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litterature francaise

Les diaboliques de Jules BARBEY D'AUREVILLY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

L'atout principal de ces récits tient dans la capacité de l'auteur à créer des univers, un mystère, un suspens en quelques mots, quelques scènes. Un rideau cramoisi qui se soulève pour laisser entrevoir la silhouette d'une jeune femme, un couple au comportement fusionnel et égocentrique qui se promène au jardin des plantes, un instant volé, un souvenir qui revient et le véritable récit s'amorce. Récit qui ne lève pas non plus toutes les zones d'ombre, les personnages restent dans l'opacité de leurs contradictions et passions.

Eprouvent-ils du remords ? des regrets pour leurs actes ? Sont-ils réellement heureux ?

"On ne peint pas plus le bonheur, cette infusion d'une vie supérieure  dans la vie, qu'on ne saurait peindre la circulation du sang dans les veines."

L'amour, le meurtre, la vengeance par passion, le désir sont au coeur des nouvelles et au coeur des relations tumultueuses des personnages. Ce recueil a valu à son auteur un procés pour immoralité en 1874. L'ouvrage ne reparaîtra qu'en 1882. Les femmes sont considérées comme "diaboliques", façon pour l'auteur de dénoncer les passions horribles pour ensuite les repousser plus vivement. Il s'est défendu de ces accusations en soulignant que son projet était avant tout moralisateur. Si les passions font partie de la nature humaine, les montrer peut provoquer chez le lecteur le désir de les fuir.

Ce que j'ai moins aimé :

Les deux nouvelles Un dîner d'athées, relatant la liaison d'un soldat avec la femme d'un autre soldat et Le dessous de cartes d'une partie de whist m'ont moins plu.

Quelquefois la mise en place est un peu longue avant d'en arriver au vif du sujet comme dans Un dîner d'athées. De longuescirconvolutions autour de la religion s'amorcent avant d'écouter le récit proprement dit.

Premières phrases :

"Il y a terriblement d'années, je m'en allais chasser le gibier d'eau dans les marais de l'ouest, - et comme il n'y avait pas alors de chemins de fer dans le pays où il me fallait voyager, je prenais la diligence de *** qui passait à la patte d'oie de Rueil et qui, pour le moment, n'avait dans son coupé qu'une seule personne."

L'auteur :

Ici 

Résumé :

ibibliothèque

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Un goût de soleil de Anne BRAGANCE

Publié le par Hélène

                                       

Ce que j'ai aimé :

Le principe de cette collection "Exquis d'écrivans" est attrayant : 

"Petite bibliothèque gourmande contemporaine, cette collection de livres courts propose à des auteurs contemporains d’horizons très différents de donner libre cours à leur imagination gourmande, en s’inspirant d’un jeu à la fois simple et dynamique de mots clefs. Exquis d’écrivains souhaite rendre hommage à la richesse de la langue française pour dire les plaisirs de la nourriture et constituer la mémoire littéraire de la gastronomie. Fictions, rêves et souvenirs, chaque auteur y livre ses voyages personnels au pays de la nourriture, sous différentes formes narratives (récits, nouvelles, dialogues, contes, poèmes…), qui donnent envie de passer à table ou de se mettre aux fourneaux.  Exquis d’écrivains, première collection demandant à des auteurs contemporains de livrer leurs plaisirs de table et de bouche, s’adresse à tous les lecteurs gourmands et gourmets auxquelles elle propose des textes intimistes et variés, émouvants ou drôles, résolument appétissants et agréables à lire…"

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusement cet opus n'est pas le plus réussi de la collection.

Anne Bragance ne parvient pas à insuffler à ses anecdotes le charme nécessaire à ces courts récits qui doivent être rapidement évocateurs et jouer avec nos sens. Ayant choisi la cuisine du soleil puisqu'elle est née à Casablanca, il aurait fallu que les odeurs chaudes et poivrées de cette cuisine transitent jusqu'à nos narines. Ici les récits sont plats, sans relief, sans aspérités, insipides, ce qui est le comble pour un recueil placé sous le signe de la cuisine ! Pire, elle nous parle de régime dans le chapitre "Sablés" ! Qu'elle évoque de odeurs de coriandre, la préparation d'un karao indien, l'extase ressentie devant une assiette de rougets, la confection d'une tarte tatin, aucune sensation n'effleure nos narines, ne vient chatouiller nos papilles, n'émoustille nos sens. 

