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Déluge de Karen DUVE

Publié le par Hélène

déluge

 

     

 

 

♥ ♥

 « Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements. » (Proverbe anglais)

 

 

 

L’auteur :

 

Karen Duve est une auteure allemande. Déluge est son premier roman.

 

L’histoire :

 

Leon Ulbricht, écrivain en mal d'inspiration, quitte Hambourg pour se retirer à la campagne, dans une maison perdue au milieu des tourbières de l'est de l'Allemagne. La jeune et belle Martina, qu'il vient d'épouser, l'accompagne. Mais la pluie incessante, l'invasion des limaces et la boue transforment l'aventure en naufrage. Les fondations de la maison commencent à céder tandis que les relations du couple s'effritent. L'hostilité des villageois et la présence, dans la maison voisine, de deux sœurs aussi énigmatiques qu'inquiétantes précipitent Leon vers la déchéance.

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Pour la lecture de ce roman, je vous conseille de rester bien au chaud chez vous, par temps sec pour savourer le confort d’une vie loin du déluge décrit dans ces pages… L’atmosphère humide est admirablement bien rendue, à tel point que l’on s’attend à tout moment à voir une limace escalader les pages du livre…

 

La maison dans laquelle les protagonistes emménagent n’a rien d’un eldorado, l’eau suinte par tous les murs, celle qui coule des robinets est d’un marron douteux, et les marécages qui l’entourent n’ont rien de rassurant.  Léon s’amollit dans ce contexte, puisque sa personnalité flasque et faible s’accordait déjà au préalable avec ce temps et ce paysage pluvieux. Il aura beau essayer de lutter pour ne pas se noyer, ses efforts resteront vains.  Mais son naufrage n’a rien de désespéré ou pathétique, il est vu comme à travers un voile de pluie, au travers de scènes qui sonnent comme des sketchs…

 

-         Déluge est en effet un roman original, à l’humour décalé. Par exemple l’invasion de bêtes en tous genres (salamandre, limaces dont il est impossible de se débarrasser malgré les efforts constants de Leon, serpents d’eau, voisine gluante) pourrait dérouter le lecteur, mais l’auteur réussit à retourner la situation en créant des scènes cocasses … Les personnages sont tous un brin déjantés, et grâce à ce trait de caractère, ils voguent allègrement au-delà du désespoir. Et même ce pauvre Léon, pourtant véritable incarnation de la lâcheté, finit par faire pitié…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Rien de particulier, mais ce n’est pas un coup de cœur.

 

Premières phrases :

 

« « Quoi… ? Qu’est-ce que tu dis ? »

L’oreille aux aguets, la jeune femme fixait le talus qui descendait. Elle était seule, silhouette fragile sur ce parking désert en bordure d’une nationale, seule avec une Mercedes 300 noire, une grosse poubelle qui débordait et une caravane sans roues aux issues condamnées par des planches et dont le toit portait un panneau arborant l’inscription CASSE-CROUTE. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 

Les poissons ne connaissent pas l’adultère de Carl ADERHOLD

 

Déluge, karen DUVE, traduit de l’allemand par Pierre Deshusses, Rivages, 2003, 266 p., 8.40 euros

 

challenge voisins voisines

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Hier d’Agota KRISTOF

Publié le par Hélène

                                               hier.jpg

 ♥ ♥ ♥

 « Hier tout était beau

La musique dans les arbres

Le vent dans mes cheveux

Et dans tes mains tendues

Le soleil. »

  

L’auteur :

 

Agota Kristof, est née en 1935 à Csikvand / Hongrie. Elle vit depuis 1956 en Suisse romande. Elle a d'abord travaillé dans une usine où elle a appris la langue de sa patrie d'élection, avant de se faire un nom comme écrivaine de langue française. Son premier roman Le grand Cahier publié en 1987 a connu un grand succès et a été honoré du titre Livre Européen. Elle s'est éteinte la semaine dernière.

 

L’histoire :

 

Aujourd’hui recommence la course imbécile. Se lever à cinq heures, prendre le bus, pointer, percer toujours le même trou dans la même pièce. Et gagner juste assez d’argent pour manger, habiter quelque part, être en mesure de recommencer la course, demain.

