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La maison des marées de Kenneth WHITE

Publié le par Hélène

                                                  maison-des-marees.jpg

 ♥ ♥

 "Pas de doute, la terre est un lieu intéressant..." (p. 83)

 L’auteur :

site de Kenneth White 

L’histoire :

 

Depuis toujours, Kenneth White collectionne les terres, les océans, les pierres, les chemins, les vents et les brumes. Il aime marcher, se perdre, faire des rencontres.

Voici quelques années, il s’est arrêté sur la côte nord de la Bretagne. À la fois espace ouvert et lieu concentré, propice à la rêverie, aux promenades, à la lecture. Segalen, Chateaubriand, Renan ne sont pas très loin.  Faulkner ou Kerouac lui font parfois signe, entre la visite amicale d’un géographe, d’un pêcheur ou d’un routard…

Dans ce livre, Kenneth White nous raconte ses voyages immobiles, ses randonnées à travers le paysage armoricain, ses rencontres avec les fantômes de moines celtes navigateurs, ses curiosités et ses songes, au fil d'une géographie poétique de la Bretagne… (Présentation sur le site de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Quand Kenneth White s'est installé  à Trébeurden en  Bretagne il y a quelques années de cela, proche de son élément phare, la mer, lové au sein de paysages qui lui ressemblent. Il nous livre ici ses déambulations physiques et intellectuelles, comme un journal de vie : ses promenades sur le sentier des douaniers, ses rencontres avec ses voisins, les visiteurs inopportuns, la cohabitation avec son chat... Mais il convoque aussi ses écrivains favoris, Conrad, Kerouac, dans un climat d'érudition et de culture ensoleillé. 

"Hêtres, chênes et pins, leurs racines comme les veines de la terre. Rayons de soleil sur les eaux brunes de la rivière, araignées d'eau faisant des cercles à la surface. Mica scintillant dans le granit. Le petit bruit mat d'un gland qui tombe. Le mauve de la bruyère. le rouge extraordinaire d'une feuille de ronce. Un oiseau volant le long de la rivière et d'autres, invisibles : fuit, fuit, tseu, tseu, tseu, tseu." (p. 269)

Tous ces courts chapitres respirent l'humanité de l’auteur, aussi fasciné par la rencontre avec un pêcheur que de se retrouver nez à nez avec un renard...

 La maison des marées est donc un récit plaisant à lire, la description d’un monde calme, à part, préservé, comme un cocon... 

  trebeurden.JPG

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Il m’a manqué davantage de la poésie, j'ai quelquefois eu l'impression de lire une série de descriptions, qui, comme dans le journal intime, ne résonnent que dans l'esprit de celui qui les écrit...

Premières phrases :

 

 "D'une manière générale, c'est l'ATlantique qui régit notre territoire : il crée le climat, sculpte les côtes, imprègne les esprits.

L'océan dans ces contrées se rétrécit en trois principaux canaux : le canal Saint-Georges, entre l'ANgleterre et l'Irlande, le canal de Bristol, entre l'Angleterre et le pays de Galles, et la Manche, entr el'Angleterre et la France." 

Vous aimerez aussi :

           Du même auteur : Un monde ouvert de Kenneth WHITE

  

La maison des marées, Kenneth White, Albin Michel, 2005, 288 p., 19.30 euros

 

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Délivrance de Jussi ADLER-OLSEN

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

 Prix du meilleur thriller scandinave et Prix des Libraires danois.

 L’auteur :

 Né à Copenhague, Jussi Adler-Olsen a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent avec Département V, série bestseller qui compte déjà quatre tomes et qui a remporté les prix scandinaves les plus prestigieux. La série est en cours de traduction dans une trentaine de pays, et s'est déjà vendue à plus de 5 millions d'exemplaires en Europe.

Le premier volet, Miséricorde, paru chez Albin Michel en octobre 2011, s'est vendu à ce jour à plus de 40 000 exemplaires. (Présentation de l’éditeur)

 L’histoire :

Au fin fond de l’Ecosse, une bouteille ancienne en verre poli est longtemps restée sur le rebord d’une fenêtre. Personne ne l’avait remarquée, pas plus que le message qu’elle contenait. Un message qui commence par le mot Hjœlp, « au secours », en danois, écrits en lettres de sang…

Envoyée par la police anglaise à Copenhague, la mystérieuse missive atterrit entre les mains de Mørck et de son équipe. Son déchiffrage révèle qu’elle provient de deux garçons qui auraient été kidnappés dix ans plus tôt. Chose étrange : leur disparition n’a jamais été signalée… (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

 Ce troisième opus des aventures de la section V est de très bonne facture : nous retrouvons le trio improbable qui dans le tome 2 s’est vu renforcé par une présence féminine  : Rose, jeune femme plutôt excentrique et étrange. Le jeune Assad est tout aussi flou : des questions sur son identité et son passé vont apparaître subrepticement.