Une déception.

      

Premières phrases :

"Avec le citronnier, la patience est essentielle.

AU printemps, quand il va se couvrir de fleurs odorantes et embaumer l'air alentour, l'arbuste entamera sa parade de séduction, bonheur déjà et promesse d'enchantements futurs. Certes nombre de ces fleurs au parfum enivrant tomberont, mais certaines d'entre elles donneront naissance à des bébés citrons. Patient toujours, on continuera à couver des yeux l'arbrisseau, on l'entourera de soins jaloux et constants. Et l'on attendra encore."

Présentation de l'éditeur :

Nil éditions 

Vous aimerez aussi :

Dans la même collection : Soulfood Equatoriale 

Du même auteur : Le fils récompense

Autre : La colère des aubergines de Bulbul SHARMA

 

Un goût de soleil, Anne Bragance, Nil Editions, Exquis d'écrivains, 2007, 12 euros

 

Pioché dans ma PAL.

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Thérèse Raquin de Emile ZOLA

Publié le par Hélène

                                        

♥ ♥ ♥

"Les gens meurent quelquefois, murmura-t-elle enfin. Seulement c'est dangereux pour ceux qui survivent." 

L'auteur :

Sur le site de la BNF http://expositions.bnf.fr/zola/

L'histoire :

Par la volonté de sa tante, Thérèse épouse son cousin, homme médiocre et maladif. Bientôt, elle ne supporte plus sa vie de cloîtrée, ni cette ruelle noire du Pont-Neuf ou Madame Raquin a installé sa mercerie. Toute sa sensualité refoulée va alors s'éveiller au contact de Laurent, peintre raté dont elle devient la maîtresse.

Mon avis :

A travers le portrait de Thérèse et Laurent, Zola présente la peinture d'êtres gouvernés par la passion, par le physique guidés par "les fatalités de leur chair." "J'ai cherché à suivre pas à pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l'instinct, les détraquements cérébraux survenus à la suite d'une crise nerveuse." (Préface) L'attirance qui réunit Thérèse et Laurent est pure attraction physique, chimique qui les mène vers leur fin. Les chapitres brefs et le rythme régulier entraîne inéluctablement personnages et lecteurs vers un destin tragique. Tout concourt pour provoquer la fin du couple maudit, les éléments s'imbriquent un à un et ils ne trouveront plus le repos. Egoïstes et médiocres, les personnages n'ont aucun échapatoire face à leur nature tourmentée.

Cette histoire d'adultère pimentée par un meurtre crée des effets de suspense et de dramatisation qui ravissent le lecteur.

Il s'agit d'un des chefs d'oeuvre qui a inauguré le naturalisme en France. Dans sa préface de la deuxième édition, Zola dit vouloir "étudier des tempéraments et non des caractères" dans un "but scientifique" : "chaque cas est l'étude d'un cas curieux de physiologie. En un mot, je n'ai eu qu'un désir : étant donné un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bête, ne voir même que la bête, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces êtres." Lorsque paraît le roman, une controverse éclate entre les partisans de la morale, et ceux du réalisme qui recherchent la vérité, et qui pensent que la morale est dans cette recherche du réel et du vrai. "Un livre contesté est un livre remarqué" soulignera Taine, critique de l'époque, et le succés que connaîtra le réalisme lui donnera raison...

adaptation de Marcel Carné en 1953

Premières phrases :

"Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu'on vient des quais, on trouve le passage du Pont Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce passage  atrente pas de long et deux de large, au plus ; il est pavé de dalles jaunâtres, usées, descellées, suant toujorus une humidité âcre ; le vitrage qui le couvre, coupé à angle droit, est noir de crasse." 

