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La controverse de Valladolid de Jean-Claude CARRIERE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

 « Il est dans la nature humaine, frère Bartolomé, de raconter beaucoup et de réfléchir peu. » (p. 59)

 

L’auteur :

 

Né dans une famille de viticulteurs, Jean-Claude Carrière est un ancien élève du Lycée Lakanal et de l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. Après une licence de Lettres et une maîtrise d'Histoire, il abandonne rapidement sa vocation d'historien pour le dessin et l'écriture. Il publie en 1957 son premier roman, 'Lézard', et rencontre Pierre Etaix chez Jacques Tati avec qui il cosigne des courts et des longs métrages. Sa collaboration avec Bunuel durera dix-neuf ans jusqu'à la mort du grand réalisateur. Parallèlement, il poursuit sa carrière de dramaturge et adaptateur en particulier avec Jean-Louis Barrault et Peter Brook. Parmi les scénarios écrits par Jean-Claude Carrière, notons 'Le Tambour', 'Un papillon sur l'épaule' ou encore 'Le Retour de Martin Guerre' qui lui vaut le césar du meilleur scénario en 1983. Il s'attaque également à l'adaptation d'oeuvres littéraires comme 'Cyrano de Bergerac', 'Le Roi des Aulnes' ou encore 'L' insoutenable légèreté de l'être'. En 2007, il co-signe avec le réalisateur le scénario du film de Volker Schlondorff, 'Urzhan' qui est présenté au Festival de Cannes. Ecrivain, scénariste et à ses heures acteur et réalisateur, Jean-Claude Carrière est un artiste complet qui vogue entre cinéma et littérature.

 

Source: Evene.fr

 

L’histoire :

 

En 1550, une question agite la chrétienté : qui sont les Indiens ? Une catégorie d'êtres inférieurs qu'il faut soumettre et convertir ? Ou des hommes, libres et égaux ?
Un légat envoyé par le pape doit en décider. Pour l'aider, deux religieux espagnols. Tout oppose Ginès de Sépulvéda, fin lettré, rompu à l'art de la polémique, et Bartholomé de Las Casas, prêtre et homme de terrain ayant vécu de nombreuses années dans le Nouveau Monde. Le premier défend la guerre et son cortège d'atrocités au nom de Dieu. Le second lutte contre l'esclavage des Indiens. Un face-à-face dramatique dont l'écho retentit encore.

 

 

Ce que j’ai aimé :

 

 

« La controverse de Valladolid est un évènement historique, mais elle ne s’est pas déroulée

comme je la raconte ici. Si elle opposa, avec beaucoup d’âpreté, le dominicain Las Casas et son adversaire Sepúlveda, il n’est pas sûr qu’ils se rencontrèrent et débattirent en public. On sait qu’ils échangèrent des textes, lesquels furent discutés, que Las Casas parla longuement (au point de fatiguer son auditoire), et que la controverse fut reprise l’année suivante, en 1551. Les conclusions n’en furent jamais officiellement proclamées. L’intervention d’un légat du pape, l’apparition des colons, des Indiens, la concordance chronologique entre les décisions finales, tout cela je l’ai inventé, en essayant de rester près du vraisemblable, en tout cas du possible. (…) Je n’ai rien inventé dans les considérations théologiques, raciales et culturelles. J’ai même serré de près le vocabulaire. » (Note d’introduction de l’auteur)

 

Jean-Claude Carrière adapte ici un pan de l'histoire : il s'inspire de faits réels dont il retrace les grandes lignes (la conquête des territoires amérindiens, sa violence, la réunion des deux hommes sous l'égide de Charles Quint...) mais en bon écrivain il s'attache à des problématiques plus universelles avec comme thème central l'ethnocentrisme. 

 

« Dans les premiers temps de son installation, comme les autres, il estimait que le castillan devait naturellement s’imposer, il ne prêtait qu’une attention restreinte aux langages qu’il entendait et qui tous lui semblaient barbares. (…)

A mesure que les  années passaient, il découvrait petit à petit que ce langage, tenu pour primitif et limité, parvenait à exprimer, à sa manière, non seulement les objets matériels les plus rares, les plus singuliers, mais aussi la subtilité des émotions, le chemin variable des sentiments. » (p 155)

 

La religion est un sujet central de la controverse, mais l’humanité en général est questionnée à travers ces actes barbares et sanguinaires, offrant une vision désabusée des hommes capables de tant de sauvagerie. En cela, ce roman reste atemporel et constitue une référence dans le domaine de la colonisation et de la confrontation des peuples.

 

« Inhumaine logique, qui emprisonne dans des mots tout le brouillard des sentiments. » ( p. 169)

 

« Pourquoi avons-nous fait ce que nous avons fait ? Pourquoi toutes ces marches, et ces tempêtes, et ces batailles continuelles ?

-          Dieu l’a voulu.

