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litterature europe

Le quinconce de Charles PALLISER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

En Angleterre au début du XIXème, John Huffam vit dans un petit village, choyé par sa mère et ses nourrices. Plane un mystère autour de l'identité de son père, et le jeune garçon se persuade qu'il est apparenté aux châtelains du lieu. Il décide alors de désobéir à sa mère pour enquêter sur ses origines. Mais le danger rôde autour de lui..

Il s'agit ici du premier tome d'une série qui en compte 5, si bien que l'intrigue se met en place lentement, ménageant son suspens. Le parallèle avec Dickens est indéniable, tant cette oeuvre est puissamment romanesque.

Dans sa préface, Gaëlle Josse souligne :

« Amie, ami, toi qui entres en librairie et tournes autour de ce volume, surtout ne le repose pas. Laisse-toi tenter, car je te propose une aventure. Voici laquelle : ce livre est suivi de quatre autres, soit mille cinq cents pages de lecture au total. Je t’invite à embarquer.

Folie, non ? Folie, oui. Folie de lecture et d’écriture, défi de lecteur et d’écrivain. Mais à la clé, qu’on se rassure, nul exploit comptable, nulle épreuve arithmétique remportée pour la gloire.

Je te propose plutôt de vivre un grand bonheur, une authentique félicité comme nous les aimons, nous, les amoureux des livres, les dévoreurs de littérature, les curieux, les insatiables, les assoiffés de toutes les vies, de tous les destins, les affamés d’émotions qui nous tiennent en haleine et immobilisent la course du monde autour de nous. »

A noter la douceur au sens propre de cette réédition : les pages sont réellement douces au toucher, tout comme la couverture !

Présentation de l'éditeur : Libretto

Publié dans Littérature Europe

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Eden de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Nous sommes à chaque instant au centre de notre existence."

Alba voyage aux quatre coins du monde pour des colloques sur les langues en voie d’extinction car « Il meurt une langue tous les vendredis. ». cette jeune enseignante - chercheuse s'intéresse aux pouvoirs des mots, corrigeant ou traduisant aussi occasionnellement des manuscrits. De retour à Reykjavík, elle décide de s'arrêter un instant et calcule que pour compenser son empreinte carbone, il lui faudrait planter 5 600 arbres. Elle décide alors sur un coup de tête d'acquérir un terrain situé aux confins du pays, terrain de roche, de lave et de sable avec juste une petite maison, et là, elle entreprend de planter ses arbres. Elle se coule harmonieusement dans la petite vie de la communauté, écoutant son voisin se plaindre des promoteurs ou décidant soudainement de donner des cours aux réfugiés.

Fascinée par le pouvoir infini des mots, Alba est une femme attentive aux détails, sachant percevoir la richesse du monde qui l'entoure et elle apprend ainsi peu à peu à trouver son Eden, sa place dans l'univers, au centre de sa propre existence.

"Les gens passent trop de temps à expliquer la vie aux autres, à penser à leur place et à leur montrer le droit chemin. Il y a les grammairiens qui corrigent nos fautes et les géologues qui nous expliquent la tectonique des plaques, sans parler des météorologues qui nous rebattent les oreilles avec le pourquoi du comment des épisodes climatiques extrêmes. (...) L'être humain n'a pas été créé pour se comporter de manière rationnelle. Personne ne peut se prévaloir de toujours agir dans son intérêt." p168

L'écriture lumineuse de Audur Ava Olafsdottir nous emporte en marge du monde, loin de ses turpitudes, dans un cocon de mots et de poésie. De lettres en mots, l'essentiel se dessine peu à peu, et l'agitation extérieure laisse place à l'évidence. A lire !

