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litterature francaise

Dimanches d'août de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

Jean, le narrateur déambule dans les rues de Nice, tentant de se construire un futur quand tout le ramène au passé. Et notamment ce Villecourt, croisé un jour de marché. Pourquoi insiste-t-il pour que tous deux évoquent le fantôme de Sylvia, pourquoi revient-il sur leur relation ? Le narrateur se plonge alors dans ses souvenirs nimbés de mystère. Au fil de ses réminiscences, paradoxalement, le passé se densifie

"Tout finit par se confondre. Les images du passé s'enchevêtrent dans une pâte légère et transparente qui se distend, se gonfle et prend la forme d'un ballon irisé, prêt à éclater." p. 49

Pourquoi Sylvia et Jean ont-ils quitté précipitamment les bords de Marne ? Comment se sont-ils procuré ce magnifique diamant qui ne quitte pas le cou de Sylvia ? Qui étaient les Neal, ce couple mystérieux rencontré à Nice ?

Les fils ténus s'entrelacent pour former un écheveau dans lequel se débat le narrateur et le lecteur. 

"Le jour, tout se dérobait. Nice, son ciel bleu, ses immeubles clairs aux allures de gigantesques pâtisseries ou de paquebots, ses rues désertes et ensoleillées du dimanche, nos ombres sur le trottoir, les palmiers et la Promenade des Anglais, tout ce décor glissait, en transparence." p. 107

En quelques mots, Modiano parvient à nous prendre dans les filets de l'intrigue et à nous envoûter.  En quelques pas nonchalants, il nous plonge dans une atmosphère comme suspendue, saisissant cette sensation éphémère et vaporeuse si difficile à capturer et à enserrer dans des mots.

"Et puis l'air est quelquefois si doux sur la côte d'Azur en hiver, le ciel et la mer si bleus, si légère la vie par un après-midi de soleil le long de la route en corniche de Villefranche, que tout vous semble possible : les chèques des banques anglaises de Monaco qu'on vous fourre dans les poches et Errol Flynn tournant sur le manège du jardin Albert 1er." p. 111

De ce roman se dégage un charme nonchalant évocateur. L'art de Modiano transpose la réalité, la poétise, et la modèle en oeuvre d'art. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Folio 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'herbe des nuits L'horizon ; Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

D'autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub sur le conseil de Galéa 

 

Dimanches d'août, Patrick Modiano, Folio, 1989, 192 p., 6.4 euros

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Cristal noir de Michelle TOURNEUR

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

Pearl est une jeune américaine venue à Paris pour découvrir la vieille Europe. Ivre de la liberté que lui offre ce voyage à Paris, elle parcoure ses rues, les quartiers emblématiques, Montparnasse et ses peintres, les brasseries, tout en capturant ces instants : 

"Photographier, se répétait-elle, au moins ça. Les rues et leur hasard. La charrette du vitrier chargée à s'écrouler, qu'un coup de lumière transforme en carrosse. Les globes des reverbères, loupes géantes posées que le gris argenté du fleuve, le long du pont Alexandre III. Et la fine poussière sur les tranches des livres, à la librairie. Clients cassés en deux dans leur lecture, comme si une maladie mortelle allait les terrasser. Etre là. Saisir. En quelques secondes, sauter sur le sujet, armer, appuyer, garder l'émotion. Par surprise et par morceaux, par bouts qui se rejoindront un jour, tout arracher à cette ville pour tout emporter." p. 58

Mais un sujet l'intrigue particulièrement : le restaurant le Paquebot, son chef impérial Charles-Henri Chelan et son ami Robert. Elle doit en effet réaliser pour son éditeur de New York, friand des échos de Paris, un livre sur la gastronomie française. Mais son projet artistique s'élargit au fil des jours, elle décide alors de s'attacher au lieu plus qu'aux plats.

Chaque personnage vibre d'une fibre artistique le sublimant pour atteindre une certaine forme de perfection : que ce soit Pearl et ses photographies, Charles-Henri et sa cuisine, ou encore un pianiste au talent émouvant, tous recherchent la beauté cristalline qui transforme leur savoir-faire en oeuvre artistique. Par leur pouvoir d'évocation, ils cherchent à toucher les sens de leurs invités, le goût, l'ouïe, la vue. 

