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litterature francaise

Ici ça va de Thomas VINAU

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

"C'est un livre qui a la prétention de l'aube, de l'horizon, du recommencement. Un livre comme certains matins. Parfois. Un livre qui veut croire." (p. 135)

 

 L’auteur :

Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse et vit au pied du Luberon à Pertuis. Son premier roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux a été publié chez Alma en 2011.
Son blog : http://etc-iste.blogspot.com

 L’histoire :

 Un jeune couple s’installe dans une maison apparemment abandonnée. L’idée ? Se reconstruire en la rénovant. Tandis qu’elle chantonne et jardine, lui – à pas prudents – essaie de retrouver ses souvenirs dans ce lieu qu’il habita enfant. Ses parents y vécurent heureux, avant que la mort soudaine du père coupe le temps en deux. Dans ce paysage d’herbes folles et d’eau qui ruisselle, ce sont les gestes les plus simples, les événements les plus ordinaires qui vont réenchanter la vie : la canne à pêche, la petite voisine, les ragondins, la tarte aux fruits, l’harmonica.

 Ce que j’ai aimé :

Thomas Vinau nous offre des éclats de vie éclairés d'une aura particulière : il décrit la vie comme elle va, avec ses lenteurs, ses déceptions, ses musicalités, sa beauté et ses recoins sombres. Il ne nous raconte rien de plus que ce qu'il voit, juste la vie qui passe, juste le bonheur qui ondoie : 

 "Le soleil monte sur la berge. Sur les troncs. Les taillis. Puis les branches. Les feuillages, qu'il finit par percer. Certaines de ses flèches commencent à arriver sur la surface de l'eau. Elles éclatent en cristaux de lumière. Eblouissent. Eclaboussent. Bondissent dans mes pupilles." (p. 61)

 Son quotidien champêtre est doux et sans accroc, seules les blessures inévitables du passé affleurent au bord de ces journées passées dans les lieux même de son enfance. Blessures que l’on essaie de panser en se fondant dans la béatitude du temps qui passe. 

Thomas Vinau chante la beauté de la vie dans sa simplicité : nul besoin de fioritures, quand l'essentiel est de pouvoir dire à ceux que l'on aime « Ici ça va », comme un refrain rassurant qui n'en demande pas plus, comme une paix intérieure évidente, parce que finalement, le bonheur est peut-être dans ces mots, purs, simples et directs …

 "J'ai eu cette idée d'entrer dans l'eau à la manière du film Et au milieu coule une rivière. C'était beau. Romantique. Mais je ne pêche pas à la mouche. L'eau est glacée. Le soleil m'aveugle. Je me retrouve debout, les yeux fermés, au centre du courant. Cette scène n' a pas de sens. Je vais finir malade. Pourtant je me sens bien." (p. 62)

 

   Ce que j’ai moins aimé :

 - Rien  

 

 Premières phrases :

« Ici ça va. La maison n’est pas toute neuve mais elle est propre et les plafonds sont hauts. Au moment où Ema a ouvert la porte grinçante, dont le bois humide avait gonflé autour des gonds et de la serrure, il y a eu comme un grand silence de poussière et de souvenirs. »

 

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Nos cheveux blanchiront avec nos yeux

Autre : L’homme-joie de Christian BOBIN

 D’autres avis :

 Presse 

 Blogs : Clara  ;  Anne Antigone, Emeraude, Mimipinson Nadael, Philisinne

 

Ici ça va, Thomas Vinau, Alma Editeur, août 2012, 140 p., 13 euros

  challenge rentrée littéraire 2012

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Une partie de campagne de Guy de MAUPASSANT

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 L’auteur :

 Né(e) à : Fécamp (France) , le 5 Août 1850

Mort(e) à : Paris (France) , le 6 Juillet 1893

Il passe une enfance heureuse à Etretat, au bord du littoral normand et reçoit son instruction d’un abbé et de sa mère, qui possède une vaste culture littéraire. Il passe le reste de son temps entre le port et la campagne, où il se lie avec les pêcheurs et les paysans des environs qui lui inspireront plus tard plusieurs personnages.

A l’âge de 12 ans, il est envoyé en pension au collège religieux d’Yvetot, qui sera à l’origine de son dégoût de la religion. Il intègre ensuite le lycée de Rouen en 1868. Il commence à écrire ses premiers sonnets à l'âge de treize ans.

Au sortir du collège, Maupassant est mobilisé pour la guerre de 1870 contre la Prusse. Il sert dans l’intendance à Rouen jusqu’à la débâcle de 1871. Il travaille ensuite à Paris comme fonctionnaire au Ministère de la Marine pendant près de 10 ans, puis au Ministère de l’Instruction publique. Il se consacre pleinement à l’écriture en 1880. C'est cette même année qu'il reçoit la reconnaissance du pblic. Il est introduit dans les milieux littéraires par Flaubert qui le considère comme son fils spirituel.

