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Des voyous magnifiques de Bruno GALLET

Publié le par Hélène

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♥ ♥

" Moi qui croyait que les happy ends, c'était toujours gai..." (p.21)

 

L’auteur :

 

Architecte de formation, Bruno Gallet est scénariste pour le cinéma et la télévision. Passionné d'alpinisme, il est guide de haute montagne et effectue régulièrement l'ascension de l'Himalaya.
Bruno Gallet vit actuellement à Avignon.

 

L’histoire :

 

Lors d’un braquage dans une petite ville du sud des Alpes, Tuscan tue le directeur d’une banque. Après avoir volé une voiture, il s’enfuit en compagnie d’Abel, son complice, pour trouver refuge chez sa sœur, au fin fond du Causse. Mais, à la suite d’un accident, tous deux sont contraints de fuir à pied à travers la campagne, en plein cœur de l’hiver.

En chemin, par l’insolite magie d’un précieux fardeau qu’ils ont dû prendre en charge, leur cavale ordinaire se transforme peu à peu en quête rédemptrice, métamorphosant les malfrats qu’ils sont en voyous magnifiques. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

L’histoire de ces deux voyous entraînés presque malgré eux dans une cavale épique est touchante malgré ses invraisemblances. Les deux voyous sont des êtres écorchés au destin peu classique, loin des clichés habituels sur les « bad boys », ils ont juste en eux un brin de folie et de colère qui déborde quelquefois au-delà des frontières de la moralité. Mais ils restent des êtres humains avides de reconnaissance et d’amour, des êtres qui vont s’épauler d’un bout à l’autre de l’aventure.

 

Leurs dialogues sont millimétrés, sonnant parfaitement juste entre humour et raison. L’écriture  et la construction de ce premier roman est parfaitement maîtrisée.

 

La beauté des paysages est à couper le souffle, même si cette nature plongée en plein hiver n’épargnera guère les protagonistes…

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          L’histoire de ce fardeau improbable n’est guère vraisemblable, mais on y croit malgré tout de la même façon que l’on a envie de croire aux contes de fée…

 

Premières phrases :

 

« Il est bientôt cinq heures et le Crédit agricole va fermer. Abel se dit que les banques doivent être drôlement friquées pour s’arrêter si tôt. Mais ce n’est pas ce qui le contrarie le plus ; il est en rogne parce qu’il pleur au lieu de neiger, ce qui n’est pas normal à Barcelonnette en cette saison. En plus, il s’est laissé embringuer dans une aventure dont il sent qu’elle va mal finir. »

 

D’autres avis :

 

Sandrine 

 

Des voyous magnifiques, Bruno Gallet, Editions Anne Carrière, octobre 2011, 279 p., 18.50 euros

 

Merci à Julia Gallet des Editions Anne Carrière. 

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Les solidarités mystérieuses de Pascal QUIGNARD

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. »

 

L’auteur :

 

Pascal Quignard est né dans une famille d'enseignants. Il grandit au Havre. Adolescent, ses goûts se portent sur la musique, le latin, le grec et les littératures anciennes…

En 1968, il est étudiant en philosophie à Nanterre. Le Mercure de France publie son premier essai, consacré à Sacher Masoch en 1969, mais il faudra Le Salon du Wurtemberg en 1986 puis Les Escaliers de Chambord en 1989, pour révéler Pascal Quignard au grand public.

Il a enseigné à l’université de Vincennes et à l’École pratique des hautes études en sciences sociales. Il a fondé avec le président François Mitterrand le festival d’opéra et de théâtre baroque de Versailles.

 

Pascal Quignard a collaboré longtemps aux éditions Gallimard (lecteur extérieur à partir de 1969, puis membre du comité de lecture en 1976 et enfin en charge du secrétariat général du service littéraire, en 1990). En 1994, il a démissionné de toutes ses fonctions, pour se consacrer uniquement à son travail d’écrivain. Il déclare alors « Je suis plus heureux d’être libre et solitaire ».

 

Le prix Goncourt 2002, obtenu pour Ombres errantes, a été perçu comme le couronnement d'une œuvre à mi-parcours.  (Présentation Babélio)

 

L’histoire :

 

En Bretagne, près de Dinard, une femme d'une quarantaine d'années rencontre son ancien professeur de piano qui l'invite chez elle. Peu à peu, elle se réinstalle ainsi dans la ville de sa jeunesse, retrouve son premier amour, se rapproche de son frère et redécouvre les lieux autrefois familiers. (Présentation de Babélio)

 

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Ce que j’ai aimé :

 

Les solidarités mystérieuses appartient à la catégorie des textes rares qui modifient par leur beauté et l’intensité de leur texte le rapport au monde du lecteur.