L'intrigue est passionnante offrant une plongée dans l’univers étriqué des sectes religieuses et de leurs errances totalitaires et violentes. L'enquête est une course contre la montre et la mort, il ne s’agit pas de découvrir qui est le meurtrier pour le lecteur puisqu’il le sait : des chapitres sont consacrés à son point de vue, d’autres à celui de sa femme, et les derniers aux enquêteurs. Mais les enquêteurs doivent retrouver deux enfants enlevés par cet homme avant qu'ils ne les tuent, si bien que les heures sont comptées... 

Les intrigues secondaires sont tout aussi intéressantes : la femme du meutrier se rend compte petit à petit des zones d'ombre de son mari et va chercher à échapper à ses griffes, tandis qu'une autre jeune femme va succomber aux charmes du diable personnifié... 

Ce roman est admirablement bien conçu, démoniaque à souhait pour un très bon moment de lecture. A conseiller.  

 Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien.

Premières phrases :

 « Il y avait maintenant trois jours qu’ils étaient là et leurs vêtements étaient imprégnés d’une odeur de goudron et d’algues. Sous le plancher du hangar à bateaux, une substance épaisse faite de glace à demi fondue clapotai doucement contre les pilotis, et leur rappelait des jours plus heureux. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Miséricorde de Jussi ADLER OLSEN

 Autre : Roman policier nordique  

 D’autres avis :

Yves ;  Jostein ; Valérie ; Lystig, Keisha et Jules.

 

 Délivrance, la troisième enquête du département V, Jussi Adler-Olsen, traduit du danois par Caroline Berg, Albin Michel, janvier 2013, 672 p., 22.90 euros

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Antigone de Henry BAUCHAU

Publié le par Hélène

antigone

♥ ♥ ♥

  

L’auteur :

Henry Bauchau (1913-2012), psychanalyste, poète, dramaturge, essayiste, romancier, est l’auteur d’une des œuvres les plus marquantes de notre temps – publiée par Actes Sud.
Récemment : Déluge (roman, 2010), Dialogue avec les montagnes (1968-1971) (nouveau volume de son journal, 2010), L'Enfant rieur (récit, 2011), Tentatives de louange (recueil de poèmes, 2011), Temps du rêve (récit, 2012), Pierre et Blanche (Souvenirs et documents sur Blanche Reverchon et Pierre Jean Jouve, 2012) et Chemin sous la neige. L'Enfant rieur vol. 2 (récit, 2013).

En 2008, Le Boulevard périphérique (repris en Babel, n° 972) avait obtenu le prix du Livre Inter.

 L’histoire :

 Lumineuse, féminine, intrépide, l’Antigone d’Henry Bauchau nous est peut-être plus présente que celle des dramaturges. Et sans doute fallait-il un roman pour vraiment incarner les passions de la jeune mendiante qui, après avoir suivi son père, le roi aveugle, des années durant jusqu’au terme de son parcours, contre toute prudence prend le chemin de Thèbes avec l’espoir d’empêcher la guerre entre les fils de Jocaste, ses deux frères tant aimés. Commence alors pour elle une suite d’épreuves, de doutes, d’humbles joies et d’inexorables déchirements. Traversée d’épisodes sublimes où resplendissent la beauté des chevaux, l’éclat des armes et la vaine gloire des combats, l’Antigone de Bauchau n’en est pas moins une œuvre d’écoute et d’attention à la souffrance, qui chante les regrets de l’amour, l’apaisement des blessures, l’ambivalence des désirs, les mystères de la filiation. Dans une écriture limpide, semblant souverainement précéder toute rhétorique, Henry Bauchau traverse les âges de l’humanité jusqu’à atteindre un temps des origines, une matière première des passions et des arts, d’où il fait soudain jaillir cet événement merveilleux : la naissance du théâtre. Par-delà les éblouissements que nous procure parfois la littérature, il y a bel et bien dans ce livre quelque chose d’éternel. Comme est éternelle Antigone, figure laïque et rédemptrice, symbole de paix et de féminité, qui défie les lois viriles de la haine — et nous éclaire depuis des millénaires, face aux millénaires à venir. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Là où Sophocle et Anouilh commençaient la relation du mythe à la mort de Polynice et Etéocle, Bauchau choisit de remonter le cours du temps et de cueillir Antigone à son retour de Thèbes, quand ses deux frères sont encore vivants et qu’elle peut espérer, elle, la petite sœur, les sauver. Elle veut les empêcher de s’entredéchirer, elle veut la paix et le bonheur aux côtés d’Hémon. Elle refusera jusqu’au dernier instant de prendre parti pour l’un ou l’autre, fidèle à leur souvenir et à leur amour. Mais les deux jumeaux se battent pour Thèbes, pour l’amour perdu de leur lumineuse mère Jocaste, pour exister, parce que ce duel incessant les résume et les résumera jusqu’à la fin. Une surenchère incessante se joue entre eux. Antigone résistera jusqu'à la fin. 

  " Ils pensent tous que je vais échouer. On a bien le droit d’échouer. De tenter seulement de faire un peu de lumière et des ombres, comme la lampe dans l’escalier, et de s’éteindre ensuite sans bruit. 

