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L’année des secrets d’Anjana APPACHANA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Tout commence à travers la vive émotion de Mallika, une fillette entourée et choyée dans une famille indienne qui eût été traditionnelle sans l’absence du père. Padma, sa mère adorée, garde depuis des années un brûlant secret. Mais elle n’en est pas la seule détentrice. Tout au long de ce roman polyphonique, chacune, mère, tante, amies ou voisines, nous révèle une part du mystère, plus ou moins assaisonné de fantaisie, comme le ferait une cuisinière jalouse de ses recettes.

 Ce que j’ai aimé :

Foisonnant, nous emportant dans l'intimité d'une famille aux secrets bien gardés, L'année des secrets est un roman résolument très prenant. Différents points de vue se croisent pour nous conter l'histoire de la jeune Prada amoureuse et prétendûment veuve. Ce changement de points de vue permet de mettre en avant les strates de secret préservés qui éloignent peu  à peu les êtres de la vérité. Les personnages sont ainsi amenés à construire leur propre vérité, et quand finalement d’autres données viennent ébranler l’univers fragile construit avec le temps, l’équilibre instable risque de s’effondrer.

Les femmes sont au cœur du roman tissant des thèmes comme le mariage, la condition des femmes en Inde mais aussi plus largement le statut de femme mariée qui oblige la femme à faire des sacrifices et à laisser de côté certaines de ses passions, certains aspects de sa personnalité. Ces femmes se font agresser dans la rue, sont bien souvent victimes des hommes, victimes aussi de la famillle, obligées de se répéter à longueur de journée comme un mantra "Contrôle-toi"

 "La mesure. C'était ça, le bonheur. (...) Ce n'était pas le ravissement, mais le calme, il n'aiguisait pas les sens mais les émoussait. C'était ce lieu intermédiaire que tout un chacun devait découvrir pour vivre." (p. 178)

"Comment expliquer à Mallika, à l'aide de mots simples, l'erreur des femmes qui attendaient de leur mari et de la famille de leur mari les mêmes gestes d'amour que ceux si naturellement reçus de leur propre famille ? Comment lui dire que l'amour entre hommes et femmes, de par sa nature même, était corrompu ? Qu'il revêtait une apparence dorée dans les livres, les films, la mythologie, dans l'éclat même de la cérémonie du mariage, du mensonge que vivait chaque femme mariée et des sourires qu'elle arborait." (p. 252)

Les hommes sont en effet bien souvent faibles, soumis à une pression familiale à laquelle ils refusent d'échapper, égoïstes, ne voyant pas, ou si peu la tristesse dans le regard de leurs femmes.

Ce que j’ai moins aimé :

Un peu trop de rebondissements mélos vers la fin, le roman aurait gagné à être un peu moins long. De plus le dénouement est quelque peu décevant après tant d'actions et de mouvements. 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteur : Mes seuls dieux

Publié dans Littérature Asie

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Ciel Bleu, une enfance dans le Haut-Altaï de Galsan TSCHINAG

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Galsan Tschinag nous conte son enfance dans la steppe dans le Haut Altaï. Il évoque avec beaucoup de tendresse le quotidien au sein d’une famille aimante. Dans ces pages, il rend hommage à un monde voué à la disparition, à travers notamment les figures emblématiques de sa grand-mère ou de son chien.

Ce que j’ai aimé :

Le roman de Galsan Tschinag est un récit profondément enraciné dans les steppes d’Asie centrale. À travers l’enfance d’un jeune garçon touva qui grandit dans les montagnes de l’Altaï, l’auteur compose à la fois un roman d’apprentissage, un témoignage culturel et un véritable chant poétique dédié à la vie nomade.

Son univers oscille entre tradition et modernité, fait de yourtes dressées face au vent, de troupeaux guidés au rythme des saisons et de coutumes étonnantes, parfois pleines de poésie, comme ces chants adressés aux brebis pour qu’elles n’abandonnent pas leurs agneaux. La nature y est omniprésente : le ciel immense, les montagnes et les rivières façonnent l’existence des hommes autant que les paroles des anciens qui transmettent leurs légendes et leur sagesse.

La justesse du récit tient aussi au point de vue choisi. Tout est raconté à hauteur d’enfant : le narrateur, âgé de sept ans, observe avec curiosité et sensibilité le monde qui l’entoure, découvrant peu à peu les règles singulières de son peuple. À travers son regard innocent se déploie un univers plein de tendresse et de poésie.