"En salle, les clients avaient plébiscité l'entremets indochinois, servi avec deux vers en langue hmong, dans l'envol d'une fumée qui évoquait la moiteur des rizières et es troupeaux de buffles. Avec, par-dessus la blancheur, le pourpre des framboises en purée servies à la louche, légèrement tièdes." p. 134

Le monde se trouve sublimé par leur art, la photographie permet ainsi de contempler ce qui nous entoure différemment, la grande cuisine exaltant l'acte primitif de manger, la musique transportant l'âme au-delà de la réalité. Enfin, l'écriture de Michelle Tourneur exalte également le rendu des saveurs, des couleurs, des décors, de l'atmosphère particulière des lieux.

"Fin septembre déposait ses buées, le soir, sur la ville. Un vent d'ouest apportait des pluies pénétrantes qui n'étaient plus d'orage. Les crépuscules étaient d'un froid coupant. L'humidité avait envahi les allées du jardin des Tuileries, les enfants y passaient sans s'attarder et, à la villa de Pigalle, le catalpa pleurait de lourdes cosses sombres." p. 269 

La délicatesse de l'histoire diffuse un charme envoûtant indéniablement efficace.

Ce que j'ai moins aimé :

Rien.

Présentation de l'éditeur :

Fayard 

Vous aimerez aussi :

Sur la cuisine : La colère des aubergines ; Le cuisinier ; En cuisine avec Alain Passard ; Mãn Le restaurant de l’amour retrouvé ;  L’école des saveurs

Sur la photographie : Ce jour-là  ; L’enchantement des lucioles

Sur la musique : La double vie d’Anna Song ; Chico et Rita ;  Novecento : pianiste ; La nuit des femmes qui chantent ; L'appel des origines tome 1 ; Le temps où nous chantions ; Concerto pour la main morte WOOD Benjamin Le complexe d'Eden Bellwether 

D'autres avis :

Luocine 

Babélio

 

Cristal noir, Michelle Tourneur, Fayard, janvier 2015, 280 p., 18.50

 

Lu dans le cadre d'une opération Babélio.

tous les livres sur Babelio.com
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C'est dimanche et je n'y suis pour rien de Carole FIVES

Publié le par Hélène

♥♥♥♥

"Léonore est venue refermer les portes du passé." 

Ce que j'ai aimé :

Trois jours. Léonore se donne trois jours pour partir sur les traces de José au Portugal. Trouver sa tombe. Résoudre le passé. Laisser derrière elle les 25 ans qui l'ont anesthésiée. Trois jours pour oser vivre. Enfin.

Pendant ces jours comme en suspens dans sa vie, elle va arpenter les cimetières, rencontrer les ombres issues du passé, et se souvenir. 

"Carrés, rectangles, succession de blocs et d'angles. Je vais vers toi comme on va à la mine, dans une carrière, à la recherche de quelque trésor pierrier. Fête minérale. J'ai quitté la vallée, mes genoux ont tapé les angles de la rocaille. C'est bien fait, c'est bien fait pour moi." p. 67

Ses souvenirs l'entraîne sur la trace des émigrés portugais, venus dans les années 60 après le coup d'état de 1974 pour "s'entasser dans le plus grand bidonville de France Champigny sur Marne""La France faisait venir les Portugais pour construire des habitations, mais eux, ils n'avaient qu'à dormir dehors." ironise-t-elle. Et de constater que finalement, rien n'a changé à l'heure actuelle, et ce à cause de la crise "La nouveauté, c'est que les migrants sont tous à bac + 3 aujourd'hui..." p. 142

L'écriture de Carole Fives se teinte d'humour et de poésie pour aborder des thèmes plus graves.

Eloge de la fragilité et de la nécessité de se débarrasser des fardeaux encombrants pour avancer, ce court roman met en avant la nécessité de rayer la culpabilité de la carte mentale, d'éclairer le passé pour mieux construire l'avenir et revenir à soi, à sa vocation, à sa passion, à la vie. Un texte lumineux. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Trop court...

Présentation de l'éditeur :

Gallimard 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Quand nous serons heureux

D'autres avis :

Charlotte ; SophieCathulu 

 

C'est dimanche et je n'y suis pour rien, Carole Fives, L'arbalète gallimard, décembre 2014, 160 p., 16.50 euros 

 

Lu dans le cadre de Masse Critique organisé par Babélio 

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L'hiver indien de Frédéric ROUX

Publié le par Hélène

♥♥

Ce que j'ai aimé :

Neah Bay est au centre de la réserve des indiens Makahs, au nord-ouest des Etats-Unis. Les Makahs étaient 40000 à la fin du XIXème siècle, ils ne sont plus que 1500 aujourd'hui. Parmi eux Percy et Stud, qui, comme leurs acolytes errent sur une terre qui n'est plus la leur, noyant leur pauvreté dans l'alcool. Percy et Stud décident de regagner leur dignité dépossédée au fil du temps en se livrant à l'entreprise prisée par leurs ancêtres : la chasse à la baleine !