Dans les dernières années de sa vie, Maupassant, est atteint de troubles nerveux dus à la syphilis. Son aversion progressive pour la société, qui croît à mesure que sa paranoïa augmente, le conduit à vivre reclus. Dépressif, physiquement diminué et sombrant peu à peu dans la folie, il décède le 6 juillet 1893 à l’âge de 43 ans. (Source : Babélio)

 L’histoire :

 En 1860, M. Dufour, commerçant parisien, vient passer une « journée à la campagne » en famille. Il s’arrête pour déjeuner dans une auberge de Bezons (alors en Seine-et-Oise) sur les bords de Seine. Deux canotiers décident de séduire la mère, Pétronille, et sa fille, Henriette.

 Ce que j’ai aimé :

Une partie de campagne appartient aux contes de canotage qu’affectionne Guy de Maupassant lui-même amateur de canotage. L’auberge mentionnée dans ce conte est bien réelle : il s’agit de l’auberge du Poulain dans laquelle Maupassant allait régulièrement faire du canotage, passer la journée ou la nuit. Ces lieux sont des lieux de détente et de plaisir : bals populaires, promenades sur la Seine sont les acivités les plus prisées, mais ce sont aussi des lieux de rencontres, d’échanges. Ce conte nous plonge dans cette douce période champêtre :

 « Sous un petit hangar en bois étaient suspendues deux superbes yoles de canotiers, fines et travaillées comme des meubles de luxe. Elles reposaient côte à côte, pareilles à deux grandes filles minces, en leur longueur étroite et reluisante, et donnaient envie de filer sur l’eau par les belles soirées douces ou les claires matinées d’été, de raser les berges fleuries où des arbres entiers trempent leurs branches dans l’eau, où tremblote l’éternel frisson des roseaux et d’où s’envolent, comme des éclairs bleus, de rapides martins-pêcheurs. » (p. 20)

 Les personnages venus déjeuner à l'auberge et se reposer au bord de l'eau sont des bourgeois : Les Dufour et leur fille Henriette, accompagnée de son futur mari, jeune homme insipide aux cheveux jaunes. La nature est elle aussi un véritable personnage du conte : le fleuve est une masse qui nous emporte, l’eau dans sa profondeur dit la complexité de l’esprit humain, la terre et la végétation incitent à l’union charnelle. Cette partie de campagne est prétexte en effet à l’éveil amoureux des femmes : Henriette et sa mère vont succomber à la nécessité de l’instinct sexuel et  vont écouter la voix de la nature qui parle en chacun de nous. Et c’est aux côtés de deux jeunes gaillards propriétaires de yole que les deux femmes vont folâtrer bien loin des liens conjugaux...

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 Le mariage bourgeois est en effet synonyme d’échec irrémédiable des destins humains pour Maupassant : Henriette va s’enfermer dans un mariage avec le garçon aux cheveux jaunes et vingt ans plus tard elle sera comme sa mère. Derrière l’illusion de l’unité, perce la solitude de chacun. Maupassant insiste sur le pathétique du destin : nous avons tous un futur mais avons-nous un avenir ? Le conflit entre le couple légitime et la passion amoureuse est inévitable, comme si l’un et l’autre s’excluaient.

 Un très beau conte pessimiste…

 Ce que j’ai moins aimé :

          Rien

 Premières phrases :

 « On avait projeté depuis cinq mois d’aller déjeuner aux environs de Paris, le jour de la fête de Mme Dufour, qui s’appelait Pétronille. Aussi, comme on avait attendu cette partie impatiemment, s’était-on levé de fort bonne heure ce matin-là. »

 Vous aimerez aussi :

Le film de Renoir

   De nombreuses éditions sont disponibles... 

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Peste et choléra de Patrick DEVILLE

Publié le par Hélène

                                           peste-et-cholera.jpg

 

Prix fémina 2012 

 

L’auteur :

Grand voyageur, esprit cosmopolite, Patrick Deville, né en 1957, dirige la Maison des Écrivains Étrangers et Traducteurs (MEET) de Saint-Nazaire. Son œuvre a été traduite en dix langues. Rappelons ses derniers livres publiés au Seuil: sa trilogie Pura Vida (2004), Equatoria (2006), Kampuchéa (2011)

 

 L’histoire :

