas la peine,  commença-t-il quand ils furent arrivés sur la place à côté de la gare routière. Nous avons un cadavre à la maison… » (p. 206)

 

- Le roman rend hommage aux Ukrainiens, paisibles, se réconfortant autour d’un plat de « pelmenis » ou en buvant une rasade de gnôle à l’ortie quand une contrariété se présente. La jeune Irina, mère célibataire donnant son lait au lactarium, est la figure phare de ce roman : simple et touchante, elle accueille en son sein tous les enfants démunis et les nourrit volontiers de son lait inépuisable… Quant au chat Mourik, qui lui aussi joue un rôle non négligeable, je vous laisse le plaisir de le découvrir…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien

 

Premières phrases :

 

« Dans le ciel d’hiver, la voie lactée se morfondait, privée de l’attention des hommes. Il régnait en cette nuit un silence surprenant, pas un chien n’aboyait, comme si le ciel chargé d’étoiles qui pesait sur la terre les eut tous écrasés de sommeil. »

 

Vous aimerez aussi :

 

La vie d’un homme inconnu d’Andreï MAKINE

 

 

Laitier de nuit, Andreï KOURKOV, Liana Levi, janvier 2010, 427 p., 22 euros

 

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Le dernier des Weynfeldt de Martin SUTER

Publié le par Hélène

                                  dernier des weynfeldt

 ♥ ♥ ♥ ♥

 Un  roman aux rouages machiavéliques

  

  L’auteur :

 

Martin Suter est un écrivain suisse. Depuis 1991 il se consacre uniquement à l’écriture après un passage dans l’univers de la publicité et du journalisme. Ses romans connaissent un beau succès.

 

L’histoire :

 

Adrian Weynfeldt est expert en art et riche héritier d’une famille suisse fortunée. Célibataire, il mène une vie plutôt routinière entouré d’un cercle d’amis fidèles et d’une gouvernante qui lui facilite la vie. Sa rencontre avec Lorena, jolie voleuse ressemblant à l’ancien amour perdu d’Adrian, va venir bouleverser cet univers bien rangé…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La façon dont l’intrigue se met en place, subtilement, doucement, rouage après rouage. La construction de ce roman est parfaitement maîtrisée, les évènements s’enchaînent avec brio et les rebondissements jaillissent à points nommés. Du grand art…

-          La peinture très subtile que fait l’auteur du monde de l’art et de l’argent : un des amis de Adrian cherche à lui vendre un faux Vallotton, et comme Adrian va découvrir la supercherie, il devra choisir que vendre : le vrai ou le faux ? S’amorce alors une réflexion sur l’argent qui donne souvent des lettres de noblesse aux œuvres comme à d’autres objets, ou même à des personnes comme Adrian…

 

« Que quelqu’un paie autant pour un tableau, ça suffit à le rendre authentique. » (p. 240)

 

-          Le portrait psychologique très fin d’Adrian : homme intègre, il est régi par des principes droits et ancrés profondément dans son histoire. Mais Lorena va venir ébranler cette façade si solide :

 

 « Oui, c’était compréhensible. Et tout ce qui se comprend se pardonne. N’est-ce pas ? C’était bien cela, non : tout ce qui se comprend se pardonne ?" (p.296)

  

Lui qui frôlait seulement les autres, gainé par son statut et son argent, va-t-il parvenir à se fissurer pour laisser entrer en lui une once de folie ?

 

Premières phrases :

 

« « Ne fais pas cela », voulut-il dire, mais ça ne marchait pas.

Adrian Weynfeldt avait le regard rivé aux poings blancs de la femme, des poings blancs et mouchetés de taches de rousseur. »

 

Vous aimerez aussi :

 

La double vie de Vermeer de Luigi GUARNIERI

 

Le dernier des Weynfeldt, Martin SUTER, Christian Bourgois Editeur, avril 2008, 339 p., 25 euros

POCHE : Le dernier des Weynfeldt, Martin SUTER, Points, mai 2009, 339 p. 7.50 euros

 

Kathel vous en parle.

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L’autre jardin de Francis WYNDHAM

Publié le par Hélène

autre jardin

 

 ♥

Un court récit au charme indéniable.

 

 

L’auteur :

Francis WYNDHAM est un romancier anglais. L’autre jardin fut publié en Angleterre en  1987.

 

L’histoire :

A la fin des années trente, dans une petite ville au sud de l’Angleterre, le narrateur se lit d’amitié avec sa voisine plutôt fantasque : Kay Desmarets. Leur amitié durera plusieurs années.

 

Ce que j’ai aimé :

       

-          Le charme de ce petit récit situé dans l’Angleterre des années 30, dans la middle class anglaise. La guerre effleure seulement ces familles, le jeune narrateur lui-même ayant été réformé pour suspection de tuberculose. Et pourtant le temps est comme suspendu dans ce roman, les évènements grondants au loin influant plus qu’il n’y paraît sur leurs vies.

-          Le portrait de Kay est touchant : inadaptée à la société, mal aimée de ses parents, et admirant naïvement son frère Sandy, elle est l’archétype de la jeunesse insouciante refusant de s’installer dans l’âge adulte, peut-être par peur de ses déconvenues, peut-être aussi parce que l’occasion ne se présente pas… Elle épouse à merveille la dilution du temps durant cette période si particulière, ne se fixant nulle part, hésitante, souvent en retard sur les évènements. Le jeune narrateur est fasciné par cette figure féminine si vivante et indécise malgré ses trente ans.

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Je ne suis pas certaine que son charme suffira à inscrire cette œuvre de façon durable dans ma mémoire, mais j’aurai au moins passé un bon moment de lecture, ce qui est déjà très bien…

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Je remercie le service de presse des Editions Christian Bourgois pour cette belle découverte.

 

L’autre jardin, Francis WYNDHAM, Christian Bourgois Editeur, avril 2010, 140 p., 14 euros

Publié dans Littérature Europe

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