Mais c'est une équipe de bras cassés qui se met en place : tous sont plus ou moins des alcooliques notoires et chacun traîne son tribut de galères. Envers et contre tout, Percy le tombeur, Stud son frère qui sort de prison, Howard le poète qui use et abuse des aphorismes, Dale son fils, Greg fan d'Elvis Prestley et Chris gourrou, s'allient pour enchanter à nouveau une vie désincarnée.

"En définitive, ce qui le frappait chez Dale ou chez Percy, c'est qu'ils étaient transparents, un peu comme s'ils avaient été vides, leur intérieur était vide ou, plutôt, inoccupé, comme un appartement désert où l'on ne peut apercevoir les traces du dernier locataire qu'au travers de ce qu'a laissé la compagnie de nettoyage. Lorsqu'il y réfléchissait davantage, il se disait que ce devait  être une question de génération à moins que leur sang indien se soit dilué. Dans quoi ? Il n'en savait rien, peut-être dans le Pepsi Cola... (...) N'être rien ni personne n'était pas un problème pour les jeunes, faire quelque chose ou son contraire n'avait aucune importance, il leur suffisait de continuer d'avancer sans en avoir la volonté, de réussir sans l'avoir décidé vraiment et, tant qu'à faire, de prendre du bon temps. Avant ? Les autres ? Ils ne s'en préoccupaient d'aucune façon ! Ils n'avaient ni passé ni avenir, pas plus que d'amis véritables.

C'était donc eux, la fameuse 7eme génération." (p. 367)

Ils affrontent notamment les courants écologistes peu enclins à laisser des baleines se faire harponner sans vergogne par des indiens en mal d'identité ! 

Leur épopée sera jubilatoire... 

Ce que j'ai moins aimé :

Un roman beaucoup trop long ! Il a facilement 100 ou 200 pages de trop !

D'autres avis :

Télérama 

Theoma Petit Sachem ; PapillonDaniel 

 

L'hiver indien, Frédéric Roux, Le livre de poche, Grasset pour la première édition en 2007, 501 pages, 7.50 euros

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Juliette dans son bain de Metin ARDITI

Publié le par Hélène

♥ 

Mon avis :

Le richissime mècène Kandiotis vient d'annoncer le don à la France de deux tableaux : l'un de Picasso, l'autre de Braque. Déjà placé sous le feu des projecteurs, il ne va pas les quitter puisqu'il va apprendre l'enlèvement de sa fille, Lara par une mystérieuse "association des victimes", association qui souhaite mettre à la une des journaux des scènes troubles du passé de Kandiotis. Info ou intox ?  Un homme peut-il bâtir une fortune colossale sans marcher sur quelques pieds ? Qui est vraiment Kandiotis ? Un esthète généreux ou un profiteur intéressé ? Le jour où sa fille est kidnappée, la question se pose irrémédiablement : qui s'acharne contre lui et pourquoi ? 

Certes le pitch est attirant et les questions posées passionnantes. Certes. Malheureusement, ce roman souffre de nombreux autres défauts qui gâchent ce premier a priori. 

En premier lieu un style quelquefois digne des meilleurs romans à l'eau de rose, comme dans ce passage qui évoque la rencontre Kandiotis et sa femme :

"A quatre heures de l'après-midi, ils voulaient encore se raconter mille choses.

- Si vous n'avez rien de mieux à faire ce soir, je vous invite à dîner.

Elle avait eu envie de pousser un cri de joie." p 47

Les rapports père-fille sont prétextes à des scènes tout aussi mièvres :

"De temps à autre, il levait les yeux dans sa direction, une seconde ou deux, jamais plus, de peur qu'elle ne se sente observée, et il se demandait ce qu'il avait fait pour mériter d'avoir une fille comme elle..." p. 99

Le romantisme adolescent fait ensuite place à des images déconcertantes quand il s'agit de passer à des scènes plus hot : 

"Et cet amour... Une folie, elle en était consciente. Depuis le début ! Mais quand il lui mettait son sexe dans le ventre, elle mourait !" p. 143