Pour que demain soit différent, il faudrait qu’apparaisse enfin Line, la femme idéale dont rêve Sandor Lester depuis qu’il a quitté son pays natal. Alors, il y aurait un avenir possible dans lequel Sandor deviendrait écrivain sous le nom de Tobias Horvath.

Mais, ce jour-là, ce n’est pas l’avenir qui monte dans le bus. C’est Line, la vraie Line surgie du passé, de ce temps où Tobias Horvath n’était pas un pseudonyme mais un enfant bien réel et qui croyait encore au futur… (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Hier est un récit court comme un coup de poing, et long comme un hurlement de douleur qui ne peut s’achever que par la mort. La seule échappatoire pour Tobias est  le rêve, le souvenir idyllique d’un amour pur d’enfant, nimbé d’une auréole de sursis dans un monde  rendu glacial par la pauvreté. Mais si hier peut s’immiscer dans le présent, il porte néanmoins les stigmates de cette période troublée. Ce qui restait tapi dans l’ombre de l’enfance innocente peut éclater comme un cauchemar à l’heure de la  maturité, anéantissant tout espoir  et terrassant un  sentiment déjà agonisant.

 Agota Kristof nous parle de la vie de ces réfugiés pour qui la désillusion est âpre, mais elle nous conte aussi l’incapacité de certaines personnes, marquées par un passé douloureux,  à vivre dans un monde inadapté.

 Hier est un récit puissant sur l’espoir et son corollaire, le désespoir…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          C’est un roman profondément désespéré…

 

Premières phrases :

 

« Hier, il soufflait un vent connu. Un vent que j’avais déjà rencontré.

C’était un printemps précoce. Je marchais dans le vent d’un pas décidé, rapide, comme tous les matins. Pourtant j’avais envie de retrouver mon lit et de m’y coucher, immobile, sans pensées, sans désirs, et d’y rester couché jusqu’au moment où je sentirais approcher cette chose qui n’est ni voix, ni goût, ni odeur, seulement un souvenir très vague, venu d’au-delà des limites de la mémoire. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Là où vont nos pères de Shaun TAN

 

D’autres avis :

 

Le matricule des anges nous propose une interview de l'auteure.

 

 Hier, Agota Kristof, Points, Points, 1995, 146 p., 4.95 euros

 

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Hommes, bois, abeilles de Mario RIGONI STERN

Publié le par Hélène

                                                    

♥ ♥ ♥ ♥

  

 L’auteur :

 Mario Rigoni Stern est un auteur italien. D'origine autrichienne, RigoniStern1.jpgMario Rigoni Stern commence sa vie en combattant pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de chasseurs alpins. Il combat en France, en Grèce, en Albanie et en Russie. En 1943, il est fait prisonnier par les Allemands après la signature de l'armistice avec les Alliés et est transféré en Prusse orientale. Il parvient tout de même à s'évader et à rejoindre sa ville natale en 1945. Il devient alors employé du cadastre et, dès 1970, se consacre à l'écriture. Amoureux de sa région d'origine, Mario Rigoni Stern la considère comme sa muse et ses oeuvres sont souvent 'habitées' de Vénétie. Connu pour son 'Sergent dans la neige', signé en 1954, l'écrivain raconte à travers ce roman l'errance de plusieurs soldats italiens perdus en Russie, au moment du retrait des troupes. A côté de ses souvenirs de guerre, il a signé plusieurs ouvrages sur la nature, les paysages et les animaux. Considéré comme l'un des plus grands écrivains italiens contemporains, Mario Rigoni Stern décède en 2008 dans son village natal d'Asiago.

  

L’histoire :

 

Quelques nouvelles avec les thèmes chers à l’auteur : la nature, la chasse, les animaux, mais aussi la guerre et ses ravages.