Vous aimerez aussi :

Les nouvelles de Maupassant

D'autres avis : 

Claudia Lucia 

 

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La clandestine du voyage de Bougainville de Michèle KAHN

Publié le par Hélène

                                  

♥ ♥ ♥

"Ainsi vécut la femme aimante et sage qui se voulait libre d'accompagner l'homme aimé jusqu'au bout du monde."

Ce que j'ai aimé :

Michèle Kahn retrace le destin atypique de Jeanne Barret, première femme à faire le tour du monde. Quand son compagnon le botaniste Philibert Commerson rejoint l'expédition de Bougainville en 1766, ils décident tous deux que Jeanne fera partie également de l'aventure, déguisée en garçon censé être le valet de Commerson. Commence alors une folle aventure sur les mers du monde à bord de l'Etoile. La traversée sera longue ponctuée par les maladies, le scorbut, le chanvre, par les tempêtes, la peur d'être découverte, les douleurs, la souffrance de ne pouvoir vivre son amour au grand jour... Néanmoins Jeanne tient bon, s'efforçant de mettre ses dons d'herboriste au service de l'expédition, soignant les uns, aidant les autres. Elle a conscience de vivre une expérience unique :

"A l'âge où ses parents ont disparu, elle s'apprête à vivre une expérience que bien peu d'êtres ont connue. Nulle femme, en tout cas. Malgré les conditions ardues - la plus dure est de devoir masquer son amour pour Philibert-, et l'épreuve traversée ces derniers jours, elle ne regrette pas d'avoir désiré comprendre l'envie des hommes d'aller si loin dans le monde. La vie concédée aux femmes est si étriquée, si mesquine, en comparaison."

Puis vient la rencontre avec les sauvages, les échanges, heureux ou malheureux, qui poussent quelquefois Jeanne à se demander qui sont réellement les sauvages en ce bas-monde : "Les gens de chez nous sont plus cruels que les Sauvages."

                                   

Tahitiens présentant des fruits à Bougainville, 1768

Elle cotoiera à bord Ahutoru, le jeune tahitien volontaire décidé à découvrir Paris. L'auteur se concentre sur le voyage, balayant rapidement la fin de sa vie après son retour à terre.

L'hsitoire vraie de cette jeune femme téméraire est passionnant, mettant en scène des personnages historiques qui apportent densité et intelligence au récit. Un beau destin de femme !

"Au cours du voyage, Commerson lui dédie un arbuste de la famille des Meliaceae, Baretia bonnafidia. Néanmoins, l'espèce changera, par la suite, de nom pour devenir Turraea floribunda, synonyme de Turraea heterophylla7. Il faudra attendre plus de 200 ans pour qu'un nouveau taxon commémore le nom de Jeanne Barret : en 2012, une nouvelle espèce de Solanaceae découverte en Amérique du Sud est nommée Solanum baretiae en son honneur." (source : wikipédia)

                              Ce que j'ai moins aimé :

- Quelque longueurs durant la traversée, ponctuée d'évènements assez répétitifs, alors que l'après-voyage est mentionné très rapidement, en quelques pages.

- Les personnages manquent un peu de profondeur.

Premières phrases :

"La brise tournait du nord-est à l'ouest. Au-dessus de la rade semblable à un lac immense, une vapeur légère tamisait le bleu du ciel. L'air résonnait du roulement des charrettes, du piaffement des chevaux, de cris et d'appels en tous sens."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Shanghaï la juive

Autre : La bougainvillée de Fanny DESCHAMPS

 

La clandestine du voyage de Bougainville, Michèle KAHN, Le passage, 2014, 19 euros

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La fête de l'insignifiance de Milan KUNDERA

Publié le par Hélène

             

           

♥ ♥ ♥

"L'insignifiance, mon ami, c'est l'essence de l'existence."

Ce que j'ai aimé :

"La peur de l'insignifiance nous rend fous" titrait un autre auteur récemment dans un essai qui s'interrogeait sur la place de l'individu dans notre société contemporaine. Ces interrogations se retrouvent dans le dernier roman de Kundera. A travers les déambulations parisiennes de quatre personnages, Alain, Ramon, Charles et Caliban, il lance des pistes de réflexion qui permettent au lecteur, dans la droite lignée de Socrate et de sa maïeutique, d'accoucher d'idées liées à son temps. Il ne nous raconte pas d'histoire à proprement parler mais offre des discussions, divagations, anecdotes, réflexions philosphiques qui donnent du corps à une philosophie de vie centrée sur la bonne humeur. 