Et encore, s'il n'y avait que le style... Mais les personnages sont tout aussi décevants, tout le monde "sanglote" au moindre prétexte - même les avocats les plus chevronnés -,  la fille est  une incomprise, la femme une mal aimée, le meilleur ami avocat un frustré, et même l'enquêtrice est une superficielle idiote :

"Cela faisait trois semaines qu'elle ne s'était pas rendue à la piscine. Elle avait dû prendre trois kilos, à s'enfiler des corque-gourmets au Soleil d'Or, soir après soir. Il aurait fallu qu'elle maigrisse. Qu'elle dorme. Qu'elle se repose." p. 248

Les chapitres sont très courts, certains purement anecdotiques, comme si le but était d'atteindre la centaine (résultat :101 chapitres pour 300 pages, challenge validé !)

Alors certes le roman se lit très facilement, mais la verve et le génie dont Metin Arditi avait fait preuve dans son magnifique Turquetto est ici absente ! Une déception !

Présentation de l'éditeur :

Grasset 

Vous aimerez aussi :

Le turquettoLa confrérie des moines volants 

D'autres avis :

France TV 

Laure -beaucoup plus enthousiaste que moi !

Gwenaëlle

 

Juliette dans son bain, Metin Arditi, Grasset, 2015, 377 p., 20 euros

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Villa Amalia de Pascal QUIGNARD

Publié le par Hélène

                           

♥ 

"Quand on est encore enfant, chaque partie du corps qu'on aime émet une lumière. Rien ne procède encore tout à fait du monde solaire. La lumière vient du coeur de l'enfant."

Mon avis :

Après avoir entraperçu son compagnon embrasser une autre femme, un soir dans la pénombre, Ann décide de laisser toute sa vie derrière elle et de devenir Ann Hidden, celle qui se cache. Aidé par un ami d'enfance croisé par hasard le fameux soir, elle dénude sa vie, laissant en plan le compagnon trompeur.

Les pages qui racontent les différentes étapes de cette phase -la vente de la maison, la gestion des meubles, les considérations financières, la recherche d'un pied à terre, etc...- sont longues et fastidieuses, répétitives.

La lumière de Quignard ne parvient jusqu'à nous que quand Ann s'installe sur l'île de Ischia en Italie. Là, elle vit des heures lumineuses, seulement présente à elle-même, plongeant dans la mer, se laissant attirer par une mystérieuse villa, coupée du monde, merveilleusement en harmonie avec la vie et la nature.

"Loin devant les villas sur la digue, elle se tenait accroupie, les genoux au menton, en plein vent, sur le sable humide de la marée. Elle pouvait passer des heures devant les vagues, dans le vacarme, engloutie dans leur rythme comme dans l'étendue grise, de plus en plus bruyante et immense, de la mer."

Puis les drames reprennent le dessus, Ann coupe tout à nouveau, les pages se découpent à nouveau en une succession de scènes rapides, le charme est rompu.

"Aimer aux yeux des enfants, c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller.

Aimer comme on aime les enfants c'est sauver de la mort.

Ne pas mourir c'est nourrir."

Ainsi le style et la narration hachés semblent être à l'unisson de la désertion de cette Ann si énigmatique, si psychologiquement coupante, une personne peu attachante, qui engendre un roman froid hormi ces quelques touches de lumière sur l'île. 

 

Présentation de l'éditeur :

Gallimard

Vous aimerez aussi :

Les solidarités mystérieuses

Le film 

D'autres avis :

Babélio

Villa Amalia, Pascal Quignard, Folio, Gallimard, 2006

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La princesse de Babylone de VOLTAIRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Les procès, les intrigues, la guerre, les disputes, qui consument la vie humaine, sont des choses absurdes et horribles."

Mon avis :

Formosante est une princesse tellement admirable qu'elle ne parvient nullement à trouver un prince à sa hauteur. Aussi quand elle rencontre le jeune berger Amazan qui chevauche des licornes et est accompagné d'un phoenix, est-elle certaine de voir là le prince qu'elle a tant attendu. Le coup de foudre est immédiat. Mais Amazan doit retourner séance tenante dans son pays. La jeune Formosante décide alors de partir sur ses traces. 

