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litterature francaise

13 à table !

Publié le par Hélène

                     

♥ ♥ 

Mon avis :

Le principe est la raison numéro 1 de s'intéresser à ce recueil : pour 1 livre acheté, 3 repas seront distribués par les Restos du coeur. 

Je l'ai donc acheté les yeux fermés, sans m'intéresser aux auteurs ayant participé à ce projet. Et heureusement, car il faut bien l'avouer ces auteurs ne font pas partie de ceux que je préfère... La seule contrainte des participants était de créer un récit autour du thème du repas, et pour certains ce fut laborieux...

Ainsi je suis passée à côté de nombreux récits qui m'ont semblé plats, sans inventivité, sans style, parmi ceux-ci :

Olympe et Tatan de Françoise Bourdin : le récit d'un repas de famille si proche de la réalité qu'il en est banal

Nulle, nullissime en cuisine ! de Alexandra Lapierre : une jeune femme doit user de subterfuges pour ne pas montrer qu'elle est nulle en cuisine. Divertissant mais pas transcendant.

Un petit morceau de pain de Agnès Ledig : un petit garçon affamé en conflit avec une mère aux principes immuables. 

Une initiative de Pierre Lemaître : un récit laborieux.  L'histoire d'un vieux monsieur qui invite sa nièce à dîner et s'en mord les doigts.

Jules et Jim de Jean-Marc Périer : une suite un peu ratée de Jules et Jim, des retrouvailles autour d'un repas. Un peu facile.

 

A côté des récits ternes, nous retrouvons les marques de fabrique de ce qui fait le succés des grands auteurs populaires : 

La part de Reine d'Eric-Emmanuel Schmitt : La relation privilégiée entre une enfant et un sans abri. Beaucoup de bons sentiments.

Dissemblance de Marc Lévy : la rencontre entre deux hommes affamés que tout oppose. Comme d'habitude chez Lévy trop bien pensant pour être honnête.

Maligne de Maxime Chattam : un psychiatre rencontre un patient affamé. original, mais assez gore à l'image de l'univers de cet auteur.

Fantôme de Guillaume Musso : la rencontre entre une jeune femme hospitalisée et un jeune médecin fringant. Avec des fantômes, marque de fabrique de Musso.

 

Un peu à part, le Mange le dessert d'abord de Gilles Legardinier : en effet avant d'aborder son récit, l'auteur se livre autour du thème et partage avec nous une habitude qu'il avait à une période de sa vie : plutôt que de dîner seul, il s'adressait à des personnes seules pour partager leur table.

"Vous vous asseyez face à quelq'un dont vous ne savez rien et qu'un hasard géographique a placé sur votre chemin. En commençant par évoquer la situation du moment et la façon dont elle est vécue, vous vous placez immédiatement sur un plan aussi personnel qu'universel. Ces tête-à-tête impromptus m'ont enseigné que la solitude n'est pas forcément une malédiction, parce qu'elle constitue le meilleur premier pas vers la découverte."

 

En fin de volume arrivent les nouvelles les plus réussies à mes yeux :

Le parfait de Tatiana de Rosnay : un repas de mariage avec une belle-mère un brin énervante. Une touche d'humour ravigorante.

Gabrielle de Franck Thilliez : un couple surnommé "Le couple grizzli" observe des grizzlis en pleine nature. Sauf que cette année là les saumons dont sont friands les grizzlis se font rares...

Langouste blues de Bernard Werber : Le récit épouse le point de  vue d'une langouste. Brillant ! 

 

En résumé comme il y en a pour tous les goûts, n'hésitez plus à le déguster !

Vous aimerez aussi :

Les Restos du coeur 

 

13 à table, collectif, Pocket, 5 euros

 

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La fractale des raviolis de Pierre RAUFAST

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Ce que j'ai aimé :

Tout commence avec une jeune femme bien décidée à assassiner son mari à l'aide de raviolis. Mais rapidement le récit rebondit sur un autre récit, qui lui-même est prétexte à une nouvelle histoire, qui lui-même... Vous l'aurez compris les récits s'enchaînent et ne se ressemblent pas, selon le principe énoncé dans le titre du recueil de la fractale (pause scientifique, la fractale est "une courbe ou surface de forme irrégulière ou morcelée qui se crée en suivant des règles déterministes ou stochastiques impliquant une homothétie interne." (Source wikipédia)) Vous n'avez rien compris ? "Stochastiques" et "homothétie" ne font pas partie de votre vocabulaire ? Comment ça ? Bon, retenez le principe des récits gigognes, ça passe pour cette fois...)