 

Il chante la limpidité de la vie et des instants saisis dans leur pureté lumineuse :

 

«  Elles restent assises dans l’herbe.

Tout est silencieux.

Il n’y a pas encore de sauterelles, de papillons, de cigales, d’abeilles. C’est un peu leur silence qu’elles entendent. Il n’y a pas de vent. Tout est vide.

Les nuages se déchirent silencieusement les uns après les autres laissant passer de plus en plus de lumière.

Et cette lumière inonde la lande. » (p. 40)

 

La nature omniprésente est le miroir des émois et des pensées de Claire, mais petit à petit ces paysages happent Claire avec une telle force qu’elle devient partie intégrante du monde qui l’entoure. Les oiseaux ne s’envolent plus à son arrivée, elle est une composante essentielle du paysage et souffre quand les éléments lui refusent sa promenade quotidienne.

 

« Elle avance le plus près possible, courbée sous le vent, la tête en avant, les cheveux tout raides et tout blancs tombant sur ses yeux, au bord de l’à-pic.

Il fait froid.

Maintenant le soleil s’était éloigné dans le ciel.

Maintenant les étoffes avaient des couleurs extraordinairement variées. Maintenant on pouvait voir sans être aveuglé ou ébloui. Parfois le réel revenait. Parfois la nuit s’allongeait peu à peu dans les jours. Parfois le goudron était solide et blessant. Parfois on pouvait oublier le bonheur de l’été. Parfois il fallait de nouveau lutter contre le vent et se protéger contre le froid. » (p. 98)

 

-          Le titre du roman fait référence aux liens ténus qui s’imposent entre Claire et  son frère Paul, des liens qui transcendent les sentiments amoureux et restent inexpliqués, inexplicables, rayonnant de beauté mystérieuse :

 

« Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé.» (p. 185)

 

 Claire est une femme amoureuse meurtrie qui essaie de vivre dans le mince  interstice

 qui s’épanouit entre la vie et la mort.

 

« Les femmes ne désirent pas les hommes comme les hommes se désirent entre eux.

Les femmes ne sont pas vraiment sensibles à la beauté invraisemblable de leur sexe.

Les femmes ne séduisent pas non plus les hommes pour mettre la main sur leur pouvoir, ni pour l’exercer en sous-mains, ni pour les domestiquer, ni pour prendre leur argent, ni pour acquérir ce qu’elles convoitent.

Les femmes ne veulent même pas des enfants des hommes qu’elles étreignent afin de les reproduire, ni pour se reproduire elles-mêmes, ni dans le dessein d’assouvir leur vengeances en lançant leurs petits à la conquête du monde.

Les femmes n’attendent même pas des hommes des maisons où s’ennuyer auprès d’eux et y vieillir.

Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. » (p. 195)

 

Un texte lumineux éblouissant…

 

« Qu'il réfléchisse au mystère des origines, de la mort ou de la sexualité dans les essais de Dernier Royau­me, qu'il subjugue par son érudition ou la fulgurante beauté poétique de ses contes et de ses Petits Traités, qu'il se promène en imagination dans la Rome antique (Albucius), la France janséniste du XVIIe siècle (Tous les matins du monde) ou le monde d'aujour­d'hui (Les Escaliers de Chambord, Villa Amalia)..., chaque phrase, chaque ligne de Pascal Quignard sonde sans fin l'énigme que constitue le fait d'être au monde : naître du néant pour finalement y retourner, entre-temps choisir de vivre, d'aimer, de vieillir - ou s'extraire du cycle, s'absenter, faire sécession. » Nathalie Crom, Télérama

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« Mireille Methuen se maria à Dinard le samedi 3 février 2007. Claire partit le vendredi. Paul refusa de l’accompagner. Il n’avait conservé aucun lien avec ce qui restait de la famille. Dès onze heures elle eut faim. Elle suivait l’Avre. Elle préféra passer Breux, Tillières, Verneuil. Après la sortie de Verneuil, Claire s’arrêta pour déjeuner sur une aire sableuse et vide. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Villa Amalia

Autre :  Coups de coeur

 

D’autres avis :

 

Presse : Télérama, Le Magazine littéraire

Blogs : Clara

 

Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard, Gallimard, octobre 2011, 251 p., 18.50 euros

 

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Brèves de comptoir Tome I de Jean-Marie GOURIO

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

 

Mon avis :

 

Qu’on se le dise le pilier de bistrots est un homme plein de surprises, drôle à son insu, dont l’esprit imbibé devient soudain inspiré :

 

« Bientôt t’auras plus de paysans.