Cette aventure est prétexte au voyage pour Voltaire : la belle Formosante parcoure différents pays à la recherche de son cher et tendre, rencontrant des personnes aux moeurs diverses, aux opinions divergentes, des systèmes politiques plus ou moins efficaces... Comme Montesquieu dans ses Lettres persanes, le regard de l'autre, de l'étranger permet une critique plus virulente et plus efficace. La surprise provoquée par la découverte permet une interrogation plus profonde. Formosante visite les monarchies protestantes du Nord et la Russie de Catherine II, les monarchies de droit divin dominées par la Papauté comme l'Italie, découvre l'Inquisition en Espagne, ce qui permet au lecteur de réfléchir sur son propre système politique. A  travers le voyage, Voltaire fait un sort à la barbarie des institutions et à la folie des hommes, critiquant notamment l'orgueil des rois et leur propension irraisonnée à faire des guerres. Il dénonce lfanatisme religieux ennemi de la tolérance. L'utopie des Gangarides, pays d'où est issu le bel Amazan, permet de retrouver les thèmes chers à Voltaire : la tolérance, une organisation politique et religieuse fondée sur la raison.

L'univers oriental du conte, son rythme enlevé, ses personnages le rendent divertissant, dépaysant, tout en nous éclairant sur le monde. 

Présentation de l'éditeur :

Le livre de poche 

Pour les lycéens :

Sur Voltaire : Larousse

Un corpus Anabac autour de la question : En quoi une évocation d'un monde très éloigné du sien permet -elle de réfléchir sur la réalité qui l'entoure ? 

Un excellent dossier de la BNF sur les utopies

Vous aimerez aussi :

Zadig, Candide

 

La princesse de Babylone, Voltaire, Le livre de poche, 2.05 euros

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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

               

         

♥ ♥  

Ce que j'ai aimé :

Il aura fallu un nom, un mot, pour ouvrir la boîte de Pandore du passé de Jean Daragane. "Comme une piqûre d'insecte" le nom de "Guy Torstel" ouvre soudain une brèche dans le temps et projette l'écrivain devenu sexagénaire dans les années 50-60, du temps de son enfance.  Saint-Leu-La -Forêt, une grande maison, une femme phare nommée Annie Astrand et des individus louches qui gravitent autour d'elle, autant d'énigmes inhérentes à l'enfance que Jean Dargane tente d'appréhender. Mais le temps a tendance à effacer les souvenirs de la première enfance ne laissant qu'un vague ressenti, une ombre.

Peu importe, car le but de l'écrivain n'est finalement pas de copier la rélaité, mais plutôt d'en saisir la quintessence : 

"Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n'en puis présenter que l'ombre." Stendhal

Ainsi point de réalité dans les souvenirs,  juste une impression diffuse qu'on tente de border avec des mots d'écrivain.

"C'était comme s'il allait lui dévoiler le secret de ses origines, toutes ces années du début de la vie que l'on a oubliées, sauf un détail qui remonte parfois des profondeurs, une rue que recouvre une voûte de feuillage, un parfum, un nom familier, mais dont vous ne savez plus à qui il appartenait, un toboggan."

La quête du passé et des ombres liées au souvenir est un motif récurrent chez Modiano, laissant parfois l'impression de toujours lire le même livre réécrit à l'infini, déformé par le prisme du temps. Le flou de la mémoire flotte au-dessus des pages, amenant le lecteur à plonger dans ses propres racines à la recherche d'une identité. Les interrogations doivent se renouveler à l'infini, tout comme les romans de cet auteur hors norme, comme pour nous rappeler que trouver des réponses n'appartient pas à la mission de l'auteur. Chacun doit se laisser envoûter, encercler par l'épaisseur du brouillard qui, seul, donne consistance à la vie. Sans cela, le charme serait rompu...

"Oui, je crois que les regards des enfants et des écrivains ont le pouvoir de donner du mystère aux êtres et aux choses qui, en apparence, n’en avaient pas." Entretien Patrick Modiano 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  L'herbe des nuits L'horizon 

Présentation de l'éditeur :

Gallimard 

D'autres avis :

Télérama 

Galéa ; Noukette ; Jérôme 

 

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano, Gallimard, 2014, 16.9

 
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Pietra Viva de Léonor DE RECONDO

Publié le par Hélène

                             

♥ ♥ ♥ ♥ 

"- C'est quoi, le talent ?

Michelangelo réfléchit.

- C'est ce qu'on a en soi et qu'on se croit obligé d'exprimer." (p. 121)

Ce que j'ai aimé :

Quand il arrive dans le petit village de Carrare, Michelangelo est un être dominé par l'orgueil et la colére. Il vient d'endurer la mort d'Andréa, un jeune moine qu'il admirait et doit mantenant choisir les marbres qui serviront au tombeau du pape Jules II. La mort le cerne.

