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litterature francaise

Nous aurons toujours Paris de Eric FAYE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

Éric Faye, né en décembre 1963 à Limoges, est un écrivain français.

Eric Faye a publié sa première fiction, Le Général Solitude, une nouvelle, dans la revue Le Serpent à Plumes en 1992. Trois ans plus tard, il a développé cette nouvelle en un premier roman, éponyme. Ses premiers livres, parus tous deux en 1991, sont un essai sur Ismail Kadaré et un recueil d'entretiens avec cet écrivain. En 1998, son recueil de nouvelles fantastiques Je suis le gardien du phare obtient le Prix des Deux Magots. Son œuvre se partage entre des nouvelles, le plus souvent à caractère absurde ou teintées de fantastique, des romans (dont le roman d'anticipation Croisière en mer des pluies, en 1999 - prix Unesco-Françoise-Gallimard), des essais et des récits, parmi lesquels Mes trains de nuit, puisés dans des voyages à travers l'Asie et l'Europe de 1982 à 2005. Il a dirigé un numéro sur Kafka (Autrement, 1996) et pris part à l'édition des œuvres d'Ismail Kadaré aux éditions Fayard.

(Source: Wikipédia)

 

L’histoire :

Le titre est emprunté au film Casablanca : c’est en se souvenant de leur idylle dans le Paris d’avant l’occupation allemande que les deux amants réussissent à continuer à vivre, à se séparer s’il le faut et à suivre chacun son propre chemin. En puisant dans ce trou de lumière. 

Avec ce livre entièrement dédié à un sentiment, celui du « merveilleux », à sa naissance et son cours à travers la vie d’un homme – la sienne –, l’auteur nous invite à le suivre dans son propre puits de lumière. 

Nous aurons toujours Paris est conçu sous forme de boucle, on passe de l’enfance avec les premières apparitions du merveilleux – que ce soit des mots « magiques », des animaux « fabuleux », des objets magnétiques ou des situations nouvelles – à ses prolongements directs à l’âge d’homme. 

Il n’est donc pas, ou très peu, question de Paris dans ces pages. 
Mais plutôt de pérégrinations et de rencontres : du Japon à l’Afrique, et de Julien Gracq à Ismail Kadaré ou Albert Cossery, quand ce n’est pas l’ombre du toujours énigmatique B. Traven. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Trouver dans l’enfance l’écho d’une émotion adulte, tel est le fil conducteur de ce roman. Conçu comme un retour aux sources il entremêle subtilement les fils d’aujourd’hui et d’hier pour que de ces combinaisons dorés naissent ou renaissent les raisons d’une attirance particulière. Quelquefois le sentiment de merveilleux connu hier « pose des lapins », d’autres fois il est au rendez-vous, si différent tant le temps a passé qu’une seconde de pause est nécessaire avant de le reconnaître. 

« Le merveilleux, l’enchantement qui renaissent chaque matin sont les neiges éternelles de l’existence. Il faut avancer dans le temps en gardant un œil obstiné sur elles, là-haut, espérant qu’elles ne disparaîtront pas dans les brumes de chaleur et qui, contrairement à celles du Kilimandjaro, elles ne fondront jamais. » (p. 97)

Entre souvenirs d’enfance, évocations de voyages, ou rencontres marquantes, Eric Faye nous plonge dans un univers proustien au charme indéniable. 

« Des nappes profondes de l’enfance, le merveilleux refait quelquefois surface un instant, par un jeu de sources et de puits cachés. L’âge d’homme, au fond, n’est souvent rien d’autre que la quête d’une explication à ces fulgurances, à ces tout petits satori qui zèbrent notre nuit et l’enchantent. » (p. 107)

« Entre le quai fantomatique et Francfort-sur-l’Oder (la frontière), l’express n’a plus jamais ralenti. Le voudrais-je, je ne pourrais pas effacer ces deux minutes de ma mémoire. En des moments rares, le temps nous surprend à glisser, par une porte dérobée, des minutes inexplicables et pourtant capitales, lesquelles, mises bout à bout, ne doivent pas totaliser plus d’une heure ou deux dans une vie entière : collier d’instants dérisoires pour tout autre sue soi mais qui donnent et redonnent envie, comme les prières récitées en suivant les grains du chapelet, de se hisser à la hauteur de soi-même. Quelques mots singuliers entendus enfant dans la conversation des grands, quelques cartes figurant les monuments d’une cité mythique, un livre qui tombe d’un rebord de table et s’ouvre à la page du 2 mai 1950, une villa blanche qui vous rappelle l’Afrique, et un vieux poste de radio, et revoilà la légende du Rosebud, le souvenir qui imprègne le présent et dont le parfum ne se dissipe jamais, et qui aide, transforme l’avenir en un jardin vivable, comme Bogart trouve al force de quitter Ingrid Bergman en lui disant, pendant que l’avion mouline du brouillard sur la piste, We’ll always have Paris. »

 

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

Rien

 

Premières phrases :

« C’était au cœur d’un automne qui ne voulait pas devenir automne, à la fin d’un été inextinguible. C’était de nouveau dans un train. A trop vouloir deviner qui va s’asseoir à côté de vous en gare, au petit matin, vous vous trompez avec obstination. »

 

D’autres avis :

Télérama

Blogs : Mango Yves  

 

Nous aurons toujours Paris, Eric Faye, Stock, février 2009, 14.50 euros

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La promesse de l’aube de Romain GARY

Publié le par Hélène

promesse de l'aube

♥ ♥ ♥

 « Je prenais encore la vie pour un genre littéraire ; » (p. 352)

 

L’auteur :

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew est un romancier français originaire de Pologne septentrionale, unique double lauréat du Prix Goncourt.

Roman Kacew est le fils de Arieh Leib Kacew et de Mina Owczynska. Kacew est le deuxième époux de la mère de Gary. Gary est élevé par sa mère après le départ de son père du foyer conjugal lorsqu'il était enfant. Gary était juif par ses deux parents.

Après la séparation des parents, Gary arrive avec sa mère en France, à Nice, à l'âge de 14 ans. Il étudie le droit à Paris. Naturalisé français en 1935, il est appelé au service militaire pour servir dans l'aviation où il est incorporé en 1938.

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres, durant la Seconde Guerre mondiale, Roman prend le pseudonyme de Gary comme nom de résistant. Décoré commandeur de la Légion d'honneur à la fin de la guerre, il embrasse la carrière diplomatique en 1945. Cette même année, paraît son premier roman L'Education européenne. Pendant sa carrière diplomatique, il écrit de nombreuses œuvres, dont le roman Les racines du ciel, pour lequel il reçoit le Prix Goncourt en 1956. Il quitte le Quai d'Orsay en 1961, après avoir représenté la France en Bulgarie, en Suisse, en Bolivie, aux Etats-Unis.

