Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

litterature francaise

Meursault contre-enquête de Kamel DAOUD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"La mère, la mort, l'amour, tout le monde est partagé, inégalement, entre ces pôles de fascination."

Ce que j'ai aimé :

Haroun est le frère de "l'arabe" tué par Meursault dans le célèbre roman de Camus. Ayant vécu dans l'ombre de ce grand frère disparu, il souhaite redonner un nom à celui qui n'était pas seulement "l'arabe", mais Moussa, mort sur une plage ensoleillée. Hantant les bars, ce vieil homme rencontre "un jeune universitaire à l'oeil sceptique" à qui il va raconter son histoire et celle de son frère. Lui aussi est étranger au monde et à lui-même, condamné comme son frère à n'être qu'un "arabe" à cause de l'histoire torturée de son pays l'Algérie et de ses rapports avec la France.

 "Ce détail est un incommensurable mystère et donne le vertige, quand on se demande ensuite comment un homme peut perdre son prénom, puis sa vie, puis son propre cadavre en une seule journée. Au fond, c'est cela, oui. Cette histoire - je me permets d'être grandiloquent - est celle de tous les gens de cette époque. On était Moussa pour les siens, dans son quartier, mais il suffisait de faire quelques mètres dans la ville des Français, il suffisait du seul regard de l'un d'entre eux pour tout perdre, à commencer par son prénom, flottant dans l'angle mort du paysage." p. 72

La guerre d'Algérie couplée à la mort de son frère ont fait basculer Haroun qui ne peut qu'interroger le monde qui l'entoure et cet homme qu'il rencontre un soir de désoeuvrement dans un bar. Que siginifie notre présence au monde, quel sens lui donner ? La religion ? Comme Camus, il refuse sa facillité "La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers ce Dieu, à pied s'il le faut, mais pas en voyage organisé." p.76

Il interroge ses liens à sa terre, sa relation à la mère, le traumatisme de la mort du frère, les femmes qui passent, font semblant de s'arrêter, prennent la fuite, plus volatiles que la plus infime des fumées. Il interroge le mystère de la vie et cherche une identité.  

"Pardonne au vieillard que je suis devenu. c'est d'ailleurs un grand mystère. Aujourd'hui je suis si vieux que je me dis souvent, les nuits où les étoiles sont nombreuses à scintiller dans le ciel, qu'il y a nécessairement quelque chose à découvrir quand on vit aussi longtemps. Autant d'efforts à vivre ! Il faut qu'au bout, nécessairement, il y ait une sorte de révélation essentielle. Cela me choque, cette disproportion entre mon insignifiance et la vastitude du monde. Je me dis souvent qu'il doit y avoir quelque chose, quand même, au milieu, entre ma banalité et l'univers !" p. 147

La frontière entre fiction et réalité devient floue, la puissance littéraire de Kamel Daoud agit comme par magie. Puissance de l'idée de ce premier roman, puissance du style, puissance des mots qui signifient au-delà des frontières temporelles et géographiques, puissance des fantômes qui hantent les vivants, puissance de lecture...  Un grand roman !

Ce que j'ai moins aimé :

- rien.

Présentation de l'éditeur :

Actes sud

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le Minotaure 504

Autre : L'étranger de FERRANDEZ d'après l'oeuvre de Albert Camus

D'autres avis :

Marilyne, Jérome, Luocine

Merci à Valérie et aux autres acolytes du salon du livre pour ce beau conseil !

 

Meursault contre-enquête, Kamel Daoud, Actes sud, 2014, 19 euros

 

Partager cet article
Repost0

Le père Goriot de Honoré de BALZAC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

« Mes filles, c’était mon vice à moi. » (p. 306)

L’auteur  et l’histoire :

Larousse : Balzac et L'oeuvre

Mon avis :

Deux destins en parallèle évoluent en ces pages.

D'une part celui de Eugène de Rastignac, jeune ambitieux qui veut arriver dans le monde et se sert des femmes pour y parvenir. Tenté un temps par Vautrin pour qui « Il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste. L’honnêteté ne sert à rien. », il choisit plutôt la voie de la sagesse « Qu’y a-t-il de plus beau que de contempler sa vie et de la trouver pure comme un lis ? ». Eugène va apprendre les règles et les désillusions de cette société parisienne à laquelle il rêve d’appartenir, faisant ainsi l'apprentissage de la vie. Il en sortira grandi, prêt à conquérir le monde.