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Lire les romans de Mario Rigoni Stern c’est écouter la vie palpiter et résonner dans nos coeurs et dans nos âmes. Avec beaucoup de simplicité, il chante l’amour de la vie et nous conte sobrement son monde, son pays, en nous réconciliant avec des plaisirs harmonieux :

 

«  lui ce qu’il désirait c’était d’aller pendant un mois, une fois dans sa vie, chasser la bécasse dans les bois de Bohême ; libre et seul avec son chien, sans horaires ni obligations. » (p. 58) 

 

« L’humidité du bois, l’odeur de la terre humifère, les couleurs des feuilles de hêtre, de sorbier, du saule des chèvres, de l’aulne blanc tranchant sur le vert sombre des sapins et la splendeur flamboyante d’un merisier ; lui avec son chien ; et le silence amplifié par les brefs appels des oiseaux de passage, par le battement d’ailes d’une grive, par le tintement argentin du grelot attaché au collier de son chien. Marcher comme ça pendant toute la vie. Toujours. » (p. 62)

 

- Mario Rigoni Stern est un montagnard averti qui chante ici pour notre plus grand bonheur les charmes de cette montagne et des montagnards.

 

« Je décidais que je parlerai d’aujourd’hui, d’une journée avec les gens de la montagne. » (p. 145)



- Si c'est un homme profondément amoureux de la nature, il nous parle aussi de respect et de communion entre les hommes, comme dans ce magnifique texte dans lequel en temps de guerre deux hommes de la vallée se font accompagner de quelques prisonniers pour aller chasser lors d'une battue. Grâce à ces hommes, les prisonniers vécurent une journée de trêve, une journée de rêve.

    

- Sa simplicité est résolument la preuve que ce fut un grand homme à ne surtout pas oublier...

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« La couverture sur la tête, on marchait en silence ; en sortant de la bouche le souffle gelait sur la barbe et sur les moustaches. Mais l’air, la neige et les étoiles aussi semblaient soudés ensemble par le froid. La couverture tirée sur la tête, on continuait à marcher en silence. On s’arrêta, peut-être parce qu’on ne savait pas où aller. Le temps et les étoiles passaient au-dessus de nous, étendus sur la neige. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Les saisons de Giacomo de Mario RIGONI STERN

Autres : Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA

 

Hommes, bois, abeilles, Mario Rigoni Stern, traduit de l’italien par Monique BACCELLI, La fosse aux ours, août 2001, 17 euros

 

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Virginia de Jens Christian GRONDAHL

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

Un court récit lumineux

 

L’auteur :

 

Jens Christian Grondahl est né à Copenhague en 1959. Il a publié dix romans et est unanimement considéré comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération.

 

L’histoire :

 

Nous sommes en 1943, et les bruits de la guerre n'épargnent pas même cette grande demeure bourgeoise construite au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans, mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique...

 

Ce que j’ai aimé :

 

En quelques mots, quelques pages, quelques chapitres, grâce à un style lumineux et fluide, l’auteur nous emporte dans son univers, et nous love confortablement dans sa narration. Il nous retient ensuite par cette histoire si banale qu’elle en devient universelle : un été, deux adolescents innocents, la guerre, un acte accompli impulsivement, comme tant d’autres actes de nos vies, des conséquences perdues dans les filets du temps… Il nous surprend enfin avec une chute en totale cohérence avec l’ensemble de l’histoire,  une chute humaine et rédemptrice.

 

Et il s’est passé bien des choses dans mon existence dont je n’ai pas parlé ici, et qui sont sans rapport avec ce qui s’est déroulé cette été-là pendant la guerre. Mais peut-être ne sont-ce pas les causes que l’on recherche lorsque l’on tente de débrouiller l’écheveau d’une existence, cet embrouillamini de fils que sont les rencontres, les moments partagés et les adieux, les pactes et les séparations, les rêves enfouis, les promesses rompues et oubliées et les occasions inattendues. Tout ce que l’on a vécu et éprouvé, parfois dans la détresse, parfois dans l’allégresse, mais, le plus souvent, dans l’indifférence.