Désireux de surprendre et se renouveler, Romain Gary utilise, tôt dans sa carrière littéraire, des pseudonymes. Ainsi, publie-t-il L'Homme à la colombe, sous le nom de Fosco Sinibaldi, en 1958. Dans les années 1970, il utilise à la fois les noms de Romain Gary, de Shatan Bogat et d'Emile Ajar.

Las d'être la cible de critiques le considérant réactionnaire, du fait de son passé de diplomate gaulliste, il invente une écriture vive et drôle, à rattacher au courant post-moderniste, sous le nom de plume d'Emile Ajar. Son cousin Paul Pawlovic prête corps à cette allégorie et, en 1975, reçoit le Prix Goncourt pour La Vie devant soi. La supercherie est révélée par Romain Gary dans son œuvre posthume Vie et mort d'Emile Ajar.

Époux de l'actrice Jean Seberg de 1963 à 1970, Romain Gary est aussi lié au cinéma pour la réalisation de deux films Les Oiseaux vont mourir au Pérou (1968) et Kill (1971) ainsi que par des adaptations de ses œuvres, telles que Clair de femme (Costa-Gavras) ou La Vie devant soi (Moshé Mizrahi).

Un peu plus d'un an après le suicide de Jean Seberg (30/08/1979), il se donne la mort 108 rue du Bac. (Source : Babélio)

 

romain-gary.jpg

 

L’histoire :

 Ce récit coïncide sur bien des points avec ce que l'on sait de l'auteur des Racines du ciel, et Romain Gary s'est expliqué là-dessus : " Ce livre est d'inspiration autobiographique, mais ce n'est pas une autobiographie. Mon métier d'orfèvre, mon souci de l'an s'est à chaque instant glissé entre l'événement et son expression littéraire, entre la réalité et l'oeuvre qui s'en réclamait. Sous la plume, sous le pinceau, sous le burin, toute vérité se réduit seulement à une vérité artistique. "

Le narrateur raconte son enfance en Russie, en Pologne puis à Nice, le luxe et la pauvreté qu'il a connus tour à tour, son dur apprentissage d'aviateur, ses aventures de guerre en France, en Angleterre, en Ethiopie, en Syrie, en Afrique Equatoriale, il nous raconte surtout le grand amour que fut sa vie. Cette " promesse de l'aube " que l'auteur a choisie pour titre est une promesse dans les deux sens du mot : promesse que fait la vie au narrateur à travers une mère passionnée ; promesse qu'il fait tacitement à cette mère d'accomplir tout ce qu'elle attend de lui dans l'ordre de l'héroïsme et de la réalisation de soi-même.
Le caractère de cette Russe chimérique, idéaliste, éprise de la France, mélange pittoresque de courage et d'étourderie, d'énergie indomptable et de légèreté, de sens des affaires et de crédulité, prend un relief extraordinaire. La suprême preuve d'amour qu'elle donne à son fils est à la hauteur de son coeur démesuré.

Mais les enfants élevés par ces mères trop ferventes restent toujours, dit l'auteur, " frileux " de coeur et d'âme, et chargés d'une dette écrasante qu'ils se sentent incapables d'acquitter. Rarement la piété filiale s'est exprimée avec plus de tendresse, de sensibilité, et cependant avec plus de clairvoyance et d'humour. Et rarement un homme a lutté avec plus d'acharnement pour démontrer " l'honorabilité du monde ", pour " tendre la main vers le voile qui obscurcissait l'univers et découvrir soudain un visage de sagesse et de pitié ". (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Dans ce roman magnifique, Romain Gary rend un hommage troublant à sa mère  qui nourrissait de hauts espoirs pour lui et qu’il n’a jamais voulu décevoir. Elle l’a porté vers ce qu’il est devenu avec un dévouement et un amour inconditionnel, unique.

 « [...] Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes

.romain-gary-promesse-aube.jpg On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. » (p. 38)

 Cette mère entière et passionnée lui a aussi communiqué une vision du monde idéalisée, difficile ensuite à  mettre en adéquation avec une réalité bien moins parfaite…

 « (…) elle continua d’évoquer, avec le même sourire confiant, ce pays merveilleux qu’elle avait apporté avec elle dans son baluchon ; quant à moi, élevé dans ce musée imaginaire de toutes les noblesses et de toutes les vertus, mais n’ayant pas le don extraordinaire de ma mère de ne voir partout que les couleurs de son propre cœur, je passai d’abord mon temps à regarder autour de moi avec stupeur et à me frotter les yeux, et ensuite, l’âge d’homme venu, à livrer à la réalité un combat homérique et désespéré, pour redresser le monde et le faire coïncider avec le rêve naïf qui habitait celle que j’aimais si tendrement. 

Oui, ma mère avait du talent – et je ne m’en suis jamais remis. » (p. 45)

 Pour panser ces blessures encore bien prégnantes dans le cœur de l’auteur, il utilise un humour dévastateur pour désarmer la réalité. Ainsi, il raconte ses exploits amoureux avec décalage et bonhomie, comme cette fois où il est allé jusqu’à manger un soulier en caoutchouc pour sa bien-aimée, puis « un éventail japonais, dix mètres de fil de coton, un kilo de noyaux de cerises – Valentine me mâchait, pour ainsi dire, la besogne, en mangeant la chair et en me tendant les noyaux – et trois poissons rouges, que nous étions allés pêcher dans l’aquarium de son professeur De musique. » (p. 85)

 Il explique combien l’humour est salvateur pour lui :

  « Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. Instinctivement, sans influence littéraire particulière, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. (…) L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. » (p.160)

 Ce roman magnifique est un chant d’amour touchant et profond en souvenir de cette mère entière, passionnée par son fils, dévouée entièrement à son bonheur, cette femme unique qui a permis à Romain Gary de devenir celui qu’il est encore aujourd’hui, au-delà du temps et de la mort, un auteur classique incontournable…

 « La création littéraire  devînt pour moi ce qu’elle est toujours, à ses grand moments d’authenticité, une feinte pour tenter d’échapper à l’intolérable, une façon de rendre l’âme pour demeurer vivant. » (p.175)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les années de guerre se font plus longues : le récit se fait plus dense, plus long, plus ennuyeux, moins humoristique.

 

Premières phrases :

 « C’est fini. La plage de Big Sur est vide, et je demeure couché sur le sable, à l’endroit même où je suis tombé. La brume marine adoucit les choses ; à l’horizon, pas un mât ; sur un rocher, devant moi, des milliers d’oiseaux ; sur un autre, une famille de phoques : le père émerge inlassablement des flots, un poisson dans le gueule, luisant et dévoué. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Une éducation européenne

Autre : Le livre de ma mère de Albert COHEN

 

 

 D’autres avis :

 Blogs : Théoma  Zarline, A girl from earth, Alex, Maggie, Sylvie, Luocine... 

