"Ils allaient enfin se rendre maîtres de quelque chose."
En 1864, Joseph Blackstone quitte l'Angleterre avec sa femme Harriet et sa mère Lilian pour s'installer près de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.Espérant fuir son passé et bâtir une nouvelle vie, Joseph est confronté à une existence rude et à une pauvreté presque insupportable.Lorsqu'il découvre de l'or au fond d'une rivière, il cache cette trouvaille à sa famille et, devient rapidement obsédé par l'idée de faire fortune.
Ce que j'ai aimé :
Harriet apparait comme une femme animée d’une détermination farouche dans sa quête personnelle. Elle s’impose comme une figure de résilience et de courage face à l’inconnu. Elle seule est réceptive aux confidences du jeune Edwin qui communique avec sa nourrice maorie et comprend ses croyances. Cette relation souligne avec finesse les tensions, mais aussi les possibles échanges entre les colons européens et les populations autochtones, révélant la complexité des rapports humains en contexte colonial.
Tandis que Joseph est consumé par sa soif d’or, symbole d’avidité et de vide existentiel, Harriet s’épanouit dans la contemplation d’un jardin paradisiaque, véritable métaphore d’une quête de sens et de bonheur plus profonde.
Bilan :
À travers une écriture riche et sensible, Tremain déploie une narration puissante et offre des personnages d'une grande profondeur psychologique, rendant son roman aussi captivant qu'émouvant.
Une plongée glaciale dans les profondeurs de l'âme humaine...
En Angleterre, Clara Burnham, jeune femme douce et sensible, tombe amoureuse de Franck Aldersley, un jeune officier de la marine. Ce dernier est en concurrence avec Richard Wardour, un homme sombre, passionné et instable, lui aussi amoureux de Clara. Quand Clara choisit Frank, Wardour est profondément blessé. Peu après, Frank part pour une expédition en Arctique, à la recherche d’un navire perdu. Wardour apprend qu’il fera partie de la même expédition. Il jure alors de se venger et de faire du mal à Frank — sans savoir que c’est précisément Frank qui est l’élu de Clara.
Ce que j’ai aimé :
En quelques mots, quelques phrases, le talentueux Wilkie Collins nous emmène dans son univers : nous sommes au XIXème siècle, au bal aux côtés de la frêle Clara attirée par le beau Frank mais torturée par un malentendu passé qui risque de bouleverser son univers.
Puis quelques pages plus tard, l’auteur nous plonge dans l’univers glacial des explorations polaires avec le départ de deux navires vers le pôle Arctique, lancés à la recherche d’un passage. Le beau Franck est du voyage, aux côtés du trouble Richard. Nous tremblons de froid et de peur à l'idée de rester enserrés dans ces régions inhospitalières, à la recherche de ce passage improbable qui s'éloigne inexorablement. L'auteur s'inspire ici de l'expédition Franklin débutée en 1845 et ayant pour but de découvrir un passage est-ouest au nord du continent américain, afin de rejoindre l'océan Pacifique par de nouvelles voies, celle de l'océan Arctique.
L’aventure est au rendez-vous, mais aussi une analyse très fine de l’âme humaine capable du meilleur comme du pire. Ses personnages troubles oscillent entre aspiration au bien et tentation plus sombre, ils sont tous habités par des forces qui quelquefois les surplombent. Réussiront-ils à lutter contre leurs démons intérieurs ou sombreront-ils dans la folie et dans la mort ?
Une très belle introduction pour ceux qui ne connaissent pas encore l’œuvre passionnante de Wilkie Collins.
« Je ne veux pas être des « gens comme nous ». Je veux décider par moi-même de ce qui est bien ou mal. » (p. 496)
Rebecca (Bec), est une brillante scientifique engagée dans la lutte contre le paludisme. Son frère Ritchie, quant à lui est une ex-rock star reconvertie en producteur de télévision à succès.Lorsque Bec refuse la demande en mariage de Val, un journaliste people influent, celui-ci décide de se venger en faisant chanter Ritchie : il menace de révéler sa relation avec une mineure de 15 ans s’il ne lui fournit pas des informations compromettantes sur sa sœur . Ce chantage met à l’épreuve les liens familiaux et soulève des questions profondes sur la loyauté, la trahison et la morale.
Ce que j’ai aimé :
A l’époque où l’intime s’affiche dans tous les médias, où la transparence est souhaitée, traquée, mais où les failles sont aussi attendues et rêvées, il devient difficile de vivre sa vie sereinement pour toute personne se retrouvant sous les feux des projecteurs. Les uns espionnent les autres en espérant le faux pas, celui qui lui permettrait de se sentir supérieur à l’autre. James Meek pousse la logique jusqu’au bout en créant une entité gardienne de la moralité : La Fondation morale. Ces derniers attendent que les médias aient établi une réputation, puis la détruise avec un scoop au nom de la moralité, tout en laissant le choix de dénoncer quelqu’un de son entourage pour ne pas être touché.