Mais derrière la beauté de cette vie se dessine aussi une transformation : l’arrivée du pouvoir soviétique et de l’école moderne bouleverse peu à peu le monde traditionnel des Touvas. Apprendre à lire et à écrire ouvre les portes d’un nouvel horizon, fascinant mais aussi déroutant, qui éloigne le jeune garçon progressivement de la vie ancestrale de son peuple.

Court et lumineux, ce roman apparaît ainsi comme un récit intime et une véritable source de sagesse, rendant hommage à une civilisation fragile tout en invitant le lecteur à réfléchir à la relation entre l’homme, la nature et la transmission des traditions.

Du même auteur : Chaman ♥ ♥ ; Dojnaa ♥ ♥ ♥

Présentation de l'éditeur : Métailié

Publié dans Littérature Asie

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Les années douces de Hiromi KAWAKAMI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥  

Tsukiko croise par hasard, dans le café où elle va boire un verre tous les soirs, son ancien professeur de japonais. Insensiblement, au fil des rencontres, les liens se resserrent entre eux.

Ce que j’ai aimé :

L'autrice chante ici le charme de ces rencontres placées sous le signe du présent. Le maître est plus âgé que la jeune femme, il est marqué par la mort de sa femme qu’il n’a jamais tout à fait oubliée, si bien que la frêle relation qui s’instaure entre ces deux êtres esseulés semble vouée à rester amicale.  Les brefs instants qu’ils passent ensemble à déguster des mets savoureux en buvant du saké sont exempts de tout projet ou considérations personnelles. Les repas partagés occupe une place essentielle : les champignons d’automne, le tofu, les poissons grillés, les petits plats servis dans les bars japonais deviennent une sorte de langage intime entre les deux personnages. Chaque repas est un moment suspendu, une manière de se rapprocher sans jamais avoir à nommer ce rapprochement. Ils profitent seulement de ces douces minutes qui s’écoulent, côte à côte, dans un bar, au marché, à la cueillette des champignons…  « Nous avons continué de marcher lentement, dans l’air nocturne qui commençait doucement à sentir le printemps. La lune brillait avec un reflet d’or. » 

Pourtant, derrière la douceur, sourd une mélancolie profonde : le temps passe, les corps vieillissent, et les rencontres humaines sont fragiles. La jeune Tsukiko, sous ses allures de célibataire endurcie, recherche la tendresse et la douceur que lui procurent ses rencontres avec le maître. Loin de lui, elle est comme désœuvrée, errant dans un monde qui n’est plus nimbé du même halo de poésie.

A travers sa simplicité limpide ce roman cherche seulement à faire sentir la beauté fragile des liens humains.

 Présentation de l'éditeur : Picquier

Du même auteur : Le temps qui va le temps qui vient ♥ ♥ les 10 amours de Nishino ♥ 

D'autres versions : Les années douces de TANIGUCHI

Publié dans Littérature Asie

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L'hôtel du cygne de Zhang YUERAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Yu Ling est nounou depuis dix ans au service d’une famille riche de Pékin. Chaque jour, elle s’occupe du petit Dada, enfant choyé de l’élite chinoise. Chaque jour, elle frôle un monde auquel elle n’appartiendra jamais. Avec son compagnon, ils décident alors de kidnapper l’enfant pour obtenir une rançon. Un geste désespéré pour changer de vie. Mais le destin en décide autrement : le grand-père de Dada est inculpé pour corruption. Le rêve d’argent facile s’effondre avant même d’avoir commencé.

Ce que j'ai aimé 

Dans L’Hôtel du Cygne, les rêves brillent comme des vitrines éclairées dans la nuit pékinoise. Ils promettent l’ascension, la réussite, l’argent facile, ces mirages de la réussite sociale qui scintillent au loin et brûlent de près. Yu Ling les contemple depuis le seuil : elle habille les enfants des riches, range leurs jouets, essuie leurs larmes. Elle vit au cœur du confort sans jamais y prendre place. Entre elle et ses employeurs, il n’y a pas seulement une différence de revenus, mais un gouffre silencieux, un de ces conflits de classe qui ne se déclarent pas, mais s’insinuent dans les gestes quotidiens.

Pourtant, au milieu de ces tensions feutrées, quelque chose résiste : la tendresse. Yu Ling aime l’enfant dont elle s’occupe. D’un amour discret, patient, presque clandestin. Elle connaît ses peurs nocturnes, ses colères soudaines, la manière dont il s’accroche à une main quand il croit que personne ne regarde. Cet enfant unique, comblé de biens, déborde d’objets mais manque d’âmes. Il est le centre d’un monde qui gravite autour de lui, et pourtant il est seul, abandonné par sa famille, contraint d'adopter une oie comme animal de compagnie. 