 Parmi les jeunes chercheurs qui ont constitué la première équipe de l’Institut Pasteur créé en 1887, Alexandre Yersin aura mené la vie la plus mouvementée. Très vite il part en Asie, se fait marin, puis explorateur. Découvreur à Hong Kong, en 1894, du bacille de la peste, il s’installe en Indochine, à Nha Trang, loin du brouhaha des guerres, et multiplie les observations scientifiques, développe la culture de l’hévéa et de l’arbre à quinquina. Il meurt en 1943 pendant l’occupation japonaise. Pour raconter cette formidable aventure scientifique et humaine, Patrick Deville a suivi les traces de Yersin autour du monde, et s’est nourri des correspondances et documents déposés aux archives des Instituts Pasteur. (Présentation de l’éditeur)

 

 Mon avis  :

 Alexandre Yersin est un personnage en perpétuel mouvement, toujours prêt à tenter de nouvelles aventures. S’il est un scientifique, il a au fond de lui une âme d’aventurier, il rêve de découvrir des territoires, des peuples, tel Livingstone, et c’est un peu par hasard qu’il découvre le bacille de la peste. Homme curieux, éveillé, il parcourt le monde en découvrant avec des frissons son foisonnement infini.

 « Ne pas avoir découvert le bacille de la peste le condamnerait à mourir explorateur inconnu parmi les milliers d’explorateurs inconnus. Il suffit d’une piqûre au bout du doigt comme dans les contes de fées. Mais c’est toujours ainsi la vie romanesque et ridicule des hommes. Qu’on soigne la peste ou meure de la gangrène. » (p. 92)

 Je n’ai pas été sensible au style, ni réussi à m’attacher au destin de ce personnage. Peste et choléra est à mi-chemin entre le roman et la biographie et ravira sans doute davantage les amateurs de biographie.

 

Premières phrases :

 « La vieille main tavelée au pouce fendu écarte un voilage de pongé. Après la nuit d’insomnie, le vermeil de l’aube, la glorieuse cymbale. La chambre d’hôtel blanc neige et or pâle. Au loin la lumière à croisillons de la grande tour en fer derrière un peu de brume. En bas les arbres très verts du square Boucicaut. La ville est calme dans le printemps guerrier. Envahie par les réfugiés. Tous ceux-là qui pensaient que leur vie était de ne pas bouger. La vieille main lâche la crémone et saisit la poignée de la valise. Six étages plus bas, Yersin franchit le tambour de bois verni et de cuivre jaune. Un voiturier en habit referme sur lui la portière du taxi. Yersin ne fuit pas. Il n’a jamais fui. Ce vol, il l’a réservé des mois plus tôt dans une agence de Saigon. »

 

D’autres avis :

Presse : Télérama Le Figaro Le point

Blogs : Mimi Chroniques de la rentrée littéraire  Val 

 

Peste et choléra, Patrick Deville, Seuil, août 2012, 228 p., 18 euros

challenge rentrée littéraire 2012 

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Rêveurs de Alain BLOTTIERE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

 

 L’auteur :

Romancier, essayiste et auteur de récits de voyage, Alain Blottière partage sa vie entre la France et l'Égypte depuis 1985. Il a notamment publié aux Éditions Gallimard, Saad (Le Chemin, 1980), Le Point d'eau (Blanche, 1985), Le Tombeau de Tommy (Blanche 2009 et Folio 5203). (Présentation de l’éditeur)

 L’histoire :

Nathan est un lycéen français vivant dans une banlieue confortable, choyé par son père, aimé par une jolie Manon. Mais pris au piège entre l'ennui du quotidien et la peur de l'inconnu. Il se réfugie dans le monde virtuel de ses jeux vidéo et celui, plus dangereux, du jeu du foulard, du « rêve indien » : pour retrouver les visions qu'il aime, il s'étrangle, il se pend.

Goma est un enfant des rues du Caire. Il a grandi dans un quartier misérable et surpeuplé en compagnie d'autres gamins affamés, manquant de tout, brutalisés par la police. Pour survivre, il est ramasseur de cartons ou pousseur de balançoire. Il n'a qu'un rêve : partir. La chute de Moubarak, les manifestations de la place Tahrir, auxquelles il participe, lui donnent un temps l'espoir d'une vie meilleure.

Nathan et Goma ne se connaissent pas, vivent à trois mille kilomètres l'un de l'autre. Pourtant, avant même de se rencontrer, ils sont inséparables. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

Nathan et Goma évoluent dans deux mondes très différents : Nathan vit en France au sein d’une famille aimante, il a une petite amie, des amis, seule lui manque sa mère, décédée dans un accident de voiture quand il était enfant. Goma vit en Egypte, rejeté par sa mère il est contraint de vivre dans la rue en ramassant des cartons, et il assiste plein d’espoir aux prémices de la révolution égyptienne lancé contre Moubarak. Et pourtant ces deux  êtres ont de nombreuses similitudes : tous deux flirtent avec la mort, Nathan pour échapper à un quotidien vide et retrouver la douceur de sa mère disparue, Goma parce qu’il est né dans ce pays en révolution.