-Tant mieux, c’est chiant à doubler les tracteurs. » (p. 68)

 

Il sait être poétique :

 

« Quand tu mets l’oreille contre l’escargot, t’entends le cœur qui bat.

Surtout si l’escargot il a couru ! » (p. 96)

 

Il s’intéresse à la politique :

 

« Si le communisme existe plus, va falloir inventer une autre connerie, mais laquelle ? » (p96)

 

Il a des rêves mais sait être pragmatique :

 

« Moi j’aimerais bien être chanteur à l’opéra, mais le malheur c’est le bordel pour se garer. » (p.105)

 

Il est écolo :

 

« A force de détruire les forêts, eh ben on mangera plus de champignons, voilà ce qu’on va gagner ! » (p.111)

 

Et même quelquefois devient philosophe :

 

«L’immortalité ça fait combien de dimanches ? » (p.111)

 « Tout peut arriver dans la vie, mais en général c’est les trains. » (p. 119)

 

Bref c’est un homme plein de bon sens qu’on aimerait rencontrer, et pour cela on se surprendrait presque à hanter le bistro du coin… :

 

« « Chaise » est dans le dictionnaire, comme si on savait pas ce que c’est ! » (p.149)

« Moi si un jour je prends l’avion, je monte dans la boîte noire ! » (p.196)

 

Il existe de nombreuses éditions de ces brèves, et ceci à tous les prix…

 

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Des vies d’oiseaux de Véronique OVALDE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

« Si tu voulais des garanties, ma douce, il fallait acheter un toasteur. » (p. 235)

 

L’auteur :

 

Véronique Ovaldé est un écrivain français né en 1972. Ses ouvrages connaissent un succès grandissant et depuis le début de sa carrière littéraire elle bénéficie d’une reconnaissance de la librairie et de la critique. En 2008, son cinquième roman Et mon cœur transparent est récompensé par le prix France Culture/Télérama. En 2009, son septième roman Ce que je sais de Vera Candida, reçoit le 18e prix Renaudot des lycéens2, le prix France Télévisions 20093 et le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010. (source Wikipédia)

 

L’histoire :

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que Madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo » Car c’est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d’octobre 1997, appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu’aucun objet n’a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d’habiter la maison en l’absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s’est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux?) jardinier, et elle la soupçonne d’être revenue, par effronterie, insolence, nostalgie, hanter la demeure familiale. Les vies d’oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est conduit à se défaire de ses anciens liens, conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister. Sans plus se soucier d’où il vient ni de là où la vie le mène. Avec Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.  (Source : Babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

Ce n’est pas le sujet, somme toute assez insignifiant, qui retient le lecteur, mais plutôt cette atmosphère si particulière que sait créer Véronique Ovaldé, ce monde teinté de mélancolie et de douceur, un univers dans lequel rien n’est vraiment grave, comme dans les romans sud-américains teintés de réalisme magique.

Les personnages évoluent comme dans un songe, et c’est presque malgré eux qu’ils accomplissent leur destin, poussés par des sentiments qui tombent du ciel et restent relativement inexplicables et mystérieux. Hypnotisés alors par cette force nouvelle qu’ils puisent en eux, ils trouvent le courage de s’abstraire d’un monde qui ne leur convient plus pour, enfin, devenir eux-mêmes.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

     C’est un roman à l’atmosphère et à l’histoire tellement aériennes que je me demande si le vent de l’oubli ne va pas l’emporter rapidement loin de moi…


Premières phrases :

 

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que Madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo. Monsieur Izarra avait tenu à appeler le poste de police, un soir d’octobre 1997, malgré l’heure tardive et le caractère sans urgence de son appel, afin de déclarer qu’il leur semblait avoir été cambriolés mais que rien, et il avait insisté étrangement sur ce point, ne leur avait été dérobé. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Toutes choses scintillant

Autre :  Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

 

D’autres avis :

 

Théoma, Clara , Cuné , Amanda

PRESSE : Babélio recense les articles presse

 

Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé, Editions de l’Olivier, 2011, 235 p., 19 euros

 

challenge 1% littéraire  

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L’amant de Marguerite DURAS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

  "Très vite dans ma vie il a été trop tard. "

 

L’auteur :