Dans ce roman gigogne nous croisons des vierges qui ne se laissent pas photographier, des rats-taupes récalcitrants, des menteurs impénitents, des stratèges militaires, et une foule d'autres personnages tout aussi originaux. 

L'auteur prend plaisir à nous raconter ces vingt-quatre courtes histoires,  et son plaisir est somme toute assez communicatif... Mais...

Ce que j'ai moins aimé :

Les histoires ne m'ont nullement marqué tout comme le style. Cette fractale est un recueil que je risque d'oublier bien vite...

Présentation de l'éditeur :

chez Alma Editeur

Blog de l'auteur

Premières phrases :

« Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance. »

Je comprends qu’un homme puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, pas désœuvrement, par curiosité, par habitude, par excitation, par intérêt, par gourmandise, par nécessité, par charité, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. Pourtant, ce substantif vint spontanément à l’esprit de Marc, lorsque je le pris sur le fait avec sa maîtresse. »

D'autres avis :

JérômeKeishaLeiloonal’IrrégulièreMiss LeoSéverine, Noukette

 

La fractale des raviolis, Pierre Raufast, Alma éditeur, août 2014, 264 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur

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Le règne du vivant de Alice FERNEY

Publié le par Hélène

             

           

♥ ♥

"La Terre appartient aussi à nos successeurs, ce que nous leur laisserons doit nous préoccuper, disait-il."

"L'avenir, si on le met au présent, s'appelle la préservation." (p. 27) 

Ce que j'ai aimé :

Fasciné par la personnalité hors norme de Magnus Wallace, militant activiste qui lutte contre la pêche illégale en zone protégée,  le narrateur, Gérald Asmussen, décide de s'embarquer comme cameraman à ses côtés. Sous l'égide de ce maître prêt à tout pour protéger le règne du vivant, il prend rapidement conscience des enjeux liés à la planète.

"La Terre appartient aussi à nos successeurs, ce que nous leur laisserons doit nous préoccuper, disait-il." "L'avenir, si on le met au présent, s'appelle la préservation." (p. 27)

Mille baleines sont massacrées chaque année dans le sanctuaire austral, et Magnus Wallace s'évertue à poursuivre ceux qui commettent ces crimes en haute mer, car les eaux internationales demeurent un espace hors la loi, qui ne sont pas dotées de suffisamment de surveillance, un espace gangrené par la corruption et le mensonge. 

En rassemblant des hommes et des femmes animés de la même volonté de faire régner ordre et respect de la nature dans sa globalité, Magnus Wallace lutte avec ses moyens, pas toujours orthodoxes. "Je crois dans la force de quelques individus inspirés qui résistent au mouvement d'ensemble." (p.113)

Il est prêt à risquer sa vie pour ses idées, en pensant au monde qu'il souhaite laisser aux générations futures :

 

"Si nos enfants vivaient un jour dans un monde sans baleines, sans requins, cela voudrait dire que leurs pères les ont exterminés. Et cela voudrait dire que nous les avons laissés faire...Voulons-nous laisser enseigner le murtre par profit et le profit comme règle de survie ?" (p. 109)

"Nous vivions éloignés de cette nature, nous en oublions l'émotion, et c'était ainsi qu'elle pouvait être détruite sans que  s'élevât notre protestation. Il fallait restaurer l'alliance et crier au scandale." ( p. 139)

Dans ce récit poignant, Alice Ferney s'inspire du capitaine Paul Watson, activiste de Greenpeace :

"En juin 1975, Paul est le second du Capitaine John Cormack à bord du Greenpeace IV et participe à la confrontation entre Greenpeace et la flotte baleinière soviétique. Durant cette campagne, Robert Hunter et Paul sont les toutes premières personnes à mettre leur vie en danger pour sauver des baleines en plaçant leur semi-rigide entre un groupe de cachalots sans défense et un navire-harpon soviétique. Un cachalot blessé surgit alors dangereusement au-dessus de l'embarcation de Paul et ce dernier échange un regard avec l'animal mourrant. Ce qu'il voit dans cet œil va changer sa vie à tout jamais: le cachalot comprend ce que ces deux hommes essaient de faire. L'animal évite alors le petit bateau et meurt quelques secondes plus tard, une nouvelle fois harponné. Paul fait alors le vœu de défendre les créatures marines pendant le reste de sa vie." http://www.seashepherd.fr/who-we-are/captain-watsons-biography.html

Ce que j'ai moins aimé :

Il manque un souffle romanesque, une psychologie prononcée des personnages qui permettrait d'autant pus de s'intéresser à leur cause. Ces derniers ont l'air de portaits glacés d'activistes engagés.