Clios doit danser ce soir en regardant les étoiles. Peut-être qu’il pense un peu à Antigone et se dit, à sa manière, que tout a un sens qui nous donne parfois des instants, des instincts de bonheur. »  (p. 138)

L'Antigone de Bauchau est un personnage profondément humain, émouvant, elle soigne les blessures de l’enfance comme celles de la cité peuplée de pauvres affamés. Elle semble bien plus adulte et posée que chez Anouilh. Ismène joue un rôle important, sœur compréhensive et tout aussi combative tandis que Créon tire les ficelles dans l’ombre.  

  Bauchau  nous livre un texte beau fort, à la fois  lyrique et épique dans ces combats puissants comme soumis à une chorégraphie céleste.

 « Dans sa lutte avec Créon elle ne conteste pas la loi de la cité qui est alors la loi des hommes. Elle affirme seulement qu’il y a une loi plus haute et qu’en tant que femme elle entend la suivre. Elle reste encore aujourd’hui un modèle de ce que pourrait être une pensée, une éthique, une action féminine délivrée des modèles masculins qui pèsent encore tant sur les femmes.

En face d’Antigone un homme peut entrer dans une colère meurtrière comme Créon, il ne peut plus craindre d’être victime de sa séduction ou de sa ruse » Henry Bauchau, JOURNAL d’Antigone (1989-1997), p. 256

 Ce que j’ai moins aimé :

 Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer avec le texte d’Anouilh, et j’ai préféré ce dernier.

 Premières phrases :

 « Depuis la mort d’Oedipe, mes yeux et ma pensée sont orientés vers la mer et c’est près d’elle que je me réfugie toujours. A l’ombre d’un rocher, j’écoute la rumeur du port et des hommes et les cris des oiseaux de mer. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Œdipe sur la route, Diotime et les lions

Autre : Antigone de Jean ANOUILH  

D’autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub

 

blogoclub 

Antigone, Henry Bauchau, Actes Sud, Babel, août 1997, 7 euros

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Déceptions et abandons du mois de février

Publié le par Hélène

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  L'homme chauve-souris de Jo NESBO

 Quatrième de couverture :

 Parce qu'une jeune Norvégienne a été sauvagement jetée d'une falaise à l'autre bout du monde en Australie, l'inspecteur Harry Hole de la police d'Oslo est envoyé sur place par une hiérarchie soucieuse de l'évincer. Ce qui n'aurait dû être que routine diplomatique va se transformer en traque impitoyable au fur et à mesure de meurtres féroces qu'Harry Hole refuse d'ignorer. Autre hémisphère, autres méthodes... Associé à un inspecteur aborigène étrange, bousculé par une culture neuve assise sur une terre ancestrale, Hole, en proie à ses propres démons, va plonger au cœur du bush millénaire. L'Australie, pays de démesure, véritable nation en devenir où les contradictions engendrent le fantastique comme l'indicible, lui apportera, jusqu'au chaos final, l'espoir et l'angoisse, l'amour et la mort : la pire des aventures.

 

Mon avis :

 Le début de ma lecture était plutôt prometteur, j’apprenais des éléments intéressants sur l’Australie, sur les autochtones, l’intrigue se mettait en place lentement, bref tout allait bien. Puis, Harry Hole a eu rendez-vous avec une rousse et à partir de cet instant il est devenu tellement ridicule à mes yeux qu’il n’était plus du tout crédible et que le roman par la même occasion non plus :

 « Brigitta se pencha en avant, au-dessus de la table. Harry se supplia de ne pas plonger les yeux dans son décolleté. Ce fut tout juste s’ils sentit son léger parfum, et inspira avidement par le nez. Il ne fallait pas qu’il se laisse abuser. » (p. 81)

 Pendant et après ce rendez-vous qui l’a marqué durablement, Harry Hole passe son temps à « pouffer de rire » (p. 82, 87) Un homme qui pouffe moi je dis non.

 En plus je me suis rendue compte que j’avais déjà lu ce livre il y a quelques années, que je n’avais déjà pas aimé, et que je ne m’en souvenais absolument pas, ce qui est franchement mauvais signe !

  

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 La bonne étoile d’Esther FREUD

 

Quatrième de couverture :

La timide Nell, Charlie la magnifique, Dan l’ambitieux, Jema la révoltée : tous croient en leur « bonne étoile ». Formés au très select Drama Arts de Londres, où ils se sont rencontrés, ils rêvent de devenir des stars. La réalité sera-t-elle à la hauteur de leurs espérances ? Auditions improbables, agents injoignables, tournées miteuses, tapis rouge sans lendemain ponctuent leur parcours semé d’embûches dans un monde dominé par l’ambition, la vanité et les faux-semblants. Seule Nell prendra le chemin de la réussite, mais à quel prix…

Dans cette comédie douce-amère, Esther Freud – qui fut elle-même actrice – pose un regard à la fois tendre et aigu sur ses personnages ainsi que sur les splendeurs et misères d’une profession aussi exaltante qu’impitoyable.

 Mon avis :

Ni plus ni moins High school musical : histoires de cœur de deux ou trois apprentis acteurs, leurs cours, leurs petits boulots, leurs amours, leurs déconvenus, leurs pleurs, leurs auditions... Trop c'est trop... 

