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litterature europe

Les fantômes de Shearwater de Charlotte McCONAGHY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Sur une île isolée de l’océan Austral, menacée par la montée des eaux, un père et ses trois enfants veillent sur une banque mondiale de graines, censée préserver l’avenir de l’humanité. Mais la montée des eaux va les obliger à partir dans quelques semaines. Un soir, après une tempête, une femme échoue sur la plage. Que cherche-t-elle dans ce lieu désolé ? Que tentent de cacher ses hôtes ? 

Ce que j'ai aimé :

Ce roman se situe à la frontière de plusieurs genres : à la fois fable écologiste, récit d’anticipation post-apocalyptique et thriller, il s’inspire également du nature writing, ce qui lui permet de séduire un large public. Ce mélange des registres fonctionne avec efficacité.

La famille occupe une place centrale dans l’histoire, portée par des relations complexes et des silences subtilement distillés. La figure paternelle se distingue particulièrement : marqué par un deuil qu’il n’a pas su surmonter, il s’efforce malgré tout de veiller sur les siens.

Enfin, pour couronner le tout, l’objet livre est en lui-même superbe.

Ce que j'ai moins aimé :

Autant de drames étaient-ils nécessaires ? 

Tout comme le style qui le sert, le message s'avère relativement simpliste : le monde est dangereux, nous ne survivrons pas mais rien de vaut la beauté des rapports humains familiaux, un message distillé plus délicatement dans bon nombre de romans, dont le magnifique Soleil des Scorta relu récemment. Avec cette même scène de banquet et de danse symbole d'insouciance et de bonheur de vivre. 

Bilan :

Une petite déception tant j'avais apprécié les romans précédents ! 

Du même auteur : Je pleure encore la beauté du monde ♥ ♥ ♥ ♥ ; Migrations ♥ ♥ ♥ 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Sélection N°7

Catégorie Fiction 

Publié dans Littérature Europe

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Le pays des phrases courtes de Stine PILGAARD

Publié le par Hélène

♥ 

La narratrice quitte Copenhague pour s’installer dans le Jutland rural avec son compagnon, professeur dans une école alternative. Pendant qu'il enseigne, elle s'occupe de leur bébé et tente de nouer des relations avec les habitants de la communauté, ce qui n'est pas une tâche facile tant elle trouve les habitants particuliers. Elle peine à trouver sa place, ne comprenant pas les codes, les conversations semblant se terminer avant d’avoir commencé. En parallèle, elle essaie désespérément d’obtenir son permis de conduire, faisant le désespoir des différents moniteurs...

Ce que j'ai aimé : 

Le permis de conduire devient d’ailleurs une métaphore de cette difficulté à “circuler” dans la vie sociale. La narratrice comprend mal les règles implicites du monde qui l’entoure, comme si elle n’arrivait jamais à conduire correctement dans les relations humaines. Leur expérience en tant que parents n'arrange pas les choses : ils ne dorment pas depuis plusieurs mois et vivent perpétuellement dans un brouillard, ignorant quels peuvent être les meilleurs choix pour leur enfant, navigant à tâtons dans ce monde complexe de la parentalité.

Alors qu'elle essaie désespérément de comprendre les codes de cette communauté, observant, voire harcelant les "professionnels" de la communication, elle répond également dans un journal local à des lettres de lecteurs.

Là elle fait preuve d'une clairvoyance étonnante derrière ses maladresses : quand une femme lui demande comment savoir si un homme est fiable, elle conseille de regarder comment il ses comporte avec ceux qui travaillent dans le secteur des services, les serveurs, chauffeurs de taxi. Quand un jeune père se plaint des changements de sa femme depuis qu'ils ont des enfants, elle mentionne la "colère de la nuit des temps des femmes contre les hommes" : "un tonnerre assourdissant transgénérationnel" "c'est la peur collective d'être violée, des douleurs menstruelles vertigineuses, des accouchements solitaires et un sentiment d'ingratitude." Un fardeau que nous portons et nous ne pouvons pas toujours le porter en silence. Pour conclure " Méfie-toi de la rage de la nuit des temps. Ne la prends pas personnellement, mais prends-la au sérieux." 