Le ton dogmatique, les discours trop appuyés déservent le propos, certes convaincant, mais pas assez touchant pour remuer réellement les foules. C'est dommage car les romans sur l'écologie ne se bousculent pas en France. 

Premières phrases :

"Avant de m'asseoir pour consigner cette histoire, je l'ai vécue. J'ai vu se lever l'activiste et croître sa détermination. Que pourrais-je faire ? se demande un homme qui contemple un désastre, et c'est le commencement des miracles. J'ai suivi pareil homme, refoulé pareille colère, rêvé pareil renouveau : j'apercevais le même désastre."

Informations sur le livre :

Actes sud

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Grâce et dénuement

Autre : Requiem pour un thon de Romain Chabrol

D'autres avis : 

Babélio

Le point

Page 

 

Le règne du vivant, Alice Ferney, Actes sud, août 2014, 208 p.,19  euros

 

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Chasses furtives de Léon MAZZELLA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Et l'on se retrouve nu sur le chemin qui mène à soi, cerné par l'existence et serré dans son passé, cherchant la clarté à tâtons comme un aveugle dans la foule tourne sa main vers un corps et usant de son épuisement pour s'excuser auprès de la vie." 

Ce que j'ai aimé :

Jean se remémore les moments suspendus passés aux côtés de son grand-père, quand ils vivaient ensemble dans la maison du marais. A l'âge où ses camarades couraient les filles, lui préférait courir la campagne "Il était chasseur de toutes ses fibres. C'était un séducteur d'oiseaux." Il vivait heureux, "entre le presque rien et l'indicible"  habité par des rêves à sa mesure : 

"Voir, seulement, la bécassine double. Prendre un grand tétras au chant, un seul pour la vie, quelque part dans un pays d'Europe de l'Est. Et parvenir à toucher, de la main, un gros animal -sanglier, cerf, phacochère, antilope - peu m'importait..." 

 Avec ces Chasses furtives, Jean -alias Léon- souhaite rendre hommage à son grand-père qui s'en est allé trois ans plus tôt rejoindre les cieux aux côtés des oiseaux. Accompagné de son fidèle chien, compagnon de toujours, Jean arpente les marais de son enfance, à l'affût, plongé dans ses souvenirs mélancoliques, "Seul avec son esprit traqué par la disparition des êtres et par la transparence des choses."

Apparaissent quelques personnages derrière le grand-père : la "femme-renarde", le braconnier taiseux, mais les personnages qui survolent poétiquement ces pages et leur donnent tout leur sens restent les oiseaux. Ceux qui relient le passé et le présent, ceux qui planent avec son grand-père, ceux qui témoignent d'une vie harmonieuse avec le monde et la nature, et donnent soudain l'impression d'être à sa place. Ancré dans un monde qui a soudain du sens. 

L'émotion à fleur de peau caresse les pages de ces "Chasses furtives" et leur offre toute leur beauté. 

"Trente ans après, je me souviens bien de mon urgence à dire, à chacun de mes retours, les impressions intenses volées à l'aurore, les départs pressés pour la chasse, le givre qui habille l'herbe et les branches, le ciel bleu de novembre que le miroir brisé de joncs des marais reflète, la disparition de la dernière étoile, l'orangé timide de l'horizon, l'air qui glace les spoumons. L'insolente beauté de la nature qui me faisait parfois pleurer de bonheur, seul dans les barthes d'Orist, Siest, Pey et Saubusse. La joie gigantesque que cela me procurait. La seule vue d'un vol de vanneaux suffisait alors à me faire chavirer d'un plaisir que je savais étrange et que je renonçais à définir."