 Autres avis : Télérama ; Lire ;   

Clara  

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   Quatre jours en mars de Jens Christian GRONDAHL

Résumé :

Au cours de quatre jours dramatiques, Ingrid Dreyer, architecte et mère divorcée, va être amenée à replonger dans les souvenirs de sa jeunesse solitaire et de son mariage raté, afin de comprendre pourquoi sa vie commence à ressembler à une impasse.

 Mon avis :

Un récit nostalgique très statique, très psychologique, et finalement assez déprimant il faut bien le dire. Ingrid revit son passé, teinté de regrets, son avenir semble tout aussi opaque, et quant à son présent, il n’est pas plus reluisant : elle apprend en effet que son fils s’est rendu complice d’une agression envers un jeune homme. L’écriture minutieuse  analyse au plus près ses sentiments, de façon trop détaillée à mon goût, créant une sensation lente, rapidement étouffante qui m’a poussée à abandonner ma lecture…

 Télérama  

 

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Solitudes australes, chronique de la cabane abandonnée de David LEFEVRE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

 « Et si je lève la tête pour un rien, c’est parce que j’ai besoin d’un monde qui m’étonne encore. » (p. 56)

 

 

L’auteur :

 

Né à Fougères en 1973, David Lefèvre interrompt ses études à 20 ans après une licence d’histoire-géographie. Après avoir travaillé un an comme gestionnaire dans une grande entreprise d’électronique, il boucle son sac avec l’idée d’aller chercher son université sur les routes. Un premier départ le conduit en Amérique du Nord. Après une traversée coast to coast des États-Unis, il randonne dans de nombreux parcs nationaux. Il parcourt notamment une partie de l’Arizona en compagnie d’un sculpteur de kashinas hopi qui cherche des racines de cotton wood dans les sables. En octobre 1994, il se rend au Mexique, dans la région du Chiapas alors en plein soulèvement zapatiste. Il côtoie les Indiens tzotzil en lutte contre le gouvernement central pour la défense de leurs droits. De retour à New York, il se retrouve sans argent et convoie des véhicules. Il parcourt plusieurs régions de France au rythme saisonnier des cueillettes et des récoltes de fruits (vignes dans le Beaujolais, pommes en Corrèze, mirabelles en Lorraine).

Il alterne ensuite divers petits boulots alimentaires dans l’idée de se frotter à la réalité précaire d’un monde pénible (opérateur sur presses à emboutir, peintre, chauffeur livreur) et des séjours en Asie (Turquie, Iran, Syrie, Ouzbékistan, Kirghizistan, Chine, Pakistan, Népal, Inde, Thaïlande, Malaisie). Il randonne en solitaire en Anatolie, au Rajasthan, dans le désert iranien du Dasht-e Kevir, réalise des treks classiques au Népal et excursionne sur d’anciens sentiers muletiers dans les monts Deosai, au nord du Pakistan. Une rencontre avec les aigliers des contreforts des Tian Shan constitue une autre expérience marquante.

En 2003, David Lefèvre se rend en Irlande sur les traces de Nicolas Bouvier qui y avait séjourné presque vingt plus tôt. Sur l’île d’Inishmore, il rencontre les deux personnages principaux du Journal d’Aran et recueille leurs souvenirs. Il se rend ensuite à la Bibliothèque publique de Genève et, sous l’égide d’Éliane Bouvier, explore les archives manuscrites et iconographiques de l’écrivain suisse. Cette escapade irlandaise associée à ce travail de recherche donne naissance à l’écriture d’un essai intitulé Dans le sillage d’un saumon genevois remontant à ses sources, qui sera publié dans la prestigieuse revue Europe en 2007. Auparavant, un autre séjour à Genève avait donné naissance à l’exposition Nicolas Bouvier, flâneur planétaire donnant à connaître à un large public le parcours multiple et l’œuvre de l’auteur genevois. Cette réalisation itinérante, toujours active à ce jour, a été régulièrement présentée dans divers espaces culturels, événements ponctuels et festivals à travers la France tels que les festivals Étonnants Voyageurs de Saint-Malo ou Artisans voyageurs à Angers.

Parallèlement, David Lefèvre continue à alterner voyages au long cours et sédentarité. Il exerce alors divers métiers. Il est initié aux techniques de la photographie à Udaipur, en Inde. Il est cuisinier en Angleterre et en Allemagne, barman puis berger en Irlande. Il commerce des pierres semi-précieuses.

De plus en plus attiré par les grands espaces, en 2003, il effectue un premier voyage en Amérique du Sud, au cours duquel il marche deux semaines dans les salars du Nord argentin et traverse le désert d’Atacama, au Chili, jusqu’à la côte Pacifique. En 2004, il se livre à une ascension du volcan Sajama, qui culmine à 6 542 mètres en Bolivie.
Entre 2005 et 2010, son attirance affirmée pour les forêts et les steppes argentines le pousse vers la Patagonie, où il effectue plusieurs séjours de trois à six mois. Depuis 2010, il réside au Chili, où il exerce d’abord une activité de photographe. Installé au bord d’un lac de l’île de Chiloé, dans une région où la nature demeure intacte, il s’adonne à une vie frugale proche de l’autosubsistance. Il s’interroge notamment sur les limites du concept de pauvreté volontaire. C’est une expérience propice à la réflexion, à la contemplation et donc à l’écriture. Parmi ses engagements, il entend sensibiliser le public aux dangers d’un projet de mégacentrales hydroélectriques par des entreprises privées sur les deux principaux fleuves de la Patagonie chilienne.