 

La promesse de l’aube, Romain GARY, folio, avril 1973, 7.50 euros

 

12 d'Ys 

  catégorie : Classiques français

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Quand reviennent les âmes errantes de François CHENG

Publié le par Hélène

                                           quand reviennent les âmes errantes

 

  « Toute vie est à refaire

A refaire et à réinventer

Ecoutez, un rossignol chante ! » (p. 154)

 

L’auteur :

 Né en 1929 dans la province de Shandong, François Cheng vit en France depuis 1949. Universitaire, poète, calligraphe, traducteur en chinois de Baudelaire, Rimbaud, René Char, des surréalistes, etc., il est l’auteur de nombreux livres dont, aux éditions Albin Michel, Le Dit de Tianyi (prix Femina), L’Éternité n’est pas de trop ou Cinq méditations sur la beauté. Il a également reçu le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son oeuvre en 2001. Il a été élu à l’Académie française le 13 juin 2002.

 

Quatrième de couverture :

Dans une forme éminemment originale, François Cheng signe là un drame épique où le destin humain, avec toute la complexité des désirs qui l’habitent, se dévoile comme dans les tragédies antiques.

Quand reviennent les âmes errantes, un mystérieux échange se noue, et toute la vie vécue, extrêmes douleurs et extrêmes joies mêlées, se trouve éclairée d’une lumière autre, revécue dans une résonance infinie.

 

Ce que j’ai aimé :

Quand le destin de Chun-niang, « Dame du printemps » croise celui de deux hommes entrés dans sa vie par hasard, Gao Jian-li devenu maître de zhou, cet instrument à cordes proche de la cithare et Jing Ko, mercenaire devenu chevalier, tout l’ordre du monde et de leurs âmes s’en trouve tourmenté. Dans cette ère de la fin du IIIème siècle avant JC, leur amitié triangulaire ne pourra s’épanouir pleinement, heurtée de plein fouet par la vie tourmentée de leur pays.

 « L’ordre antique a fini par s’effondrer, la longue dynastie des Zhou a rendu l’âme. Voici que la vaste terre de Chine se divise en de multiples royaumes rivaux. (…) Partout règnent la violence, le désordre, l’arbitraire, l’injustice. » (p. 11)

 Comme dans les tragédies grecques, cœur et raison vont s’affronter, sans d’autre issue possible que la mort. Jing  Ko va être appelé à jouer un rôle déterminant dans cette lutte continuelle entre les royaumes chinois.  La passion des hommes va le mener vers la mort, cette mort qui permettra peut-être, enfin, la communion des âmes…

 « L’âme ? C’est bien par elle que la vraie beauté d’un corps rayonne, c’est par elle qu’en réalité les corps qui s’aiment communiquent. » (p.123)

 « La grande affaire pour un artiste, j'en suis persuadé maintenant, c'est d'entendre et de donner à entendre l'âme qui l'habite et qui résonne de fait à l'âme cachée de l'univers. » (p 46)

 L’histoire –vraie- de ces trois protagonistes éclaire cette époque tourmentée de l’histoire chinoise.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, le récit de François Cheng n’est qu’une pâle copie des tragédies grecques et le style offert ici reste plat et insignifiant.  Les interrogations tintent faussement à l’oreille du lecteur, accumulant les clichés en des questions existentielles frôlant le ridicule :

 « O mystère ! Qui sommes-nous ? Où sommes-nous » (p. 72)

« Quelle est cette énigmatique force du désir qui nous ballotte, nous pulvérise ? Et vers quel Au-delà ? » (p.72)

 « Orgueil, ambition, ivresse du pouvoir absolu, tout cela habite l’homme, le pousse à la folie. L’humain devient inhumain, et l’inhumain monstrueux. La violence engendrant la violence, celui qui vit de la terreur périt par elle. »  (p. 137)

 Quand reviennent les âmes errantes jette de la poudre aux yeux du lecteur sans parvenir aucunement à l’éblouir…

 

Premières phrases :

 « En ce bas monde, en ce très bas monde, tout est vicissitude, tout est transformation. Le livre des Mutations l’a démontré, les Anciens nous l’ont dit : « Tous les cinquante ans, petit changement ; tous les cinq cent ans, grand chambardement. » »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Cinq méditations sur la beauté

Autre : Electre de Jean GIRAUDOUX

 

D’autres avis :

 Presse : Le figaro 

 

 Quand reviennent les âmes errantes : drame à trois voix avec chœur, François Cheng, Albin Michel, mars 2012, 166 p., 14 euros

 ChallengeDragonFeu 

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A l’angle du renard de Fabienne JUHEL

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 L’auteur :

 Fabienne Juhel a grandi dans la campagne bretonne près de Saint-Brieuc, au milieu des bois, entourée de plumes, d'animaux sauvages et de mégalithes.

Elle obtient son doctorat de Lettres en 1993 avec une thèse sur le poète des Amours jaunes, Tristan Corbière ; publie des articles dans la revue Skol Vreizh.

En 1995, elle est nommée commissaire de l'exposition qui célèbre la naissance du poète, et est chargée, en 2006, du contenu du site officiel Tristan Corbière par la ville de Morlaix.

Elle enseigne les Lettres dans un lycée dans les Côtes-d'Armor, après avoir été chargée de cours à l'Université de Rennes 2. À la demande du littéraire.com, elle a fait paraître en ligne une nouvelle intitulée ...Comme une image dans le cadre de la manifestation « Lire en fête 2005 ».

La Verticale de la lune, son premier roman, a paru chez Zulma en août 2005. Le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2009 parrainé par la Caisse d’Epargne Bretagne Pays de Loire a été attribué à Fabienne Juhel pour À l’angle du renard (Rouergue, 2009). (Source : Babélio)

 

L’histoire :

" Le Rigoleur, c'est mon nom de famille. Le Rigoleur avec la particule, petite noblesse bretonne oblige. Le Rigoleur, oui, mais pas rigoleur pour deux sous. Qu'est-ce qui me ferait rire, hein ? Est-ce que j'ai une tête à rigoler ? Tiens, ça se saurait si l'habit faisait le moine. " Paysan breton, Arsène Le Rigoleur est ancré à sa terre et à ses secrets. Gare à celui qui ira fouiner sur son territoire et dénicher de vieilles histoires. Des gens de la ville, les Maffart, s'installent dans la métairie voisine, une belle ferme rénovée du XVIIe siècle. Comme ça va être bon, pour les deux gamins, de grandir à la campagne. Mais quand on ne connaît rien à la lune rousse et aux pièges à renard, mieux vaut se tenir à l'écart du Rigoleur et de sa tanière. (Quatrième de couverture)

 

Mon avis :

Où nous faisons la connaissance d’un drôle de bonhomme Arsène le Rigoleur, et si au début on le trouve drôle avec ses préceptes de paysan (« Quand la lune est rousse, il ne faut pas oublier de rentrer son linge. Tout le monde sait ça. Eh bien apparemment pas la nouvelle voisine »), on s’aperçoit bien vite que ce n’est pas un rigolo. Plutôt un taciturne qui cache dans son pelage des histoires lourdes de signification… Et malgré tout, on finira par s’attacher à ce bonhomme bougon toujours sur le fil entre l’homme et l’animal.