Puis, celui du père Goriot, Christ de la Paternité, entièrement dévoué à ses filles, qui ne lui sont pas redevables des sacrifices qu’il fait pour elles. Il n’est pas dupe et sait que sa pauvreté le dessert, et pourtant c’est pour elles qu’il se sacrifie. « L’argent donne tout, même des filles. » « Si j’avais des trésors à laisser elles me panseraient, elles me soigneraient, je les entendrais, je les verrais. » mais  "elles ont toutes les deux des cœurs de roche. »

L'argent apparaît comme un monstre puissant qui régit la société parisienne, permet à la fois de réussir socialement comme Rastignac, mais est aussi à l'origine du naufrage du père Goriot qui meurt seul alors qu'il était le seul personnage du roman à éprouver un sentiment sincère et désintéressé pour ses filles. Balzac dénonce ici un monde avide en s'approchant au plus prêt du réel : « Ce drame n’est ni une fiction, ni un roman. « All is true », il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dans son cœur peut-être. » ouvrant ainsi les portes du roman réaliste.

Un classique à redécouvrir !

Premières phrases :

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le Quartier Latin et le faubourg Saint Marceau. »

Vous aimerez aussi :

Bel Ami de Guy de MAUPASSANT

 

La présentation du boloss des Belles  Lettres

Partager cet article
Repost0

Dans la lumière des saisons de Charles JULIET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Enfoui dans un état d'ineffable bien-être, les yeux le plus souvent clos, j'ai erré en moi, soumis aux intermittences du murmure."

Ce que j'ai aimé :

L'auteur écrit à une amie vivant au Canada et nous livre ces lettres. La douceur prévaut dans ces feuillets qui chantent la vie et convie la jeune femme à traverser sa nuit intérieure pour que perce la lumière.

"Dans l'état où je suis, la vie calmement ruisselle, m'inonde, m'emplit de confiance, de ferveur, accroît mon amour des êtres et ma foi en la vie. La culpabilité, les impatiences, les tourments, les peurs ont disparu, et je ne suis plus que ce flux, cette paisible et inépuisable coulée qui me convainc que la vie est bonne, simple, formidablement riche."

L'auteur évoque aussi son amour pour l'automne, "Une douceur est là, présente dans l'air, les lumières, les ciels qui pâlissent. En elle se profile la menace du déclin, et c'est peut-être cette menace qui donne tant de prix à la splendeur de ces journées où la vie jette ses derniers feux."

"De cet automne, je passe à celui de l'existence humaine. Pour nous aussi au long des années, se succèdent des nuits de gel, des vents dévastateurs, d'implacables journées de canicule, des orages, des sécheresses, des pluies torentielles, et c'est tout cela qui finit par produire la richesse d'une vie, la beauté d'un visage."

Il évoque son parcours personnel, jalonné d'épreuves pour atteindre une certaine forme de paix. Il reste en attente de "cette merveille qui eût apaisé la soif de ce qui manque à toute vie."

"Ce qui est susceptible de répondre à cette attente ne peut nous venir que de l'instant - cet instant qui est là, en avant de nos pas, et qui s'offre à notre convoitise. Mais souvent, nous le trouvons trop gris, trop banal, et parce qu'il ne nous paraît pas digne de véhiculer ce dont nous désirons nous rassasier, nous le franchissons sans chercher à recevoir ce qu'il recèle. Combien nous nous trompons. A tout moment la vie abonde, ruisselle, irrigue ce quotidien auquel nous ne savons pas nous arrêter. c'est du plus ordinaire que filtre l'eau de source."

Une petite merveille qui donne envie de se plonger à coeur perdu dans l'oeuvre de Charles Juliet ! 

Ce que j'ai moins aimé :

Trop court !