Oui, peut-être cherche-t-on autre chose que des explications, car comment parviendrait-on à obtenir la célèbre synthèse à partir des dons et des tares innés, à partir de ce chaos de circonstances et de hasards ? Peut-être ce dont on tente de s’approcher à nouveau est-il beaucoup plus simple et à la fois plus impénétrable. Je dis « à nouveau », car il s’agit bien de retrouver quelque chose. Quoi ? Je crois qu’il s’agit d’une base, d’un fond commun à ces images des ans et à ces souvenirs, à tous ces éclats et ces fragments de vie vécue. » (p. 97)

 

Et c’est ainsi que l’on referme délicatement ce petit livre, parce que l’on sait soudain que l’on tient dans nos mains un petit bijou fragile…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien, je vais poursuivre mon exploration dans l’œuvre de cet auteur, c’est certain…

 

Premières phrases :

 

« On ne s’habituait pas au bruit, à ce bourdonnement lointain de moteurs d’avions qui passaient très haut dans la nuit. Il faisait chaud sous le plafond en boiserie des combles, et elle laissait la fenêtre entrouverte. »

 

Vous aimerez aussi :

 

  Rosa candida de Audur Ava OLAFSDOTTIR

 

Je remercie Bruno, un lecteur de ce blog qui a attiré mon attention sur ce petit bijou…

 

Virginia, Jens Christian GRONDAHL, Traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, 2004,11 euros

POCHE : Virginia, Jens Christian GRONDAHL, Traduit du danois par Alain Gnaedig, Folio, 2006, 114 p., 6.20 euros

 

challenge voisins voisines

 

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D'acier de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

d'acier

♥ ♥ ♥

 Prix des lecteurs de l’Express 2011

 

L’auteur :

 Silvia Avallone, avant d'étudier la philosophie à Bologne, a vécu en Toscane, à Piombino, la ville industrielle qui sert de toile de fond à D'acier. À 25 ans à peine, ce premier roman la propulse en tête des meilleures ventes en Italie (350 000 exemplaires). Célébré par la critique, traduit dans 12 pays, en cours d'adaptation au cinéma, D'acier a été finaliste du prix Strega et couronné par le prix Campiello Opéra Prima. En France, il vient d’obtenir le prix des lecteurs de l’Express 2011.

 

L’histoire :

Il y a la Méditerranée, la lumière, l'île d'Elbe au loin. Mais ce n'est pas un lieu de vacances. C'est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l'aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant... Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d'évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s'emparer de l'avenir. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

-          Silvia Avallone a un talent indéniable pour nous happer dans son univers en quelques touches seulement. Dés les premières pages, elle nous plonge dans cet univers estival et nous fait ressentir les tensions sexuelles gravitant autour de ces deux jeunes filles débordantes de vie et de beauté.

-          La peinture acide de cette jeunesse hésitant encore entre le monde naïf de l’enfance dans lequel rien ne porte à conséquence et le monde adulte, âpre, est magistralement bien rendue. De plus l’intimité des familles est suggérée sans jamais sombrer dans le pathos,  comme pour mieux montrer que ce qui se passe derrière les portes closes ne regarde que ceux qui subissent. La vision de cette cité métallurgique est assez sombre, les mères de famille qui rêvent de s’abstraire de cette pesanteur baissent les bras, les pères sont ou violents ou démissionnaires, les jeunes filles aux rêves de starlette basculent dans des univers troubles, et les jeunes hommes s’obstinent à rester attachés à cette usine quand ils n’optent pas pour des trafics louches.

 -          Malgré cela, l’ensemble est lumineux, éclairé par l’amitié de ces adolescentes incandescentes.

 « Qu’est-ce qu’elle aurait pu lui dire, de toute façon ? Les mots, ça ne répare jamais rien. » (p. 281)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          Je reconnais quelques caricatures (l’Elbe considéré comme l’eldorado tant désiré, Lisa, son physique ingrat et sa sœur handicapée…) mais elles se fondent finalement dans l’ensemble de l’histoire et se font oublier subtilement…

 

Premières phrases :

 « Dans le cercle flou de la lentille, la silhouette bougeait à peine, sans tête.

Une portion de peau zoomée à contre-jour.