Sous la narration concise et maîtrisée, presque légère, Zhang Yueran observe les cicatrices d’une époque, qu'il s'agisse des conséquences indéniables de la politique de l’enfant unique créant des petits empereurs choyés mais isolés, ou encore des effets pervers d’une corruption banalisée, d’un enrichissement érigé en horizon moral. Elle dessine un pays qui se voudrait droit et exemplaire, silhouette impeccable dressée vers l’avenir, mais dont les murs fraîchement peints dissimulent des fissures anciennes, fractures sociales, béances intimes, silences accumulés. 

Sous l’éclat des réussites proclamées, la vie réelle circule autrement : en souterrain, en biais. Les êtres s’adaptent, contournent les obstacles, négocient avec le réel. Les existences se bricolent dans l’ombre des tours étincelantes. Chacun poursuit sa route comme il le peut, funambule discret entre prudence et désir, entre stratégies de survie et battements sincères du cœur.

Présentation de l'éditeur : Zulma

Publié dans Littérature Asie

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Impossibles adieux de Han KANG

Publié le par Hélène

Gyeongha est une écrivaine hantée par ses propres livres. Un matin, elle reçoit un message d'Inseon, une amie perdue de vue : cette dernière est hospitalisée à Séoul après s'être accidentellement sectionné deux doigts. Elle supplie Gyeongha de se rendre immédiatement sur l'île de Jeju pour nourrir son oiseau, un perroquet blanc nommé Ama, qui mourra si personne n'intervient.

Gyeongha s'exécute, mais arrive sur l'île en pleine tempête de neige. Ce qui devait être une simple mission de secours se transforme en un voyage halluciné aux confins de la mort et de la mémoire.

Ce que je n'ai pas aimé : 

Lire Impossibles adieux, ce n'est pas seulement lire un roman sur un massacre historique (celui de l'île de Jeju en 1948), c'est aussi accepter de sombrer dans une hypnose sensorielle où le blanc de la neige finit par brûler les yeux. Ce qui frappe d'emblée, c'est cette froideur clinique qui se mêle à un onirisme macabre. Han Kang nous installe dans un malaise permanent : par exemple l'obsession pour les doigts sectionnés d'Inseon, que les infirmières doivent piquer toutes les quelques minutes pour vérifier que le sang circule, crée une tension physique presque insupportable. La douleur devient un métronome. 

À mesure que Gyeongha s'enfonce dans la tempête et l'obscurité de la maison d'Inseon, la frontière entre les vivants et les morts se dissout. On ne sait plus si la narratrice hallucine sous l'effet de l'hypothermie ou si les esprits des 30 000 massacrés ont investi les lieux.

L'image récurrente de ces arbres noirs plantés comme des corps dans une terre gelée, destinés à être engloutis par la mer, est d'une beauté terrifiante. C'est une forêt qui ne respire plus, un paysage qui "hurle" en silence.

Bilan : 

Han Kang signe ici un livre spectral. C’est une lecture qui "colle" à la peau comme de la neige humide. On en sort avec une sensation de malaise, il nous force à regarder les morts en face, là où le temps s'est arrêté. Son univers n'est vraiment pas pour moi...

 

Présentation de l'éditeur : Grasset

Du même auteur : La végétarienne

Publié dans Littérature Asie

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L'impasse de Bab Essaha de Sahar KHALIFA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

« Dans la nuit, elles cessèrent d’être des étrangères. Elles devinrent un seul souffle. »

Dans une impasse de Naplouse, en Cisjordanie occupée, la jeune Samar, universitaire de 26 ans, cherche un refuge au moment où éclate un affrontement dans la rue. Elle trouve abri chez Nouzha, une prostituée marginalisée. Dans cette même maison se cache Houssam, un résistant grièvement blessé. La nuit se prolonge, et deux autres femmes se joignent à elles : Sitt Zakia, la sage-femme du quartier, et Oum Azzam, une épouse battue qui rêve d’échapper à son mari violent. Le huis clos devient alors une mosaïque de voix féminines, de blessures et d’espoirs partagés.