 

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Dans ses récits, David Lefèvre aime faire office de cueilleur de mémoire. Il privilégie l’enquête, le témoignage et, en particulier, la parole donnée aux anonymes.

(Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 

Lorsque David Lefèvre se retire seul dans une cabane au cœur de l’île de Chiloé, au Chili, son projet est simple : vivre une existence frugale et authentique, en harmonie avec les éléments. Au fil des saisons, il s’ancre entre lac et forêt, travaille la terre et retrouve le goût des tâches manuelles, de la pêche à la cueillette en passant par la charpenterie. Entre deux corvées de bois, le voyageur devenu sédentaire s’interroge sur son rapport au monde. Et si le bonheur consistait à se contenter de l’essentiel, en marge de la société consumériste ? La beauté et l’intensité de la vie sauvage deviennent une source inépuisable d’émerveillement. Le temps qui s’égrène, plus dense, consacre chaque geste, et de la solitude jaillit une ivresse qui demeure. Le récit de cette expérience, dans la pure tradition du nature-writing, est à la fois un hymne au Grand Dehors et une envoûtante méditation intérieure.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Loin de toute civilisation tonitruante et souvent aliénante, l’auteur a choisi de se retirer dans une cabane au bord d’un lac, avec comme seuls compagnons la faune et la flore environnante. Il choisit alors une petite île chilienne, l'île de Chiloé, et cette expérience lumineuse qui lui permet de retrouver le monde et de l’embrasser dans toute sa plénitude.

 « C’était cela : être présent. Immobile. Comme une stèle au jardin des pierres. Laisser faire. Regarder. Ecouter. Avoir intensément désiré cet état. Se sentir décollé du sol, attiré comme une plante vers la clarté. » (p. 22)

 « Tant que les impératifs de l’âge de m’obligent pas à battre en retraite, je me tiens là, debout, et prends l’air du soir sous les variations du crépuscule. Dehors, un grillon grince, des mandibules mettent en pièces leurs victimes, des moucherons d’eau volettent au hasard, un bourdonnement s’enfuit vers le néant. » (p. 115)

 Occupé à retaper sa cabane, ses seules autres occupations consistent à chercher sa subsistance quotidienne, puis à observer ce qui l’entoure d’un œil neuf et émerveillé. A la fois soumis à ses sensations et à sa raison, cette expérience le pousse à une méditation intérieure florissante.

 « Faisons en nous la place au touchant, au léger, au sublime, au cosmique, à tout ce qui palpite et fait monter notre âme au ciel avant l’heure d’enterrer nos convictions, et de nous vautrer dans les habituels reniements de l’âge mûr une fois venue l’heure où le courage s’use, avant d’éprouver un jour cette fatigue de vieux soldats qui n’aspirent qu’au repos. » (p. 126)

  « Et pendant que l’homme exige un décorum à sa disposition, qu’il prend le monde comme une invention façonnée par lui, quel qu’en ait été l’architecte, des animaux franchissent les méridiens, engendrent leur descendance, s’éteignent sans qu’on s’inquiète de savoir s’ils ont assez vécu et si leur existence nous a été profitable. » (p. 51)

 Quelques écrivains l’accompagnent dans son monde : Giono et ses Vraies richesses, Henry Thoreau, Harry Martinson, Barry Lopez, John Haines, Annie Dillard… Autant de personnalités qui entretiennent un rapport fort à la nature et à la solitude. Néanmoins, il n’est pas sans rencontrer quelques chiliotes en chair et en os et c’est avec encore davantage d’ouverture et de plaisir qu’il partage alors quelques instants à leurs côtés.

 Quand il évoque sa vie d’avant, ses réflexions ont un arrière-goût désagréable :

 « Comme ceux que je côtoyais, j’étais moi aussi coupable de soumission volontaire. Naïf, j’ignorais que l’exploité se complaît parfois dans les griffes de l’exploitant et que chacun n’a pas envie de terrasser sa servitude et ses ignorances. Écueil de la modération : à force de s’effacer, on finit par disparaître. À cette époque, j’étais incapable de donner une direction à ma radicalité.

 Pour retrouver ma propre trajectoire, il me fallait d’urgence déserter cette mauvaise farce, faire le tri et regarder les solutions qui me restaient. Je décidai de ne plus disperser mon énergie dans le néant mais d’aller enfin ma pente naturelle : je voyagerais pour voir le monde et lui voler sa part de chaleur et d’humanité. Oui, c’était dit, j’irais rencontrer la planète, je disparaîtrais sous les cimes, je naviguerais sur le flot sauvage des cours d’eau avant de devenir un homme-machine, marqué et repéré. Je dévorerais l’espace à la poursuite de l’horizon. Comme un navire navigant à l’estime, je fouillerais l’inconnu démesuré. Cela répondait autant à une volonté profonde qu’à la nécessité de me mettre en retrait de mes aversions les plus indicibles. » (p.122-124)

 Dans un style digne des plus grands, David Lefevre partage avec son lecteur une existence frugale lumineuse, lui offrant un monde intact et fascinant. Les photographies au mitan du livre sont aussi là pour attester de ce petit miracle de bonheur.