Ce corps, d’une année sur l’autre, avait changé, peu à peu, sous les vêtements. Et maintenant il explosait, dans les jumelles, dans l’été. »

 

Vous aimerez aussi :

   L'amour est une île de Claudie GALLAY

  

D’autres avis :

 Amanda, Yves


   Merci à Yves de me l’avoir offert…

 

D’acier, Silvia Avallone, Traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, avril 2011, 386 p., 22 euros

 

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Le poids du papillon de Erri DE LUCA

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 

Erri De Luca est un écrivain italien qui vit à la campagne près de Rome. Il est aujourd’hui l’un des écrivains italiens les plus lus dans le monde.

L’histoire :

Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. Il est d'une taille et d'une puissance exceptionnelles, mais il pressent que sa dernière saison en tant que roi est arrivée, sa suprématie étant désormais menacée par les plus jeunes. En face de lui, un braconnier, revenu vivre en haute montagne ses espoirs en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. A soixante ans passés, sa dernière ambition de chasseur sera d'abattre le seul animal qui lui ait toujours échappé, malgré son extrême agilité d'alpiniste : ce chamois à l'allure majestueuse… (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le poids du papillon est un texte atypique, oscillant  entre  fable philosophique et poésie en prose, il nous place au cœur du conflit opposant un vieux braconnier et un chamois las de son statut royal. Le sujet original permet de mettre l’accent sur la complexité souvent inexpliquée des hommes et d’aborder ainsi avec virtuosité des sujets nébuleux comme la mort, l’amour, la solitude : 

« L’homme savait prévoir, croiser l’avenir en conjuguant sens et hypothèses, son jeu  préféré. Mais l’homme ne comprend rien au présent. Le présent était le roi au-dessus de lui. » (p. 62)

Quand il serait si facile de se rendre présent et réceptible  au monde et à sa poésie, l’homme préfère se créer des entrelacs complexes qui l’éloigne imperceptiblement du monde naturel et simple. Erri de Luca nous conduit vers le monde poétique au travers d’un texte court et dense et nous aprend ainsi à devenir plus attentif aux signes qui nous entourent :

« Les arbres de montagne écrivent dans l’air des histoires qui se lisent quand on est allongé dessous. »

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien.

 

Premières phrases :

« Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l’odeur de l’homme et de la poudre à fusil. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le contraire de un d’Erri DE LUCA ; Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA ; Trois chevaux de Erri DE LUCA

Autres : Une rivière verte et silencieuse de Hubert MINGARELLI

 

Le poids du papillon, Erri DE LUCA, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, avril 2011, 81p., 9.50 euros

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Le mec de la tombe d'à côté de Katarina MAZETTI

Publié le par Hélène

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♥ ♥

« Réparer des bulles de savon éclatées et faire sourire des poupées de chiffon ça peut prendre du temps » (p. 243)

 

L’auteur :

 

Katarina Mazetti est journaliste à la radio suédoise et a écrit plusieurs livres, certains pour la jeunesse et d'autres pour adultes. Le roman Le mec de la tombe d'à côté  a notamment été traduit en plusieurs langues.

 

L’histoire :

 

Une jeune bibliothécaire qui vient de perdre son mari rencontre au cimetière en fleurissant la tombe dudit mari, un jeune agriculteur. Coup de foudre, puis relation suivie... Mais tout n'est pas aussi simple...

Ce que j’ai aimé :

 

-          Si le thème n'a rien de nouveau, ce qui différencie ce roman des autres est l'impasse dans laquelle se trouvent rapidement les protagonistes : Désirée est une fille de la ville, son « mec de la tombe d'à côté », un gars de la campagne. Qui doit faire des sacrifices, qui doit aller vers l'autre, un juste milieu est-il possible ? Le mec de la tombe d'à côté est un roman tendre et juste sur le couple. Devant les difficultés liées au fait de rencontrer son idéal masculin ou féminin, force nous est de jongler avec les différences et divergences d'opinion quand, par bonheur, une rencontre bouleverse notre vie. Est-ce que le temps passé à s'harmoniser au mieux en vaut la peine, ou vaut-il mieux ne pas se faire de mal et rester seul avec ses confortables habitudes de célibataire ? 