Ainsi, derrière cette personnalité déphasée, se terre une vraie angoisse moderne : comment appartenir à un groupe, comment aimer, comment parler, comment devenir adulte quand on a l’impression de jouer un rôle, et surtout comment parler aux autres quand on a trop de mots dans un monde qui préfère les phrases courtes !

Après une année entière passée au sein de cette école, la jeune femme finira finalement par trouver sa place...

Bilan : 

Un de ces romans à la fois absurde et profond, comme je les aime !

 

 

Publié dans Littérature Europe

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Novecento de Alessandro BARICCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

« La vie c’est quelque chose d’immense, vous allez comprendre ça oui ou non ? Immense ! »

Le roman Novecento de Alessandro Baricco est un récit court, poétique et hypnotique, qui raconte l’histoire extraordinaire de Danny Boodman T.D. Lemon Novecento, un pianiste né et élevé à bord d’un paquebot transatlantique. Dès sa naissance, il ne posera jamais le pied sur terre : toute sa vie se déroule sur le pont et dans les salons du navire, au milieu des passagers et des vagues.

Ce que j’ai aimé :

Racontée par Tim Tooney, trompettiste et témoin de sa vie extraordinaire, l’histoire révèle un personnage fascinant : Novecento ne joue pas seulement du piano, il crée des univers entiers avec ses notes, suspend le temps et captive des foules entières sans jamais quitter le navire. Le monde extérieur, avec ses règles et ses obligations, l’effraie ; sa liberté est totale, mais confinée au pont et aux vagues.

Le roman est un hymne à la musique, à la solitude créatrice et à la peur de l’inconnu. À travers le destin de Novecento, Alessandro Baricco compose un récit à la fois poétique et philosophique, où le génie se mesure à la capacité de rêver, de créer et de rester fidèle à son univers intérieur. Chaque phrase est comme une note de jazz, chaque silence comme une respiration du vent sur la mer.

Le roman est un voyage enivrant sur les flots et dans l’âme humaine : une réflexion sur la liberté, le talent, l’art et les choix qui définissent nos vies, enveloppée dans la magie et la musique du roman.

Du même auteurTrois fois dés l'aube ♥ ♥ ♥ ;  La jeune épouse ♥ ♥

Présentation de l'éditeur : Folio

Publié dans Littérature Europe

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Le vent passe et la nuit aussi de Milena AGUS

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Prenez des notes ! Littératurez votre existence ! Littératurez ! Armez-vous de licences poétiques et transformez la réalité en rêve."

Cosima, une adolescente très rêveuse vit à Cagliari en SardaigneElle vient d'une famille pauvre, sa mère est la fille illégitime d'un riche industriel de Cagliari qui a refusé de la reconnaitre, son père est un artiste rêveur et insouciant, mais souvent au chômage. Cosima est une élève brillante, qui suit à la lettre les conseils de sa professeure de littérature et se plait à "littératurer son existence". Quand elle rencontre le berger Costantino Sole, elle lui trouve immédiatement des ressemblances avec Heathcliff des Hauts de Hurlevent et tombe alors sous son charme.

Ce que j'ai aimé :

Le rêve est-il un refuge nécessaire ou une prison qui nous empêche d'aimer les gens tels qu'ils sont ? Cosima transforme ce jeune berger en héros romanesque et la puissance de son rêve se heurte à la dureté de la réalité quand il perd ses atours pour redevenir un humain faible et faillible. Paradoxalement, elle refuse de voir à ses côtés son ami « el señorito bandazo » qui a vécu à Cuba, s'habille et parle en révolutionnaire, mais reste obstinément transparent à ses yeux. Ainsi l'autrice montre comment la lecture peut sauver une vie, mais aussi comment elle peut nous rendre "inadaptés" au bonheur simple. Cosima doit apprendre que la "vraie" vie n'a pas besoin d'être un chapitre des Hauts de Hurlevent pour être digne d'être vécue.

Bilan : 

Un roman solaire, profondément optimiste qui enjoint à voir la beauté du monde derrière les oripeaux de la réalité. 

Présentation de l'éditeur : Editions Liana Levi

Du même auteur : Battements d’ailes ♥ ♥ ♥ ; Quand le requin dort ♥ ♥ ♥ ; Sens dessus dessous ♥ ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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Eclaircie de Carys DAVIES

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

En 1843, en Ecosse, se mettent en place les tragiques Clearances écossaises : des communautés de paysans ont été chassés de chez elles par les propriétaires terriens dans le cadre d'un implacable programme dans le but de faire place nette pour les cultures, les troupeaux de vaches et, de plus en plus au fil du temps, de moutons. 