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien

Premières phrases :

"Jean s'étira et planta son regard au plafond. Il mit ses mains derrière la tête et pensa fort à son grand-père qui faisait toujours la sieste dans cette position, en respirant fort avec le nez à cause de son rhume des foins et qu'il surprenait souvent étendu ainsi sur son lit." 

Présentation de l'éditeur :

Editions Passiflore 

Sur l'auteur :

http://leonmazzella.hautetfort.com/

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les bonheurs de l'aube

Autre : Les romans de Mario RIGONI STERN dont Hommes, bois, abeilles

D'autres avis :

Mango 

 

Chasses furtives, Léon Mazzella, Editions Passiflore, 2012, 13 euros

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L'oeil du prince de Frédérique DEGHELT

Publié le par Hélène

                              

"Vivre, c'est chaque jour avoir de la chance."

Ce que j'ai aimé :

Voici le projet ambitieux de l'auteur :

"La place donnée au lecteur est celle d'être l'oeil du prince, c'est à dire d'occuper dans un théâtre cet angle de vue permettant de visualiser la perspective du décor sans déformation. (...) Et en l'occurence, dans le roman, seul le lecteur peut embrasser la perspective des vies successives des héros, des divers évènements à l'intérieur de leur destinée."

"Aucun évènement n'est en soi complètement positif ou totalement négatif. Il est chevillé à d'autres évènements qui vont en découler dans nos vies ou dans celles de nos proches."

Sur le papier le projet était prometteur. Autour de cinq destins, l'auteur brode son canevas.  Cinq  histoires prennent vie sous forme de journal intime : 

- Mélodie adolescente mature est intéressée par le cinéma, c'est une pauvre petite fille riche écoeurée par le monde de ses parents trop riches pour être profonds.

- Yann, endeuillé, part à l'autre bout du monde pour oublier, 

- Benoît, assiste au naufrage de son couple et retrouve simultanément un ami d'enfance

- deux résistants correspondent pendant la guerre et vont voir les liens s'intensifier.

- et enfin une vieille dame relie les récits entre eux, tel lecteur qui en sait plus long que les protagonistes.

Le lecteur est en effet le seul à connaître les liens qui unissent les personnages, et un autre secret de famille vient émaillier le récit dans le dernier chapitre.  

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusesement, l'auteur accumule les poncifs que ce soit sur :

- les riches, superficiels : riches à l'extérieur mais pauvres à l'intérieur, "Vides et comblés"

- la jeunesse, insouciante : "on n'est pas sérieux quand on a 17 ans."

- la guerre, méchante : "la guerre fait de bien vilaines choses des hommes, du souvenir et de l'aptitude au bonheur." "La guerre nous rend anormaux."

- La torture en temps de guerre, c'est mal : "Je ne pensais pas qu'on puisse ainsi torturer les femmes."

- Le mariage, qui s'érode inexorablement: "Les phrases du quotidien remplacent les vraies échanges."

"Depuis combien de temps n'avons-nous pas eu un fou rire ensemble ?"

- le deuil, long et douloureux

- l'infidélité, ravageuse

- l'amour, si rare "Y a-t-il encore une place pour l'amour dans ce monde ?"

- La vie éphémère quoi "Nos vies sont précaires."

De plus l'écriture est banale, plate, et n'est pas aidée par la forme du journal intime qui peut tomber facilement dans le mièvrerie adolescente.

Ainsi, le projet ambitieux du départ se retrouve avorté, enclumé par ces défauts. C'est dommage... 

Premières phrases :

"Je les ai brûlés. Je les ai relus d'abord, puis je les ai brûlés. Sans en oublier un seul. Je n'avais pas peur qu'on les trouve... Je voulais juste qu'ils disparaissent comme ont disparu les années pendant lesquelles je les ai écrits."

Informations sur le livre :

Babélio

D'autres avis :

Babélio

 

L'oeil du prince, Frédérique Deghelt, J'ai lu, septembre 2014, 14 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Morteparole de Jean VEDRINES

Publié le par Hélène

Ce que j'ai aimé :

Deux hommes, Paul, universitaire rompu à l'exercice de l'oral, tant et plus que les mots finissent par ne plus rien signifier pour ces universitaires devenus des "spectres" années après années. Et Giovan, fils d'immigrés italiens cancre de la classe plus révolutionnaire que bon élève. Ils se retrouvent à l'occasion d'une cérémonie officielle de Paul, dans un grand lycée parisien, sur les bancs d'école qui ont eux aussi perdu leur âme. L'occasion pour Giovan de se souvenir de leur enfance et la foi qu'ils avaient l'un et l'autre dans les mots et dans leur pouvoir de création du monde. Il chante son amour de la parole avant qu'elle ne devienne morte, assujettie par des termes techniques qui ont peu à peu tué sa magie. 