  « N’est-il pas condamné à une certaine solitude l’être délicat qui sent le pouvoir du vent entre ses mains, la danse de l’abeille revigorante, le souffle de l’esprit qui habite le sous-bois. Qui croira ce que j’éprouve à écouter le chant d’un oiseau nocturne ou à passer une  nuit à marcher sous la pleine lune ? » p.143)

 Un récit inoubliable, fort, un indispensable du nature writing.

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Ce que j’ai moins aimé :

-Rien

 Premières phrases :

 « J’avais une fois encore traversé la Cordillère pour retrouver le sud du Chili, son ciel glacial et ses villages endormis. L’hiver semblait malgré tout rendre ses derniers souffles. Il ne tarderait pas à passer la main. C’est en abandonnant les gelées blanches d’Aisen pour une remontée de la Carretera austral, face aux îles pluvieuses des Fuaitecas, que les semaines et les mois écoulés sont revenus à ma mémoire. »

 Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Aux quatre vents de la Patagonie, En route pour la Terre de Feu

Autre : Une année à la campagne de Sue HUBBELL  ; Indian creek : un hiver au coeur des Rocheuses de Pete FROMM  

 

D’autres avis :

 

Transboreal ;

Dominique Lire et Merveilles  

 

Solitudes australes, chronique de la cabane abandonnée, David LEFEVRE, Transboréal, novembre 2012, 18.9 euros

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Publié dans Récits de voyage

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Revue Bonbek tome 6 an 3000

Publié le par Hélène

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♥ ♥

La revue pour enfants qui rend jaloux les parents... 

  

Présentation :

 

Bonbek, la revue pour enfants qui rend jaloux les parents.

Des histoires pas gnagnans, des jeux marrants,

des ateliers créatifs géants pour les enfants

de 5 à 10 ans…. et leurs parents.

Pour lire, rire, jouer, cuisiner, danser, rêver,

inventer, créer…en famille.

Site http://www.bonbek.fr/

 

Le tome 6 :

 

Un numéro An 3000 !

Pourquoi ? Mais, parce que «ils» débarquent, «ils» reviennent... Qui ? Les enfants de 2999 et leur imagination débooordante (petite histoire) ; le vaisseau autocollant, là, au pied du lit de vos chérubins (Coller-décoller) ; id#445691735 depuis sa planète propre, après les «schwimp», «wuuuuuppp» puis «glourps !» de sa capsule intergalactique (grande histoire) ; Padmé et Dark Vador sur la musique de Star Wars (Choré) ; Pistache du 3ème type et Guimauvator, directement dans vos cuisines (À table !) ; les robots, tous les robots, en bataille (Cartes à jouer) ! ! ! ! Des (pré)visions signées Christophe Merlin, Laurent Bazart, Mark Verhaagen, Seb Niark..,
À lire, à regarder... pour être prêt.

L’équipe :


Sophie Cleyet-Marrel, Directrice de publication, et ex-productrice, journaliste et réalisatrice TV ;

 

Mari Pietarinen, Directrice Artistique pour la presse (Technikart Chine, WAD...) ;

Jérôme Berger, Rédacteur en chef et toujours chroniqueur gastronomique.

  bonbek2test2

 

Mon avis :

  

Cette revue est destinée aux enfants de 5 à 10 ans ce qui permet de toucher un éventail assez large d'enfants. Chacun y trouvera son compte entre les chorégraphies délirantes à la starwars, des coloriages qui permettent d'occuper les enfants pendant des heures -véridique, ma fille y a passé sa soirée hier soir et elle n'a colorié qu'un quart du dessin...-, des jeux de cartes à découper, des recettes de cuisine originales, des bandes dessinées incontournables à cet âge... Toutes ces activités sont regroupées autour d'un thème, pour ce tome-là l'an 3000, pour permettre à l'enfant de se projeter dans le futur et de développer son imagination foisonnante... 

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D’autres avis :

 

Le Figaro ;  Sophie ;  Yves 

  

Merci à Gilles Paris.

 

Publié dans Jeunesse Album

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La campagne de France de Jean-Claude LALUMIERE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

   "- Chateaubriand. C'est mon nom. René.

- Comme l'écrivain, souligna Otto en souriant.