"Nous avons compris depuis longtemps qu'il n'était plus possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d'arrêter sa malheureuse course en avant. Il n'y avait qu'une seule résistance possible : ne pas le prendre au sérieux."

L'armée des excusards  est en effet en place dans un monde centré sur le thème de la culpabilité : culpabilité de vivre pour un enfant non voulu, culpabilité de mentir pour se sentir plus vivant, pour ne pas être insignifiant "Se sentir ou ne pas se sentir coupable. Je pense que tout est là." Mais justement, pourquoi ne pas être insignifiant, pourquoi ne pas prôner "l'inutilité d'être brillant. Plus que l'inutilité. La nocivité." Pourquoi ne pas souhaiter une vie légère, sans trop se prendre au sérieux, une vie limpide, plongée dans la bonne humeur ?

"C'est seulement depuis les hauteurs de l'infinie bonne humeur que tu peux observer au-dessous de toi l'éternelle bêtise des hommes et en rire." 

"Respirez, D'Ardelo, mon ami, respirez cette insignifiance qui nous entoure, elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur..."

Les personnages observent celles et ceux qui les entourent et derrière la pseudo futilité de leurs déambulations, se cache un foisonnement philosophique enrichissant. La critique unanime a hissé ce court roman dans les meilleures ventes, aux côtés de Musso et Pancol ! Son universalité et son intelligence ravissent le lecteur loin des sentiers battus et l'élèvent vers des sphères aériennes... Osez l'insignifiance !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"C'était le mois de juin, le soleil du matin sortait des nuages et Alain passait lentement par une rue parisienne. Il observait les juenes filles qui, toutes, montraient leur nombril dénudé entre le pantalon ceinturé très bas et le tee-shirt coupé très court. Il était captivé ; captivé et même troublé  comme si leur pouvoir de séduction ne se concentrait plus dans leurs cuisses, ni dans leurs fesses, ni dans leurs seins, mais dans ce petit trou rond situé au milieu du corps." 

Infos sur le llivre :

Chez Gallimard

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La valse aux adieux 

D'autres avis :

TéléramaLireLe mondeLibération

JosteinLeiloona 

 

La fête de l'insignifiance, Milan Kundera, Gallimard, mars 2014, 15.90 euros

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Eaux lentes sur Venise de Françoise CRUZ

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tant de choses importantes ne se disent qu'au moyen du silence."

Ce que j'ai aimé :

Leona Dal Contralto et Clemenzia Dal Violino sont deux orphelines recueillies par La Piéta, institution religieuse vénitienne au XVIIIème siècle Les deux jeunes femmes reçoivent les cours de musique de Vivaldi et deviennent deux musiciennes au talent exceptionnel. Mais quand l'une se perd dans les nuits vénitiennes, l'autre veille, sentinelle droite et intègre. L'alternance des points de vue, nous offrant les deux journaux intimes des jeunes femmes permettent de découvrir deux univers, l'un passionné, l'autre bien plus modéré. 

La Venise du XVIIIème siècle resplendit portée par une écriture poétique qui l'embellit : 

"Venise nous offre invariablement les plus beaux, les plus époustouflants spectacles : lumières d'or se déversant sur les toits, incendiant toutes les façades, les faisant glisser de l'oranger au pourpre, lumières blanches, mystérieuses, si complices de l'obscurité qu'elle nous enferme dans son énigme... Mais Venise, grisée de fêtes et de débauches, tire sur ses vêtements brodés d'or afin de cacher les guenilles qui la recouvrent. Ma Cité est envahie de vagabonds, garçons brutaux et sales, rôdant pieds nus, furetant et prêts à un mauvais coup en échange de vin aigre."