-          Mais justement : pourquoi l’a-t-il voulu ? Pourquoi a-t-il collé les yeux de la plupart des hommes avec de la glu ? Pourquoi les a-t-il envenimés du goût de l’or et de la possession ? pourquoi a-t-il donné à certains l’intelligence la plus fine pour défendre l’horreur totale ? Lui qui est l’éternel amour et la puissance sans limites, pourquoi nous a-t-il tirés vers le contraire de l’amour ? Pourquoi la haine et la violence sont-elles si fortes, si durables, si constamment établies dans nos cœurs ? Ladrada, mon vieux Ladrada, pourquoi ne sommes-nous pas comme les anges ? » (p. 193)

  

  La grande force de ce récit est de placer face à face deux stratégies argumentatives élaborées, sous forme d'un dialogue vivant et totalement accessible. Le fait d'avoir introduit une statue du dieu aztèque, puis deux indiens, puis des bouffons au sein de "l'arène" permet d'éviter de trop longs discours purement théoriques qui s'avèreraient rapidement soporifiques pour un lecteur lambda.

   

 Le rebondissement final est tout à fait surprenant !

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien

 

Premières phrases :

 

« Des peuples nouveaux. Qui sont-ils ?

Les habitants du Japon, de la Chine, que Marco Polo visita ? Les descendants d’une des tribus perdues d’Israël ? Les hommes fabuleux de Thulé, dont on parlait depuis l’Antiquité, depuis qu’un navigateur marseillais, nommé Pithéas, au retour d’un périple dans le grand océan de l’Ouest, avait raconté monts et merveilles ? Mais les Marseillais exagèrent, chacun sait ça. »

 

D’autres avis :

 

Brize 

 

Vous aimerez aussi :

 

Le film

 

La controverse de Valladolid, Jean-Claude Carrière, Pocket, 1993, 5.20 euros

 

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Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de VIGAN

Publié le par Hélène

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Prix Renaudot des lycéens 2011

Prix France Télévisions 2011

 

L’auteur :

 

Delphine de Vigan est notamment l’auteur du best-seller No et moi, plus de 400 000 exemplaires vendus toutes éditions Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, et des Heures souterraines (2009), près de 100 000 exemplaires vendus en édition première et traduit dans le monde entier. Elle faisait partie de la dernière sélection du Goncourt. Elle vit à Paris.

 

L’histoire :

 

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

 

Mon avis :

 

Rien ne s’oppose à la nuit est un roman dont on demeure prisonnier dès les premières pages amorcées. Il ferre le lecteur avide de connaître l’ensemble du portrait offert par Delphine de Vigan, impatient d’aller jusqu’au bout du malheur, pour, peut-être entrevoir ensuite une once d’éclaircie. Heureusement, Delphine de Vigan, entre deux chapitres consacrés à la souffrance liée à sa famille, désamorce l’angoisse en revenant au présent et en décrivant son propre processus d’écriture. Ces chapitres sont comme des bouffées d’air avant de retourner en apnée dans les pages plus dures.

 

La question que j’ai fini à me poser est « pourquoi s’infliger cette épreuve en tant que lectrice ? » Je conçois que l’auteure ait besoin de se délivrer, de rompre la malédiction, de comprendre :

 

« Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la psycho-généalogie ni aux phénomènes de répétition transmis d’une génération à une autre qui passionnent certains de mes amis. J’ignore comment ces choses (l’inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent.

Le fait est qu’elles traversent les familles de part en part, comme d’impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni. » (p. 283)

 

« A la fois pour moi-même et pour mes enfants – sur lesquels pèse, malgré moi, l’écho des peurs et des regrets- je voulais revenir à l’origine des choses.

Et que de cette quête, aussi vaine fût-elle, il reste une trace. » (p. 297) 

 

«  J’écris ce livre parce que j’ai la force aujourd’hui de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre. »

 

Mais cette plongée en apnée m’a mise mal à l’aise, comme si je rentrais trop avant dans l’univers intime et psychanalytique de l’auteure, au risque de m’y perdre. Je n'ai pas saisi l'intérêt de cette plongée asphyxiante pour un lecteur lambda, je suis passée à côté du texte... 

 

 « Pourtant, toute tentative d’explication est vouée à l’échec. Ainsi devrai-je me contenter d’en écrire des bribes, des fragments, des hypothèses.

L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. » (p. 47)

 

Premières phrases :

 

« Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l’ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tâchées d’encre, au pli des phalanges. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Les heures souterraines

Autre : Annie ERNAUX

 

D’autres avis :

Yv Leiloona, Clara, Canel, Mango, Sylvie Emeraude Babélio

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine DE VIGAN, JC Lattès, août 2011, 440 p., 19 euros

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Je n’ai pas fini de regarder le monde de David THOMAS

Publié le par Hélène

                                             je n'ai pas fini de regarder le monde

 ♥ ♥

 « Je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça, sans doute parce que j’aimerais moi aussi savoir qui je suis. »

 

 L’auteur :

 

Après avoir été journaliste pendant une quinzaine d’années, David Thomas se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il a publié plusieurs pièces de théâtre, un recueil de nouvelles, La patience des buffles sous la pluie (prix de la Découverte 2009 de la Fondation Prince Pierre de Monaco), et un roman, Un silence de clairière (prix Orange du Livre 2011).