 Marguerite Donnadieu - alias Marguerite Duras - est née et a grandi en Indochine, élevée par sa mère dans une concession incultivable. Ce séjour en Asie a profondément marqué sa vie. Le spectacle quotidien de la misère, l'image de l'océan qui déferle sur la concession que sa mère possède, les paysages écrasés par la chaleur constitueront des thèmes récurrents dans son oeuvre romanesque. Le baccalauréat en poche, elle se rend à Paris, poursuit ses études et entre un temps au ministère des Colonies. Journaliste, dramaturge, scénariste, elle reçoit le Grand prix du théâtre de l'Académie française en 1983 et le prix Goncourt en 1984 pour 'L' Amant', adapté par Jean-Jacques Annaud au cinéma. Son oeuvre est à rattacher au courant du Nouveau Roman. Les textes de Marguerite Duras, concis, chargés d'ellipses et de silences, se disloquent jusqu'à l'énigme. Les écrits, les paroles sont à la fois insuffisants et superflus. Parmi ses romans, on peut citer 'Un barrage contre le Pacifique' (1950), 'Le Marin de Gibraltar' (1952), 'Moderato cantabile' (1958). (source : Evene)

 

L’histoire :

Évoquant sa liaison, au début des années 1930, à l’âge de 15 ans, avec un jeune et riche Chinois, Duras reprend les thèmes qui traversent son oeuvre : l’enfance, l’Indochine, la transgression sociale… Derrière la trame de cet amour inachevé, elle offre un récit à plusieurs niveaux de lecture que berce une écriture à la formidable efficacité. D’une portée universelle, ce roman autobiographique valut à l’écrivain la consécration du prix Goncourt et la reconnaissance du public : traduit dans trente-cinq pays, il s’est vendu à 2 400 000 exemplaires. (Présentation Fnac)

 

Ce que j’ai aimé :

J'ai cherché dans la liste des Goncourt, quelle était la lecture qui m'avait le plus marquée et il se trouve qu'il s'agissait de L'amant.

Des années après sa lecture, je me souviens encore de la magie de ce texte, la magie du style qui donne littéralement à voir grâce à sa musicalité qui parle directement aux sens :

« Que je vous dise, j’ai quinze ans et demi.

C’est le passage d’un bac sur le Mékong.

L’image dure pendant toute la traversée du fleuve.

J’ai quinze ans et demi, il n’y a pas de saisons dans ce pays-là, nous sommes dans une saison unique, chaude, monotone, nous sommes dans la longue zone chaude de la terre, pas de printemps, pas de renouveau. » (p. 11)

Je l’ai lu adolescente et cette initiation amoureuse et érotique  tout en moiteur fut aussi la mienne.

« Il est sur moi, il s’engouffre encore. Nous restons ainsi, cloués, à gémir dans la clameur de la ville encore extérieure. Nous l’entendons encore. Et puis nous ne l’entendons plus. » (p. 58)

Plus tard, j’ai compris que « L’amant », c’était aussi autre chose,  une douleur portée par les mots et irrémédiablement liée à la  vie familiale  de Marguerite Duras : la mère dont on attend trop et qui n’est jamais à la hauteur, le frère aîné violent, le petit frère idolâtré dont la mort prématurée laisse des stigmates prégnants…

Roman autobiographique, « L’amant » est ce roman hypnotique ,  éveil à la sensualité,  éveil à la littérature.

Premières phrases :

« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Un barrage contre le Pacifique

 

D’autres avis :

Blogs : Vilvirt ; Keisha Ys 

Presse : Les Editions de minuit 

 

L’amant, Marguerite Duras, Les Editions de Minuit, 1984, 146  p., 11.50 euros

POCHE : Nombreuses éditions en poche.

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Limonov d'Emmanuel CARRERE

Publié le par Hélène

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♥  

Prix Renaudot 2011

 

L’auteur :

Emmanuel Carrère est un écrivain français.

 

L’histoire :

« Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » (Présentation de l’éditeur)

 

Mon avis :

-         -  Je pourrais vous dire que Limonov est un roman passionnant centré sur un personnage marquant. Mais si Edouard Limonov est sans conteste un homme qui marque les esprits, il est aussi un être prêt à tout pour échapper à sa condition tristement humaine et exister. Prêt à tout, et surtout prêt au pire pour devenir quelqu’un et s’échapper d’un destin étroit. Ce n’est pas un être attachant, et la fascination étrange de l’auteur pour cet homme est assez déroutante :

« « C’est bizarre, quand même. Pourquoi est-ce que vous voulez écrire un livre sur moi ? »

Je suis pris de court mais je réponds, sincèrement : parce qu’il a – ou parce qu’il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j’ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l’histoire.

Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarder :

« Une vie de merde, oui. » » (p. 484)

La frontière entre biographie et roman est ténue ici et l’auteur le reconnaît lui-même "J'ai une réticence à utiliser ce mot, explique l'auteur. La définition du roman parle de fiction. Or, tous les événements rapportés sont véridiques, même si je garde une liberté dans la mise en scène. Et il y a aussi tout ce qui relève de l'inexactitude involontaire..." (source L’express, Jean-Paul Guilloteau)

-          - Je pourrais vous dire que l’on apprend beaucoup sur la Russie et la politique de cette époque. Sauf que personnellement, je me suis ennuyée dans ces passages historiques et politiques.

-         - Je pourrais vous dire qu’Emmanuel Carrère est un grand écrivain, mais je n’avais pas du tout apprécié son « D’autres vies que la mienne », qui jouait trop sur le pathos à mon goût, et ici j’ai été énervée par ces allers et retours entre sa vie et celle de son héros, parce que je n’ai pas cette idée-là de la littérature et des romans.

 -         -  Je pourrais vous dire qu’il faut croire les critiques et découvrir cet ouvrage,  et je pense qu’il faut le faire si :

1. Vous appréciez les biographies

2. Vous appréciez l’histoire du communisme

3. Vous vous intéressez à  Edouard Limonov

4. Vous appréciez Emmanuel Carrère.

Sinon ? Il y a tant d’autres romans à découvrir…

 

Premières phrases :

 

« Jusqu’à ce qu’Anna Politkovskaïa soit abattue dans l’escalier de son immeuble, le 7 ocotbre 2006, seuls les gens qui s’intéressaient de près aux guerres de Tchétchénie connaissaient le nom de cette journaliste courageuse, opposante déclarée à la politique de Vladimir Poutine. »

 

 

D’autres avis :

 

Blogs : Clara , Mathilde, Valérie, PetitSachem, SD49

Presse : Les InrocksTélérama, Lire, Le Magazine Littéraire

 

Limonov, Emmanuel Carrère, POL, 2011, 488 p., 20 euros

 

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Le cœur cousu de Carole MARTINEZ

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

Un conte merveilleux dans tous les sens du terme…

 

L’auteur :

 Ancienne comédienne, Carole Martinez se recycle dans l'enseignement et devient professeur de français dans un collège d'Issy-les-Moulineaux. Elle profite d'un congé parental en 2005 pour se lancer dans l'écriture. Elle désire écrire 'quelque chose qui soit entre le conte et le roman.' Puisant dans les légendes de sa tradition familiale espagnole, elle brode 'Le coeur cousu' à partir des histoires que sa grand-mère lui racontait. Ce premier roman est un succès et Carole Martinez reçoit le prix Renaudot des lycéens en 2007, le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2007 (jury de jeunes lecteurs), Prix Ulysse de la première oeuvre 2007. Au début de l'année 2011, elle publie un roman policier pour la jeunesse, 'L' Oeil du témoin', après un premier essai publié à la fin des années 90, 'Le Cri du livre'. Lors de la rentrée littéraire en septembre de la même année, 'Le domaine des murmures' vient combler l'attente de ses lecteurs adultes.

 L’histoire :

 Dans un village du sud de l'Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse... Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s'initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs, elle est condamnée à l'errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d'enfants, eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels. (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

 -Le monde de Frasquita est empreint de magie et ce merveilleux auréole sa vie d’un halo presque divin. Son don de couturière la lie irrémédiablement avec le monde et quoi qu’il arrive, elle continue d’avancer sur un chemin chaotique, illuminée par ses enfants aux dons tout aussi singuliers. Carole Martinez a réussi à créer un univers inimitable :

 « Le fil. La broderie. Des enfants comme des perles taillées dans sa chair, des sourires brodés et tant de couleurs sur les tissus pour exprimer sa joie ou sa douleur. Toutes ces couleurs ! Alors pourquoi le blanc la fascinait-il tant ? 

Elle devait comprendre et, pour comprendre, broder de nouveau, se remettre à l’ouvrage… Recoudre les bords du monde, empêcher qu’il ne s’effilochât, qu’il ne se défît. (p. 135)

 - Cette auteur a un talent indéniable de conteuse, le lecteur ne peut que l’écouter, envoûté par ces récits venus d’un autre temps, du temps où l’on croyait encore aux fables et aux légendes et où le monde n’était pas aussi désespérément rationnel :

 « A l’heure où le soleil occupe le centre du ciel dardant le monde de rayons verticaux, à cette heure sans ombre, l’homme à l’oliveraie traversait l’espace des hommes dans une solitude que ne venait dissiper aucun double. Il avait égaré son ombre sans que personne ne s’en aperçût et elle errait seule, comptant les oliviers depuis ce triste soir où l’enfant était rentré sans réponse.

Seuls les damnés errent ainsi sans compagnie de par le monde, seuls les damnés connaissent cette solitude.