 

« Nous n’avons absolument pas essayé de jeter des passerelles au-dessus des ravins, nous avons cherché à nous y précipiter mutuellement. Peut-être espérions-nous tous les deux des miracles. J’attendais de le voir admettre qu’il avait une âme, lui attendait sans doute qu’un tablier me pousse sur le ventre pendant la nuit. Et nous luttions vaillamment, parce que la force d’attraction entre nous était toujours tellement forte que nous avions l’impression de pouvoir basculer à tout moment dans un trou noir. » (p. 227)

 

-          Le ton est drôle et juste, ce qui donne à l'ensemble une tendresse touchante.

 

« J’aurais pu mouliner tout doucement pour l’avoir

j’aurais pu utiliser l’épuisette

l’écailler et lever soigneusement les filets

puis manger de bon appétit

mais il a réussi à se libérer

ce putain d’amour. »

 

«  D’accord

C’est toi qui as le seau et la pelle

Mais moi j’ai tous les jolis moules à pâtés »

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Un style parlé pas toujours très fin.

 

- Un thème plutôt banal (l'amour, toujours l’amour...)

 

- Une fin énigmatique (et pour cause, l’auteur pensait déjà écrire la suite...)

 

Premières phrases :

 

« Méfiez-vous de moi !

Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n’est aps très orthodoxe, de toute évidence. Qui sait ce qui pourrait me passer pas la tête à la prochaine lune ?

Vous avez quand même lu Stephen King ?

Juste là, je suis devant la tombe de mon mari, assise sur un banc de cimetière vert bouteille lustré par des générations de fesses, en train de ma monter la tête contre sa dalle funéraire. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : la suite : Le caveau de la famille

Autre : Quand souffle le vent du nord de Daniel GLATTAUER

  

D’autres avis :

 

 Pimprenelle, Papillon, Dasola

 

Le mec de la tombe d’à côté, Katarina MAZETTI, Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus, Gaïa, JUIN 2006, 253 p.

  Le mec de la tombe d’à côté, Katarina MAZETTI, Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus, Babel, mars 2009, 253 p., 7.50 euros

 

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Les saisons de Giacomo de Mario RIGONI STERN

Publié le par Hélène

                                    saisons de giacomo

  ♥ ♥ ♥

Quelques saisons lumineuses suspendues entre guerre et paix...

 

 L’auteur :

 

Mario Rigoni Stern est un écrivain italien d’ascendance autrichienne. En septembre 1943 il a été fait prisonnier des Allemands, mais a réussi à s’évader pou rejoindre à pied son pays natal, le plateau d’Asagio. C’est de cette expérience qu’est né son premier roman Le sergent dans la neige, en 1953.

 

L’histoire :

 

Après la Seconde Guerre mondiale, un homme retourne au hameau de la montagne vénitienne où il a passé son enfance. Si les pierres et les rues en ont été remodelées pour le transformer en un village de villégiature, les stigmates de l'horreur et le souvenir de ceux qui y vécurent sont demeurés bien vivaces.

C'est d'abord celui de Giacomo, petit gamin d'une famille pauvre qui, de l'entre-deux-guerres à la campagne de Russie, traversera toutes les vicissitudes réservées aux montagnards italiens.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’histoire de Giacomo est émouvante et représentative de cette atmosphère d’entre-deux-guerres : le narrateur évoque le manque de travail et la faim qui obligent Giacomo à passer leur temps à rechercher les reliquats de la première guerre pour revendre le cuivre des obus ou la poudre des cartouches, l’exil des pères qui tentent leur chance au-delà des frontières pour nourrir leur famille, l’école qui propose sa propre version édulcorée de l’Histoire, le fascisme qui prend de l’essor au fil des jours…

 

«  [Giacomo prend son livre d’histoire] (…)

-          « A bon droit il nous faut saluer en Benito Mussolini un des éléments décisifs de notre guerre et de notre victoire. Mais il devait aussi être le sauveur de l’Italie dans la période tourmentée qui suivit la guerre. »