C’est un roman très original que nous offre Fabienne Juhel, un roman bien écrit qui instille délicatement de la poésie et du sentiment dans ces fermes arides du fin fond de la Bretagne.

Une très belle découverte.

 

Premières phrases :

« C’est ici qu’il se terre. Non loin des hommes qu’il fréquente à distance, entre chien et loup.

Il a toujours habité ici, dans ce bois, après le village, sur cette butte qu’on appelle Le Tertre. Sans doute parce qu’il y est né. Ça aurait pu être un autre bois, plus au sud, sous un meilleur climat, ça aurait été pareil ; il n’aurait pas bougé. Aucun danger. Est-ce qu’on demande à un arbre d’aller planter son fût ailleurs ? Est-ce que ces choses-là sont mêmes possibles ? »

 

D’autres avis :

Clara ; Papillon ; Ys ;  Cathulu 

 

A l’angle du renard, Fabienne Juhel, Le Rouergue, 2009, 234 p., 17.30 euros

Prochainement en POCHE : A l’angle du renard, Fabienne Juhel, Actes Sud, août 2012, 7.50 euros

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La part manquante de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

                                    part manquante

 ♥ ♥

"Il y a, dans l'air chaud, comme un orage qui s'annonce, comme un amour qui s'avance." (p. 84)

 

 L'auteur :

Christian BOBIN est un écrivain français contemporain, auteur de "fragments", des textes en prose poétiques. Il a connu le succés à partir de 1991 avec Une petite robe de fête.

 

Ce que j'ai aimé :

Ceux qui apprécient le charme de Christian Bobin savent que la beauté de ses pages est indéfinissable, elle ne se laisse pas appréhender par des mots tant elle est aérienne et volatile.

Dans ces douze nouvelles, il nous parle d'amour, de solitude, d'enfance, d'écriture, de lecture : 

"Lire c'est s'apprendre soi-même à la maternelle du sang, c'est apprendre qui l'on est d'une connaissance inoubliable, par soi seul inventée. L'enfance tourne avec les pages." (p.23)

"On pourrait recenser les livres suivnat l'embarras d'en parler. il y a ceux engorgés de pensée, de savoir. Tous ces livres ensablés dans l'eau morte des idées. les gens qui vous en parlent vous sont très vite insupportables. Même quand ils lisent beaucoup ils ne lisent pas : ils confortent leur intelligence. Ils font fructifier leur or. Et il y a les livres que l'on ne sait pas dire, à peine montrer du doigt, comme la première étoile dans le ciel mauve." (p. 43)

"Nos attitudes devant la vie sont apprises durant l'enfance, et nous écoutons le chant des lumières comme un nouveau-né entend un bruit de source dans son coeur. Nos attitudes devant l'amour sont enracinées dans l'enfance indéracinable, et nous attendons un amour éternel comme un enfant espère la neige qui ne vient pas, qui peut venir." (p. 76)

La magie agit alors, comme par miracle ...

 

 Ce que j'ai moins aimé :

Les allusions à Dieu sont un peu trop présentes à mon goût...

 

Premières phrases :

"Elle est seule. C'est dans un hall de gare, à Lyon Part-Dieu. Elle est parmi tous ces gens comme dans le retrait d'une chambre. Elle est seule au milieu du monde, comme la vierge dans les peintures de Fra Angelico : recueillie dans une sphère de lumière. Eblouie par l'éclat des jardins. Les solitaires aimantent le regard." 

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  Les ruines du ciel 

Autre :  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas VINAU

 

La part manquante, Christian Bobin, Gallimard Folio, 4.20 euros

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Ils ne sont pour rien dans mes larmes d’Olivia ROSENTHAL

Publié le par Hélène

ils ne sont pour rien dans mes larmes

 ♥ ♥ ♥

  « Le cinéma ouvre à une liberté qui est sans lieu, sans paroles, sans voix, c’est un véritable espace intérieur. » (p. 49)

 

L’auteur :

 Olivia Rosenthal a publié six récits (tous aux éditions Verticales) qui mettent aux prises des personnages obsessionnels, inquiets, décalés, avec un monde dans lequel ils ne se reconnaissent jamais tout à fait. Mes petites communautés (1999), Puisque nous sommes vivants (2000), L’Homme de mes rêves (2002) ou Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite (2005) s’attachent aux formes étranges que prend la pensée d’un personnage quand, incertain de son identité, il est entièrement laissé à lui-même.

Olivia Rosenthal a également expérimenté des formes d’écriture plus directement adressées : fictions radiophoniques ou pièces de théâtre. Sa première pièce de théâtre Les Félins m’aiment bien éditée chez Actes Sud-Papiers a été mise en scène par Alain Ollivier au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis en 2005. Depuis elle a écrit deux autres pièces et travaille actuellement sur la part d’oralité que toute écriture recèle.
C’est dans cet esprit qu’elle s’est engagée dans des performances où elle dit en direct et en son nom propre des textes humoristiques, grinçants et décalés sur nos folies ordinaires. Ces textes écrits pour la scène en collaboration avec cinéastes, écrivains ou plasticiens, ont été présentés dans divers lieux artistiques et festivals (Lieu Unique à Nantes, festival des Intranquilles aux Subsistances, Ménagerie de Verre à Paris ou prochainement festival « Court toujours » à la Scène nationale de Poitiers).

Dans le cadre de ce travail qui associe l’écriture à des formes de lectures en direct, elle s’est engagée dans un projet sur l'« architecture en paroles ». Le premier volet est un récit-fiction réalisé pour le 104 : Viande Froide, aux éditions Lignes. Dans cette série toujours, elle a également publié Les Lois de l’hospitalité chez Inventaire-Invention.

Elle propose en mars 2012, dans la collection Minimales, Ils ne sont pour rien dans mes larmes, un récit morcelé qui explore les différentes relations, intenses et intimes, des personnages à leur film préféré. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

« Quel film a changé votre vie ? » C’est la question simple et vertigineuse que pose ce livre. Pour y répondre, quatorze voix singulières racontent comment le cinéma est entré par effraction dans leur existence. C’est un livre sur tous ceux qui fréquentent les salles obscures pour se rassurer, pour oublier, pour se divertir, pour comprendre, pour avoir peur. On y rencontre des acteurs, des couleurs et des sons, des histoires de famille, des exemples à suivre, des motifs de rupture, toute une intimité avec des images souvent anciennes qui, passées au crible de la mémoire, continuent à hanter nos esprits et nos corps.