 

L’histoire :

 

 Un homme qui ne peut se passer des hurlements de sa femme, un autre qui se fait arrêter par la police juste pour fumer une cigarette au chaud, un petit monsieur sous une maîtresse de 192 kilos, une femme qui rêve de mettre KO son conjoint sur un ring… Avec ces 75 nouvelles, David Thomas s’invite une nouvelle fois dans les interstices de nos vies. Rien n’est épargné, notre ridicule, nos cruautés, nos faiblesses ou nos inavouables arrangements avec nous-mêmes. Mais qu’ils nous fassent rire ou nous serrent le ventre, tous ces personnages portent aussi en eux ce qui peut faire de l’humain un être attachant à côté de qui on a envie de s’asseoir. (Présentation de l’éditeur)

 

Mon avis :

  

 Comme dans La patience des buffles sous la pluie, David Thomas fait preuve d’une acuité sentimentale et restitue avec délicatesse et justesse les travers de la vie de couple, les questionnements qui restent sans réponses, les hésitations, la solitude intrinsèque à toute relation…

 

 « Quand je pense à tout ce qu’il me reste à parcourir avec toi, à te supporter et à me rendre supportable, à ces trois enfants que nous voulons et qu’il faudra élever et soutenir, quand je pense à tous ces guets qui m’attendent, à ces plaines d’ennui et de quotidien qu’il faudra traverser, à ces difficultés qu’il faudra gravir, ces pièges qu’il faudra déjouer, quand je pense à tout cela, j’aimerais être débarrassé de toute pensée et devenir comme ces bêtes qui, par milliers, lors des transhumances, parcourent des pays entier en s’en remettant à leur instinct et à la force du groupe. Alors que moi je me sens si seul avec ma vie. » (p. 41)

 

« Si tu savais comme je me sens seul quand tu ne cesses de m’interroger, quand tu exiges que l’on parle pour dénouer de faux problèmes, que l’on se dise ce qui ne va pas pour analyser nos sentiments et nos émotions. Que nous décortiquions et décomposions tout ce que nous éprouvons pour mieux clarifier les choses, dis-tu, mieux les rendre opaques et les emmêler, pensais-je. Comme je me sens seul quand tu déverses sur moi un torrent de mots pour calmer tes angoisses et que ces angoisses ne sont pour moi que le reflet de ton refus d’accepter, enfin, ce que je suis. Si tu savais comme je me sens seul quand je lis dans tes yeux ce souhait plus fort que les pierres que je sois un autre homme. » (p. 73)

 

Mais à la différence des textes de La patience, tous les textes ici ne tombent pas justes, l’ensemble est inégal et plutôt pessimiste, comme si le spectre de la dépression attendait l’auteur, tapi dans l’ombre. Les chutes ne sont pas toutes vertigineuses et tombent quelquefois à plat, comme certains textes, trop collés à la banalité d’une réalité quotidienne pour être percutants.

 

Premières phrases :

 

« J’adore entendre les voisins faire l’amour. Etre le témoin du plaisir ou du bonheur des autres me rassure sur l’état du monde. Je suis capable de tout arrêter pour écouter attentivement les pleins et déliés du sexe derrière une cloison. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La patience des buffles sous la pluie de David THOMAS

 Autre : Carole Fives

 

Je n’ai pas fini de regarder le monde, David Thomas, Albin Michel, février 2012, 173 p., 15 euros

 

 

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L’inquiétude d’être au monde de Camille de TOLEDO

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

"L'inquiétude est le nom que nous donnons à l'impermanence." (p. 14)

 

 L’auteur :

 

Camille de Toledo a étudié l’Histoire et les Sciences Politiques à l’IEP de Paris ainsi que le Droit et la Littérature à l’Université de la Sorbonne. Il a poursuivi ses études à Londres, à la London School of Economics, puis à la Tisch School de New York pour le cinéma et la photographie. En 2004, il obtient la bourse de la Villa Médicis.
Au printemps 2008, il fonde la « Société européenne des auteurs », une institution visant à créer une communauté intellectuelle et littéraire par-delà les langues et les nations.