Présentation de l'éditeur :

Pol editeur 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Lambeaux

D'autres avis ;

Repéré chez Aifelle ; Marilyne  

Esprits nomades

 

Dans la lumière des saisons, Charles Juliet, P.O.L, 1991, 96 p., 8.50 euros

Partager cet article
Repost0

La dernière nuit de Claude Eatherly de Marc DURIN-VALOIS

Publié le par Hélène

♥ 

"Nous avons réveillé le diable qui dormait dans la matière." p.225

Ce que j'ai aimé :

Le personnage de Claude Eatherly appartient aux coulisses de l'histoire. Cet aviateur de l'armée américaine a été missionné le 6 août 1945 pour partir en éclaireur afin de décider si les conditions météorologiques étaient propices au largage de la bombe qui allait détruire Hiroshima. Ce messager de l'enfer sombre ensuite dans la délinquance et la folie sans que l'on sache si ses exactions multiples sont dûes à des remords, à de la manipulation pour reprendre le devant de la scène occupé par Paul Tibbets, le pilote de l'Enola Gay, ou encore à une névrose de guerre, une psychose... 

"La folie des hommes tient à leur capacité infinie à tricoter des rapports entre des évènements dont le seul lien relève de la mécanique décérébré du temps et du hasard." p. 143

Dans ce roman, une femme s'intéresse à lui : photographe, Rose Calter attend son heure de gloire et pense être en possession d'un sujet atomique avec celui de cet homme. Mais elle vient trop tôt, puis trop tard, et se contentera de suivre Eatherly de loin en loin, durant plus de trente ans, fascinée par ce personnage qui fait montre d'une "rage d'autodestruction en raison de son implication dans le premier massacre nucléaire de l'histoire." Années après années, la façade de l'homme se lézarde, devenu "desperado nucléaire", il semble porter la culpabilité de toute une nation sur les épaules.

"Il me semblait que ce crime contre la vie s'inscrivait désormais dans l'identité génétique de chaque être avec la même irréversiblité que l'ombre des promeneurs japonais sur le pont Aioi s'était imprimée en négatif sur les pierres. Nous étions tous les assassins d'Hiroshima." p. 115

En s'intéressant à cet homme trouble, l'auteur a fourni un travail de documentation poussé en devant écarter les contre-vérités nombreuses dans son histoire. Il nous plonge dans les racines de notre histoire et retranscrit avec talent l'atmosphère d'une époque tourmentée. 

"Nous sommes partis avec l'innocence des enfants. De cette innocence où se nident les barbaries les plus féroces. Nous revenons vieux et fatigués." p.101

Ce que j'ai moins aimé :

Quelques longueurs.

Présentation de l'éditeur :

chez Plon 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Chamelle

Autre : un documentaire d'Alain Decaux Moi Claude Eatherly, j'ai détruit Hiroshima 

D'autres avis :

Ys ; Cathulu ; Gambadou ; Kathel ; Clara

Interview de l'auteur chez Clara 

 

Merci à l'auteur. 

 

La dernière nuit de Claude Eatherly, Marc Durin-Valois, Plon, 2012, 382 p., 21 euros

 

Partager cet article
Repost0

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy VIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"D'une manière générale, il n'était pas question de déroger aux grands principes qui ont fait leur preuve dans le roman américain." 

Ce que j'ai aimé :

Parce que les romans américains sont des romans internationaux, quand les romans français restent nationaux, Tanguy Viel décide d'écrire un roman "américain", à la Philip Roth, Jim Harrison, Don Delillo. Il choisit alors avec application les ingrédients gagnants et nous concocte un roman voué à l'international. Il choisit ainsi une ville avec des gratte-ciels, des avenues qui n'en finissent pas, une ville "complexe et internationale", comme Détroit.

"Par exemple, à Détroit, d'après ce que j'ai lu sur Internet, un habitant peut percevoir dans son champ visuel jusqu'à trois mille deux cents vitres en même temps. Je n'ai jamais bien compris ce que ça voulait dire, trois mille deux cents vitres en même temps, mais, me suis-je dt, si j'écris une chose comme ça dans mon roman, alors, on pourra comprendre que mes personnages habitent une grande ville complexe et internationale, une ville pleine de promesses et de surfaces vitrées." p.12

Il opte ensuite pour un personnage cinquantenaire, professeur d'université, divorcé, avec une vie sentimentale compliquée. L'intrigue doit comporter un adultère, et si possible impliquer les personnages dans les problèmes de leur temps, en mentionnant des évènements récents qui ont eu lieu en vrai comme par exemple la destruction des tours, la crise financière ou l'intervention en Irak. Les détails abondent, et la psychologie elle aussi est relativement complexe :