On y apprend que l’art n’est pas nécessairement coupé de la vie et on se dit que c’est une information à retenir.  (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Les quatorze personnages qui s’expriment en ces pages ont un lien viscéral très fort avec le cinéma, ou à tout le moins, avec un film vu un jour un peu par hasard. Qu’il soit une claque monumentale, un miroir de nos émotions, qu’il offre une réponse à certaines questions et éclaire des zones d’ombre, qu’il densifie la vie, le film évoqué a laissé une marque indélébile chez le personnage qui en parle. Comme s'il s'était adressé directement à eux, par des voies mystérieuses :

 « Les enfants imaginent que leur père a quelque chose à leur dire. Ils imaginent que leur père n’arrive pas à le leur dire. Ils imaginent que le cinéma dira quelque chose à la place de leur père, que chaque film est une grande histoire parlée qui leur est directement adressée. Au lieu de regarder les images, ils écoutent et écoutent encore comme s’ils entendaient enfin la voix de leurs parents. » (p. 29)

 Le texte regorge d'aphorismes, de phrases lumineuses qui sonnent et résonnent en nous, lecteurs et spectateurs :

 « Quand on est habité par l’art cinématographique, on est plus fort que ses échecs, on croit qu’on pourra par sa seule générosité plier le monde à son désir. » (p. 41)

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Rouge de Krysztof KIESLOWSKI

Tout spectateur se souvient lui aussi d'une osmose parfaite entre lui et un film, il garde en lui la puissance d'une réplique, la force de larmes, la délivrance d'un rire. En cela, ce petit livre sans prétentions émeut profondément le lecteur et lui rappelle la force de cette émotion perdue. Olivia Rosenthal elle-même évoque dans une scène finale avec humour et sensibilité ses propres réactions devant Les parapluies de Cherbourg :

 « La première fois que je vois ce film

En compagnie de mon seul et unique amour

Et d’un couple d’amis

Je pleure tellement

Que je n’ose pas me lever

Ni regarder autour de moi

Ni parler

Et que je reste collée à mon fauteuil

Tête baissée

En faisant semblant d’être très occupée

A chercher quelque chose

Que je n’arrive pas à retrouver.

(…)

Avouer qu’on ne cherche pas ses clefs

Sous les fauteuils d’orchestre du dernier rang

Mais juste qu’on se cache

Pour pleurer

C’est sans doute pénible

Mais ça a l’avantage

D’être clair

Bien qu’à la vérité ça ne permette pas d’élaborer

Une analyse précise et poussée

Des raisons pour lesquelles on est à ce point-là

Affectée. » (p.100)

  parapluies-de-cherbourg-1963-10-g

Ce que chante Olivia Rosenthal à travers ces personnages n’est pas simplement un hymne au cinéma, mais bien un hommage poignant à la culture, à l’art qui transcende le réel pour mieux le pénétrer et l’imprégner. Cet art influe sur nos vies et dessine des trajectoires dans des destins humains, il est finalement indissociable de la vie même tant les fils qui tissent les fictions et la réalité sont entremêlés…

 

 Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

« J’ai le vertige.

Depuis que ma sœur s’est jetée par la fenêtre, j’ai le vertige.

Quand on se jette du septième étage d’un immeuble parisien, sans matériel particulier pour freiner sa chute, on le fait pour mourir.
Parachutes, deltaplanes, ballons, corde, mousquetons, aile, cape, filets, toiles, tapis, matelas
les moyens ne manquent pas d’éviter le pire
si donc on n’utilise pas tous les moyens pour survivre, c’est qu’on se jette pour mourir.

Je me penche, je vacille, je bascule, je lâche, je plonge, je me renverse, je chute, je tombe, je cogne, je percute, je me heurte, je me brise, je m’endommage, je me fracture, je me fracasse, je m’ouvre, je me défais, je me disloque, je me déchire, je me désagrège, j’éclate. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Que font les rennes après Noël

Autre : Nous aurons toujours Paris de Eric FAYE

 

D’autres avis :

Presse : Magazine littéraire  Télérama  L’express  

Blogs : Les 8 plumes  Antigone  

 

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal, Verticales, mars 2012, 109 p., 11.50 euros

 dialogues-croises

 

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Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

                                          dans les forets de sibérie

  ♥ ♥ ♥

« La forêt resserre ce que la ville disperse. » (p. 43)

   

 L’auteur :

 Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l'Asie centrale, qu'il parcourt inlassablement depuis 1997. Il s'est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L'Axe du loup (Robert Laffont). De lui, les Éditions Gallimard ont déjà publié Une vie à coucher dehors (2009) et, avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis, Haute tension (2009). (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

  Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.

  J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
  Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
  Je crois y être parvenu.
  Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
  Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
  Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
  Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

L'expérience que tente l'auteur est fascinante et tout un chacun happé dans une vie urbaine envahissante a sans doute rêvé à un moment ou un autre de se retirer loin du monde pour méditer et faire connaissance avec soi-même...

 « Il fait -33°. Le camion s’est fondu à la brume. Le silence descend du ciel sous la forme de petits copeaux blancs. Etre seul, c’est entendre le silence. Une rafale. Le grésil brouille la vue. Je pousse un hurlement. J’écarte les bras, tends mon visage au vide glacé et rentre au chaud.

J’ai atteint le débarcadère de ma vie.

Je vais enfin savoir si j’ai une vie intérieure. » (p. 36)

L'auteur insiste sur la fulgurance de l'expérience qui atteint une intensité libératrice inimaginable :

  « J’ai avalé presque tout Jack London, Grey Owl, Aldo Leopold, Fenimore Cooper et une quantité de récits de l’école du Nature Writing américain. Je n’ai jamais ressenti à la lecture d’une seule de ces pages le dixième de l’émotion que j’éprouve devant ces rivages. Je continuerai pourtant à lire, à écrire. » (p. 55)

Ses journées se trouvent tout à coup vidées du temps, ce qui lui permet de fonder un autre espace-temps : il redécouvre le monde et le réinvente.

« Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j’apprends la contemplation. Le meilleur moyen pour se convertir au calme monastique est de s’y trouver contraint. S’asseoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir. » (p. 43)

  

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 « L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on en sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. » (p. 72)

Loin de lasser le spectateur passif de l'isolement du narrateur, le ton de son récit teinté d'humour réhausse encore les qualités de son texte :

« « Moins on parle et plus on vivra vieux. » dit Youri. Je ne sais pourquoi mais je pense soudain à Jean-François Copé. Lui dire qu’il est en danger. » (p. 71)

 De plus, Sylvain Tesson n'est jamais isolé très longtemps : il reçoit de nombreuses visites des autochtones, et surtout il est entouré des auteurs à qui il a proposé le voyage, des philosophes, des aventuriers comme lui, des poètes, des hommes -principalement- qui ont nourri des réflexions sur la solitude, sur la vie avec les autres, sur le monde et notre raison d'être à travers lui...