Nathan cherche à s’échapper dans le virtuel par l’intermédiaire de ses jeux vidéo, ou du jeu du foulard pour connaître une intensité des sensations absentes de sa  vie quotidienne. Il s'échappe dans les rêves provoqués par la suffocation.

Goma participe à la révolution égyptienne plein d’espoir et regarde impuissant ses amis des rues mourir sous l’assaut des chars, sous les coups, la torture, tout en rêvant à un ailleurs idyllique moins violent, pour lui, la France.  Et même si la chute de Moubarak n’est que l’occasion pour les « hommes noirs » (l’armée)  de prendre le pouvoir, Goma n’oublie pas de croire à un monde meilleur.

L’écriture maîtrisée, ni trop pathétique, ni trop insensible, de Alain Blottière est un vrai plaisir. Il utilise un procédé original qui relie les deux êtres que tout sépare jusque dans la phrase :

« Goma, malgré les protestations de Ragab, a tenu à s’asseoir quelques minutes sur un apis, adossé à un pilier, pour savourer la paix après avoir fermé les yeux

            dans l’église et alors Nathan a vu l’image du cadavre fondre, perdre peu à peu ses contours et ses couleurs puis se diluer dans l’oubli des rêves. » (p. 23)

Ce destin croisé de deux adolescents est criant de vérité et d’intensité.

 

Ce que j’ai moins aimé :

   - Assez noir malgré tout.

 

Premières phrases :

« Un éclair et dans cette violente lumière de foudre une pluie de pétales rouges embaumés tombant sur le cadavre nu de son père, qu’il découvrait avec une extravagante jubilation, une bouffée de bonheur pur qui emplissait les poumons et se régénérait, l’éclair durant, au fur et à mesure qu’apparaissaient  des mouvements réflexes du mort encore chaud sous les roses, battements de paupières, tressaillements d’un auriculaire, sourire, enfin, s’éternisant au point qu’il comprenait que son père lui jouait un de ces tours idiots dont il avait le secret et qui, invariablement, même cette fois où il décevait en ressuscitant, déclenchaient un fou rire. »

 

Vous aimerez aussi :

Alaa EL ASWANY L’immeuble Yacoubian

 

Rêveurs, Alain Blottière, Gallimard, septembre 2012, 176 p., 15.90 euros

  challenge rentrée littéraire 2012

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L’arrière-saison de Philippe BESSON

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

« L’important, c’est l’instant, sa fragilité et son intensité. (p. 185)

 

L’auteur :

 http://www.philippebesson.com

 

L’histoire :

« Au commencement, il y a cette peinture d'Edward Hopper qu'on peut voir à Chicago. J'ai dû l'apercevoir à plusieurs reprises avant de m'en procurer une reproduction, un dimanche d'ennui. Un soir, sans intention particulière, j'ai observé la femme en robe rouge de la peinture, assise au comptoir d'un café nommé Phillies, entourée de trois hommes. Alors, ça s'est imposé à moi, sans que j'aie rien cherché. J'ai eu l'envie impérieuse de raconter l'histoire de cette femme et des trois hommes autour d'elle, et d'un café de Cape Cod. »

Philippe Besson (Quatrième de couverture)

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Ce que j’ai aimé :

 Le temps est comme figé autour de ce bar, de ces trois personnages. Philippe Besson ébauche une histoire en filigrane : la femme en rouge attend un homme, retenu auprès d'une autre femme et elle espère être à l'orée d'une nouvelle vie, plus lumineuse, plus franche. Puis l'homme au chapeau pénètre dans le bar et réinvestit la vie de cette belle femme. Ce n'est pas lui qu'elle attendait, mais il va pourtant trouver sa place dans le tableau.  Le serveur est le complice muet de leurs retrouvailles, le troisième homme un client de passage.

Les descriptions parlent directement aux sens : le lecteur est comme transporté dans cette scène, le style pictural de l'auteur fait mouche :

  « Le crépuscule de Cape Cod tombe sur les vérandas des villas avoisinantes, où de jeunes femmes aux épaules découvertes ont profité jusqu’au dernier moment des rayons du soleil. Des chaises à bascule grincent avec le vent léger qui se lève, qui arrive maintenant de l’océan. Une balançoire bouge sans que nul ne l’actionne. Un frisson parcourt les dunes et agite les fils électriques pendus aux poteaux qui longent la route de la côte. Un drapeau américain claque dans l’indifférence. Ici, on ferme une fenêtre ; là, on allume une lumière. Un peu plus loin, sous un ciel orangé, les barques tanguent comme des ombres et des mâts font entendre leurs grelots. C’est un instant de Chatham, Massachusetts. » (p. 153)

 La scène est comme un cocon dans lequel les personnages évoluent, éprouvent des sentiments, pour s’évanouir ensuite aux portes du tableau et des pages. Le grand talent de l’auteur est d’avoir réussi à donner vie à ces marionnettes inanimées.