"Ce sont surtout des choses comme ça, ai-je souvent pensé, que le romancier américain aurait écrites, je veux dire, pas seulement l'odeur des pins dans la nuit éclairée, pas seulement le bruissement des érables dans le vent du soir, mis de quoi déchiffrer sur les plissements des fronts, dans l'inquiétude des lèvres, ce qui se passait dans la tête de chacun, les pensées passagères et les désirs souterrains, là, dans le jardin des Koster, la façon de se pencher de Becky quand elle aidait Susan à mettre les choses sur la table - on aurait dit qu'elle avait calculé au détail près à partir de quel bouton mal fermé on pourrait deviner le départ de ses seins, la façon dont Alex souriait  un peu gêné, à Becky Amberson, et celle dont Susan la regardait se pencher pour qu'on puisse lire sur son visage à elle, Susan, dans le mouvement de l'oeil qui l'amenait aussi vite sur le regard fuyant d'Alex, qu'on puisse y lire, non pas qui était Becky, non pas qui était Alex mais peut-être qui était Susan, et toutes ces choses qui méritaient des pages et des pages pour qu'on comprenne ce qui allait se passer, ou qu'on croyait qui allait se passer, vu que certaines choses ne se passeraient pas et certaines autres, oui." p. 51

Les jalons posés, l'histoire avance sereinement...

Tanguy Viel nous entraîne dans les coulisses de la fabrication d'un roman. Avec humour et décalage, il nous livre les recettes qui font le succés des romans américains. Mais peu à peu narrateur et auteur s'effacent pour faire émerger l'univers mental ainsi créé. Après une première partie placée sous le signe de l'ironie, la deuxième partie du roman donne pleinement vie aux personnages et à leur histoire. Dwayne Koster prend vie, tapi dans sa Dodge blanche. Pourquoi guette-t-il ainsi son ex-femme Susan ? Comment en est-il arrivé là ? Quel rôle a joué Alex Dennis, le trop populaire professeur d'université dans la vie de Dwayne ? Quelle place tiendra l'Irak dans son histoire ?

Et Jim Sullivan dans l'histoire ? Jim Sullivan, chanteur de la beat génération a disparu en 1975 dans le désert du Nouveau Mexique, probablement enlevé par les extra-terrestres... Mais ceci est une autre histoire...

 

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien 

Présentation de l'éditeur :

Editions de minuit 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'absolue perfection du crime

D'autres avis :

Keisha ; Mango ; Yves

 

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Editions de minuit, 2013, 160 p., 14 euros

Partager cet article
Repost0

Julien Letrouvé colporteur de Pierre SILVAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Julien parcoure les ruelles sombres, la campagne, les sentiers, il marche parce que "C'était, ce n'était que le colporteur." 

Enfant trouvé, au passé vague, il aime raconter que, petit, il se réfugiait dans l'écreigne - une "maison creusée dans le sol tendre", habitation fabuleuse de la région, à la réalité incertaine. C'est là, lové au creux de la terre, que les mots offerts par les femmes qui filent, envoûtent son âme.

"Toutes écoutaient la liseuse tenant  son petit livre ouvert à la lueur d'un falot posé sur une hotte renversée, les esprits vagabondaient vers des horizons toujours bleus, des lointains tout de douceur et de promesses d'elles ne savaient quoi mais qui les combleraient au-delà de leur naïve attente, tandis que la main demeurait docile et ferme à la tâche." 

A l'adolescence il doit quitter cet univers rassurant de l'enfance souterraine pour affronter le monde. Tout naturellement, il devient colporteur, promenant ses petits livres de la bibliothèque bleue, ces "morceaux de ciel", et les distillant au fil de ses rencontres. Il refuse de vendre bibelots et mercerie comme les autres colporteurs de l'époque, il ne propose que des livres, en souvenir de cette fascination pour la lecture, pour lui qui ne sait pas lire. Car non, il ne sait pas déchiffrer les signes dansants qui peuplent ses nuits. Ce secret, il le garde enfoui au fond de lui. 

Nous sommes en 1792 et la bataille de Valmy n'est pas loin. La guerre va bousculer le monde  de Julien tout en lui offrant une rencontre marquante : celle d'un soldat déserteur prussien. 

Le naïf Julien, pareil au juif errant, ressent au fond de lui l'importance du mythe de la croyance, et de la littérature qui propage des récits millénaires.  Il recherche la terre promise, peut-être celle de cette écreigne de la première heure, condamné en attendant à errer pour combler son "insuffisance d'être". Mais peut-être cette terre promise est-elle simplement lovée dans l'instant fulgurant, dans la prise de conscience soudaine d'un bonheur inégalé dû à la vie...