Leona se perd dans ses nuits d'or, dans ses orgies inoubliables et licencieuses. Carnaval de désirs et de plaisirs, ce sont aussi des nuits desquelles on se réveille désenchantée quand les masques tombent.

"A Venise on meurt tous les jours dans une immense fièvre de plaisir;"

La musique tient les jeunes femmes debout et leur offre un exutoire dans un monde tourmenté :

"La musique est un parfum tenace. Acre, suave, fort comme un alcool, long comme l'enfance. Un parfum qui s'insinue inexorablement par chacun des pores de notre peau. Avant que l'on ait pu dire un mot, le parfum de la musique nous a déjà submergés, épousés comme une seconde peau. Comme une marée, il nous étourdit et nous étreint avec ses effluves de sous-bois humides, de rivières transparentes, avec ses brassées printanières, ses souvenirs de la mer, ses chuchotemetns verts provenant des canaux. La musique est volutes, désirs. "

Un court roman qui nous plonge dans une Venise du XVIIIème morale et licencieuse à la fois...

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai regretté le manque de consistance dans l'intrigue.

Premières phrases :

"Comment fait-on pour commencer à vivre ? Un cri, à ce que l'on nous dit, douleur, plaisir, nosu baptise, des ténèbres aux lumières.

La lagune m'a déposée au bord du monde."

Infos sur le livre :

Chez l'éditeur

Vous aimerez aussi :

 

 

Eaux lentes sur Venise, Françoise Cruz, Naïve, 2011, 250 p., 

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L'Italie si j'y suis de Philippe FUSARO

Publié le par Hélène

                                     

 ♥ ♥ ♥

"Je ne pense qu'à filer, porté par le vent du soir et ma tristesse s'écoule sous le châssis, goutte sur l'asphalte." 

 

Ce que j'ai aimé :

Sandro est "né de la côte d'un poète et mon ciel, aujourd'hui, n'est pas bleu." En effet il se retrouve à la porte de chez lui, ses affaires éparpillées sur le trottoir : "Les objets de ma vie sont éparpillées sur le trottoir, sur une ou deux tables du Café de la Mairie où les gens sont resté immobiles, la tasse à café suspendue entre deux doigts et leurs corps recouverts de mes habits qui leur sont tombés dessus. Davantage que lorsqu'ils sont rangés dans l'appartement, je remarque une dominante rouge dans tout ce qui m'entoure et je trouve cela beau et dramatique, à l'image de ce que je vis." 

La phrase couperet tombe le lendemain, comme ses habits tombés du ciel : sa femme a besoin de "prendre de la distance". De la distance c'est finalement Sandro qui va en prendre, décidant de descendre en Italie accompagné de son fils.

Commence alors un périple pour les deux hommes, Sandro homme perdu et délaissé, et Marino petit être affublé d'un déguisement de cosmonaute, réplique du costume de Youri Gargarine lorsqu'il a accompli son premier vol dans l'espace. Marino est peu rassuré mais prêt à suivre et à consoler son père si triste. La route leur ouvre de nouvelles perspectives. 

       

http://fr.best-wallpaper.net/

L'écriture particulière de Philippe Fusaro, à chemin entre la poésie et la prose, installe une simplicité qui devient peu à peu une évidence au fil des pages. L'auteur peint avec talent un instant de vie suspendu entre un avant vacillant et un après inconnu, l'interstice du voyage permettant l'espoir d'un renouveau. 

"Il m'aura fallu descendre toute l'Italie, nous perdre dans le Sud, quitter la terre ferme et me réfugier plus tard sur l'île. Il m'aura fallu du temps, des kilomètres de superstrada pour parvenir à ce constat. Il m'aura fallu toutes ces semaines, des bains de mer, un traghetto jusque en Sicile. Il m'aura fallu consoler Marino, être retenu entre ses bras aussi."

Ce texte subtil qui tient sur un fil s'allume peu à peu, en harmonie avec la renaissance de Sandro. Un très beau texte.   

Ce que j'ai moins aimé :

Il m'a manqué un petit quelque chose pour être totalement conquise, 

Premières phrases :

"Mon nom est Sandro.