« En fin de compte, les souffrances font partie de l’existence, elles valent cent fois mieux que des moments insipides, elles sont le prix à payer pour affirmer ce qu’on est et accomplir ce qu’on a décidé. C’est son rêve américain à elle. L’or qu’elle cherche à conquérir, à la manière des pionniers, les ambitions qu’elle nourrit ou les chimères après lesquelles elle court, elle les traque en elle-même. » (p. 182)

 Un très beau texte simple et lumineux…

 

 Ce que j’ai moins aimé :

-Rien.

 Premières phrases :

 « Donc, au début, elle sourit.

C’est un sourire discret, presque imperceptible, de ceux qui se forment sur le visage parfois, sans qu’on le décide, qui surgissent sans qu’on les commande, qui ne semblent reliés à rien en particulier, qu’on en saurait pas forcément expliquer.

Voilà : c’est un sourire de presque rien, qui pourrait être le signal du bonheur. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La trahison de Thomas Spencer

Autre : Les heures silencieuses de Gaëlle JOSSE 

 

D’autres avis :

L’Express 

   

POCHE : L’arrière-saison, Philippe Besson, 10-18, janvier 2009, 6.60 euros

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Avenue des géants de Marc DUGAIN

Publié le par Hélène

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   ♥ ♥

Dans la peau d'un tueur...

 

 L’auteur :

 Après avoir vécu les sept premières années de sa vie au Sénégal, Marc Dugain revient en France avec ses parents. Il intègre quelque temps plus tard l'Institut d'études politiques de Grenoble, où il étudie les sciences politiques et la finance, avant de prendre la tête d'une compagnie d'aviation. Mais l'écriture l'a toujours démangé. Aussi, il se décide à prendre la plume, et signe 'La Chambre des officiers' en 1998. Ce premier roman reçoit près de vingt prix littéraires et est adapté au cinéma. Il sort ensuite 'Campagne anglaise', 'Heureux comme dieu en France', 'La Malédiction d'Edgar' et plus récemment 'Une exécution ordinaire' (2007), et se constitue peu à peu un lectorat fidèle. Friand d'horizons lointains, Marc Dugain vit au Maroc depuis 2001. (Source : Evene)

 L’histoire :

 Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite. Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam. (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

 La construction millimétrée du roman laisse planer le doute et crée un effet d'attente ambivalente : le grand talent de Marc Dugain est de parvenir à créer chez le lecteur de l'empathie pour cet homme maltraité, mal aimé.  Est-il en prison, va-t-il en sortir ? Va-t-il y retourner ? Pourquoi ? Ses contradictions, ses pulsions, ses maigres bonheurs s'inscrivent tellement dans une logique implacable que l'issue du roman devient peu à peu inéluctable.  Mais qui est responsable réellement de cet état de fait ?

 Inspiré d'un personnage réel, le portrait de Al Kenner est brillant d'exactitude et cette plongée au coeur de l'esprit d'un tueur est glaçante. Le mal était-il en lui dés sa naissance comme le pense sa mère ou son enfance, l'abandon de son père, la froideur et dureté de sa mère sont-ils à l'origine de son manque d'empathie et de sa propension à tuer ? L'auteur ne répond pas à ces questions mais offre au lecteur la possibilité de s'ouvrir vers une réflexion large et féconde sur ces tueurs à la personnalité complexe. 

  avenue des géants edmund

  Edmund Kemper,2,10 m pour 130 kg, est aujourd'hui enfermé à vie dans la prison d'État de Folsom, en Californie (ici, en 1973). Crédits photo : Corbis/© Bettmann/CORBIS

 Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, quelques longueurs se font sentir, d'autant plus que le style plat (sujet verbe complement) ne porte pas toujours suffisamment le sujet…

 Premières phrases :

 « Comme chaque mois, elle lui fait face après s’être installée lourdement sur sa chaise. Elle sort les livres de son sac, une dizaine. Pour la plupart ils ont une couverture cartonnée. Il y jette un coup d’œil rapide, et les pose devant lui. »


Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : La chambre des officiers

D’autres avis :

 

Blogs : Ys ;  Clara ; Jostein ; Dasola ; Nadael   ; Keisha

Presse :  Le point ; Télérama L’express ; Le Figaro ; Bibliobs ; Lire  

 

Avenue des géants, Marc DUGAIN, Gallimard, avril 2012, 360 p., 21.50 euros

 grand prix lectrices de elle 

12 d'Ys

 

 

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Les heures silencieuses de Gaëlle JOSSE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

 

L’auteur :

http://gaellejosse.kazeo.com/

 

 L’histoire :

« A l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps. »

  Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits... Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son coeur, explorant les replis les plus secrets de l'âme. (Quatrième de couverture)

 

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Ce que j’ai aimé :

Les heures silencieuses nous plonge dans l’intimité d’une femme douce, posée, meurtrie par certains évènements de la vie mais capable d’enfouir ces souvenirs dans le fond de son âme pour espérer aspirer à un soupçon de quiétude. Sa personnalité inocule un charme diffus à son récit, comme le décor diaphane de cette Hollande du XVIIème siècle.  