"Un vaste pré en lisière de la forêt en était séparé par la largeur d'un fossé dont le remblai herbu couronné de grandes marguerites permtait qu'on pût s'y tenir à plat ventre, en observateur, sans crainte d'être vu.

Julien Letrouvé s'y était installé ce jour-là, l'après-midi, non qu'il y eût été à l'affût, mais parce qu'un rayon de soleil chauffait le versant exposé au sud et qu'il pouvait aussi quand un souffle passait, plein de l'odeur des feuillages, se laisser bercer par le mouvement de vague des marguerites blanches. Il était tranquille. La chaleur peu à peu l'engourdit." p. 58

Un bijou de littérature !

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien

Présentation de l'éditeur :

Editions Verdier 

Vous aimerez aussi :

Camille de Toledo L'inquiétude d'être au monde

 D'autres avis :

Revue de presse sur le site de Verdier

 

Ironie de l'histoire ce roman est venu à moi par le biais d'un "colporteur" rencontré sur le stand de Verdier au salon du livre. Son enthousiasme m'a convaincue d'adopter Julien. Je l'en remercie !

 

Julien Letrouvé colporteur, Pierre Silvain, Verdier, 2007, 128 p, 11.16 euros

Partager cet article
Repost0

L'incendie de Antoine CHOPLIN et Hubert MINGARELLI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

L'incendie réunit deux auteurs qui se connaissent depuis longtemps et ont eu envie de partager une aventure littéraire en écrivant à deux. 

De retour de Belgrade, où il a revu son ami Jovan, Pavle éprouve le besoin impétueux de prolonger l'échange en lui écrivant. Pavle et Jovan sont serbes et ont subi de plein fouet la guerre qui a secoué l'ex-Yougoslavie au début des années 90. Si Jovan est resté dans leur pays, Pavle a préféré émigrer en Argentine. Néanmoins, il ressent maintenant le besoin d'amoindrir la distance qui s'est installée entre eux. Commence alors une relation épistolaire durant laquelle l'un et l'autre, à pas feutrés, revient sur un passé trouble. 

Par touches subtiles, les deux amis se dévoilent, s'arrangeant avec leurs mensonges, avec la réalité perçue quelquefois différemment. La culpabilité semblent les ronger, mais peu à peu l'ombre qui pèse sur leur passé se lève sur un nouveau jour, les non dits de l'un et de l'autre s'estompent pour dévoiler une toute autre histoire. Lettre après lettre, les hommes gagnent en humanité. 

L'incendie témoigne d'une foi en l'homme capable du pire comme du meilleur, la guerre exacerbant son humanité ou son animalité. Un très beau texte.

Ce que j'ai moins aimé :

J'aurais aimé un style plus lyrique, plus éclatant, il était un peu trop banal à mon goût.

Vous aimerez aussi :

De Choplin :  La nuit tombée Le héron de Guernica  ;  Radeau

De Mingarelli : Une rivière verte et silencieuse

D'autres avis :

Valérie ; Jérôme  ; Noukette  ; Aifelle ; Luocine

 

Merci à l'éditeur.

 

L'incendie, Antoine Choplin, Hubert Mingarelli, La fosse aux ours, janvier 2015, 86 p., 13 euros

Partager cet article
Repost0

Un parfum d'herbe coupée de Nicolas DELESALLE

Publié le par Hélène

Ce que j'ai aimé :

Que laisse-t-on à notre famille ? Aux générations futures ? Quel souvenir de nous aura notre arrière-petite-fille ? Le narrateur Kolia décide d'écrire à cette arrière-petite-fille qu'il prénomme Anna pour ne pas rompre le fil, pour exister encore, au-delà du temps et des années. Vient alors l'heure de faire du tri dans les souvenirs, de choisir ceux qui méritent d'émerger des affres du temps, et ceux qu'il vaut mieux laisser périr. Mais choisit-on réellement ? Pourquoi gardons-nous de notre enfance tel souvenir plutôt que tel autre ? La mémoire demeure un mystère insondable...