Il va vivre six mois dans ce petit village, aux côtés des tailleurs de pierre, de Cavallino, doux fou qui se prend pour un cheval et est amoureux d'une jument, et surtout de Michele, en enfant de six ans dont la mère vient de mourir. 

Ces rencontres le transformeront irrémédiablement.

Michelangelo jour après jour se réconcilie avec l'enfance, grâce à Michele, mais aussi grâce à Cavallino qui a su conserver dans sa folie sa naïveté d'enfant. 

"Cavallino est tout l'inverse. Peu lui importe de ne pas ressembler à un cheval. Il est ce qu'il désire être, tout simplement. Et Michelangelo, en le regardant caresser la crinière de sa belle jument blanche, se demande si le plus fou des deux n'est pas celui qui reste de l'autre côté de la barrière du rêve, celui qui poursuit la beauté sans jamais l'atteindre." p. 131

Ce roman est une petite pépite avec des fulgurances dans le style : "Dans la lumière de l'aube, l'homme aux pieds nus fend le vent, le coeur ébloui de bonheur." p. 178. Des poèmes illuminent les pages :

"La chevelure de pluie s'est défaite.

De l'orage naît l'espoir infini

D'un amour retrouvé

Qui s'arrache à l'oubli

Pour ressusciter la mémoire de l'enfant

Dans le coeur de l'homme." p. 211

Il nous parle d'enfance, d'art, d'innocence, de lâcher prise, bref du bonheur d'être simplement là, ici et maintenant...

"Il avance, poussé par le bonheur, ébloui par le visage de sa mère qui ne s'efface pas, qui reste à portée de main, de mémoire. Il l'appelle sans cesse et toujours elle lui sourit. Un sourire qui le force à la paix, à l'abandon sans rémission de ses peurs. Comme jadis lorsqu'elle le prenait dans ses bras pour le consoler.

Il éprouve  la joie simple d'être en vie, le miracle du rêve qui arrache le sourire du gouffre.

Il n'y a plus de gouffre. Je danse sur l'herbe de mon enfance." p. 214

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"La lumière entre par les fenêtres en ogives. Michelangelo joue avec les particules de poussière qui, projetées par le faisceau lumineux, viennent se cogner contre la table en marbre. Les mains agiles du sculpteur passent de l'ombre à la clarté sans se lasser. Il attend."

Présentation de l'éditeur :

Sabine Wespieser Editeur 

D'autres avis :

Une pépite découverte grâce à la blogosphère, après avoir listé les livres préférés des blogueurs pour la rentrée littéraire  2013 

Revue de presse 

 

Pietra Viva, Léonor de Recondo, Sabine Wespieser éditeur, 2013, 240 p., 20 euros

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Trente-six chandelles de Marie-Sabine ROGER

Publié le par Hélène

                           

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Ce roman est une petite comédie légère charmante.

Le début est assez original : un homme est persuadé qu'il va mourir le jour de son 36ème anniversaire à cause d'une malédiction familiale, et il a tout préparé en ce sens. Seulement la grande faucheuse n'est pas au rendez-vous et Mortimer va devoir se réadapter à la vie.

Ayant toujours été intimement persuadé qu'il allait mourir à cet âge-là, il s'est construit une vie morne : un travail au ministère qui consiste principalement à "tailler les crayons, attacher les trombones en collier, faire une balle avec des élastiques, boire mon café, regarder l'heure.", des relations sentimentales sans lendemain, peu d'attaches hormi Nassardine et Paquita. Et c'est justement ce couple improbable profondément attachant qui va remettre Mortimer sur les rails. 

Ce que j'ai moins aimé :

Il ne restera pas longtemps dans nos mémoires, il souffre des mêmes défauts que son compère La fractale des raviolis : une légèreté dans le style et dans les propos qui est très volatile. L'ensemble reste très en surface, même le rire est discret. 

Premières phrases :

"On a beau essayer de prévoir l'imprévisible, l'intempestif survient au plus mauvais moment : je m'apprêtais à mourir.

Décéder fait partie de ces moments intimes qui supportent assez mal les témoins importuns."

Présentation de l'éditeur :

Editions du Rouergue

Vous aimerez aussi :

La fractale des raviolis de Pierre Raufast

D'autres avis :

Lire

MangoDasola, Clara et Leiloona, Sandrine ; Yuko 

 

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, Editions du Rouergue, août 2014, 288 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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