L'intrigue repose sur un face-à-face bouleversant, choc de deux solitudes : Ivar est le dernier habitant d'un îlot oublié entre les Shetland et la Norvège. C'est un homme taiseux, robuste, qui vit en symbiose avec une nature hostile, entouré de sa jument Pegi et d'une vache aveugle. Il parle le norn, une langue scandinave en train de s'éteindre. John Ferguson est un pasteur sans le sou, envoyé là par un riche propriétaire pour une mission ingrate : convaincre Ivar de quitter sa terre.

Mais dès son arrivée, John fait une chute terrible. Il est sauvé, soigné et nourri par celui-là même qu’il est venu chasser.

Ce que j'ai aimé :

Ce qui fascine dans ce récit, c'est l'absence initiale de langue commune. Les deux hommes ne se comprennent pas, mais ils s'apprivoisent. Le pasteur se met à noter les mots d'Ivar pour désigner les oiseaux ou les plantes. Peu à peu, la méfiance se mue en une amitié fragile, presque mystique, tandis que sur le continent, Mary, l'épouse de John, attend avec une angoisse croissante.

Le style de Carys Davies est d'une économie magistrale. Pas un mot de trop. Elle parvient à rendre palpable le froid, l'odeur de la tourbe et le cri des macareux. C’est un roman sur ce qui nous lie quand tout semble nous séparer : l'histoire, la religion, l'argent.

Bilan :  

Un immense coup de cœur pour ce récit court mais d'une densité émotionnelle rare. C’est une lecture qui agit comme une "éclaircie" : elle illumine brièvement la part d'ombre de l'Histoire pour en extraire une beauté humaine universelle. La fin est, par ailleurs, absolument saisissante et inattendue.

Présentation de l'éditeur : Editions La Table Ronde

Sélection n°5

Catégorie Fiction 

Publié dans Littérature Europe

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Naïf. Super. de Erlend LOE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Le jour de ses vingt-cinq ans, le narrateur prend brutalement conscience que sa vie n’a pas de sens. Il prend les choses en main et dresse la liste de ce qu’il possède. Mais il lui manque l’essentiel : des projets, une bonne dose d’enthousiasme et, surtout, une petite amie. Il rédige alors une nouvelle liste et trouve l’objet avec lequel la vie va enfin pouvoir reprendre son cours: un ballon rouge… 

Ce que j'ai aimé :

Le narrateur gère sa crise existentielle en la prenant à bras le corps : il se met à lister des objets, à acheter des balles pour les lancer contre un mur, à envoyer des fax à des inconnus, à réfléchir très sérieusement au temps et à l’univers. Il conserve un calme enfantin, presque déconcertant, lui permettant de désamorcer l’angoisse, en rendant le vertige de l’existence soudainement manipulable. Comme si, face à l’immensité du monde, la seule réponse possible était une logique volontairement bancale mais rassurante.
Il commence par une célébration radicale de la simplicité : ici pas de pathos inutile, les gestes sont simples, les pensées aussi, et c’est précisément là que le roman devient lumineux. Faire rebondir une balle, boire du lait, écrire des listes, envoyer une lettre : ces actes minuscules deviennent des points d’ancrage. Le roman affirme, sans grands discours, que le sens n’est pas forcément dans les grandes idées mais dans les petites routines que l’on choisit consciemment.

Ainsi, peu à peu, l'enthousiasme reprend le pas, le narrateur décide de croire. Croire que recommencer est possible. Que changer ses habitudes peut changer sa manière d’être au monde. Que l’on peut reconstruire une énergie vitale à partir de presque rien. Cette énergie-là n’est jamais spectaculaire : elle est douce, maladroite, parfois ridicule, mais profondément sincère. 

Derrière cette naïveté assumée, se cache une envie irrémédiable de croire en la vie. Naïf. Super. n’est pas un roman de fuite, c’est un roman de réconciliation. Avec le temps qui passe. Avec l’idée qu’on ne comprendra jamais tout. Avec le fait que l’espoir peut être une décision quotidienne plutôt qu’un état permanent. Loe nous dit, sans emphase : on peut choisir la joie modeste, la routine apaisante, l’élan de tout recommencer et ceci  même quand on se sent vide ou perdu.