 Dans les forêts de Sibérie est un récit passionnant  nourri de réflexions qui permettent d'éclairer la nuit de ceux qui perdent progressivement le rapport au monde...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 La fin marque le retour à la civilisation mais nous n'avons aucune indication sur la façon dont se passe ce retour... Qu'a-t-il tiré de son expérience, cela a-t-il changé sa façon de vivre en ville, l'homme peut-il profiter du temps qui passe et de la beauté du monde même s'il est englué dans le quotidien d'une vie trépidante... Autant de questions auxquelles le lecteur aimerait avoir des réponses... Peut-être est-ce prévu dans un prochain tome ?

 

Premières phrases :

« Je m’étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois.

Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de routes d’accès, parfois, une visite. L’hiver, des températures de -30°C, des ours sur les berges. Bref, le paradis. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Une vie à coucher dehors de Sylvain TESSON

Autre : Indian creek : un hiver au coeur des Rocheuses de Pete FROMM

 

D’autres avis :

Blogs : Papillon , Mango , Violette ; Jérôme

Presse :L’Express , Télérama

« L'homme face à la nature… Un livre beau, sobre et dépouillé d'emphase. »

Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur

« Une expérience radicale, un texte magnifique. »

Christophe Ono-Dit-Biot, Le Point

« Peut-être le plus brillant de nos écrivains voyageurs. »

Jérôme Dupuis, L'Express

« Sylvain Tesson avance pour savoir ce qu'il a dans le ventre. »

Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche

« Un livre magnétique. »

Florent Georgesco, Le Monde

« Des sensations inédites, un récit précis et poétique. »

Pauline Delassus, Paris Match

 

Dans les forêts de Sibérie, Février-Juillet 2010, Sylvain Tesson, Gallimard, septembre 2011, 288 p., 17,90 euros

 

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Quelques uns des livres que l'auteur emporte avec lui dans sa cabane :

  

La Ferme africaine, Karen Blixen
Noces, Camus
La chute, Camus
De sang-froid, Truman Capote
Histoire de ma vie, Casanova
Eva, James Hadley Chase
Au cœur du monde, Cendrars

 Vie de Rancé, Chateaubriand

Romans de la Table ronde, Chrétien de Troyes
 Typhon, Conrad
Le poète, Michael Connelly
L’Amant de Lady Chatterley, D.H.Lawrence
Gilles, Drieu la Rochelle
Robinson Crusoé, Daniel Defoe
Un taxi mauve, Déon
Le Mythe de l'éternel retour, Mircea Eliade
American Psycho, B.E.Ellis
Lune sanglante, James Ellroy
Un théâtre qui marche, Philippe Fenwick

Indian Creek, Pete Fromm

La Promesse de l’aube, Romain Gary

 Le Chant du monde, Giono
Elegie de Marienbad, Goethe
Vingt-cinq ans de solitude, John Haines

 Moisson rouge, Dashiell Hammett

Nouvelles complètes, Hemingway
Traité du désespoir, Kierkegaard
L'Insoutenable légèreté de l'être, Kundera
Les hommes ivres de Dieu, Lacarrière
Tao-tö-King, Lao-Tseu
Des pas dans la neige, Erik L'homme
De la nature, Lucrece
Traité de la cabane solitaire, Marcel
Le Pavillon d'Or, Mishima
Fouquet, Morand
Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche
La Dernière frontière, Grey Owl
Des nouvelles d'Agafia, Peskov
Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau
La philosophie dans le boudoir, Sade
Odes, Segalen
Le Songe d'une nuit d'été, Shakespeare
Walden, Thoreau
 Vendredi, Michel Tournier
Feuilles d'herbe, Whitman
L'Œuvre au noir, Marguerite Yourcenar
Les Mille et Une Nuits
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La princesse de Clèves de Madame de LA FAYETTE

Publié le par Hélène

princesse de clèves

♥ ♥

 

"J'avoue que les passions peuvent me conduire ; mais elles ne sauraient m'aveugler." (p. 174)

 

L'auteur :

 

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, plus connue sous le nom de Madame de La Fayette, est une femme de lettres française. Elle est née le 18 mars 1634 à Paris, morte le 25 mai 1693. Elle a écrit le premier roman historique français, La Princesse de Clèves, souvent considéré comme le premier roman moderne. (Source : Babélio)

 

L'histoire :

 

À la cour du roi Henri II, une jeune femme ignorante du monde et élevée selon une morale stricte, fait un mariage de convention avec le prince de Clèves avant d’éprouver auprès de M. de Nemours les ravages de la passion amoureuse.

Tenant à la fois des mémoires, du roman baroque et du roman héroïque, La Princesse de Clèves est au confluent de plusieurs genres. Cette œuvre inclassable, à la fois roman et nouvelle, fonde le roman psychologique moderne. (Présentation Hatier)

 

Ce que j'ai aimé :

 

La princesse de Clèves est le récit d’un amour tragique : tragique pour la princesse elle-même parce que cet amour lui est interdit puisqu’elle ne peut s'y livrer sans trahir son mari. Mais tragique aussi pour le prince de Clèves, homme dévoré par la jalousie que sa femme a provoquée malgré elle en lui avouant sincèrement ses sentiments envers le duc de Nemours.

 

"Adieu, Madame, vous regretterez quelque jour un homme qui vous aimait d'une passion véritable et légitime. Vous sentirez le chagrin que trouvent les personnes raisonnables dans ces engagements, et vous connaîtrez la différence d'être aimée, comme je vous aimais, à l'être par des gens qui, en vous témoignant de l'amour, ne cherchent que l'honneur de vous séduire." (Tome IV)

 

Le conflit entre désir et raison imposée par la morale est au cœur du roman, et en transcendant ses aspirations passionnées, la princesse devient un modèle de vertu, un modèle de liberté, et bien plus encore :

 

« Elle sait quels désastres apportent dans la vie d'une femme une passion illégitime, de quel prix il faut payer certaines joies interdites. Elle sait aussi à quelles humiliations elle s'exposerait, dans quels enchaînements de mensonges elle serait entraînée. Son honneur pas plus que sa raison ne lui permettent de faiblir. (...) Il est beau de n'attendre rien de la vertu, ni les récompenses de l'au-delà, ni les satisfactions de la conscience, ni la considération mondaine : rien que la vertu même, si ce mot signifie la dignité habituelle des pensées et de la conduite, la maîtrise de soi, l'intégrité du caractère." (Préface d’Antoine Adam)

 

La tragédie s’étend bien au-delà des seules barrières maritales : quand la princesse sera libre d’avouer ses sentiments au duc de Nemours, elle s’y refusera.  Elle ne veut pas pervertir l'amour qu'elle ressent pour le duc. En y cédant, elle se heurterait à son affaiblissement progressif, à son usure inéluctable, à sa déchéance. Elle vit une passion absolue avec ce qu'elle induit : renoncement et mort, comme dans les tragédies antiques. Choisir la raison c'est construire une vie sans imprévu, monotone, mais choisir la passion est synonyme de douleur et d'aliénation. Pour Madame de La Fayette, tout bonheur est impossible.