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteur :  Rosa candida ♥ ♥ ♥ ♥ ;  L’embellie  ♥ ♥ ♥ ; L'exception ♥ ♥ ♥ ♥ ; Le rouge vif de la rhubarbe ♥ ♥ ♥ ♥ ;  Ör ♥ ♥ ♥ ; Miss Islande ♥ ♥ ♥ ♥ ; La vérité sur la lumière ♥ ♥ ♥ 

Publié dans Littérature Europe

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Killarney blues de Colin O'SULLIVAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans la pittoresque ville de Killarney, un jeune homme se fait violemment rosser. Et pourtant, Bernard Dunphy n'a jamais contrarié qui que ce soit, se contentant d'admirer Marian, de composer pour elle de belles chansons de blues et de conduire sa jument avec sa calèche pour les touristes. Dans la ville, erre aussi Jack, son ami d'enfance, et un trio de copines qui ne se doutent pas des conflits sous-jacents. Jusqu'à ce que tout éclate, à l'heure où les protagonistes doivent affronter leurs démons intérieurs.

Si la violence habite le passé et le présent de certains personnages, Bernard offre une figure apaisée, marquante et réconfortante dans cette communauté. Etre profondément bon, il répand la lumière et empêche son entourage de sombrer dans les ténèbres. Ce clair-obscur nimbe le roman d'une atmosphère poétique porté par les notes lancinantes du blues de Bernard et par les paysages brumeux de l'Irlande.

Une beauté mélancolique habite ce premier roman d'un jeune poète irlandais.

 

Présentation de l'éditeur : Payot et rivages

Publié dans Littérature Europe

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Nos espérances de Anna HOPE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Hannah, Cate et Lissa sont des amies de longue date. Elles ont vécu ensemble dans un appartement londonien dans les années 1990 et maintenant, alors qu'elles ont 35 ans, chacune tente de trouver son chemin. Chemin difficile à tracer et assumer : Lissa se demande si elle fait bien de persévérer dans le monde du théâtre alors que les déconvenues sont nombreuses, Cate a fait un enfant avec Sam mais subit de plein fouet une certaine forme de dépression post-partum, et Hannah tente en vain de procréer. Chacune s'interroge sur ses choix et vacille.

Le roman offre des portraits de femmes touchantes, fragiles, dans un monde fait d'espérances, de désirs mais aussi de douleur et déception. Elles oscillent entre souvenirs du passé et tentative de se raccrocher aux souvenirs heureux en se disant peut-être que là était le bonheur, et illusions qui permettent juste de s’échapper du présent.

Porté par une écriture fluide, ce roman est beaucoup plus profond qu'il n'y parait !

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Le chagrin des vivants ♥ ♥ 

Publié dans Littérature Europe

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Luna de Serena GIULIANO

Publié le par Hélène

Luna retourne sur les pas de son enfance, à Naples, contre son gré. Son père est hospitalisé et même si elle a refusé durant de nombreuses années de le voir, elle part à son chevet pour ne pas le laisser seul. Elle a préféré fuir cet homme au passé trouble et partir pour Milan où elle s'est créée une nouvelle vie. Néanmoins son retour lui permet de retrouver sa cousine et ses racines.

Beaucoup de clichés s'amoncellent dans ce roman qui puise à la fois dans la série "Sex and the city" avec les amies soudées -c'est beau l'amitié-, dans L'amie prodigieuse avec la différence de classe sociale entre Luna et sa cousine et leur amitié qui finalement se joue des différences -c'est beau la tolérance !-.

L'autrice tente un peu d'humour avec un chat qui fait tout pour faire fuir Luna - qui glisse dans une flaque de pisse -c'est beau l'humour ! Et je ne vous parle pas du style "accessible", la mention des papillons qui s'envolent dans le ventre digne de mes meilleures pages de carnet intime de 6ème...

Les dialogues sont d'une finesse remarquable :

"- Tu m'as manqué, tête de rat"

" -Je suis tellement contente qu'on soit toutes ensemble.

- Moi aussi.

- Moi aussi, surenchérit Fatima, toujours en tain de se gaver."