Un de ces après-midi, au plus fort de l’été, alors qu’il marchait la bride de son cheval à la main dans les rues étroites inondées de soleil, à cette heure où les choses les plus profondes donnent prise à la lumière, une grille en fer forgé arrêta son habit. » (p. 145)

 -Un premier roman envoûtant...

  Ce que j’ai moins aimé :

 -Rien

 Premières phrases :

 « Mon nom est Soledad.

Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles.

Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu’il m’est passé dans le sang.

Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.

Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l’écoulement sableux qui me traverse.

LA TRAVERSEE 

Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert. »

 Vous aimerez aussi :

 Chocolat amer de Laura ESQUIVEL

Un bûcher sous la neige de Susan FLETCHER

 D’autres avis :

Papillon , Liliba,  Leiloona, Antigone ,  Hélène,  Kathel, Sylire,  Jostein, Clara, Théoma 

  

Le cœur cousu, Carole Martinez, Gallimard, février 2007, 430 p., 23 euros

POCHE : Le cœur cousu, Carole Martinez, Folio, mars 2009, 442 p., 8.40 euros

 

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Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas VINAU

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

« Finalement la liste est longue des superbes insignifiances qui me tiennent debout. » (p. 57)

 

L’auteur :

Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse et vit au pied du Luberon. Nos cheveux blanchiront avec nos yeux est son premier roman.
Son blog : http://etc-iste.blogspot.com

 

L’histoire :

Le voyage géographique et intime d’un jeune homme qui devient père. Walther quitte la femme qu’il aime pour aller vagabonder du nord au sud, des Flandres laiteuses jusqu’à l’Espagne éclatante. Un voyage qui finira par le ramener, presque par hasard à l’essentiel, vers celle qui a su le laisser partir et attendre leur enfant. Composé d’instantanés d’une grande délicatesse, ce roman est conçu en deux parties : les jours d’errance puis la vie à demeure, les lointains dépaysants et l’art des petits riens.

 

Ce que j’ai aimé :

En quelques mots, se souvenir qu’on est vivant. Que la vie est là, maintenant, tout de suite, et pas dans nos souvenirs malheureux ou dans nos espoirs insensés. « Ne regarde pas devant. Ne regarde pas derrière. Reste là. » (p. 67) nous dit l’auteur, et ces quelques mots épicuriens résonnent en moi et flottent, insouciants, comme évidents au dessus de mon âme empesée. Je ne peux qu’aimer un auteur qui me susurre ce que je sais intimement au fond de moi mais que j’oublie trop souvent happée par le quotidien. Alors j’écoute, religieusement, admirativement, amoureusement :

« Il y a toutes ces choses qui nous remplissent. Tous ces gens croisés, tous ces paysages. Ils infusent tout doucement en nous comme un sachet de thé dans un verre d’eau tiède. Nous ne nous rendons compte de rien. » (p. 30)

 « Je m’occuperai de vous en essayant de ne pas trop penser à Billie. En essayant de ne pas trop penser à ce monde dans lequel des femmes belles et tristes doivent chanter des chansons d’amour tout en prenant des poings dans la gueule. En essayant de ne pas trop penser aux nègres pendus qui se balancent dans l’air des soirs de juin. On se serrera tous les trois. Je respirerai dans son cou. Je me dirai qu’il y a des matins où es magnolias sentent bon, qu’il y a des musiques, qu’il y a des Billie, qu’il y a des demains. » (p. 47)

 « J’écris à ras de terre. Je ne parle que de ce que je  vis. C’est pour ça que c’est peu.  C’est pour ça que c’est tout. Je ne parle pas d’Iran, je n’y ai jamais foutu les pieds. Je parle du vieux qui siffle le générique d’Indiana Johns un matin à huit heures en jetant ses bouteilles dans le récupérateur de verre. (…) » (p. 60)

  « Ces heures de rien-

Ces jours de rien qui passent sans faire de bruit. Ces heures comme des courants d’air dans la pièce  entrouverte. La lumière sur le carrelage propre. L’inclinaison de l’ombre du tilleul sur l’herbe. Ces heures de paix à regarder les premières abeilles butiner les pissenlits. A montrer les fleurs qui poussent à un nourrisson ? Les escargots. A lui dire des bêtises du genre : « Tu vois, on peut survivre en butinant. » A finir presque par s’en convaincre. A se demander lequel de ces instants anodins restera gravé dans sa mémoire d’enfant. La langue du chien. Le lézard. Mes bisous mal rasés. Le goût d’une fraise. Peut être rien. Peut être la laideur de mon visage quand je crie. Qu’en retiendra –t-il de tout ce qu’il m’a appris à apprendre. De ces heures d’avril à semer des radis. De ces heures de rien qui remplissent ma vie. Qui me débordent. Qui me sauvent. » (p. 71)

Pour prolonger le délice, le site de l’éditeur propose une play-list de l’auteur : http://www.alma-editeur.fr/images/stories/Alma/Catalogue/la-playlist-de-nos-cheveux-blanchiront-avec-nos-yeux.pdf

Conclusion : je suis aussi amoureuse de l’éditeur maintenant !