Sandro, parce que c'était celui d'un poète qui vivait dans la Rome d'après guerre et que mon père le lisait, le relisait, me le récitait à voix haute tandis que moi, la poésie, je n'y comprenais pas grand-chose."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le colosse d'argile

Autre : Seule Venise de Claudie GALLAY

D'autres avis :

LireMagazine littéraire ; Télérama

MidolaCatherine 

 

L'Italie si j'y suis, Phiippe Fusaro, La fosse aux ours, 2010, 17 euros

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Ma grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases de Philippe DELERM

Publié le par Hélène

                                     ma-grand-mere-avait-les-memes.jpg

"On ne possède pas les autre. On ne détient jamais le secret des autres avec soi."

Mon avis :

 Un recueil peu marquant présenté sous forme d'une suite de petites anecdotes sans grand intérêt autour de phrases toutes faites :"On ne vous fait pas fuir, au moins ?" "C'est pas vrai !" "Y a pas d'souci", "J'ai une contrainte"

Philippe Delerm tire sur la corde des "Gorgées de bière" et nous resserre du réchauffé, en plus banal .

Quelques remarques poétiques toutefois comme ce « J’vais rentrer. V’là l’bord d’la nuit qui vient. » (p. 99)

 "V‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient.
Celle-là, c’est la marque d’une seule personne. Une belle personne. Madame Hermier était l’épicière. Elle est morte depuis quinze ans au moins. C’est elle qui régentait le quartier, avec, sous son apparence revêche, un sens de l’équité sans concession. Première rencontre un jour de panne d’électricité :
-Mon pauv’ monsieur, j’veux bien vous vendre trois bougies, mais pas la boîte. Il en faut pour tout le quartier.
Au fil des ans, elle était devenue une amie, venait à la maison partager la galette des rois, bavardait un peu, et disait tout à coup :
-J’vais renter. V’là l’bord d’la nuit qui vient.
Des mots entendus, des mots qu’elle inventait ? Peu importe. Les mots de Madame Hermier. J’aime les soirs précoces à cause d’elle, la sagesse solitaire de ses dimanches d’hiver. Rien ni personne ne l’attendait, mais il fallait rentrer avant la nuit. Peut-être une manière de ne pas vouloir nous importuner trop longtemps, de couper court à nos mais vous avez le temps. Comment la retenir, puisque le bord de la nuit venait ?
Le bord de la nuit. La nuit devient une matière, un tissu, les heures s’installent et nous mettent un manteau. Nos mouvements doivent suivre, s’envelopper dans cette amplitude du ciel, marcher à l’amble. Madame Hermier ne redoutait guère les deux cents mètres nocturnes de trottoir qui l’eussent ramenée chez elle sous les réverbères. Mais c’était aussi une politesse de suivre le rythme du jour. Jehan Rictus appelait le crépuscule « le furtif ». Voilà. Madame Hermier voulait rentrer à la lisière du furtif.
Plus tard, quand elle nous quitterait pour un plus long voyage, ce serait avec la même discrétion, le même souci de ne pas déranger, de se glisser dans l’ombre sans crainte et sans regret. Pas difficile pour elle en apparence de quitter le cercle des lampes basses, les flammes orange et bleues de la cheminée. Une jolie manière de dire adieu comme elle disait au revoir, à quoi bon proteste, il faut bien s’en aller, v ‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient."

Le style reste plat, les idées s'essouflent et finalement le lecteur finit par se dire qu'il ferait mieux de relire "La gorgée de bière"...

 

Premières phrases :

 « Ce ne sont pas des passionnés de la brocante. Celle-ci leur a juste servi de but de promenade, un dimanche après-midi. Ils déambulent, mains dans le dos, satisfaits de l’ampleur inattendue de la manifestation, qui les dispensera de chercher un autre passe-temps, satisfaits de la douceur de l’air, de l’absence de pluie. »

 

Infos sur le livre :

Babélio

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : La première gorgée de bière

 

D’autres avis :

Babélio 

 

Ma grand-mère avait les mêmes, Philippe Delerm, Points, 5.50 euros

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Le potentiel érotique de ma femme de David FOENKINOS

Publié le par Hélène

 

Ce que j'ai aimé :

Le sujet est assez rocambolesque : centré autour du personnage d'Hector, un brin looser, victime de collectionnite aiguë, mais qui essaie de se soigner. Il pense être guéri jusqu'à ce qu'il rencontre Brigitte, sa femme. Une autre collection va alors naître dans son esprit. 