« Lorsque je me surprends à rêver, c’est d’une existence tissée de ces seuls moments, où chacun semble s’accorder à lui-même, comme à son entourage, avec la plus grand justesse, et n’éprouver pour le monde qu’indulgence, et affection. » (p.83)

 

Ce que j’ai moins aimé :

Je ne saurais dire à quoi cela tient exactement, mais il m’a manqué un petit quelque chose pour être totalement conquise, un  petit supplément d’âme, un soupçon de poésie, un brin de profondeur…

 

 Premières phrases :

 « Je m’appelle Magdalena Van Beyeren. C’est moi, de dos, sur le tableau. Je suis l’épouse de Pieter Van Beyeren, l’administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Delft, et la fille  de Cornelis van Leeuwenbrock. Pieter tient sa charge de mon père. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Des vies désaccordées

Autre : La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

 

 D’autres avis :

 Mango Clara, Sylire, Manu, George,  Jostein Mimi   

 

Les heures silencieuses, Gaëlle Josse, Autrement, janvier 2011, 134 p., 13 euros

Merci à Manu pour le prêt…

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Les oubliés de la lande de Fabienne JUHEL

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 L’auteur :

Née en 1965 à Saint-Brieuc, Fabienne Juhel vit en Bretagne. Elle est notamment l'auteur des Hommes Sirènes (2011} et de À l'angle du renard (2009), prix du roman Ouest-France/Étonnants voyageurs.

 L’histoire :

C'est un endroit si isolé qu'aucun chemin n'y mène. Une contrée sauvage qu'aucune carte ne mentionne. C'est un village sans nom. Un trou noir. Ils sont une trentaine à vivre là, oubliés dans la lande. Tous ont une bonne raison de s'y être réfugiés. Il y a ceux qui craignaient la mort. Ceux qui ne pouvaient imaginer leur vie sans l'homme qu'ils aimaient. Et les autres, aux motivations moins avouables. Mais cette quiétude éternelle va être foudroyée, le premier jour de l'été. Tom, l'unique enfant de la communauté, fait une découverte macabre : le corps d'un inconnu, aux portes du village. Il a déjà été témoin d'autres événements inexplicables. Quelqu'un aurait-il réveillé les vieux démons ?

Dans son cinquième roman, Fabienne Juhel mène l'enquête avec une redoutable efficacité, fouillant le passé de chacun de ses personnages pour en dévoiler les plus funestes secrets. Roman à suspense, Les Oubliés de la lande nous offre une remarquable réflexion sur le sens de la vie, ce temps compté qui donne tout son prix aux instants vécus.

 Le mot de l'auteur

Mai 2011. Mon père me conduit à l'aéroport de Saint-Jacques-de-la-Lande. J'ai accepté de me rendre à La Comédie du livre parce que Montpellier est une ville solaire qui m'a sauvée, un jour, d'une envie de déserter ce monde. Nous roulons en silence. Toujours cette peur de prendre l'avion, cette angoisse de mourir. Mon père me raconte, qu'avec un ami, il a rendu visite à un homme retiré du monde. Il faut marcher longtemps, emprunter des pistes foulées par des sangliers, pour atteindre sa cabane.» Eh bien ! la Mort, elle n'est pas prête de te trouver !», dit l'ami. Alors, mon angoisse combinée à ma dette envers la ville solaire et cet aéroport qui a eu la bonne idée de mettre «lande» au bout de son nom, ont tissé Les oubliés de la lande. Parce que la mort n'est pas une échéance, mais un lâcher prise. Avion ou pas, en l'attendant, moi, je ne lâche rien.

 

Ce que j’ai aimé :

Vivre dans un « No death’s land », dans un pays isolé que la mort aurait oublié, un village dans lequel le temps aussi s’est arrêté, comme suspendu entre vie et mort… Vivre sans angoisse de la mort, libre… Mais peut-on être libres, êtres de chair et de sang que nous sommes, hommes et femmes de mémoire qui portons à chaque instant les stigmates du passé ? Les pistes de réflexion sont foisonnantes dans ce roman au thème fantastique discret, placé dans une réalité cohérente. En voulant écarter la mort, les personnages du roman en font finalement le thème principal de leur vie…

Fabienne Juhel est une conteuse hors pair, hantée par les légendes bretonnes, elle ancre ses romans dans des paysages de landes désertés, baignés par des lueurs surnaturelles inquiétantes et fascinantes à la fois créant ainsi des mondes interlopes.