Sans compter les allusion aux pets de Fatima... "C'est un parfait résumé de notre amitié : passer de réflexions profondes à des histoires de pets."

En fait il faut lire les remerciements et parmi ceux ci l'allusion à Virginie Grimaldi pour comprendre réellement : c'est un roman feel-good. Et je n'aime pas le feel-good. De fait ne faudrait-il pas clairement annoncer la couleur dés le début, ce qui m'aurait évité une lecture fastidieuse ?

Bref je pense que les amateurs de feel-good apprécieront cette lecture. Les autres, passez votre chemin et lisez L'amie prodigieuse ou les romans de Silvia Avallone bien plus profonds (D'acier ♥ ♥ ♥ ; Marina Bellezza ♥ ♥ ♥ ♥ ; La vie parfaite ♥ ♥ ♥ ♥)

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Publié dans Littérature Europe

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L'été solitaire de Elizabeth VON ARNIM

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Ne serait-ce pas délicieux, ne serait-ce pas merveilleux, un été de solitude ? Pendant des semaines, quel bonheur de se réveiller en sachant qu'on est à soi, rien qu'à soi et à personne d'autre ?"

Cet été Elizabeth décide de ne recevoir personne. Voilà trois ans qu'elle est installée à la campagne, à Nassenheide en Prusse, et elle souhaite profiter de son été pour observer "tout ce qui se passe dans mon jardin. (...) Les jours de pluie, je m'enfoncerai au plus profond des bois, là où les aiguilles de pin sont toujours sèches ; quand le soleil brillera, je m'allongerai dans la bruyère et observerai le flamboiement des genêts contre les nuages. Mon bonheur sera constant puisque personne ne sera là pour le troubler."  Son mari "L'homme en Colère", semble sceptique, persuadée qu'Elizabeth va rapidement s'ennuyer et réclamer à nouveau de la compagnie. Mais le jeune femme bénéficie déjà de compagnie triée sur le volet : ses compagnons sont ses auteurs fétiches : Jane Austen, Heine, Miss Mitford, Goethe, Ruskin, Lubboc, White, Thoreau bien sûr, Hawthorne, Montaigne, et tant d'autres à qui elle voue un amour sans failles : "Quelle bénédiction d'aimer les livres ! Tout le monde doit aimer quelque chose, et je ne connais aucun objet digne d'être autant aimé qu'un livre et un jardin." 

Elizabeth se promène jour et nuit dans son jardin, contemple le miracle de la nature, s'enivre du parfum des fleurs :

"Le calme et la beauté de ce matin paraissaient d'autant plus merveilleux que nous associons le jour au bruit des voix, au va-et-vient pressé des passants, à la monotonie du travail qui procure la nourriture nécessaire à notre survie, et aux repas qui permettent de reprendre le travail qui procurera la nourriture... Là, le monde avait les yeux grand ouverts mais n'appartenait qu'à moi. J'étais seule à respirer l'air pur, les parfums entêtants, à entendre le rossignol, à me réchauffer au soleil. Pas un mot déplacé, pas une manifestation d'égoïsme, rien qui ternisse la pureté miraculeuse de l'univers que Dieu nous a donné." 

Elle se fond dans le cycle de la nature, consciente de l'importance des saisons. L'hiver est en effet nécessaire pour "connaître la face sombre de l'existence." "Le thermomètre descend à moins vingt degrés Réaumur, et vous êtes obligé de descendre avec lui jusqu'aux vérités élémentaires."