La grand-mère ne parla plus. Elle pensait peut-être à son homme mort sur le Kukla, aux conditions dans lesquelles ils avaient dû se sauver en abandonnant out, à leur vie de réfugiés, à la fièvre espagnole, à l’état dans lequel ils avaient retrouvé leur terre, à son gendre émigré en France bien qu’on ait gagné la guerre ; à la façon dont, en revanche, on raconte l’histoire à l’école. » (p. 59)

 

-          Les scènes sont brèves et marquantes, comme pour mieux rendre cette atmosphère comme suspendue, entre guerre et paix…

 

-          Mais Mario Rigoni Stern nous offre surtout une vision simple et heureuse de l’enfance passée au sein d’une famille aimante :

 

« A la maison, dans son lit, par-delà la petite fenêtre qui donnait à l’est, il continuait à imaginer ce ciel que le givre sur les carreaux ne permettait pas de voir, et il lui semblait qu’il naviguait dedans comme en lisant le livre De la Terre à la Lune, avec Barbicane, Nicholl et Ardan dans la fusée en aluminium lancée par le canon Columbiad. » (P. 141)

 

- Si vous ne connaissez pas encore les livres lumineux de cet auteur, je vous conseille de le découvrir sans tarder…

 

asiago.jpg

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières phrases :

 

« J’y fais un saut, et il n’y avait personne. Silence alentour comme dans les maisons. Au loin on entendait aboyer un chien et dans le ciel croasser deux corbeaux. La neige était descendue assez bas, jusque sur le Moor. Il faisait froid, mais les cheminées ne fumaient pas. Les portes étaient toutes bien closes et les volets fermés. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Hommes, bois et abeilles

Autre : Jean GIONO

 

D’autres avis : Aifelle

 

Je remercie Elisabeth Villeneuve des Editions Robert Laffont pour cette belle immersion dans l’univers lumineux de Mario Rigoni Stern

 

Les saisons de Giacomo, Mario Rigoni Stern, traduit de l’italien par Paul Ambroise, Robert Laffont, Pavillons poche, février 2011, 231 p., 7.90 euros

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas JONASSON

Publié le par Hélène

                                               vieux qui ne voulait pas

♥ ♥ ♥ ♥

 « Quand la vie joue les prolongations, il faut bien s’autoriser quelques caprices. »

 

L’auteur :

 

Jonas Jonasson est un écrivain et journaliste suédois. Ce roman est son premier.  

 

L’histoire :

 

Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La narration est originale  et dynamique : elle oscille entre le présent d’Allan et ses aventures rocambolesques suite au recel de cette valise volée par inadvertance, et entre son passé d’artificier, jalonné de rencontres notoires et improbables.

 

-          La vivacité et la vie du vieil homme sont impressionnantes. Il a survolé l’histoire politique de plusieurs pays (sans toutefois se résoudre à adopter une idéologie) : il fut sympathisant de Franco, puis a voulu combattre le camarade Mao, a sauvé la vie de Churchill, a séjourné en Iran, et a, par mégarde, mis la formule de la bombe atomique entre les mains des Etats-Unis… Ce parcours a-typique nous permet de survoler quelques évènements majeurs de notre siècle avec le point de vue naïf d’un homme qui ne comprend pas vraiment les tenants et aboutissants de ce à quoi il participe. En effet, c’est un homme pragmatique aux idéaux très simples –et sains - :

 

 « Allan Karlsson n’attendait rien d’extraordinaire de l’existence. Il voulait un lit pour dormir, de la nourriture à volonté, de quoi s’occuper, et un bon coup  à boire de temps à autre. Si tout cela lui était acquis, il se sentait capable de supporter presque n’importe quoi. » (p. 273)

 

« Allan avait appris tout jeune à se méfier des gens qui refusent un coup à boire. Il devait avoir à peine six ans quand son père lui avait posé une main sur l’épaule et lui avait dit : «  Mon fils, méfie-toi des prêtres, et des gens qui ne boivent pas d’alcool. Les pires de tous sont les prêtres qui ne boivent pas d’alcool. » (p.161)