 

L’histoire :

 

« L’inquiétude est le nom que nous donnons à ce siècle neuf,
au mouvement de toute chose dans ce siècle.
Paysages! Villes! Enfants!
Voyez comme plus rien ne demeure.
Tout bouge et flue.
Paysages! Villes! Enfants!
L’inquiétude est entrée dans le corps du père qui attend son fils,
comme elle s’est glissée, un jour, dans le corps des choses.
C’était hier. C’est aujourd’hui.
Ce sera plus encore demain.
L’inquiétude de l’espèce, des espèces,
et de la Terre que l’on croyait si posée,
qui ne cesse de se manifester à nous,
sous un jour de colère, au point qu’on la croirait
froissée ou en révolte. »

 

(Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Au coeur de L''inquiétude face au monde l'inquiétude et le monde se tutoient. Camille de Toledo observe le siècle qui s'achève dans le vertige et ouvre la voie à un 21ème siècle tout aussi inquiétant. Pour scander le mal-être dominant de ce siècle, il choisit de s’exprimer à travers une prose poétique qui épouse au plus près l'inquiétude lancinante des êtres perdus dans un monde recelant quantité de dangers potentiels, qu'il s'agisse de la perte d'un enfant, ou de la folie de ce même enfant capable de massacrer ses camarades comme à Columbine en 1999 ou à Utoya en 2011. 

 

« Qui  prépare les enfants à ce temps nucléaire ?

Pour eux, c’est le soupçon qui triomphe.

Ou le romantisme malade de la refondation :

Voyez encore !

Columbine !

Utoya. 

(…)

Les gamins savent intuitivement,

Comme des dieux, que l’enseignement

De leurs écoles est inadapté.

Vieille herméneutique du savoir.

Vieilles catégories de l’être.

 

Penser, classer, écrivait Pérec.

Et comme il a raison.

La pensée occidentale est une névrose d’enfant

à qui l’on répète :

Allez ! Range ta chambre ! » (p.47)

 

L'inquiétude ronge les êtres et le monde qui ne peuvent trouver d'échappatoire face à ce naufrage progressif. Née des horreurs du 20ème siècle, de la guerre, de la déportation, des politiques démagogiques pernicieuses, cette inquiétude est sans fond car ancrée profondément en l'homme du 21ème siècle.

 

« Il y eut un autre mot pour le vingtième siècle.

Ce fut la dé-mesure. Dé-liaison,

Dé-litement, dé-lit de l’esprit, qui,

Croyait-on avant, gouvernait la flèche du temps,

Ou peut-être aussi, dé-règlement de la mesure,

Emballement de la raison

Qui, après avoir classé les peuples,

Entre sauvages et civilisés, noirs et blancs,

S’est mis à diviser, couper, entre le soi et le presque soi.

Le dé du déluge, de la démence, le dé du hasard

Et de la fin, s’insinua dans le pli de chaque chose,

Comme l’accident et la catastrophe. » (p. 24)

 

« C’est l’inquiétude et la peur qui nous livrent à la pharmacie, aux pouvoirs, à tous ceux qui prétendent nous en libérer. C’est l’inquiétude et la peur qui nous poussent à déléguer la charge de l’homme aux prêtres, aux moralistes, aux dogmes et aux milices. (…) Par peur, s’en remettre au commerce de la consolation. C'est-à-dire à l’intoxication : nous voulons être délivrés du risque, du mal, de la pluie qui tombe en été. Nous voulons être délivrés de la peur, de la mort, et finalement, de la vie.» (p. 30)

 

Que reste-t-il comme espoir au poète si ce n'est celui de charmer ou d'enivrer les Dieux par son chant, tel Orphée devant Hadès. Espoir de « de voir les mots agir sur et dévier l’esprit contemporain de l’Europe ».

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien

 

Premières phrases :

 

« Je pense au père qui attend son enfant, le soir, et qui prie, en silence. Il ne croit pas en Dieu, le père, mais il prie quand même, parce qu’il ne sait plus vers qui se tourner. Il attend son enfant et l’inquiétude trace en lui des lignes vertigineuses, des phrases et des phrases qui racontent des histoires formidables d’enlèvements, d’accidents, de fugues et de disparitions. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Vies potentielles

 

D’autres avis :

 

Sur le site des Editions Verdier  

 

L’inquiétude d’être au monde, Camille DE TOLEDO, Editions Verdier, 2010, 58 p., 6.30 euros

 

Merci à Olivia Michel pour m'avoir permis de découvrir cette oeuvre.

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Le domaine des murmures de Carole MARTINEZ

Publié le par Hélène

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Prix Goncourt des lycéens 2011

« Certes ton époque n’enferme plus si facilement les jeunes filles, mais ne te crois pas pour autant à l’abri de la folie des hommes. J’ai vu passer les siècles, l’histoire n’a jamais cessé de chambouler nos vies et les évidences sont infiniment fragiles. » (p. 188)

 

L’auteur :

 

Carole Martinez, née en 1966, a été comédienne avant de devenir enseignante. Son premier roman, Le Cœur cousu (2007), a connu un grand succès de librairie et a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Renaudot des lycéens et le prix Ouest-France Étonnants-Voyageurs.