Ritchie va en être victime et il va devoir choisir entre résister, comme son père avant lui, officier tué en Irlande pour ne pas avoir dénoncé un informateur, mais risquer de voir s’étaler sur la place publique des secrets inavouables qui feraient voler sa vie en éclat, ou bien trahir, vendre sa sœur, se préserver en trahissant sa famille.
« J’ai un tas de clients, réplique Midge. Ils aiment tous raconter leur vie. Et ça se résume à deux choses. Primo, ils n’arrivent pas à contrôler leur bite. Deuzio, ce pays est plein de mouchards et de balances… (…) De traîtres, poursuivit Midge. Des gens prêts à vous vendre. De filles qui couchent pour pouvoir raconter. De paparazzis. De marchands de tuyaux. De portables qui prennent des photos. Une vraie putain de Stasi… Comment croyez-vous que fonctionne un Etat policier ? Je vous donne un indice : ce n’est pas grâce à la police. Surveillez vos amis… la moitié du pays est prête à dénoncer l’autre. » (p. 195)
Une réflexion sur la moralité et sur la frontière mouvante entre le Bien et le Mal, s’amorce alors, ce roman entrant dans nos consciences pour analyser le phénomène et nous secouer :
« Vous pouvez commettre un acte, reprit-il, quelque chose de mal, et savoir que vous l’avez fait, mais personne d’autre le sait, ça reste un secret. Mais le truc, quand on se fait prendre, ce n’est pas seulement que tout le monde sait ce que vous avez fait. Le truc, c’est que vous ne savez pas vraiment ce que vous avez fait, jusqu’au moment où vous savez que tout le monde sait. » (p. 296)
Parallèlement, Bec, scientifique oeuvrant contre le paludisme cherche à apporter sa pierre à l’édifice de la science. Les ambitions des scientifiques faites de risques et de ratages, pour le bien fondé de la science et du progrès s’entremêlent subtilement au thème de la moralité.
Au terme de tergiversations nombreuses et aléatoires, Ritchie devra faire son choix, même s’il sait que la liberté individuelle et collective est la seule issue, chacun devant être son propre censeur.
À Istanbul, Asya, jeune femme rebelle élevée par une famille exclusivement féminine, cherche son identité au milieu des secrets familiaux. Pendant ce temps, Armanoush, une Américaine d'origine arménienne, débarque pour comprendre son propre héritage lié au génocide arménien. À travers leur rencontre, les non-dits du passé turc et arménien refont surface, entre douleur et espoir de réconciliation.
Ce que j'ai aimé :
Dés les premières pages, on entre dans cette maison pleine de femmes, chacune plus haute en couleur que la précédente. Elles sont drôles, tragiques, contradictoires, mais aussi un peu stéréotypées. Et Asya, la fameuse "bâtarde", semble chercher son souffle dans ce tumulte familial. Leur maison est à l'image de la ville d'Istanbul, ville vibrante, magique et pleine de parfums, de sons et de tensions.
Par la suite, le roman explorera avec délicatesse des blessures du passé comme le génocide arménien.
Mais j'ai été rapidement étourdie par ce tumulte incessant...
Ce que j'ai moins aimé :
Le roman s’enlise parfois dans un trop-plein : trop de personnages qui frôlent la caricature, trop d’histoires annexes, trop de symboles. L’ensemble manque parfois de souffle, de fluidité, de chair, le roman peine à s'incarner.
Bilan :
Reste malgré tout une ambiance, une ville, et une question essentielle : que transmet-on quand on se tait ?
Oliver Twist est un orphelin né dans un hospice, où il grandit dans la misère et la maltraitance. À neuf ans, il est placé chez un croque-mort, mais il finit par s’enfuir et rejoint Londres. Là, il tombe sous l’emprise de Fagin, un vieil homme dirigeant un groupe de jeunes pickpockets. Oliver est forcé de participer à un vol, mais il est arrêté. Heureusement, il est recueilli par Mr. Brownlow, un homme bienveillant qui commence à découvrir les mystères de son passé. Cependant, la bande de Fagin, notamment le brutal Bill Sikes et la compatissante Nancy, ne comptent pas le laisser s’échapper aussi facilement. Entre manipulations, révélations et dangers, Oliver devra lutter pour trouver sa véritable place dans la société.
Ce que j'ai aimé :
Oliver Twist a été publié en 1837-1839 sous forme de feuilleton, puis en livre en 1839. C'est l'un des premiers romans anglais à avoir pour héros un enfant et l'un des plus célèbres de son auteur, un des romans les plus emblématiques du XIXème siècle. Il dénonce les injustices sociales de l’époque victorienne, notamment le traitement des pauvres et des orphelins par le biais de ce personnage mythique qui incarne l'innocence face à la corruption.