C’est un livre qui fait du bien précisément parce qu’il n’essaie pas d’être profond : il l’est malgré lui. Et c’est peut-être ça, sa plus grande réussite.

 

 

Publié dans Littérature Europe

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Les enfants de Sainte Marguerite de Ante TOMIC

Publié le par Hélène

♥ ♥

Sur l'île de Sainte-Marguerite, l'arrivée d'un migrant syrien de toute beauté et les braiments d'un âne mystique bouleversent le quotidien d'une population haute en couleur. Entre les cellules transformées en chambres d'hôtes par un policier astucieux et les joutes philosophiques autour de l'origine du kebab, une série de rebondissements improbables s'orchestre sous l'œil de la sainte locale. Cette épopée rocambolesque se transforme finalement en une grande aventure amoureuse qui scelle le destin de cette communauté solidaire.

Ce que j'ai aimé : 

S’immerger dans ce roman d’Ante Tomić, c’est comme s’asseoir à la table d’un banquet de village où l’on ne connaît personne au début, mais où l’on finit par embrasser tout le monde à la fin.

Le génie de Tomić réside dans sa capacité à orchestrer une véritable fourmilière humaine. Ici, pas de héros solitaire, mais une foule de personnages hauts en couleur qui se croisent dans une chorégraphie délicieusement désordonnée. Ils crient, ils gesticulent, ils se disputent pour un rien et ils se battent parfois, mais surtout, ils s'entraident. C'est un récit où l'on se conseille mal, où l'on se mêle de tout, mais où personne n'est jamais vraiment laissé de côté. 

L'auteur manie un humour décalé, presque absurde, qui ne tombe jamais dans la caricature. Sous la farce, Tomić glisse une réflexion profondément humaine sur la dignité et la résilience d'un peuple qui en a vu d'autres. Il célèbre l'identité méditerranéenne dans ce qu'elle a de plus noble : sa capacité au mélange. "Les peuples et leurs religions se sont férocement combattus en ces terres, mais bien plus souvent ils se sont mélangés, ont coopéré, échangé des chansons, des histoires et des recettes d'agneau à la broche, de fromage de chèvre, de chou farci, de risotto à l'encre de seiche et de cévapcici."

Bilan : 

Un livre solaire, bruyant et généreux.

 

Du même auteur : Miracle à la combe aux Aspics ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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La librairie disparue de Evie WOODS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

En 1921, Opaline, une jeune femme passionnée de littérature, fuit Londres et l'avenir tracé qui l'attend : un mariage arrangé qu’elle rejette catégoriquement. Elle s’installe à Dublin, où elle transforme une vieille boutique en une librairie unique en son genre, spécialisée dans les livres anciens et rares. Cette librairie devient son refuge, un lieu à la fois de paix et de rébellion contre la vie qu’on aurait voulu lui imposer.

Des années plus tard, Martha, une femme qui fuit son propre passé de violence conjugale, croise Henry, un jeune étudiant qui, en cherchant des informations sur une librairie disparue, tombe sur la mystérieuse histoire d'Opaline. Intriguée par l’énigme, Martha décide de l’aider à résoudre ce mystère.

Ce que j'ai aimé : 

L’histoire s’attache à sonder le pouvoir secret des livres et cette troublante faculté qu’aurait la vie de se laisser réécrire. Elle révèle, en filigrane, la manière dont le passé modèle silencieusement l’avenir en offrant deux beaux portraits de femmes en quête d’émancipation, chacune tentant d’arracher son destin aux ombres qui l’ont précédée. Toutes deux, selon leur propre élan, cherchent à reprendre possession de leur existence, et la librairie, à la fois refuge et creuset de métamorphoses, incarne cette reconquête.

L’un des aspects les plus envoûtants du récit réside dans cette librairie disparue qui, avec ses ouvrages anciens, semble devenir un théâtre où se matérialisent souvenirs, émotions et événements inexplicables. Les livres s’y révèlent bien plus que de simples volumes : ils sont des passages secrets, des foyers de révélations, des énigmes à déchiffrer, des mémoires ensevelies qui palpitent encore dans l’ombre.

Bilan :

Un roman poétique et envoûtant, parfait pour les amateurs de récits mêlant mystère, magie et réflexion sur la résilience et la rédemption.