 « Si quelqu'un avait aperçu la silhouette du voyageur griffant le ciel bleu depuis la lande rousse, il aurait pensé à un sarment tout sec ou aux racines d'une souche fossilisée interrogeant le ciel à l'envers. Peut-être aussi à un épouvantail enlevé par les vents d'hiver et planté là, par hasard, dans cette terre aride et sèche qui n'enfantait plus que des cailloux. » (début)

 Ce que j’ai moins aimé :

 Puis, tout à coup le monde interlope devient réellement glauque avec la description d’une scène particulièrement horrible. A tel point que j’en ai ressenti physiquement le choc, la révélation finale m’a donné des réels hauts de cœur. Je lis beaucoup de romans policiers et j’ai rarement autant été secouée…

De fait un bilan en demi-teinte…

 Premières phrases :

« Le voyageur arriva épuisé aux portes du village.

Il avait marché de longues heures dans une lande tout à fait déserte, ravinée par les déluges qui s’abattaient souvent dans la région, aujourd’hui mangée de soleil. La godasse achoppant sur de petits cailloux têtus. Il s’était emmêlé les pieds dans des barbelés de ronciers où s’accrochait du crin de sanglier – un peu de fibre de ses chaussettes maintenant. Sa progression était lente. Les stridulations assourdissantes des grillons pesaient comme du goudron frais collé à ses semelles. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : A l’angle du renard de Fabienne JUHEL

 

 D’autres avis :

Clara  

Les oubliés de la lande, Fabienne Juhel, Editions du Rouergue, août 2012, 282 p., 21 euros

 challenge rentrée littéraire 2012 

   dialogues-croises

 

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L’homme-joie de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

                                        homme joie

 ♥ ♥ ♥

 « Ce qui compte c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. » (p. 105)

  

L’auteur :

 Christian Bobin, né au Creusot en Saône-et-Loire où il demeure, est un écrivain et poète français.

Après avoir étudié la philosophie, il a travaillé pour la bibliothèque municipale d’Autun, à l’Écomusée du Creusot et a été rédacteur à la revue Milieux ; il a également été infirmier psychiatrique.

Ses premiers textes, marqués par leur brièveté et se situant entre l'essai et la poésie, datent des années 1980. Ils sont publiés aux éditions Brandes, Paroles d’Aube, Le temps qu'il fait, chez Théodore Balmoral, et surtout chez Fata Morgana (où il publie notamment Lettres d'or).

Connaissant le succès à partir notamment d'Une petite robe de fête (1991), il reste un auteur assez discret.



L’histoire :

Christian Bobin renoue avec la fibre narrative de ses grands livres : Le Très-Bas, Prisonnier au berceau, et construit son livre en quinze récits : des portraits d’êtres aimés (son père), des rencontres (Maria l’enfant gitane, une mendiante) des figures emblématiques (Soulages, Glenn Gould, Matisse, Pascal), des visions (une branche de mimosa, une cathédrale) et une longue lettre à la femme aimée et perdue, « la plus que vive ». Entre ces récits, viennent des paragraphes courts, parfois écrits à la main, condensés sur une pensée, fulgurants de profondeur et d’humanité. Un même fil rouge unifie tous ces textes, c’est la voix de Bobin, à nulle autre pareille et son regard de poète qui transfigure le quotidien. (Quatrième de couverture)

 Le livre contient la reproduction d’un carnet manuscrit de l’auteur en fac-similé.

 

Ce que j’ai aimé :

Christian Bobin chante le monde, à l’affût d’une apparition qui illuminerait sa journée et l’emplirait de joie. Une fleur, un animal, un éclat de lumière, un rien peut être source d’émerveillement et de joie. Il suffit de simplement être attentif au monde qui nous entoure, présent à soi-même et réceptif à la beauté. Et alors, le miracle a lieu.

 « Il y a une vie qui ne s’arrête jamais. Elle est impossible à saisir. Elle fuit devant nous comme l’oiseau entre les piliers qui sont dans notre cœur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de cette vie. Elle ne s’en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de ses bienfaits les assassins que nous sommes. » (p. 15)

 « Aucune philosophie au monde n’arrive à la hauteur d’une seule marguerite, d’une seule ronce, d’un seul caillou discutant comme un moine rasé en tête à tête avec le soleil et riant, riant, riant. » (p. 179)

 

Ce que j’ai moins aimé :

Comme toujours je suis moins friande des allusions au Christ…

 

 Premières phrases :