"Pourquoi un souvenir qui n'avait aucune aspérité, un moment minuscule qui aurait dû rejoindre l'immense cimetière des minutes oubliées, s'impose à nous ? Il doit y avoir une sorte de magie neuronale qui fait que cetains instants restent cramponnée là, sous le front, comme des grenouilles sur d'autres grenouilles, à la saison des amours." p. 120

Quelques scènes sonnent très juste, comme cette amitié magnifique avec un mort au cimetière du Père Lachaise.  Malheureusement, d'autres pages tombent à plat...

Ce que j'ai moins aimé :

Les scènes choisies ne sont pas toujours réussies, comme la terreur du lycée, le professeur de physique, la mort de son chien, qui frôlent la banalité.

L'absence d'ordre chronologique est assez déroutante. 

Le style, dés les premières lignes, m'a déplu : des phrases simples qui se veulent peut-être un effet de style mais peuvent aussi passer pour une absence d'inspiration. Au détour de quelques phrases la poésie pointe son nez mais elle s'évanouit ensuite rapidement pour faire retomber le texte dans la platitude d'un matin de pluie.

N'est pas Proust qui veut... Le thème du souvenir cher à Proust est ici traité avec modernité certes, mais tombe aussi souvent à coté... 

Présentation de l'éditeur :

Préludes 

Vous aimerez aussi :

 

D'autres avis :

Séverine JosteinAlfie's mecCaroline ; KeishaClara Laure ; Valérie

A noter que les avis sont tous positifs (à part  Antigone), je dois être la seule à être restée sur le bord de la route et à ne pas avoir entendu la "petite musique" de l'auteur. Il faut dire que je n'ai jamais été mélomane...

Clin d'oeil :

"Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." 

 

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle, Préludes, 13.60 euros

Partager cet article
Repost0

L'aigle de Bonelli de Bruno GALLET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥  

Ce que j'ai aimé :

Bruno Gallet est un alpiniste chevronné, guide de haute montagne à ses heures, qui partage ici cette fascination pour l'altitude et ses vertiges.

Il campe ainsi ses personnages principaux en Suisse dans le canton du Valais : David est le fils d'un entrepreneur spécialisé dans les montres suisses. Leurs rapports complexes poussent David à cambrioler son propre père pour lui voler des pierres précieuses acquises illégalement. Pour passer son butin en France, David décide de passer la frontière par la montagne. Il prétexte l'envie de gravir L'innominata par la voie dite "La Bonnelli", pour se faire accompagner de son ami de toujours, Zacharie, guide de haute montagne, qui ignore tout du dessein caché de son compagnon. Commence alors une course palpitante dans l'univers minéral et glacier de la voie choisie par David. 

L'intrigue est millimétrée, savamment dosée, servie par des personnages attachants, ni trop parfaits, ni trop antipathiques, témoignant d'un équilibre digne des plus grands alpinistes...

Mais la grande force de ce roman transparaît bien sûr dans les passages magnifiques sur la montagne.. Qu'il soit question du difficile métier de guide, qui consiste à "dépenser votre vie à la gagner, en veillant à ne pas la perdre." p. 132, ou de la magie intrinsèque au lieu, l'auteur nous fait ressentir son amour inconditionnel pour l'alpinisme. Ainsi, quand David doit évoquer son plus beau souvenir, il surprend tout le monde par la simplicité pur de son bonheur : "Il avoua alors que marcher en montagne, lumière éteinte sous la pleine lune immobile, dans la nuit calire et froide, à pas réguliers le long d'une pente de neige dure et raide, au rythme de son piolet, écoutant les mâchoires de ses crampons mordre la glace, était pour lui le plus pur moment d'allégresse." p. 87

http://www.alpineexposures.com/

La montagne n'est pas exempte de dangers pour les têtes brûlées, demandant des précautions de chaque instant qu'une seconde d'inattention peut réduire à néant. Il faut connaître ses risques pour en apprécier sa beauté sauvage. Elle recèle également des trèsors insoupçonnés comme ces fours à cristaux dont la découverte tient du miracle.

Un roman qui ravira tous les passionnés de montagne et encouragera les autres à escalader des parois ! J'espère vivement qu'il y aura une suite !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Anne Carrière 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Des voyous magnifiques

Autre : Du haut de la montagne, une longue descente de Dave EGGERS Meurtre au sommet de José GIOVANNI

 

Merci à l'éditeur.