 

L’histoire :

 

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...

  Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          J’ai retrouvé avec plaisir le style de Carole Martinez ainsi que sa capacité à créer de véritables personnages ancrés dans des époques révolus. Elle est douée d'un talent de conteuse indéniable :

 

« Je suis l'ombre qui cause.
  Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.
  Je suis la vierge des Murmures.
  À toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l'espoir des emmurées. […]
  J'ai tenté d'acquérir la force spirituelle, j'ai rêvé de ne plus être qu'une prière et d'observer mon temps à travers un judas, ouverture grillée par où l'on m'a passé ma pitance durant des années. Cette bouche de pierre est devenue la mienne, mon unique orifice. C'est grâce à elle que j'ai pu parler enfin, murmurer à l'oreille des hommes et les pousser à faire ce que jamais mes lèvres n'auraient pu obtenir, même dans le plus doux des baisers. […]
  Entre dans l'eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t'entraîner par des sentes et des goulets qu'aucun vivant n'a encore empruntés. Je veux dire à m'en couper le souffle.
  Écoute ! »

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Alors j’ai écouté, j’ai essayé d’être charmée, mais le charme a ceci de particulier qu’il ne se construit pas, il s’impose. Et pour cette lecture l’ennui s’est davantage imposé qu’un quelconque charme. Est-ce dû au sort de l’héroïne murée dans son château et qui ne voyage que par l’esprit ? Ou à cette époque pour laquelle j’ai peu d’accointances ? Je n'ai pas retrouvé l'entrain et la magie ressentie à la lecture de Coeur cousu.

  

Premières phrases :

 

« On gagne le château des Murmures par le nord.

Il faut connaître le pays pour s’engager dans le chemin qui perce la forêt épaisse depuis le pré de la Dame Verte. Cette plaie entre les arbres, des générations d’hommes l’ont entretenue comme feu, coupant les branches à mesure qu’elles repoussaient, luttant sans cesse pour empêcher que la masse des bois ne se refermât. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

Autre : Les piliers de la terre de Ken FOLLETT

 

D’autres avis :

 

ClaraThéoma, Isa, Leiloona

 Presse : Le Magazine Littéraire , Télérama 

 

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Des voyous magnifiques de Bruno GALLET

Publié le par Hélène

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♥ ♥

" Moi qui croyait que les happy ends, c'était toujours gai..." (p.21)

 

L’auteur :

 

Architecte de formation, Bruno Gallet est scénariste pour le cinéma et la télévision. Passionné d'alpinisme, il est guide de haute montagne et effectue régulièrement l'ascension de l'Himalaya.
Bruno Gallet vit actuellement à Avignon.

 

L’histoire :

 

Lors d’un braquage dans une petite ville du sud des Alpes, Tuscan tue le directeur d’une banque. Après avoir volé une voiture, il s’enfuit en compagnie d’Abel, son complice, pour trouver refuge chez sa sœur, au fin fond du Causse. Mais, à la suite d’un accident, tous deux sont contraints de fuir à pied à travers la campagne, en plein cœur de l’hiver.

En chemin, par l’insolite magie d’un précieux fardeau qu’ils ont dû prendre en charge, leur cavale ordinaire se transforme peu à peu en quête rédemptrice, métamorphosant les malfrats qu’ils sont en voyous magnifiques. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

L’histoire de ces deux voyous entraînés presque malgré eux dans une cavale épique est touchante malgré ses invraisemblances. Les deux voyous sont des êtres écorchés au destin peu classique, loin des clichés habituels sur les « bad boys », ils ont juste en eux un brin de folie et de colère qui déborde quelquefois au-delà des frontières de la moralité. Mais ils restent des êtres humains avides de reconnaissance et d’amour, des êtres qui vont s’épauler d’un bout à l’autre de l’aventure.

 

Leurs dialogues sont millimétrés, sonnant parfaitement juste entre humour et raison. L’écriture  et la construction de ce premier roman est parfaitement maîtrisée.

 

La beauté des paysages est à couper le souffle, même si cette nature plongée en plein hiver n’épargnera guère les protagonistes…

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          L’histoire de ce fardeau improbable n’est guère vraisemblable, mais on y croit malgré tout de la même façon que l’on a envie de croire aux contes de fée…

 

Premières phrases :

 

« Il est bientôt cinq heures et le Crédit agricole va fermer. Abel se dit que les banques doivent être drôlement friquées pour s’arrêter si tôt. Mais ce n’est pas ce qui le contrarie le plus ; il est en rogne parce qu’il pleur au lieu de neiger, ce qui n’est pas normal à Barcelonnette en cette saison. En plus, il s’est laissé embringuer dans une aventure dont il sent qu’elle va mal finir. »

 

D’autres avis :

 

Sandrine 

 

Des voyous magnifiques, Bruno Gallet, Editions Anne Carrière, octobre 2011, 279 p., 18.50 euros

 

Merci à Julia Gallet des Editions Anne Carrière. 