Ce que j'ai aimé : 

Sahar Khalifa ne raconte pas la guerre comme un décor, mais comme un quotidien. L’occupation israélienne, les couvre-feux, la peur et la pauvreté sont là, palpables, mais le cœur du roman bat ailleurs : dans les vies des femmes. Ces femmes, souvent réduites au silence, se parlent enfin. Elles évoquent leurs corps, leurs humiliations, leurs désirs d’émancipation. Elles racontent la domination masculine et la double oppression : celle du patriarcat et celle de l’occupation.
À travers elles, l’impasse devient une métaphore : celle d’un peuple et d’un genre enfermés dans une situation sans issue, mais toujours debout.
Bilan :

Un récit qui mêle avec justesse intime et politique autour de la solidarité féminine dans un monde où tout semble perdu. Il rappelle que même dans une impasse, il y a toujours un souffle d’espoir.

Présentation de l'éditeur : Elyzad

Publié dans Littérature Asie

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Le goûter du lion de Ito OGAWA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ito Ogawa nous emmène sur une île solaire, bordée de citronniers et lavée de lumière, où se dresse la Maison du Lion, hospice singulier où l’on vient, non pour attendre la mort, mais pour célébrer les derniers instants comme une offrande à la vie. Shizuku, 33 ans, choisit d’y déposer ses valises, épuisée par la maladie mais encore habitée d’une soif d’essentiel. Là, au fil des dimanches, chaque pensionnaire partage un goûter simple, intime, lumineux, qui devient mémoire, rituel, transmission. Une tarte aux pommes, un bol de soupe, un gâteau de riz : autant de madeleines qui ouvrent des portes d’enfance et de tendresse.

Ce que j'ai aimé :

Ogawa écrit avec délicatesse, pudeur et éclat. Elle ne dramatise pas, elle éclaire. Elle n’alourdit pas, elle allège. Sous sa plume, la fin devient passage, l’adieu devient gratitude, et la mort n’est plus qu’une respiration plus lente, plus vaste, où l’on ose encore aimer, rire, se souvenir.

C’est un roman qui apprend à vivre, au moment même où il parle de mourir. 

"La vie ne se passait pas toujours comme prévu. C'était ce que m'avaient appris ces trente et quelques années passées sur terre. Mais c'était précisément parce que la vie était imprévisible que l'on pouvait savourer la joie de surmonter les obstacles."

Une belle réflexion sur la fin de vie !

Présentation de l'éditeur : Editions Picquier

Du même auteur  Le restaurant de l’amour retrouvé ♥ ♥ ; Le ruban ♥  ; La papeterie Tsubaki ♥ ♥ ♥ ♥ ; La république du bonheur ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Asie

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La végétarienne de Han KANG

Publié le par Hélène

La Végétarienne – Yŏnghye, jadis épouse insignifiante, se réveille et vide tout aliment carnés du réfrigérateur : « J’ai fait un rêve. » Ce geste banal déclenche un effondrement : perte de poids extrême, mutisme, refus de partager l’intimité conjugale, jusqu’à une tentative de suicide lorsque son père tente de la forcer à manger de la viande. Dans Le beau-frère artiste – Obnubilé par la « tache mongolique » végétale sur le corps de Yŏnghye, il la peint, la filme, et cherche à transcender le corps humain en une matière végétale, à la lisière de l’érotisme et du fantasme grotesque. Enfin La sœur, Inhye endosse la fin du récit dans un hôpital psychiatrique. Yŏnghye, silencieuse et immobile, s’assimile à une plante, prend racine, se détache de l’humanité. C’est depuis la normalité qu’Inhye relate cette métamorphose tragique et troublante."

Ce que j'ai aimé :

Loin de se limiter à un simple choix alimentaire, le végétarisme se transforme ici en un acte de rébellion contre les rôles traditionnels que la société coréenne impose aux femmes. Mais cette rupture prend des dimensions plus sombres, plongeant la protagoniste dans une folie croissante, un effacement de soi total, une métamorphose radicale. C'est un geste politique silencieux, brutal et vertigineux.

Ce que j'ai moins aimé :
J'ai abandonné le récit à la fin du chapitre sur La Végétarienne, qui laisse un vide difficile à combler. Je n'ai pas apprécié cet univers oppressant et trop glauque : l'étrangeté du monde décrit devient parfois trop pesante, presque insoutenable. Les visions de chairs saignantes, la crudité des scènes et l'étrangeté dérangeante de la jeune femme créent une atmosphère lourde et malsaine, engendrant un malaise progressif qui devient difficile à supporter.
Bilan : 

La Végétarienne (2007), porté à l’international et couronné du Man Booker International Prize en 2016, est revenu sur le devant de la scène avec l’attribution du Prix Nobel de Littérature 2024 à Han Kang, reconnue pour sa « prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine » A vous de juger !