Présentation de l'éditeur : J'ai Lu

Publié dans Littérature Europe

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Une vie entière de Robert SEETHALER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Andreas Egger vit dans un petit village des Alpes autrichiennes, au XXᵉ siècle. Sa vie s'écoule doucement au coeur de sa vallée alpine, entre tragédies et petits bonheurs. Le récit suit sa trajectoire, celui d'une vie ordinaire, l'enfance difficile, le travail comme ouvrier agricole, éreintant, voué à la construction des lignes de téléphérique — symbole de la modernisation et de la fin d’un monde rural ancien. Puis l'amour comme un éclat, bref et intense. La guerre et le retour des années plus tard dans un monde transformé. Pour finir, la vieillesse, Andreas terminant sa vie dans la même vallée, témoin du passage du temps et de la disparition d’un mode de vie simple et rude.

Ce que j'ai aimé : 

Andreas Egger n’est ni un héros ni un homme d’exception. Sa vie « banale » prend pourtant une profondeur universelle, il endure tout avec une forme de sérénité muette, une acceptation stoïque de la vie.

"Comme tous les êtres humains, il avait, lui aussi, nourri en son for intérieur, pendant sa vie, des idées et des rêves. Il en avait assouvi certains, d’autres lui avaient été offerts. Beaucoup de choses étaient restées inaccessibles ou lui avaient été arrachées à peine obtenues. Mais il était toujours là. Et dans les jours qui suivaient la première fonte des neiges, quand il traversait le matin le pré humide de rosée devant sa cabane et s’étendait sur une des dalles rocheuses qui le parsemaient, avec dans son dos la fraîcheur de la pierre et sur le visage les premiers chauds rayons de soleil, il avait l’impression qu’il ne s’en était tout de même pas mal tiré ».p133

Le ton est calme, presque contemplatif, ce qui rend le roman d’autant plus émouvant. 

Bilan : 

Le livre a rencontré un grand succès critique et public, traduit dans de nombreuses langues. En France, il a été finaliste du Man Booker international Prize en 2016 et a conquis les lecteurs par sa sobriété et sa profondeur humaniste.

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Le tabac Tresniek ♥ ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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Les éléments de John BOYNE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

Quatre récits, quatre voix, comme les points cardinaux d’une même douleur : une mère en fuite, un jeune footballeur accusé, une chirurgienne des grands brûlés, un père en voyage avec son fils. Chaque trajectoire explore à sa manière la culpabilité, le silence, la complicité, qu’ils soient subis ou infligés. Ensemble, ces histoires composent une fresque bouleversante sur la violence, l’innocence perdue et la quête de rédemption.

Ce que j'ai aimé :

En quelques phrases, la magie opère, et déjà nous marchons aux côtés de ces personnages, pris dans le flux de leurs existences. L’écriture, ample, sensible, sait capturer le souffle du récit et l’offrir comme une évidence.

Mais si Boyne captive, c’est aussi parce qu’il refuse la facilité des jugements binaires. Là où d’autres pointeraient un doigt accusateur, lui dessine des visages complexes, multiples, marqués par la lumière comme par l’ombre. Ce roman n’incrimine pas seulement les hommes : il ose dévoiler la part des femmes, non pas comme simples victimes silencieuses, mais comme figures actives, parfois complices, parfois cruelles. Des femmes qui savaient et se sont tues. Des femmes capables de violence – physique ou morale. Des mères distantes, incapables d’offrir à leurs enfants le moindre geste d’amour.

Cette nuance est la force de ce roman. Elle confère au récit une profondeur vertigineuse, obligeant le lecteur à interroger ses propres certitudes. Ici, nul manichéisme, mais un chœur de voix humaines, traversées de failles et de contradictions. Et c’est dans cette justesse que réside le grand art de John Boyne : raconter non pour juger, mais pour révéler.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai moins aimé la dernière histoire, plus statique, plus classique sur le conflit parent-adolescent. 

Bilan :

Un roman qui nous plonge dans les eaux troubles de l’âme humaine, et qui, longtemps après la dernière page, continue de nous poursuivre.

Présentation de l'éditeur : Editions JC Lattès

 

Sélection pour le mois de septembre 

Catégorie : Fiction

Publié dans Littérature Europe

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