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Les solidarités mystérieuses de Pascal QUIGNARD

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. »

 

L’auteur :

 

Pascal Quignard est né dans une famille d'enseignants. Il grandit au Havre. Adolescent, ses goûts se portent sur la musique, le latin, le grec et les littératures anciennes…

En 1968, il est étudiant en philosophie à Nanterre. Le Mercure de France publie son premier essai, consacré à Sacher Masoch en 1969, mais il faudra Le Salon du Wurtemberg en 1986 puis Les Escaliers de Chambord en 1989, pour révéler Pascal Quignard au grand public.

Il a enseigné à l’université de Vincennes et à l’École pratique des hautes études en sciences sociales. Il a fondé avec le président François Mitterrand le festival d’opéra et de théâtre baroque de Versailles.

 

Pascal Quignard a collaboré longtemps aux éditions Gallimard (lecteur extérieur à partir de 1969, puis membre du comité de lecture en 1976 et enfin en charge du secrétariat général du service littéraire, en 1990). En 1994, il a démissionné de toutes ses fonctions, pour se consacrer uniquement à son travail d’écrivain. Il déclare alors « Je suis plus heureux d’être libre et solitaire ».

 

Le prix Goncourt 2002, obtenu pour Ombres errantes, a été perçu comme le couronnement d'une œuvre à mi-parcours.  (Présentation Babélio)

 

L’histoire :

 

En Bretagne, près de Dinard, une femme d'une quarantaine d'années rencontre son ancien professeur de piano qui l'invite chez elle. Peu à peu, elle se réinstalle ainsi dans la ville de sa jeunesse, retrouve son premier amour, se rapproche de son frère et redécouvre les lieux autrefois familiers. (Présentation de Babélio)

 

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Ce que j’ai aimé :

 

Les solidarités mystérieuses appartient à la catégorie des textes rares qui modifient par leur beauté et l’intensité de leur texte le rapport au monde du lecteur.

 

Il chante la limpidité de la vie et des instants saisis dans leur pureté lumineuse :

 

«  Elles restent assises dans l’herbe.

Tout est silencieux.

Il n’y a pas encore de sauterelles, de papillons, de cigales, d’abeilles. C’est un peu leur silence qu’elles entendent. Il n’y a pas de vent. Tout est vide.

Les nuages se déchirent silencieusement les uns après les autres laissant passer de plus en plus de lumière.

Et cette lumière inonde la lande. » (p. 40)

 

La nature omniprésente est le miroir des émois et des pensées de Claire, mais petit à petit ces paysages happent Claire avec une telle force qu’elle devient partie intégrante du monde qui l’entoure. Les oiseaux ne s’envolent plus à son arrivée, elle est une composante essentielle du paysage et souffre quand les éléments lui refusent sa promenade quotidienne.

 

« Elle avance le plus près possible, courbée sous le vent, la tête en avant, les cheveux tout raides et tout blancs tombant sur ses yeux, au bord de l’à-pic.

Il fait froid.

Maintenant le soleil s’était éloigné dans le ciel.

Maintenant les étoffes avaient des couleurs extraordinairement variées. Maintenant on pouvait voir sans être aveuglé ou ébloui. Parfois le réel revenait. Parfois la nuit s’allongeait peu à peu dans les jours. Parfois le goudron était solide et blessant. Parfois on pouvait oublier le bonheur de l’été. Parfois il fallait de nouveau lutter contre le vent et se protéger contre le froid. » (p. 98)

 

-          Le titre du roman fait référence aux liens ténus qui s’imposent entre Claire et  son frère Paul, des liens qui transcendent les sentiments amoureux et restent inexpliqués, inexplicables, rayonnant de beauté mystérieuse :

 

« Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé.» (p. 185)

 

 Claire est une femme amoureuse meurtrie qui essaie de vivre dans le mince  interstice

 qui s’épanouit entre la vie et la mort.

 

« Les femmes ne désirent pas les hommes comme les hommes se désirent entre eux.

Les femmes ne sont pas vraiment sensibles à la beauté invraisemblable de leur sexe.

Les femmes ne séduisent pas non plus les hommes pour mettre la main sur leur pouvoir, ni pour l’exercer en sous-mains, ni pour les domestiquer, ni pour prendre leur argent, ni pour acquérir ce qu’elles convoitent.

Les femmes ne veulent même pas des enfants des hommes qu’elles étreignent afin de les reproduire, ni pour se reproduire elles-mêmes, ni dans le dessein d’assouvir leur vengeances en lançant leurs petits à la conquête du monde.

Les femmes n’attendent même pas des hommes des maisons où s’ennuyer auprès d’eux et y vieillir.

Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. » (p. 195)

 

Un texte lumineux éblouissant…

 

« Qu'il réfléchisse au mystère des origines, de la mort ou de la sexualité dans les essais de Dernier Royau­me, qu'il subjugue par son érudition ou la fulgurante beauté poétique de ses contes et de ses Petits Traités, qu'il se promène en imagination dans la Rome antique (Albucius), la France janséniste du XVIIe siècle (Tous les matins du monde) ou le monde d'aujour­d'hui (Les Escaliers de Chambord, Villa Amalia)..., chaque phrase, chaque ligne de Pascal Quignard sonde sans fin l'énigme que constitue le fait d'être au monde : naître du néant pour finalement y retourner, entre-temps choisir de vivre, d'aimer, de vieillir - ou s'extraire du cycle, s'absenter, faire sécession. » Nathalie Crom, Télérama

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« Mireille Methuen se maria à Dinard le samedi 3 février 2007. Claire partit le vendredi. Paul refusa de l’accompagner. Il n’avait conservé aucun lien avec ce qui restait de la famille. Dès onze heures elle eut faim. Elle suivait l’Avre. Elle préféra passer Breux, Tillières, Verneuil. Après la sortie de Verneuil, Claire s’arrêta pour déjeuner sur une aire sableuse et vide. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Villa Amalia

Autre :  Coups de coeur

 

D’autres avis :

 

Presse : Télérama, Le Magazine littéraire

Blogs : Clara

 

Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard, Gallimard, octobre 2011, 251 p., 18.50 euros

 

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Brèves de comptoir Tome I de Jean-Marie GOURIO

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

 

Mon avis :

 

Qu’on se le dise le pilier de bistrots est un homme plein de surprises, drôle à son insu, dont l’esprit imbibé devient soudain inspiré :

 

« Bientôt t’auras plus de paysans.

-Tant mieux, c’est chiant à doubler les tracteurs. » (p. 68)

 

Il sait être poétique :

 

« Quand tu mets l’oreille contre l’escargot, t’entends le cœur qui bat.

Surtout si l’escargot il a couru ! » (p. 96)

 

Il s’intéresse à la politique :

 

« Si le communisme existe plus, va falloir inventer une autre connerie, mais laquelle ? » (p96)

 

Il a des rêves mais sait être pragmatique :

 

« Moi j’aimerais bien être chanteur à l’opéra, mais le malheur c’est le bordel pour se garer. » (p.105)

 

Il est écolo :

 

« A force de détruire les forêts, eh ben on mangera plus de champignons, voilà ce qu’on va gagner ! » (p.111)

 

Et même quelquefois devient philosophe :

 

«L’immortalité ça fait combien de dimanches ? » (p.111)

 « Tout peut arriver dans la vie, mais en général c’est les trains. » (p. 119)

 

Bref c’est un homme plein de bon sens qu’on aimerait rencontrer, et pour cela on se surprendrait presque à hanter le bistro du coin… :

 

« « Chaise » est dans le dictionnaire, comme si on savait pas ce que c’est ! » (p.149)

« Moi si un jour je prends l’avion, je monte dans la boîte noire ! » (p.196)

 

Il existe de nombreuses éditions de ces brèves, et ceci à tous les prix…

 

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Des vies d’oiseaux de Véronique OVALDE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

« Si tu voulais des garanties, ma douce, il fallait acheter un toasteur. » (p. 235)

 

L’auteur :

 

Véronique Ovaldé est un écrivain français né en 1972. Ses ouvrages connaissent un succès grandissant et depuis le début de sa carrière littéraire elle bénéficie d’une reconnaissance de la librairie et de la critique. En 2008, son cinquième roman Et mon cœur transparent est récompensé par le prix France Culture/Télérama. En 2009, son septième roman Ce que je sais de Vera Candida, reçoit le 18e prix Renaudot des lycéens2, le prix France Télévisions 20093 et le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010. (source Wikipédia)

 

L’histoire :

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que Madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo » Car c’est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d’octobre 1997, appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu’aucun objet n’a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d’habiter la maison en l’absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s’est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux?) jardinier, et elle la soupçonne d’être revenue, par effronterie, insolence, nostalgie, hanter la demeure familiale. Les vies d’oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est conduit à se défaire de ses anciens liens, conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister. Sans plus se soucier d’où il vient ni de là où la vie le mène. Avec Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.  (Source : Babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

Ce n’est pas le sujet, somme toute assez insignifiant, qui retient le lecteur, mais plutôt cette atmosphère si particulière que sait créer Véronique Ovaldé, ce monde teinté de mélancolie et de douceur, un univers dans lequel rien n’est vraiment grave, comme dans les romans sud-américains teintés de réalisme magique.