Lovée dans son jardin, seule, Elizabeth rencontre finalement un bonheur calme et serein :

"D'ailleurs, il n'est guère de plaisir qui ne soit à la portée de tout un chacun. Allez vous promener dans la campagne, ou, plus simplement encore, installez-vous sur le seuil de votre porte et ouvrez les yeux La nature, la généreuse nature vous a préparé mille spectacles : les premières fleurs, encore toute pâles, qui apparaissent au milieu des halliers ; une anémone qui se détache contre le bleu du ciel ; la première neige en automne ; les grands vents qui chassent les derniers miasmes de l'hiver ; l'odeur chaude des pins -on croirait des mûres - lorsque le soleil les frappe, le premier soir de février assez beau pour qu'on s'aperçoive que les jours rallongent - derrière les arbres sombres dont les branches, couvertes de gouttes de pluie, ressemblent à des rangs de perles, s'étend une bande de ciel couleur jaune pâle ; l'émotion douce qui vous saisit lorsqu'on comprend que l'hiver s'en est allé et que le printemps est là ; l'odeur des jeunes mélèzes, quelques semaines plus tard ; le petit bouquet de primevères que vous ne pouvez vous empêcher d'embrasser tant il est doux et beau et parfait, et aucun baiser au monde n'est plus délicieux."

Mais la guerre gronde et menace son fragile équilibre solitaire...

Elizabeth Von Arnim nous offre ici un petit précis d'hédonisme parfait pour l'été qui s'annonce !

Du même auteur : Christopher et Colombus

Publié dans Littérature Europe

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D'acier de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

d'acier

♥ ♥ ♥

 Prix des lecteurs de l’Express 2011

Piombino est une petite ville de Toscane plombée par le soleil italien. Loin d'être un lieu touristique, c'est une ville qui vit dans l'ombre de l'aciérie Lucchini, entreprise réelle qui employait plus de vingt mille ouvriers dans les années 1960 et qui en emploie deux mille aujourd'hui.

La jeunesse traine sur les plages, désœuvrée, observant au loin l'île d'Elbe, comme un eldorado qui les extrairait de cette lourdeur physique et sociale. Les garçons jouent des muscles et les filles roulent des hanches, pour oublier dans la superficialité d'un instant les dures conditions de travail des parents et l'absence prégnant d'avenir pour tous. Les mères de famille rêvent de s’abstraire de cette pesanteur mais baissent les bras, les pères sont ou violents ou démissionnaires, les jeunes filles aux rêves de starlette basculent dans des univers troubles, et les jeunes hommes s’obstinent à rester attachés à cette usine quand ils n’optent pas pour des trafics louches. Anna et Francesca, quatorze ans, errent dans cette ville piégée, rêvant d'évasion.

Silvia Avallone a un talent indéniable pour nous happer dans son monde. Dés les premières pages, elle nous plonge dans cet univers estival et nous fait ressentir les tensions sexuelles gravitant autour de ces deux jeunes filles débordantes de vie et de beauté. Elles incarnent magistralement cette jeunesse hésitant encore entre le monde naïf de l’enfance dans lequel rien ne porte à conséquence et le monde adulte, beaucoup plus âpre.  Malgré cela, l’ensemble est lumineux, éclairé par l’amitié de ces adolescentes incandescentes.

Il s'agit ici du premier roman de l'autrice, et nous retrouvons dans les suivants cette même intensité dans la description de l'adolescence.

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Le lynx ♥ ♥ ; Marina Bellezza ♥ ♥ ♥ ♥ ; La vie parfaite ♥ ♥ ♥ ♥ ; Une amitié ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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La promenade au phare de Virginia WOOLF

Publié le par Hélène

♥ ♥

"La vie, à force d'être faite de ces petits incidents distincts que l'on vit un à un, finit par faire un tout qui s'incurve comme une vague, vous emporte, et, retombant, vous jette violemment sur la grève."

En ce soir d'été sur une île au large de l'Ecosse, Mrs Ramsay promet à son fils James que le lendemain ils tenteront une excursion jusqu'au phare qui illumine leurs soirées de sa lumière intermittente. Mais selon son mari, l'excursion sera compromise en raison du mauvais temps. cette simple scène met en lumière les rapports humains qui régissent cette famille : entre la mère aimante et dévouée Mrs Ramsay, cette femme souple qui essaie toujours de faire le bonheur de son entourage et son mari, beaucoup plus dur et rigide, le contraste est saisissant.