Publié dans Littérature Asie

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La bâtarde d'Istanbul de Eli Shafak

Publié le par Hélène

À Istanbul, Asya, jeune femme rebelle élevée par une famille exclusivement féminine, cherche son identité au milieu des secrets familiaux. Pendant ce temps, Armanoush, une Américaine d'origine arménienne, débarque pour comprendre son propre héritage lié au génocide arménien. À travers leur rencontre, les non-dits du passé turc et arménien refont surface, entre douleur et espoir de réconciliation.

Ce que j'ai aimé :

Dés les premières pages, on entre dans cette maison pleine de femmes, chacune plus haute en couleur que la précédente. Elles sont drôles, tragiques, contradictoires, mais aussi un peu stéréotypées. Et Asya, la fameuse "bâtarde", semble chercher son souffle dans ce tumulte familial. Leur maison est à l'image de la ville d'Istanbul, ville vibrante, magique et pleine de parfums, de sons et de tensions.

Par la suite, le roman explorera avec délicatesse des blessures du passé comme le génocide arménien.

Mais j'ai été rapidement étourdie par ce tumulte incessant...

Ce que j'ai moins aimé :

Le roman s’enlise parfois dans un trop-plein : trop de personnages qui frôlent la caricature, trop d’histoires annexes, trop de symboles. L’ensemble manque parfois de souffle, de fluidité, de chair, le roman peine à s'incarner.

Bilan :

Reste malgré tout une ambiance, une ville, et une question essentielle : que transmet-on quand on se tait ?

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L'épopée de Gilgamesh

Publié le par Hélène

♥ ♥

L'épopée de Gilgamesh est la première œuvre littéraire que nous possédions, transmise à l’oral vers 2300 avt JC déchiffrée en 1872 et adaptée de façon moderne en 1947 par Jacques Cassabois. 

La XIe tablette de la version de Ninive de l’Épopée de Gilgamesh, relatant le Déluge. British Museum.

Elle questionne sur l'universelle fatalité du destin des hommes et montre que le mythe et la littérature nous interrogent sur les grandes questions de la condition humaine, la vie, la mort, le bonheur, la liberté.

Elle relate l'histoire de Gilgamesh, roi tyrannique que les dieux décident de tempérer en lui envoyant un rival, Enkidu. La rencontre entre Gilgamesh et Enkidu est essentielle : Enkidu, être sauvage, humanise Gilgamesh en lui enseignant l’humilité et la compassion. Leur amitié est profonde et les aide à évoluer. Tous les deux, ils triomphent du géant Humbaba et du Taureau Céleste. Le récit bascule avec la mort d’Enkidu, punition infligée par les dieux pour l’affront qui leur a été fait. Gilgamesh se lance alors dans la quête de l'immortalité qui le conduit jusqu’au bout du monde où réside l’immortel Uta-Napishti. 

Ce que j'ai aimé :

Gilgamesh, après la mort de son ami Enkidu, entreprend une quête désespérée pour trouver l’immortalité. Mais il échoue et comprend que la mort est inévitable pour tous les humains. Cette prise de conscience est l'un des premiers récits littéraires de la finitude humaine. L’immortalité physique est hors d’atteinte, mais l’homme peut laisser une trace par ses actes et son héritage.

« Non seulement personne ne t’oubliera, mais chacun portera en lui une part d’humanité que tu auras donnée. Voilà comment tu deviendras immortel. » p 93

« Tu es un homme, alors fais régner l’homme. En toi, en chacun."

Il comprend que la véritable grandeur ne réside pas dans la puissance brute, mais dans la sagesse et le service aux autres. Uta-Napishtim lui révèle que la vie humaine est éphémère, mais que la sagesse et l’histoire se transmettent de génération en génération. La mémoire et la transmission du savoir sont essentielles pour les civilisations.

L’échec de Gilgamesh à obtenir l’immortalité ne signifie pas que son voyage était vain. Au contraire, il apprend à voir la valeur de la vie humaine et du moment présent. « Deviens un gourmet », est l'ultime conseil donné à Gilgamesh, la sagesse ne résidant pas dans la quête de l’éternité, mais dans la compréhension et l’acceptation de la vie telle qu’elle se présente.

Bilan :

Ce récit est infiniment riche en philosophie, et plutôt que de lire des livres vains et creux de développement personnel, chacun devrait se pencher sur ces pages !

Publié dans Littérature Asie

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