 

Le roman peint avec minutie la force des apparences à la cour, la dissimulation constante nécessaire à sa survie dans un monde factice, univers de l’artifice par excellence. Chaque parole, chaque action se doit d’être mesurée, soupesée…  La sincérité de la princesse, somme toute très morale, perdra le prince qui aurait préféré rester dans l’ignorance des sentiments de sa femme adorée.

 

La princesse de Clèves est un roman classique dont l'objectif est de "viser l'essence de l'être humain, la connaissance des valeurs universelles et non conjoncturelles." En cela il  est atemporel, et permet au lecteur de tous les siècles de s'interroger sur des sujets divers afin d'esquisser un semblant de réponse. Les multiples ramifications offertes par la lecture des oeuvres classiques forment l'esprit et le coeur du lecteur moderne bien plus sûrement que la frivolité d'une existence sans art...

 

La beauté de ce roman, la nouveauté du sujet à l'époque et sa façon de manier la morale en feront l’ancêtre du roman moderne.

 

Ce que j'ai moins aimé :

 

Quelques passages plus rebutants concernant les intrigues annexes, sentimentales et politiques.

 

Premières phrases :

 

"La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants."

 

La polémique liée à Nicolas Sarkozy:

 

L’express :

 

La princesse de Clèves défie le président

Par Debril Laurence et Mandonnet Eric et , publié le 26/02/2009 à 18:40

A force de se moquer d'elle, Nicolas Sarkozy en a fait un signe de ralliement contre lui. La princesse de Clèves, première opposante de France?

C'est une liaison ancienne, entamée sur les bancs du lycée, et qu'il ne parvient pas à oublier. L'aurait-elle fait trop souffrir? La princesse de Clèves n'appartient plus seulement à Mme de La Fayette; elle forme désormais avec Nicolas Sarkozy un couple aussi inattendu qu'emblématique. Le président y est pour beaucoup, qui n'a que son nom à la bouche. Pendant la campagne, il la moquait presque autant que son adversaire socialiste. Comme ce 23 février 2006, à Lyon, devant des militants UMP: "L'autre jour, je m'amusais [...] à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle!" 

Son obsession ne le quittera pas après son arrivée à l'Elysée. Le chef de l'Etat l'évoque à nouveau, le 4 avril 2008, lors d'un discours sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l'Etat, en défendant "la possibilité pour quelqu'un d'assumer sa promotion professionnelle sans [...] réciter par coeur La Princesse de Clèves". Lors d'une rencontre organisée par la Ligue de l'enseignement, en juillet 2008, il trouve encore le moyen d'y faire référence. Il lui arrive même d'en parler sans prononcer son nom, dans une allusion limpide, comme dans cette interview à 20 Minutes, en 2007: "Le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si, au bout, il y a 1 000 étudiants pour deux postes [...]. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes." 

La princesse de Clèves est devenue le symbole de la résistance à la rentabilité.

A la longue, La Princesse revisitée par le président blesse le coeur des lettrés. Ils organisent la riposte, du réalisateur Christophe Honoré, qui affirme avoir tourné son dernier long-métrage, La Belle Personne, afin "d'apporter un démenti en forme de film", aux enseignants, prompts dorénavant à organiser des lectures publiques de l'oeuvre dans les rues de Paris, d'Avignon et de Montpellier. "Nous croyons que sans la complexité, la réflexion et la culture la démocratie est morte", explique Sophie Rabau, maître de conférences à Paris III, organisatrice de la représentation parisienne. "On veut nous obliger à ne nous intéresser qu'à des choses rentables, qui amélioreront la compétitivité française, s'agace Christine, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques. Mais ce n'est pas comme cela qu'on fait évoluer une société! L'université, c'est aussi le lieu de la beauté et pas forcément de la performance, de la pensée et pas toujours de la rentabilité..." 

La Princesse de Clèves n'est plus aujourd'hui le premier roman moderne de la littérature française. C'est devenu à la fois un symbole -l'inutile a-t-il encore le droit à l'existence?- et une attaque contre la personne même du président, caricaturé en être inculte. "Nicolas Sarkozy a seulement voulu souligner le fossé entre les programmes des concours et la réalité quotidienne des gens, explique l'un de ses conseillers. Ceux qui le critiquent manquent-ils à ce point d'humour pour prendre cette histoire au premier degré?" L'Elysée n'a toutefois pas pris l'affaire complètement à la légère. Quelques touches de culture, d'une visite d'exposition à une soirée à la Comédie-Française, sont venues distraire l'agenda présidentiel. Plus que jamais, la princesse de Clèves aura montré à quel point elle pouvait être précieuse... 

A lire aussi : Le Monde, 24 heures philo

 Vous aimerez aussi :

   Le scandale de la saison de Sophie GEE

 

La princesse de Clèves, Madame de la Fayette, plusieurs éditions disponibles.

 A découvrir aussi ici : http://lettres.ac-rouen.fr/francais/tendre/cleve1.html

 

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Lambeaux de Charles JULIET

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 « Et tu sais qu’en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu’elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie. » (p. 155)

 

L’auteur :

 Charles Juliet est né en 1934 à Jujurieux (Ain). À trois mois, il est placé dans une famille de paysans suisses qu’il ne quittera plus. À douze ans, il entre dans une école militaire dont il ressortira à vingt, pour être admis à l’École de Santé Militaire de Lyon. Trois ans plus tard, il abandonne ses études pour se consacrer à l’écriture. Il travaille quinze ans dans la solitude avant de voir paraître son premier livre (Fragments préfacé par Georges Haldas). Il vit à Lyon.
Une nouvelle édition en format poche de L'Autre faim aux éditions POL est prévue pour décembre 2011.
En janvier 2012 paraîtra Hadewijch d'Anvers, une femme ardente, dans la collection " Sagesses " de Points.
Charles Juliet prépare pour les éditions P.O.L une anthologie de ses poèmes et le prochain tome de son Journal.

 L’histoire :

Lambeaux est un récit autobiographique dans lequel Charles Juliet évoque sa mère qu’il n’a pas connue – morte de faim après huit ans d’enfermement abusif en hôpital psychiatrique – et le rôle que, malgré cette absence, ou à cause de cette absence, elle a joué dans sa vie d’homme et dans sa formation d’écrivain.
Dans un second temps, il nous relate son parcours : la famille adoptive, l’enfance paysanne, l’école d’enfants de troupe, puis les premières tentatives d’écriture, lesquelles vont progressivement déboucher sur une toute autre aventure : celle de la quête de soi. Une descente aux enfers sera le prix à payer pour qu’un jour puisse éclore la joie grave et libératrice de la seconde naissance.
Dans cette démarche obstinée il trouve la force de se mesurer à sa mémoire pour en arracher les moments les plus enfouis, les plus secrets, et les plus vifs. L’auteur devient son propre historien et nous livre un texte « pour finir encore ». (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Charles Juliet nous offre le portrait émouvant d’une mère idéaliste exceptionnelle aux aspirations quasi philosophiques et qui ne peut pas se contenter d’une vie commune banale. Elle se trouve dans l’incapacité d’exprimer son mal-être et sombrera peu à peu, enfermée en elle-même.