Les personnages évoluent comme dans un songe, et c’est presque malgré eux qu’ils accomplissent leur destin, poussés par des sentiments qui tombent du ciel et restent relativement inexplicables et mystérieux. Hypnotisés alors par cette force nouvelle qu’ils puisent en eux, ils trouvent le courage de s’abstraire d’un monde qui ne leur convient plus pour, enfin, devenir eux-mêmes.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

     C’est un roman à l’atmosphère et à l’histoire tellement aériennes que je me demande si le vent de l’oubli ne va pas l’emporter rapidement loin de moi…


Premières phrases :

 

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que Madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo. Monsieur Izarra avait tenu à appeler le poste de police, un soir d’octobre 1997, malgré l’heure tardive et le caractère sans urgence de son appel, afin de déclarer qu’il leur semblait avoir été cambriolés mais que rien, et il avait insisté étrangement sur ce point, ne leur avait été dérobé. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Toutes choses scintillant

Autre :  Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

 

D’autres avis :

 

Théoma, Clara , Cuné , Amanda

PRESSE : Babélio recense les articles presse

 

Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé, Editions de l’Olivier, 2011, 235 p., 19 euros

 

challenge 1% littéraire  

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L’amant de Marguerite DURAS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

  "Très vite dans ma vie il a été trop tard. "

 

L’auteur :

 Marguerite Donnadieu - alias Marguerite Duras - est née et a grandi en Indochine, élevée par sa mère dans une concession incultivable. Ce séjour en Asie a profondément marqué sa vie. Le spectacle quotidien de la misère, l'image de l'océan qui déferle sur la concession que sa mère possède, les paysages écrasés par la chaleur constitueront des thèmes récurrents dans son oeuvre romanesque. Le baccalauréat en poche, elle se rend à Paris, poursuit ses études et entre un temps au ministère des Colonies. Journaliste, dramaturge, scénariste, elle reçoit le Grand prix du théâtre de l'Académie française en 1983 et le prix Goncourt en 1984 pour 'L' Amant', adapté par Jean-Jacques Annaud au cinéma. Son oeuvre est à rattacher au courant du Nouveau Roman. Les textes de Marguerite Duras, concis, chargés d'ellipses et de silences, se disloquent jusqu'à l'énigme. Les écrits, les paroles sont à la fois insuffisants et superflus. Parmi ses romans, on peut citer 'Un barrage contre le Pacifique' (1950), 'Le Marin de Gibraltar' (1952), 'Moderato cantabile' (1958). (source : Evene)

 

L’histoire :

Évoquant sa liaison, au début des années 1930, à l’âge de 15 ans, avec un jeune et riche Chinois, Duras reprend les thèmes qui traversent son oeuvre : l’enfance, l’Indochine, la transgression sociale… Derrière la trame de cet amour inachevé, elle offre un récit à plusieurs niveaux de lecture que berce une écriture à la formidable efficacité. D’une portée universelle, ce roman autobiographique valut à l’écrivain la consécration du prix Goncourt et la reconnaissance du public : traduit dans trente-cinq pays, il s’est vendu à 2 400 000 exemplaires. (Présentation Fnac)

 

Ce que j’ai aimé :

J'ai cherché dans la liste des Goncourt, quelle était la lecture qui m'avait le plus marquée et il se trouve qu'il s'agissait de L'amant.

Des années après sa lecture, je me souviens encore de la magie de ce texte, la magie du style qui donne littéralement à voir grâce à sa musicalité qui parle directement aux sens :

« Que je vous dise, j’ai quinze ans et demi.

C’est le passage d’un bac sur le Mékong.

L’image dure pendant toute la traversée du fleuve.

J’ai quinze ans et demi, il n’y a pas de saisons dans ce pays-là, nous sommes dans une saison unique, chaude, monotone, nous sommes dans la longue zone chaude de la terre, pas de printemps, pas de renouveau. » (p. 11)

Je l’ai lu adolescente et cette initiation amoureuse et érotique  tout en moiteur fut aussi la mienne.

« Il est sur moi, il s’engouffre encore. Nous restons ainsi, cloués, à gémir dans la clameur de la ville encore extérieure. Nous l’entendons encore. Et puis nous ne l’entendons plus. » (p. 58)

Plus tard, j’ai compris que « L’amant », c’était aussi autre chose,  une douleur portée par les mots et irrémédiablement liée à la  vie familiale  de Marguerite Duras : la mère dont on attend trop et qui n’est jamais à la hauteur, le frère aîné violent, le petit frère idolâtré dont la mort prématurée laisse des stigmates prégnants…

Roman autobiographique, « L’amant » est ce roman hypnotique ,  éveil à la sensualité,  éveil à la littérature.

Premières phrases :

« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Un barrage contre le Pacifique

 

D’autres avis :

Blogs : Vilvirt ; Keisha Ys 

Presse : Les Editions de minuit 

 

L’amant, Marguerite Duras, Les Editions de Minuit, 1984, 146  p., 11.50 euros

POCHE : Nombreuses éditions en poche.

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