A eux de retrouver le pouvoir des mots...

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusement j'ai trouvé que le propos s'essouflait en balayant les souvenirs des rencontres amoureuses des deux hommes. Je me suis ennuyée en cours de lecture alors que le sujet et l'auteur m'intéressait grandement. Je retenterai ma chance avec un autre titre de lui...

Premières phrases :

"Il élève la voix, Paul.

Il crie.

Lui qui d'habitude parle voilé, assourdi, tellement bas qu'on doit touours faire silence, tendre l'oreille pour saisir ce qu'il murmure. Comme si c'était précieux, sacré. Comme s'il était prêtre, devin."

Informations sur le livre :

Fayard 

D'autres avis :

Repéré chez Cathulu 

 

Morteparole, Jean Védrines, Fayard, août 2014, 256 p., 18 euros

 

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La survivance de Claudie HUNZINGER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

"C'était la vie de pionniers." 

Ce que j'ai aimé :

Nils et Jenny sont deux libraires passionnés qui ont toujours suivi le vent de la liberté. Aussi, quand ils se retrouvent contraints de mettre la clef sous la porte de leur librairie, décdent-ils de se réfugier dans leur fief des Vosges, une vieille grange défraîchie. La vie, la liberté les attend, ils ont de quoi vivre quelques années en cultivant leur jardin potager et en élevant des poules. Sauf que la bergerie est dans un état de délabrement avancé : "C'était une chose déglinguée, une ancienne métairie à flanc d'une croupe sauvage, à plus de 900 mètres au-dessus de Kayserberg. Il fallait être fou pour penser y vivre, je le reconnais." 

Pas de chauffage sauf un vieux poêle, pas d'électricité, un toit crevé, tel est leur nouveau lieu de vie. Ils y ont vécu quelques mois quand ils avaient 20 ans (expérience que l'auteur évoque dans Bambois, la vie verte) Mais cette fois-ci le froid, la pluie risquent de les rattraper. Accompagné de Betty leur chien et d'Avanie leur âne et lovés aux côtés de leurs livres,  leurs compagnons de toujours, ils vont vivre des heures intenses.

"Il nous arrivait de penser que nous n'allions survivre ni à la montagne ni à la décomposition globale dès qu'on écoutait les nouvelles à la radio. Si, si, je murmurais, c'était juste avant le sommeil, si, on y arrivera, c'est la seule bataille qui compte, la seule qui justifie la peine de vivre : ne pas se laisser attraper." p. 90

Jenny raconte cette expérience hors du commun en mentionnant les joies et les angoisses, les peurs, les rencontres improbables comme leurs nouveaux voisins les cerfs, les renards, les ornithologues... Le couple s'épaule jour et nuit, beaucoup de douceur transparaît dans leurs rapports, entraide, caresses permettent aussi d'assumer ce choix de vivre à part, dans un monde préservé, au sein d'un cocon naturel. Dans leur univers la culture est omniprésente avec notamment cette peinture de Grünewald "le retable d'Issenheim" du XVIème siècle : selon la légende, le peintre venait souvent dans ce massif vosgien réputé pour ses mines d'argent, afin de collecter des minéraux pour fabriquer ses pigments de couleurs. 

"Je me répétais cette définition en forme de grandhuit d'un belge (Robert Filliou) que j'adorais : L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art." p. 131

La vie est bien là, palpitante en eux, nue sous les néons de la nature qui n'autorise aucun fard.

"Si nous voulions nous en sortir, il fallait sortir de nous. Plonger direct dans les sensations, dans la peur, dans la joie, être aux aguets, se transformer en une boule de présence au monde prête à jaillir. Il y a quelque chose d'excitant, de suffocant dans la lutte pour la vie : plus d'écran entre elle et nous. On devient la vie. Tous les hommes descendent de Darwin, me soufflait Sils qui avait lu Jules Renard." p. 186 

Claudie Hunzinger nous offre en ces pages une ode à la vie, à la nature loin de la société consumériste, un bijou indispensable pour rejoindre de vraies valeurs !