Le ton vif et rythmé et l'humour de l'auteur permettent de passer un agréable moment de lecture, toutefois...

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai eu l'impression que l'inventivité de Foenkinos tournait en rond, que le rythme n'était pas équilibré : on ne rentre dans le vif du sujet qu'au bout de plusieurs pages, et on finit même par se demander si le titre n'est pas trompeur et si Hector le looser finira bien par avoir une femme, puis au tiers du livre le miracle a lieu, il rencontre Brigitte ! Après quelques trouvailles savoureuses, le rythme s'essoufle à nouveau mais le nouveau rebondissement trouvé frôle le ridicule et comme l'auteur semble s'en rendre aussi compte, il le dégonfle rapidement. Bref, ce fut comme si le roman n'était pas construit à l'avance, comme si l'auteur avançait au jugé, en se fiant à son écriture talentueuse pour couvrir les blancs de l'intrigue. Et quelquefois c'est efficace, mais au fil de la lecture ce défaut se fait sentir de façon de plus en plus prégnante et finit par déranger.

 

Infos sur le livre :

Chez Folio

Premières phrases :

"Hector avait une tête de héros. On le sentait prêt à passer à l'acte, à braver tous les dangers de notre grosse humanité, à embraser les foules féminines, à organiser des vacances en famille, à discuter dans les ascenseurs avec des voisins, et, en cas de grande forme, à comprendre un film de David Lynch"

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La délicatesse  ; La tête de l'emploi

D'autres avis :

LC avec Manu

KaliJulesSylireCaro(line)L'encreuseTamara, sont emballés...

KarineYv, AmandaJoëlleMiss AlfiePralineSandrineEdelweStéphanie sont mitigés voire carrément déçus...

 

Le potentiel érotique de ma femme, David Foenkinos, Folio, 2005, 192 p., 6.20 euros

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La théorie des nuages de Stéphane AUDEGUY

Publié le par Hélène

                                      

Voyage dans les nuages...

 

Ce que j'ai aimé :

La jeune Virginie Latour est embauchée par un couturier japonais Aira Kumo pour classer sa collection de livres consacrés aux nuages. Il en profite pour partager sa passion pour les cumulus, stratus et autres nimbus, en lui racontant le destin hors du commun de chasseurs de nuages tels que Luke Howard qui inventa leurs noms, ou encore Richard Abercrombie qui rédigea un protocole msytérieux sur eux.

Le thème nébuleux était très attirant, mais... 

       

@ahae

Ce que j'ai moins aimé :

La poésie qu'un tel sujet laissait espérer - souvenons-nous de Baudelaire et de son amour inconditionnel pour les nuages "J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!" - est absente de ces pages. C'est assez décevant !

Dans ce cas la recherche de sens aurait pu être une piste de réflexion, là encore avortée au profit de considérations biographiques sur les deux hommes, certes relativement intéressantes, mais un peu longues à mon goût.

De plus, à l'image des nuages évanescents, les personnages manquent cruellement de consistance aussi bien physique que psychique. Les allusions sexuelles n'apportent rien, quelle importance que Virginie soit une femme fontaine ? La signification finale contenue dans le protocole est toute aussi ridicule et alambiquée, s'éloignant défnitivement de la poésie inhérente au thème pour pénétrer dans le prosaïsme le plus primaire... 

Premières phrases :

"Vers les cinq heures du soir, tous les enfants sont tristes : ils commencent à comprendre ce qu'est le temps. Le jour décline un peu. Il va falloir rentrer pourtant, être sage, et mentir."

Infos sur le livre :

Chez Folio

D'autres avis :

Critiques libresPapillon  ; Lu dans le cadre du Blogoclub

 

La théorie des nuages, Stéphane Audéguy, Folio, 7.90 euros

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