« Partons de ce bleu, si vous voulez bien. Partons de ce bleu dans le matin fraîchi d’avril. Il avait la douceur du velours et l’éclat d’une larme. J’aimerais vous écrire une lettre où il n’y aurait que ce bleu. »

 

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La part manquante de Christian BOBIN ; Les ruines du ciel de Christian BOBIN

Autre : Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas VINAU

 D’autres avis :

Livres hebdo 

 

L’homme-joie, Christian BOBIN, L’iconoplaste, août 2012, 180 p., 17 euros

 dialogues-croises

 

challenge rentrée littéraire 2012

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Belle famille d'Arthur Dreyfus

Publié le par Hélène

                                          belle-famille.jpg

 Prix orange du livre 2012

 

 

L’auteur :

 

 Arthur Dreyfus est né en 1986. Il est l’auteur d’un premier roman très remarqué, La synthèse du camphre (collection blanche, 2010). Après avoir présenté cet été « La période bleue », il anime aujourd’hui l’émission hebdomadaire « Chantons sous la nuit » sur France Inter.


L’histoire :

«Madec se dirigea vers la cuisine pour chercher un couteau à pointe fine. Comme s'il était surveillé, il s'interdit la lumière. L'obscurité ne faisait pas disparaître les formes, mais les couleurs. Est-ce ainsi que voyaient les gens dans les vieux films? L'enfant ouvrit le tiroir à ustensiles.»

Ensuite un peu de bruit, et beaucoup de silence.

 

Mon avis :

Arthur Dreyfus nous offre ici un récit glauque (méfiez-vous des fourchettes à viande…) en exploitant un fait divers : la disparition de la petite Maddie volatilisée il y a cinq ans alors qu’elle passait ses vacances avec ses parents et ses deux frères au Portugal. (Cf L’Express) Aucune trace de la fillette, après quelques semaines d’enquête, les parents sont soupçonnés. Arthur Dreyfus exploite cette disparition et cette accusation et construit sa fiction autour de ce fait sordide. Ne fait-il que surfer sur le goût malsain des gens pour le fait divers ou va-t-il plus loin ? Il prétend entrer dans l’intimité du couple et de la famille pour mettre en lumière les psychologies tourmentées et les sentiments  compliqués qui peuvent être ressentis par des parents pour leurs enfants.  Rien de bien nouveau au final, une mère peut ne pas aimer son enfant, il suffit de se rendre dans un parc de jeu à la sortie de l’école et d’observer les rapports entre parents et enfants, la même conclusion s’impose rapidement.

Le personnage du frère de Laurence, Tony, joue un rôle prépondérant dans ce roman, bien décidé à lancer un plan média d’envergure, quitte à mobiliser le pape pour faire « du buzz » autour de cette disparition. Arthur Dreyfus cherche sans doute à nous démontrer fort platement combien les médias sont manipulables et combien il est simple de monter une affaire au sommet avec des relations et une bonne communication. Tout n’est qu’apparence et manipulation en ce bas monde… Oui ? Bon…

A ces thématiques pseudo-psychologiques-socialo-médiatiques s’ajoute un style plat sans intérêt :

« Soudain le petit salon se teinta d’une lumière bleutée. Derrière la baie vitrée, un moteur cessa de vrombir. Stéphane courut accueillir les policiers en implorant sa femme de se reposer. Encore groggy, Laurence perçut des voix italiennes, françaises, et anglaises. Son époux dispensait les premiers détails aux forces de l’ordre. Bientôt on viendrait l’interroger.

Laurence pensa à Antonin, à Vladimir. Combien elle les aimait.

Pour eux, elle prit une décision.

Cette déclaration tenait en trois mots, qu’elle prononça à voix basse pour la toute première fois : « Madec a disparu. » » (p. 88)

Sujet-verbe-complément, ba-ba de la phrase dreyfusienne… Quel talent !!

Il est à noter toutefois que le début du roman laissait augurer une toute autre qualité, mais qu’à partir de la plongée dans le fait divers toute cette originalité en puissance, ce ton décalé qui semblait prometteur se délite lamentablement…

Une vraie déception…

 

Premières phrases :

« Granville est située au bord de la Manche à l’extrémité de la région naturelle du Cotentin, elle ferme par le nord la baie du Mont-Saint-Michel et par le sud la côte des havres. Jadis la ville était fameuse pour son port morutier, devenu le premier port coquillier de France. »

 

Vous aimerez aussi :

Une émission de France Inter sur l'attrait des faits divers : http://www.franceinter.fr/emission-le-debat-de-midi-pourquoi-aime-t-on-les-petits-meurtres-en-famille

 

D’autres avis :

Clara, Constance, Canel, Mimi, Jostein, Anna Blume A propos des livres

 

Belle famille, Arthur Dreyfus, Gallimard, janvier 2012, 17.90 euros

grand prix lectrices de elle

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