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien.

 

Premières phrases :

« L’idée-

L’idée de partir était comme un petit feu de bois placé au centre de son cerveau. AU bout de quelques temps, il comprit que les flammes ne s’éteindraient pas d’elles-mêmes. »

 

Vous aimerez aussi :

Christian Bobin

Le retour à la terre de Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri (BD)

 

D’autres avis :

Revue de presse  

 

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Thomas Vinau, Alma, août 2011,  111 p., 12.8 euros ou 8.96 en livre numérique

challenge 1% littéraire

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Les femmes du braconnier de Claude PUJADE-RENAUD

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 « Partie à la recherche de toi-même, dans l'obscurité, tu dansais,

Perdant pied lentement, pleurant doucement »
(Ted HUGHES, Que Dieu vienne en aide au loup)

 

 

L’auteur :

 

Claude Pujade-Renaud est une écrivaine française.. Elle a publié son premier roman La Ventriloque en 1978. Depuis, elle est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles, remportant de nombreux prix.

 

L’histoire :

 

 C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia. (Présentation de l’éditeur)

 

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Les femmes du braconnier offre au lecteur un éclairage neuf sur cette histoire, en disculpant notamment Ted et Assia. Claude Pujade-Renaud met en avant le mal-être ancré profondément en Sylvia, cette pieuvre qui la ronge de l'intérieur, venue d'on ne sait où, peut-être de la mort de son père, ou de sa relation à sa mère, sait-on vraiment finalement ce qui mène à la dépression. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas Ted et sa relation extraconjugale qui furent les seuls déclencheurs. La passion, le couple, la maternité ne peuvent pas tout résoudre, et si l'ensemble bascule, c'est aussi parce que la difficulté de vivre restait tapie, dans l'ombre, attendant son heure. 

 

« La faute originelle  avait été de renoncer à l’animalité, de devenir un couple banalement conjugal. Etranglé par le quotidien. Par la jalousie carcérale de Sylvia. Par cette maison, objet de tant de soins, proche de la nature mais non de la sauvagerie, cocon et non bauge p ou terrier. » (p. 251)

 

En évoquant ce couple mythique, l'auteure touche des points sensibles : la dépression, l'infidélité, le suicide d'un proche. 

 

« Accordez-lui au moins d’en avoir décidé ainsi, n’en faites pas  la victime du froid et d’une pneumonie, non elle n’est victime de rien, et surtout pas de son mari, elle a choisi, voulu, c’est elle qui signe ! » (p. 237)

 

La multiplicité des points de vue donne de l’épaisseur à l’histoire et entraîne le lecteur qui découvre peu à peu des personnalités complexes.

   

« Les songes reproduisent les mythes, on se  voudrait mage, chaman, magicien, hardi explorateur de l’Hadès, et on se retrouve stupide, sur un quai vide et, tout aussitôt, en sueur, en larmes, à côté d’un corps endormi respirant lentement. » (p. 250)

 

- Ce roman nous mène dans l'antichambre de la création de ces deux talentueux poètes :

 

«  Libres, les mots galopent vers leur vérité. A ras du vide. » (p. 224)

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Le roman s’étire laborieusement après la mort de Sylvia pour atteindre plusieurs années plus tard celle d’Assia et de sa fille,  et je pense que le roman aurait pu s’arrêter là. Il n’était pas nécessaire à mes yeux de continuer jusqu’à l’ultime suicide de Nicholas.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le désert et la grâce (qui m’a été conseillé plusieurs fois cette année…)

Autre :  Froidure de Kate MOSES (également sur Sylvia Plath)

 

D’autres avis :

 

Lecture commune avec : Valérie, Théoma , Aifelle, Aymeline, Miss Orchidée; 

  L'or des chambres 

 

Les femmes du braconnier, Claude Pujade-Renaud, Actes Sud, 2010, 349 p., 21 euros

 

verticale je suis (Sylvia Plath, 28 mars 1961)

 

Mais je préférerais être horizontale.