 

- Ses compagnons de cavale sont tout aussi fantasques que lui : Mabelle par exemple n’a pas hésité à adopter une éléphante arrivée dans son jardin par hasard, éléphante qui trouvera tout naturellement sa place dans la joyeuse bande qui se forme autour d’Allan, aimant indéniablement attirant…

 

-          C’est un roman délirant que nous offre Jonas Jonasson, un roman passionnant aux ramifications étonnantes… Un vieil homme qui gagne à être connu…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

« On se dit qu’il aurait pu se décider avant et qu’il aurait dû au moins avoir le courage de prévenir son entourage de sa décision. Mais Allan Karlsson n’avait jamais été du genre à réfléchir longtemps avant d’agir. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Fantasia chez les ploucs de Charles WILLIAMS

 

 

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Jonas Jonasson, traduit du suédois par Caroline Berg, Presses de la cité, mars 2011, 454 p., 21 euros

 

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La maison de mes pères de Jorn RIEL

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

  « Le bonheur, c’était la pipe ronflante de Pete et son bras lourd sur mon épaule. » (p. 217)

  

L’auteur :

 

Jorn Riel est un écrivain danois ayant vécu seize ans au Groenland. Il en rapportera une œuvre majeure, traduite en une douzaine de langues. Il vit aujourd’hui en Malaisie, histoire de décongeler, se plaît-il à dire.

 

L’histoire :

 

Agojaraq est un jeune métis eskimo vivant au sein d’un foyer haut en couleurs : il est entouré de ses cinq pères potentiels et de sa vieille nourrice Aviaja. Il nous conte avec truculence les aventures originales de ces drôles d’eskimos…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         Ce roman est comme un souffle d’air frais –voire polaire- qui nous emmène en voyage à la découverte d’un monde inconnu, aux mœurs tellement différentes des nôtres.

 

-         Jorn Riel met en avant la cocasserie des situations et la poésie des personnages qui peuplent le roman : l’arrivée d’un prêtre venu convertir les masses –et accessoirement s’enrichir en peaux- et édifiant bien laborieusement son temple gonflable à la seule force de ses poumons, les attaques inopinées de bêtes sauvages telles que les loups ou les ours, la libéralité des couples qui cherchent seulement à se réchauffer, les hallucinations de Small Johnson quand il est fortement imbibé…

 

-         Les habitants de ce bout du monde chantent avant tout un amour immodéré pour leur paradis sur terre :

 

« On peut en arriver à penser à la vallée de pavots de la baie de Hume, et au soleil du soir sur le fjord, et aux chiens et aux voyages en traîneaux et à la chasse. On peut penser aux cris des oies quand elles migrent vers l’est et aux cognements du plongeon glacial, et surtout aux premiers bruants des neiges, au printemps. » (p. 315)

 

Ils sont conscients de la fragilité de leur bonheur, menacé par la civilisation :

 

« Ca va être de plus en plus dur de garder nos principes. » remarque l’un des personnages. (p. 353)

 

 Le jeune Ago, parti se cultiver à l’étranger, en fera la douloureuse expérience…

 

-         C’est un roman tendre et enchanteur que nous offre Jorn Riel, un auteur qui aime profondément ses personnages, et je ne peux que vous le recommander chaudement…

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Rien, je suis fan !

 

Premières phrases :

 

« J’ai deux pères. En vérité, j’aurais sans doute dû en avoir cinq, mais les camarades s’étaient mis d’accord pour désigner Pete et Jeobald comme mes vrais pères, Samuel, Gilbert et Small Johnson plutôt comme un genre d’oncles. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL

 Autre : Ciel bleu : une enfance dans le Haut Altaï de Galsan TSCHINAG

  

La maison de mes pères, Jorn RIEL, Traduit du danois par Inès Jorgensen, Gaïa, novembre 2010, 512 p., 23 euros

POCHE : 3 tomes en 10/18

 

Je remercie Béatrice Hentgen des Editions Gaïa pour cette immersion dans le Grand Nord Canadien...

 

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