                        

http://www.randoalsacevosges.com/article-le-grand-et-le-petit-brezouard-119149274.html

Ce que j'ai moins aimé :

- La fin est un peu lapidaire.

Premières phrases :

"Avanie savait que nous avions perdu : ses longues oreilles captaient au loi les présages. Dès la nuit tombée, elle nous attendait, mélancolique, de tout son pelage gris.

Il fllait rendre les clés le 1er mai au matin et nous n'avions nulle part où aller. Deux semaines avant l'explosion, Sils et moi, en compagnie de Betty, nous cherchions encore, mais tout loyer était devenu hors de nos prix."

Informations sur le livre :

Grasset

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Bambois, la vie verte (http://www.bambois.net/)

D'autres avis :

DominiqueKeishaClaraAifelleCathulu

Lire 

 

La survivance, Claudie Hunzinger, J'ai lu, août 2014, 7.10 euros

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La part des nuages de Thomas VINAU

Publié le par Hélène

  

 

♥ ♥ ♥

« Nous sommes la consistance des nuages. Et nos fragiles petites brumes deviennent du givre qui fond »

Ce que j'ai aimé :

Le temps de quelques semaines, Josseph se retrouve livré à lui-même. Son fils Noé est parti en vacances chez sa mère, alors qu'il rythmait les journées de son père. Joseph doit s'inventer de nouvelles activités, il doit remplir la béance laissée par l'absence de son fils. Il décide de prendre de la hauteur en s'installant dans la cabane perchée dans les arbres. Appelle la bibliothèque où il travaille pour se faire porter pâle. Et regarde les nuages, écoute le temps passer. 

"Quand on s'intéresse un peu objectivement  la question, le champ des possibles donne le vertige. Des castors qui arrêtent des fleuves. L'eau qui peut fragmenter la roche. Gandhi qui libère un continent sans prendre les armes. La transplantation d'un coeur humain. Ca, ç'a de la gueule. Mais pour ce qui est parfois d'atteindre le soir, ou le lendemain. Ou de trouver une raison de sourire. Ou un moyen de sendormir un peu. Juste s'endormir un peu. Tranquillement. Paisiblement. Là, y a plus personne."

Avec comme sa compagne la tortue, Joseph se laisse porter par les heures, lâche prise, noue des liens fébriles avec sa jeune voisine joueuse de flûte traversière...

"Il en faut peu parfois pour se sentir libre. Il y a des instants, des éclats, qui vous sauvent en un quart de seconde de la putréfaction spontanée. Allumer un feu. Atteindre le sommet d'une colline. Libérer un cerf-volant. Les dernières minutes d'un marathon. Le fruit cueilli en haut de l'arbre. La première clope. Toucher la main de celle qui. Une fuite effrénée dans les rues. Sécher les cours. Tenir tête à un gros bras. Esquiver la piscine. Frauder. Résister. Arriver en haut de l'arbre. L'aube après une nuit blanche. (...) Il en faut peu parfois pour se sentir libre." p. 84

La vie s'immisce dans les interstices, dans la rencontre avec un marginal, dans la visite d'une cathédrale, et peu à peu, simplement, naturellement, la grâce s'installe. 

Ce que j'ai moins aimé :

 Il faut se laisser porter par la charme du roman. 

Premières phrases :

"Ce jour-là ne fut le jour de rien. Justement. Pourtant il n'étiat pas pire que les autres. Pas de changement notable. Pas d'évènement. Aucune surprise naissante. Aucun début. Aucune fin. Aucun rebondissement. Rien de flagrant, si ce n'était sa concordance tiède avec hier et demain."

Présentation de l'éditeur :

Alma Editeur 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Nos cheveux blanchiront avec nos yeux  ; Ici ça va  ; Bric à brac hopperien  ; Juste après la pluie 

D'autres avis :

PagesSéverineAifelle  ; Leiloona Nadael Jostein 

 

Merci à l'éditeur.

 

La part des nuages, Thomas Vinau, Alma éditeur, août 2014, 132 p., 16 euros

 

 

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Le bonheur est une fatalité de Claude MARION

Publié le par Hélène

           

          

♥ ♥ 

Ce que j'ai aimé :

Sous forme de chapitres très courts, Claude Marion évoque la vie au quotidien d'un type un peu looser, un peu alcoolique, qui a décidé qu'il serait écrivain, maudit, sans doute, pauvre évidemment, mais libre. Il aimerait avoir le talent d'un Rimbaud ou d'un Verlaine puisque comme eux, il suit leur trajectoire déchue.