Ce que j'ai moins aimé :
Ce type de romans n'est pas vraiment mon style : l'enfance malheureuse n'en finit pas de sombrer, les rebondissements sont innombrables et longs, et pourtant je l'ai lu en version abrégée.
Bilan :
Ce livre a été adapté de nombreuses fois au cinéma, au théâtre et en comédie musicale (Oliver!). Son influence sur la littérature et la culture populaire reste immense.
Alba Donati, poétesse et critique littéraire, décide d'ouvrir une librairie en Toscane Sopra la Penna, dans le petit village de son enfance Lucignana, peuplé de seulement deux cent habitants. Malgré les défis liés à la petite taille du village, un incendie destructeur et les restrictions du confinement, Alba reçoit un formidable soutien de la communauté, transformant son rêve en réalité.
Ce que j'ai aimé :
Ce petit livre a l'avantage de livrer une véritable ode aux librairies indépendantes.
Ce que j'ai moins aimé :
J'ai déploré un manque de souffle, le style n'est pas littéraire, il s'agit plus d'un journal de bord, témoignage touchant, certes, mais qui aurait mérité d'être plus littéraire.
A travers ces nouvelles, l'autrice plonge dans la vie des campagnes et petites villes d'Irlande en peignant des scènes délicates où les non-dits occupent autant d'espace que les dialogues. Ses histoires sont empreintes d'une sensibilité et d'un minimalisme qui évoquent l’intensité des vies ordinaires. Les personnages sont confrontés à des dilemmes moraux, à des blessures anciennes, ou à des drames silencieux. Souvent, l’arrière-plan rural renforce le sentiment d’enfermement ou de solitude qui les habite.
Ce que j'ai moins aimé :
Beaucoup trop sombre à mon goût ! L’atmosphère des récits, souvent marquée par des tensions, des conflits non résolus, ou des drames familiaux, peut être pesante. axés sur la solitude et la douleur émotionnelle. les non-dits et les silences.
Bilan :
Si vous appréciez des histoires qui explorent les silences, les failles humaines, et la beauté austère des paysages irlandais, ce recueil vous plaira. Si vous avez envie de plus de lumière en ces temps assombris, passez votre chemin...
"Je suis persuadée que notre vie a un sens très simple : il réside dans notre capacité à prendre soin des choses et des êtres et à rendre la vie plus douce à ceux qui nous entourent."
Franny Stone est une jeune femme au passé torturé qui décide d'entreprendre un voyage épique à travers le monde, non seulement pour échapper à ses fantômes, mais aussi pour suivre les derniers migrateurs de la planète, les oiseaux. En effet, le climat a été bouleversé par des catastrophes écologiques, et de nombreuses espèces animales, dont les oiseaux, sont en train de disparaître. Franny se joint donc à un groupe de pêcheurs à bord d'un vieux bateau, le Sparrowhawk, pour suivre le dernier vol migratoire des oiseaux avant qu'ils ne soient complètement éradiqués par l'impact humain sur la nature.
Ce que j'ai aimé :
Les romans de l'autrice sont comme des coups de poing que l'on encaisse, d'une profondeur émotionnelle déstabilisante, ils ne peuvent laisser personne indifférent. J'avais été marquée par Je pleure encore la beauté du monde et cette fois encore, je salue le talent de l'autrice qui incarne des personnages forts, marqués par la vie, proches de chanceler mais réussissant encore à puiser en eux ou dans les autres ce sursaut d'énergie et de foi qui les rend capables de rédemption et de résilience. Chacun cherche un sens à cette vie et à ces humains capables du pire...
Ce que j'ai moins aimé :
Le roman peut paraître un peu trop mélancolique ou accablant par moments, mais il a un impact fort.
Bilan :
À travers le voyage intérieur de son personnage principal, l'auteure nous invite à réfléchir sur notre propre relation avec le monde naturel et sur les traces que nous laissons derrière nous. Un roman fort !
Une mauvaise année s’achève pour Tolia. Sa femme le quitte, il erre dans un monde où prévaut l'argent et la corruption et dans un moment de désespoir, décide d'engager un tueur à gages pour mettre fin à sa propre vie. Malheureusement - ou heureusement - un évènement inattendu bouleverse ses plans. Comment dés lors annuler le contrat qui pèse au-dessus de sa tête ?
Peinture grinçante de la corruption et de la précarité de l'Ukraine des années 1990, marquée par la transition difficile du communisme vers le capitalisme, L'ami du défunt use d'humour noir pour mettre en scène un héros désabusé qui finit ironiquement par totalement se fondre dans le système.
Mélancolique et tragique à la fois, il illustre parfaitement l'âme tourmentée de l'Ukraine de cette époque.