Dans ce roman, Virginia Woolf évoque son père, avec qui elle a toujours rencontré un problème relationnel, ce dernier la brimant dans son acte de création. Grâce à son roman et à sa fonction cathartique, elle se débarrasse du fantôme de ce père aux allures tyranniques. Son roman est construit autour d'une image-contraste, entre le lyrisme de l'écriture, de la création et un quotidien beaucoup plus banal englué dans des considérations triviales. 

Après sa mort, Lily, une peintre qui a elle aussi séjourné sur l'île comprendra que Mrs Ramsay insufflait du sens dans l'existence naturellement dépourvue d'un quelconque sens : en créant  un environnement propice, en se souciant de l'atmosphère, de l'harmonie des choses, de façon à ce que chacun se sente hors du commun, Mrs Ramsay est l'artiste par excellence dans cet art d'arranger des choses, et de procurer le bonheur, de faire de l'instant présent quelque chose de permanent en parvenant à stopper l'instant.

"La grande révélation n'était jamais venue. La grande révélation ne vient peut-être jamais. Elle est remplacée par de petits miracles quotidiens, des révélations, des allumettes inopinément frottées dans le noir."

@PhilipPlisson

Par le grossissement des détails, l'auteur nous montre que chaque détail vaut pour le tout, dans une esthétique dite du fragment assez particulière. Chaque évènement ne vaut que comme le reflet d'une conscience, le rendu de la conscience étant au centre de l’œuvre de Virginia Woolf. Les autres sont difficilement compréhensibles, les relations humaines ne souffrant pas l'examen de cette conscience singulière :

"Comme jugeait-on les autres, comment pensait-on à eux ? Comment ajoutait-on un tel trait à tel autre et concluait-on que c'était en définitive de la sympathie ou de l'antipathie que l'on éprouvait ? "

Les mots n'atteignent jamais leur but, trop rapides, ils tombent souvent à plat et "La moitié des notions que nous nous formons que les gens sont en somme grotesques. Elles servent nos propres buts."

Seule la conscience prévaut et cette capacité à se lover en soi-même :

"Ils devaient sentir que ce qui de nous apparait aux autres, ce par quoi ils nous connaissent, ne représente qu'une puérile réalité. Sous cette apparence tout est sombre, tout s'étend, tout a d'insondables profondeurs. Mais de temps en temps nous montons à la surface et c'est cela qu'on aperçoit de nous."

Par l'acte de création, l'être se sauve et sauve la réalité vide qui se laisse difficilement saisir...

"Chose étrange, pensait-elle, que, lorsqu'on est seul, on se sente ainsi attiré vers les choses, les objets inanimés, les arbres, les ruisseaux, les fleurs ; il semble qu'ils vous expriment ; qu'ils deviennent vous-même ; qu'ils vous connaissent, et, en un certain sens, sont vous-même ; on éprouve ainsi pour eux (elle regardait cette longue lumière calme) une irrationnelle tendresse semblable à celle que l'on éprouverait envers soi-même. Du sol de l'esprit (elle regardait, regardait toujours ses aiguilles levées), de ce lac qu'est l'être montent en volutes une vapeur, une fiancée allant à la rencontre de l'aimé."
 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur :Les vagues ♥ ♥ ♥ ; La chambre de Jacob ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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Le livre d'un été de Tove JANSSON

Publié le par Hélène

  ♥ ♥ ♥ 

Le temps d'un été, la jeune Sophie partage quelques mois avec son père et sa grand mère fantasque sur une petite île, loin de tout, en suspens entre deux mondes, deux périodes floues qui l'ont laissée orpheline. Complices, la grand-mère et sa petite fille arpentent l'île, écoutent les hareldes, les oiseaux peuplant le lieu, sculptent des animaux avec des branches et des morceaux de bois, fabriquent des palais en allumettes, et discutent de Dieu, de respect d'autrui, de la vie qui palpite à leurs côtés.