 

L'aigle de Bonelli, Bruno Gallet, Editions Anne Carrière, février 2015, 320 p., 19 euros

Partager cet article
Repost0

Beauté parade de Sylvain PATTIEU

Publié le par Hélène

♥♥

"Château-d'Eau zone de non-droit, comme on dit des cités terribles. En plein coeur de Paris. Non-droit du travail. Non-droits humains. Sous le regard de tous." p. 89

Ce que j'ai aimé :

Dans un salon de coiffure et manucure du quartier Château d'eau à Paris, Lin Mei et six de ses collègues font grève. Leur patron est parti avec la caisse et soutenues par la CGT, elles ont décidé de lutter pour faire valoir leurs droits. Elles dorment sur place, mangent sur place, et continuent à coiffer et à soigner les ongles des clientes.

Sylvain Pattieu a suivi durant plusieurs mois ces femmes émigrées, africaines ou chinoises, sans papiers, luttant pour obtenir une reconnaissance dans ce pays étranger. Il tient la chronique de ce microcosme atypique, écoutant les témoignages des unes et des autres, éclairant son récit de données capillaires ou ongulaires.

"Il est recommandé de confier ses ongles à des professionnels. Il est recommandé de s'adresser aux spécialistes du stylisme ongulaire. Il est recommandé d'aller en institut, de vérifier les diplômes. Il est recommandé de faire attention, d'éviter les substances qui abîment, qui trouent, qui bossellent, qui déchaussent les ongles. Il est recommandé de se méfier des mathacrylates, des éthylmétacrylates, il est recommande d'être vigilant face aux risques respiratoires ou cutanés.

Il est recommandé mais on fait comme on peut.

Si on n'a pas d'argent on va à Château d'Eau." p. 118

Les femmes racontent leur quotidien, évoquent leurs conditions de travail, les 400 euros par mois qui ne permettent pas de vivre, les horaires à rallonge, les normes de sécurité non respectées, les patrons qui partent avec la caisse, les laissant démunies. Elles content  leurs joies, leurs peines, la douleur d'avoir dû quitter pays et famille pour gagner un peu plus d'argent ici, au coeur de Paris, dans des conditions indignes d'un être humain :

"Il a fallu tout quitter pour langer, bercer, changer, nourrir. Pour couper, vernir, peindre, coller. Pour payer les études, là-bas. Pour financer la vie quotidienne. Cruel dilemne, rester dans la pauvreté, partir pour assurer l'avenir. De la tristesse dans tous les cas. (...)

Avoir les papiers, pour les Chinoises, pour les Ivoiriennes, ça veut dire pareil. Ca veut dire revenir. Un mois, deux mois, pour rattraper le temps perdu. Tâche impossible. Retrouver les proches, raconter les années, retrouver les enfants qui n'en sont plus, les parents ridés, voûtés, retrouver l'autre, le mari, en partie étranger, peut-être désormais. Difficile d'imaginer, difficile de se faire une idée." " p. 151

Sylvain Pattieu met en lumière des vies précaires qui évoluent à côté de nous, des femmes qui sont nos voisines, nos pareilles, et qui pourtant souffrent chaque jour. 

"Château-d'Eau zone de non-droit, comme on dit des cités terribles. En plein coeur de Paris. Non-droit du travail. Non-droits humains. Sous le regard de tous." p. 89

A notre époque, il est impossible de fermer les yeux sur cette misère, et il devient nécessaire de se battre à  leurs cotés pour espérer qu'un jour, enfin, ces femmes et ces hommes de l'ombre recouvrent leur dignité humaine ! 

Les salariées grévistes du salon de coiffure

Ce que j'ai moins aimé :

La construction au jour le jour inclut des répétitions qui auraient sans doute pu être évitées. A moins qu'elles ne soient voulues pour appuyer sur le combat sans fin de ces émigrées... 

Présentation de l'éditeur :

Editions Plein jour 

Plus d'informations sur le combat des femmes du "57" :

CGT ; France 24 ; Le monde ; 20  minutes

Malheureusement, cet article récent de Libération montre que le combat doit continuer, rien n'est gagné !

Vous aimerez aussi :

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

D'autres avis :

L'express  ; France culture ;

Clara 

 

Beauté parade, Sylvain Pattieu, avec la participation de Ya-Han Chuang, Plein jour, 2015, 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

Partager cet article
Repost0

<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>