- Non, comme le steack, corrigea l'homme en s'engouffrant dans l'autocar." (p. 48)

  

L’auteur :

 « Monsieur Lalumière, vous n’en êtes pas une ! » lui répète son professeur de mathématiques. Sans doute faut-il voir là une des raisons qui poussent le jeune Jean-Claude Lalumière vers les études de lettres. Il multiplie ensuite les expériences dans des domaines aussi variés que la papeterie industrielle, le sport, le transport de champignons, l’enseignement, le bâtiment, la radio et bien sûr l’administration. De tout cela, et de bien d’autres choses, il s’inspire pour écrire des romans empreints d’un humour qui n’est jamais gratuit. (Présentation de l’éditeur) 

 

L'histoire :

 Le train de la croissance est en panne ? Qu'à cela ne tienne, c'est en autocar que les jeunes Alexandre et Otto véhiculent leurs clients, un groupe de retraités indisciplinés, dans un voyage culturel à travers la France. Ultime tentative pour sauver leur agence de la faillite, l’entreprise est capitale, porteuse des plus grands espoirs mais aussi de l’éventualité du péril. Prudence donc sur la route : l'imprévu peut surgir à chaque virage. (Présentation de l’éditeur)

 

 Ce que j’ai aimé :

 Le ton est plutôt drôle autour de cette histoire de virée culturelle qui se heurte à des retraités récalcitrants, peu enclins à découvrir le parcours concocté par les deux brillants universitaires dont les étapes « permettaient une approche détaillée des relations entre la France et l’Allemagne à travers le XXème siècle. » Contraints de s’adapter à leurs voyageurs, ils feront quelques escales non prévues. Et entre André le GO, Denise, l'ancienne enseignante victime d'Alzheimer, son mari Edouard qui ne fait que dormir et manger, Daniel le spécialiste des autobus, et quelques autres hurluberlus, le voyage promet de ne pas être de tout repos. 

 Pour le lecteur le voyage est agréable, les mots coulent et l'entraînent gaiement aux côtés de ces joyeux drilles... 

  Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, j’ai trouvé que ni l’humour ni l’histoire ne décollaient suffisamment pour marquer durablement mon esprit…

 

 Premières phrases :

 « Le voyage avait pourtant bien commencé. Nous avions récupéré les membres de la fédération départementale des agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques devant la mairie de Jurançon ? Ils étaient joyeux à l’idée de ce voyage, blagueurs même. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le front russe

 D’autres avis :

 Presse sur le site de la maison d'édition : http://www.ledilettante.com/livre-9782842637446.htm

 

La campagne de France, Jean-Claude Lalumière, Le Dilettante, janvier 2013, 288 p., 17.50 euros

 

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Une journée d’Ivan Denissovitch de Alexandre SOLJENITSYNE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Dix-sept heures de la vie d’un captif des camps soviétiques

 L’auteur :

 Alexandre Soljenitsyne est né dans le Caucase en 1918. Juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la police militaire et passera les huit années suivantes dans des camps. Condamné ensuite à « l'exil perpétuel », il est réhabilité en 1957. Jusqu'en 1962, date de sa première publication, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles secondaires de campagne. Le succès que va connaître Soljenitsyne avec ses publications puis son prix Nobel déclenche une tempête d'injures et de calomnies dans la presse soviétique. En 1974, il est arrêté et expulsé d'URSS. Il s'installe alors dans le Vermont, aux États-Unis. Il revient de son exil américain et s'installe près de Moscou en 1994. Il meurt le 3 août 2008, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Source : éditeur)

 

Présentation de l’éditeur :

 « Les journées, au camp, ça file sans qu'on s'en aperçoive. C'est le total de la peine qui n'a jamais l'air de bouger, comme si ça n'arrivait pas à raccourcir. » 

Tous les matins, à cinq heures, un surveillant réveille les vingt-trois détenus de la 104e brigade de travailleurs d’un camp de travail russe. Ivan Denissovitch, surnommé Choukhov, y a été déporté pour cause de « trahison de la patrie ». Condamné à dix ans, il ne lui reste qu'un an à passer au camp.

Un matin, le robuste Choukhov, affaibli, s'est levé en retard. Puni, il est contraint de nettoyer le plancher. Puis il se rend au dispensaire pour y chercher des soins, mais le médecin ne peut l’exempter car son quota quotidien d’arrêts de travail est déjà dépassé. Il retourne donc aux travaux forcés dans le froid glacial de la steppe, s’employant à mettre en place des méthodes de survie : il capitalise la seule richesse qu'il possède, celle des pourtant misérables rations de nourriture. Tous les jours, il s’évertue à accomplir d’harassantes et inhumaines tâches : il creuse des trous, martèle, déplace des kilos de terre, coupe et transporte du bois, construit des charpentes, aligne des briques ou bien dispose du mortier, etc.
À la nuit tombée, Choukhov est satisfait de sa journée. Elle ne lui a pas été fatale. Il n'a pas été mis au cachot, il n'est pas tombé malade et a même réussi à « s'acheter » du bon tabac grâce à un privilégié du camp.

Une journée d'Ivan Denissovitch est un roman noir dans lequel le désespoir n'a pas sa place. Il dépeint la force d’un prisonnier banal aspirant seulement à survivre jusqu’au lendemain, écrasé par des conditions de vie intolérables supportées sans cris et avec une grande dignité.
Alexandre Soljenitsyne décrit l’horreur banalisée et les principes du système concentrationnaire du Goulag en employant des termes simples et précis pour transcrire une situation tragique. Jamais plaintif, toujours juste, ce roman est à la fois d’une horreur saisissante et d’une beauté littéraire limpide. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Ce récit est à replacer dans son contexte : en 1961 ce qui s’était passé dans les camps soviétiques restait tabou, nébuleux. Ce manuscrit, servi par un style dans lequel transparaissent des facilités d’écriture confondantes, vient éclairer une période sombre de l’histoire.  Soljenitsyne l’aurait écrit en deux mois seulement. En un minimum de mots tiré de l'argot et du parler paysans il nous livre le récit expressif du quotidien d’un paysan emprisonné  pendant la seconde guerre mondiale et condamné à 10 ans de captivité.