 « Toujours en toi cette nostalgie de tu ne sais quoi, ce besoin incoercible d’une vie dégagée de toute entrave une vie libre et riche, vaste, intense, une vie où ne règneraient  que bonté, compréhension et lumière. » (p. 72)

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« T’enfuir… marcher sans fin sur les routes… aller là où tout pourrait recommencer…là où tu ne connaîtrais plus ni la peur ni l’angoisse ni la honte… là où les humains vivraient dans la concorde, n’auraient pour leurs semblables que respect, attention, bonté… là où peut-être le temps ni la mort n’existeraient plus… là où la vie ne serait que joie, bonheur, félicité… Mais  ces rêves et ces divagations sont de courte durée, car la réalité est là, que tu ne saurais oublier. Alors une lourde mélancolie s’empare de toi. Ce que tu ressens et penses est comme amorti, la vie ne te traverse plus, semble s’écouler ailleurs, et il n’est rien qui puisse te tirer de ta désespérance.» (p. 76)

 « Heures merveilleuses des voyages immobiles ! Tu lisais un poème, méditais en contemplant la reproduction d’une toile, dialoguais avec un philosophe de l’Antiquité, et le temps ainsi que tout ce qui t’enténébrait se trouvaient instantanément abolis. Tu rencontrais là ce qui en toi reposait encore dans des limbes, et tu vivais des heures exaltées à sentir que tu t’approchais de la source. Ces hommes et ces femmes dont les œuvres t’ont aidé à te mettre en ordre, dénuder ton centre, glisser parfois à la rencontre de l’impérissable, de quel profond amour tu les as aimés. » ( p. 148)

 

Il ne s’agit pas ici d’établir une véritable biographie, mais plus d’évoquer des états de conscience, de peindre la vie intérieure dense de ces femmes. Les lambeaux de pensée s’ajoutent les uns aux autres pour faire revivre ces mères essentielles. L’écriture permet d’approcher au plus près la magie de l’enfantement.

« En écrivant, se délivrer de ses entraves, et par là même, aider autrui à s’en délivrer. Parler à l’âme de certains. Consoler cet orphelin que les non-aimés, les mal-aimés, les trop-aimés portent en eux. Et en cherchant à apaiser sa détresse, peut-être adoucir d’autres détresses, d’autres solitudes. » (p. 124)

Un très bel hommage rendu à ces mères dévouées et au pouvoir rédempteur de l'écriture...

 Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien

 Premières phrases :

 « Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit la lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée. »

 Vous aimerez aussi :

 Le livre de ma mère de Albert COHEN

 

POCHE : Lambeaux, Charles Juliet, Folio, avril 1997, 5.95 euros

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L’enchantement des lucioles de Valérie TORDJMAN

Publié le par Hélène

                                                  enchantement_des_lucioles.jpg

  ♥ ♥

« Qu’est-ce que la photographie sinon des filets à papillons démaillés qui laissent passer la lumière intermittente du réel ? » (p.110)

 

 L’auteur :

 Valérie Tordjman est née en 1960 et vit à Paris. Après des études d'histoire de l'art et d'esthétique, elle a travaillé pour le ministère de la Culture, le Centre national de la photographie et la Caisse des Monuments historiques. Elle est l'auteur de L’Atelier anthropophage (Belfond, 2002), La Pornographie de l'âme (Le Passage, 2004) Médor & Diego (Le Passage, 2006), Une fraction de seconde (Le Passage, 2008),

et Le Jour d’avant (Le Passage, 2010).

 

L’histoire :

Vers 1850, pour rejoindre son époux à la manufacture hollandaise de Nagasaki, Alexandra Van Polder brave les océans et les convenances. Avec elle, débute la saga océanique des Polder.

Entre le Japon et l’Amérique, c’est le choc de l’Ancien et du Nouveau Monde, des histoires d’hommes qui domptent les mers et de femmes qui se jettent à l’eau par amour, une merveilleuse alchimie d’image et de magie qui se rejoignent par-delà le temps et les océans jusqu’à Sarah, son arrière-arrière-petite-fille.
Et à travers ces êtres de chair et de passions : l’odeur du rivage, le bruissement de la soie, l’arrivée des immigrants sur l’île de Manhattan, la construction du Brooklyn Bridge et partout, d’un continent à l’autre, d’un siècle à l’autre, de l’eau, l’eau primordiale, miroitante, dangereuse. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Valérie Tordjman nous convie dans un univers mouvant, fluctuant, au sein duquel les femmes s'épanouissent dans une vie métaphorique dense et passionnante.

 « A cet instant, aux antipodes, pareille aux algues phosphorescentes en mer, aux petites lueurs verdâtres des vers luisants sur terre, aux étoiles du ciel et, dans l’air, aux lucioles qui émettent en morse lumineux la fugacité de leur apparition, Sarah Polder se tenait là.

Toujours au bord de sa vie vivante.

Déjà plus là. » (p. 136)

Les images sont au coeur du texte comme au coeur des destinées des femmes pour qui la photographie, l'illusion, la magie constituent une raison d'être et de devenir. Alexandra a mis au point un procédé pour photographier alliant les techniques nouvelles de Daguerre et de Cutting et sa fille Sarah découvre avec tout autant de plaisir et de passion l'art et les secrets de la photographie.  

 « L’image, la magie, leurs escamotages et autres métamorphoses luttaient à la surface du monde contre le réel, la crédulité, le chagrin ; contre l’amour aussi. Et la mort devait être de la partie. » (p. 83)

 Un beau roman aux accents mélancoliques.

 

Ce que j’ai moins aimé :

Un texte qui se laisse difficilement saisir, aussi fuyant que l’eau qu’il évoque.

 

Premières phrases :

« Voir brûler de l’eau, l’expression est aussi ancienne que le creux pays : la Hollande des polders. Voir brûler de l’eau, c’est n’en pas croire ses yeux, ce qui avait dû lui arriver car, en même temps que les langues de feu s’éparpillaient dans la nuit noire des Caraïbes, sa lanterne magique émettait de petites lumières intermittentes dessinant sur la coque fraîchement repeinte du navire une pantomime de spectres familiers, à commencer par elle : Sarah. »

 

 L’enchantement des lucioles, Valérie Tordjman, Le passage, mars 2012, 144 p., 14 euros

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