"Tout en compactant ainsi le papier, j’essayais de me remémorer les trucs honorables – honorables en tant que poète – que j’avais pu faire dans ma vie :
- Allumer une blonde à l’envers et fumer le filtre en entier sans m’en rendre compte.
- Manger une amanite tue-mouches et faire un jogging après.
- Faire l’amour à une jeune fille pendant son sommeil (sans la réveiller).
- Me trancher les veines involontairement avec une bouteille de Château Lamothe 2006.
Et voilà.
Verlaine, lui, avait mis le feu aux cheveux de sa femme, cohabité sur le tard avec deux prostituées et avait fini très honorablement ruiné…"

Ces courts "sketchs" présentent ainsi la trajectoire d'un artiste ordinaire, d'un type qui tente un stage à l’abbaye du Champs de l’Épine à cause du frère Luc rencontré dans un PMU, qui enchaîne les parties de pêche avec son copain Sive spécialiste du "fourrage de filles", qui parle sans complaisance de ses expériences avec des "prostiputes", qui se branle à ses heures perdues en pratiquant l'auto-apitoiement, et qui pratique avec brio l'art de la chute. Un type attachant, même s'il veut se donner des allures de salaud misanthrope égocentrique. Un type qu'on aura plaisir à retrouver. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Il faudra que l'on m'explique ce titre...

- J'espère que ce n'est pas une pose et que Claude Marion a d'autres expériences à nous raconter et à inventer... Un roman doit sortir prochainement aux éditions Christophe Lucquin, j'ai hâte !

Premières phrases :

"Le banquier m’a visiblement pris au sérieux. J’ai bien fait d’orienter l’entretien sur ces questions de CDS qui polluent depuis peu le débat économique. Romuald Richard, qui ne devait pas s’imaginer que l’on puisse spéculer en pariant sur le défaut de paiement d’un pays, et donc de favoriser ce défaut de paiement en faisant galoper ainsi le taux d’intérêt (en achetant des CDS), ne put qu’être agréablement surpris par l’intérêt que manifestait un futur client pour l’économie de précision. Et cela dut bien le rassurer sur ma future solvabilité."

Présentation de l'éditeur :

Chez Storylab

 

Le bonheur est une fatalité, Claude Marion, Storylab, août 2014, 2.99 euros à télécharger

 

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L’île du Point Némo de Jean-Marie BLAS DE ROBLES

Publié le par Hélène

                         

♥ ♥ ♥ ♥ 

« C’est cela le Grand Art, une façon d’impliquer sa vie tout entière pour arriver à l’excellence. »

Ce que j’ai aimé :

Un roman d’aventures foisonnant et passionnant ! 

Aux côtés de Canterel, riche opiomane, Grimod son majordome, Lady MacRae et sa fille Verity qui converse avec les baleines, Miss Sherrington gouvernante de Martial Canterel, Reutlinger, Holmes, nous partons sur la piste du diamant  Anankè, convoité également par l’enjambeur Nô prêt à tout pour doubler ses rivaux. L'inspecteur Litterbag, personnage trouble est aussi du voyage. 

Ainsi la joyeuse bande, lancée dans une course folle ponctuée d'énigmes digne de Conan Doyle, use de tous les moyens de transports possibles et imaginables pour avancer vers leur but. Tels les héros de Jules Verne, ils montent à bord du transsibérien, d’un ptéronave puis d’un dirigeable, le Médiator qui part faire son premier tour du monde. Ils reviendront ensuite à des transports plus classiques comme le bateau pour arriver au point Némo : « pôle maritime d’inaccessibilité » endroit de l’océan les plus éloigné de toute terre émergée » situé dans le Pacifique. 

Parallèlement toute une arborescence d'intrigues secondaires voient le jour : Carmen qui s'ingénue à trouver des solutions pour combattre l'impuissance de son mari, Charlotte et sa voisine envahissante, secrètement attirée par Fabrice, à la recherche de sa mère. 