Elles se fondent dans le paysage de cet été, en harmonie avec le lieu et ses habitants.

"Elle ressemblait à un énorme bécasseau quand elle se promenait, elle avançait lentement sur ses jambes raides, s'arrêtait souvent, tournait la tête à droite et à gauche, et examinait tout avant de continuer." 

La grand-mère est à l'orée entre la vie et la mort, et peu à peu elle rend hommage à cette vie qui palpite encore en elle, elle prend soin du monde et des personnes qui l'entourent, allant même jusqu'à faire le tour de l'île pour arroser ses plantes préférées quand le temps est à la sécheresse.  S'il lui arrive de perdre son dentier dans les pivoines, et de se disputer avec Sophie, elle est néanmoins celle qui éclaire l'île de sa présence révélatrice. 

"La grand-mère gravit le rocher tout en réfléchissant sur les oiseaux en général. Il lui semblait qu'aucun autre animal ne possédait leur pouvoir de dramatiser et de parfaire un évènement -les changements de temps et de saison, les multiples états d'âme que traversent les individus."

Ce court roman est une véritable hymne à "la beauté du paysage final de notre vieillesse dans un été qui s'achève ! Le silence se fait autour de nous, chacun part de son côté, et cependant nous nous retrouvons tous devant la mer, dans la paix du soir au coucher du soleil." 

Il évoque magnifiquement le bonheur qui s'immisce dans les interstices du temps et de la vie.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : L'honnête tricheuse ♥ 

Publié dans Littérature Europe

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Sourires de loup de Zadie SMITH

Publié le par Hélène

♥ ♥

Dans les quartiers nord de Londres en 1975, l'anglais Archie Jones et le Bangladais Samad Iqbal entretiennent une amitié datant de la seconde guerre mondiale.

Le roman s'ouvre au moment où Archie décide de se suicider en s'asphyxiant dans sa voiture , mais est sauvé in extremis par Mo Ismael qui tient la boucherie hallal devant laquelle était garé Archie :

« Vous entendez, m’sieur ? On n’a pas la licence pour les suicides, ici. Nous, on est halal, kasher, vous comprenez ? Si vous voulez mourir dans cet établissement, va d’abord falloir qu’on vous saigne. »

Le ton est donné, tout le roman entremêlant humour et portait acide de cette Angleterre multiculturelle en pleine mutation dans les années 1970-2000.

« Ce siècle aura été celui des étrangers, bruns, jaunes et blancs. Celui de la grande expérience de l'immigration. [...] L'immigrant ne peut que rire des peurs du nationaliste (l'envahissement, la contamination, les croisements de races) car ce ne sont là que broutilles, clopinettes, en comparaison des terreurs de l'immigrant : division, résorption, décomposition, disparition pure et simple » (p. 449).

Suite à cette aventure, Archie rencontre Clara, Jamaïcaine, avec qui il aura une fille, Irie. Samad rêvait de suivre les traces de son aïeul, héros supposé de la révolte des Cipayes au 19e siècle. Il est doté de deux jumeaux, Magid et Millat mais éprouve des difficultés à leur inculquer quelques notions d'héroïsme... En sus de ces deux familles, une autre famille aura son rôle à jouer  les Chalfen, desquels vont se rapprocher Irie et Millat. La cohabitation de ces personnalités bigarrées permet de mettre l'accent sur les conflits de culture et de génération.

Ce que j'ai moins aimé :

Le roman m'a semblé très long, souvent j'étais tentée de stopper ma lecture, mais la profondeur du roman finissait par avoir raison de mes hésitations.

Beaucoup de thèmes sont abordés ce qui peut désarçonner le lecteur.

Bilan :

Un roman ambitieux !

Présentation de l'éditeur : Folio

Thème du jour : Londres

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