Je ne suis pas arbre avec mes racines dans le sol

suçant à moi minéraux et amour maternel

afin qu’à chaque mars je puisse être éclaboussure de feuilles

 

Non plus ne suis la beauté d’un jardin allongé

arrachant des ah enthousiastes et peint de façon baroque

sans savoir que je perdrai mes pétales

par rapport à moi, un arbre est immortel

et si petite la tête d’une fleur, mais plus saisissante

et tant je voudrais la longévité de l’un et la hardiesse de l’autre.

 

Cette nuit, dans l'infinitésimale lumière des étoiles,

les arbres et les fleurs ont déversé leurs odeurs froides

Je marche parmi eux, mais aucun ne me remarque.

Parfois je pense que lorsque je dormais

je devais parfaitement leur ressembler -

Pensées parties dans le sombre.

Cela serait si normal pour moi, de m'étendre.

Alors le ciel et moi parlons franchement,

et je serai enfin utile quand je reposerai pour de bon:

alors les arbres pour une fois me toucheront peut-être, et les fleurs auront du temps pour moi.

 

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Grand huit d’Isabelle KAUFFMANN

Publié le par Hélène

                                            grand huit

 ♥ ♥ ♥

  

 L’auteur :

 Isabelle Kaufmann est médecin mais aussi peintre, illustrateur, auteur compositeur (jazz) et auteur d'un premier roman publié en 2006 chez Flammarion : Ne regardez pas le voleur qui passe.

 

 

L’histoire :

Il y a une Bugatti qui file en 1924 dans la plaine d’Alsace, un homme trahi et un bébé abandonné.

Une voyante bulgare qui tire des cartes singulières, une femme mélancolique  effaçant les lignes droites ; d’abjects coups de téléphone.
Il y a un petit garçon qui invente des jouets, deux scientifiques dans un laboratoire surchauffé, des espoirs ravivés et des secrets inavouables.
Dix-sept enfants noirs sur une plage de Zanzibar, des vagues qui se brisent, des amants égarés.
Il y a les théories d’Einstein en pleine évolution, des trouvailles fortuites, des erreurs de calcul.
Il y a une fête foraine, la nuit.
Et au cœur de tous ces destins, Kitz cherche la réponse à une question désespérée : comment payer ses dettes lorsqu’on doit rembourser, non de l’argent, mais du temps ?

 

Ce que j’ai aimé :

 -          Une fois n'est pas coutume, je tiens à mettre en avant cette quatrième de couverture remarquablement bien écrite. Elle contient juste assez de mystères, de poésie, de beauté pour rendre hommage au texte et nous incite brillamment à nous plonger dans l'univers de l'auteur. Du grand art...

 

 -          La poésie est dans le style mais aussi dans l’intrigue, dans les personnages...

 

« Elle flageole, tombe à genoux, puis chavirant dans le silence minéral de grains de sable, s’évanouit sur le flanc de cette île soumise et rebelle à la fois, cette île qui lui ressemble tant. » (p. 197)

 

-          Enfin un roman de la rentrée littéraire que j'ai trouvé original ! L'auteur ne parle ni de son grand-père, ni de sa mère, ni de sa famille, mais INVENTE une histoire en s'appuyant sur des  découvertes scientifiques et fait preuve d'une réelle innovation. Comme pour Gilpertz qui souhaite inventer "un calendrier gaufré qu’on grignoterait chaque jour d’une case. La pâte serait parfumée et colorée selon le mois concerné, jouant sur les ambiances et les arômes de saison. Friandise ludique et surtout incitation à l’observance quotidienne d’un traitement, les malades dont les remèdes seraient enfouis dans la gaufre ne présenteraient plus aucune réticence ni rechute imprévue. » parce que sa femme est internée en clinique psychatrique suite à l’oubli de son traitement. 

 

Un roman que je vous conseille vivement...

 

« Le fait est que nous sommes capables de mener à terme des démonstrations scientifiques et de résoudre des problèmes relatifs à de nombreux systèmes spatiotemporels. Mais en ce qui concerne notre propre personne, nous sommes face à un univers ténébreux dont nous ne maîtrisons aucune dimension. L’infini est en nous, Claudius. » (p. 143)

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          La fin m’a un peu déçue, un peu trop simple et rationnelle à mon goût.

 

Premières phrases :

 « La Bugatti pile sur la route déserte. Nuage de poussière au milieu de l’immense plaine quadrillée de champs de blé, de houblon, de colza. La collision a été évitée de justesse. Un corps est allongé sur le sol. Le conducteur, moustache en désordre et costume chiffonné, sort de son véhicule. »

 

  D'autres avis :

 

Leiloona

 

 

Grand Huit, Isabelle Kauffmann, Le Passage, août 2011, 296 p., 18 euros

 

 challenge 1% littéraire

 

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