Il sera ausi question d'une fabrique de cigares dans le Périgord noir qui perpétue la tradition de la lecture à voix haute comme à Cuba, fabrique qui sera rachetée par Monsieur Wang, gérant d’une entreprise de liseuses électroniques, et amoureux des pigeons voyageurs. 

"L'important ce n'était pas même pas qu'ils achètent des livres numériques récemment parus, mais qu'ils achètent encore et encore la possibilité de les acheter. Le même système que partout ailleurs, et qui fonctionnait à vide, comme le reste de l'économie. La bibliothèque numérique n'était qu'une variation moderne du péché d'orgueil, celui de parvenus pressés d'exhiber leur prospérité, s'entourant de livres tape-à-l'oeil -voire de simples reliures vides - qu'ils n'avaient jamais lus et ne liraient jamais."

L'auteur entremêle savamment personnages réels comme le musée Barnum et son fondateur Phineas Taylor Barnum et personnages imaginaires hauts en couleurs. Ainsi dans ce roman hybride nous pourrons trouver aussi bien des considérations sur les fonds marins que des réflexions plus politiques ou philosophiques. 

« Peut-être ne comprendrons-nous quelque chose à l’ordre secret du monde qu’après une sincère et patiente mansuétude pour ses incohérences ? »

Sous l’égide de Jules Verne et de son capitaine du Nautilus, Roblès nous invite à réfléchir aux liens ténus unissant réalité et littérature :

« Toute phrase écrite est un présage. Si les évènements sont des répliques, des recompositions plus ou moins fidèles d’histoires déjà rêvées par d’autres, de quel livre oublié, de quel papyrus, de quelle tablette d’argile nos propres vies sont-elles le calque grimaçant ? » p332

La littérature permet incidemment de changer le monde et la conception que nous en avons et « Le jour où vous comprendrez qu’il vaut mieux mourir en essayant de changer le monde, plutôt que de vieillir en le regardant agoniser, vous me rejoindrez. » p ; 178

Il imagine ainsi une cité utopique dans laquelle chacun userait de ses compétences pour agir pour le bien de la cité et pour une amélioration de la société et du genre humain. Chaque petite geste compterait « Il n’y a aucun complot, aucune conspiration, juste des hommes et des femmes qui essayent de reconquérir leur espace, leur énergie, leur alimentation… Leur existence. » p ; 416 Il crée également une île de déchets aux accents futuristes.

Des inidividus luttent contre l'inertie contre les règles absurdes d'un monde régi par des concepts liés au rendement, à l'argent, règles qui aliènent l'être irrémédiablement..

« Mille et une révoltes se bousculent derrière ses yeux en brouillards changeants. Il voudrait (…) Vivre sans le souci d’avoir à payer le simple fait de vivre, se chauffer avec le bois de sa forêt, manger les légumes et les fruits de son jardin, brancher son ordi aux forces du vent, de l’eau ou du soleil. Vivre dans les bois, s’il le faut, pour ne plus avoir à trembler devant une enveloppe frappée au sceau du Trésor Public. Respirer. Gonfler ses poumons de la beauté du monde, être prêt, tendu, héroïque. (…) Redonner du sens à chacun de ses gestes. Sortir de la sidération. » p. 346

Des touches d’humour noir dans des chapitres intitulés « Derniers télégrammes de la nuit » entrecoupent les aventures des protagonistes :

« Choses qui militent contre l’usage du biberon

Lorsque l’enfant a fini de téter, il faut le dévisser et e mettre dans un endroit frais, cave ou réfrigérateur. 

Choses qui troublent un instant le calme de la campagne

Il éternue, son tracteur explose. »

Un roman protéiforme extraordinaire qui marquera durablement les esprits ! 

Ce que j’ai moins aimé :

Les scènes érotiques auxquelles je ne vois pas d’intérêt pour le roman.

Présentation de l’éditeur :

Zulma 

Premières phrases :

« Le Tigre à droite, désormais invisible, à gauche les hauteurs pelées des monts Gordiens ; entre les deux, la plaine ressemblait à un désert fourmillant de carabes à reflets d’or. C’était à Gaugamèles, moins de trois ans après la cent douzième Olympiade. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Là où les tigres sont chez eux

D’autres avis :

Le point 

 

L’île du Point Némo, Jean-Marie Roblès, Zulma, août 2014, 464 pages, 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur pour cette incroyable découverte !

 

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