 L’horreur de ces camps c’est avant tout le quotidien : 

« C’est merveilleux comme le travail fait passer le temps. Chouckhov l’avait remarqué qui sait des fois : les journées, au camp, ça file sans qu’on s’en aperçoive. C’est le total de la peine qui n’a jamais l’air de bouger, comme si ça n’arrivait pas à raccourcir. » (p. 84)

« Or, même pour penser, ça n’est jamais libre, un prisonnier. On retourne toujours au même point, en n’arrêtant pas de retourner les mêmes idées. Est-ce qu’ils ne vont pas retrouver la miche en fourgonnant dans la paillasse ? ce soir, est-ce que le docteur voudra bien vous exempter de travail ? Le commandant, il couchera au mitard ou pas ? Et comment il a pu s’arranger, César, pour se faire donner des affaires chaudes ? (…) » (p. 58)

« Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances : on ne l’avait pas mis au cachot ; leur brigade n’avait point été envoyée à la Cité du Socialisme ; à déjeuner, il avait maraudé une kacha ; les tant-pour-cent avaient été joliment décrochés par le brigadier ; il avait maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tomber malade, il avait chassé le mal.

Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois. 

Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles.» (p. 189)


Ce récit tragique permet d'appréhender au plus près l'horreur de journées qui s'écoulent en captivité, dans la peur et la détresse. Un témoignage poignant, une esquisse de ce que sera L’archipel du goulag.

 Ce que j’ai moins aimé :

Une impression de déjà lu et entendu assez prégnante.

De plus - et pour cause - le tout est un peu lassant même si le texte est fort.

 Premières phrases :

 « A cinq heures du matin, comme tous les matins, on sonna le réveil : à coups de marteau contre le rail devant la baraque de l’administration. De l’autre côté du carreau tartiné de deux doigts de glace, ça tintait à peine et s’arrêta vite : par des froids pareils, le surveillant n’avait pas le cœur à carillonner. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : L’archipel du goulag

Autre : Si c’est un homme de Primo LEVI 

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre SOLJENITSYNE, Traduit par Lucia et Jean CATHALA, Robert Laffont, Pavillons poche, 2010, 7 euros

 Lu dans le cadre du mois russe initié par Marilyne

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Publié dans Littérature Europe

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Monsieur Lapin, la carotte sauvage de Loïc DAUVILLIER et Baptiste AMSALLEM

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 

 Les auteurs :

 Tour à tour scénariste, éditeur (les éditions Charrette), scénographe, Loïc Dauvillier est né à Cambrai en 1971.

Il se lance, en 2004, avec Marc Lizano, dans une première série jeunesse de trois tomes : La Petite Famille. Depuis, il explore l'ensemble des possibilités que lui offre la bande dessinée. On le retrouve dans des projets d'adaptations littéraires, des récits intimistes, des livres jeunesse...

 

Avec Baptiste Amsallem, il écrit en 2012 les premières aventures de Monsieur Lapin, aux éditions Des ronds dans l'O.

 Baptiste est né à Paris. Il fait ses études dans le sud de la France à l'Atelier API puis se réinstalle à la capitale en 2009 pour travailler dans le monde du livre jeunesse.

Son premier livre, Dino et Pablo (Bang Ediciones) scénarisé par Loïc Dauvillier, sort en 2010. Il collabore ensuite avec différentes maisons (Lito, Larousse, Bayard, Auzou, Naïve Jeunesse, Eveil et Découvertes, Les Editions des mers Australes ...).

Toujours avec Loic, il dessine les premières aventures de Monsieur Lapin, aux éditions Des ronds dans l'O. Il prépare en ce moment de nouveaux projets, dans son atelier, à St Michel.

 

L’histoire :

 En chemin, Monsieur LAPIN trébuche sur une carotte plantée dans le sol. La trouvant très apétissante, il tente de l’arracher. Hélas, il n’y arrive pas. C'est alors que Petit LAPIN lui propose de l’aide mais Monsieur LAPIN n’en veut pas et l'envoie promener. Il veut la carotte pour lui tout seul. Pourtant, il faut toujours compter sur un plus petit que soi.

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Mon avis :

 Ce cher lapin est un album muet, accessible aux plus jeunes même s’ils ne savent pas lire ce qui permet de toucher un large public. D'autant plus qu'il est drôle et frais.

Monsieur Lapin a une idée fixe : arracher cette carotte, et rien ne pourra le détourner de son objectif, pas même Petit Lapin… Et même si ce charmant lapin est très persévérant -ou affamé-, la carotte, elle, est très résistante... Petit Lapin semble davantage un rival pour Monsieur Lapin sur les voies d'un repas succulent, mais il va rapidement comprendre combien ledit repas sera bien meilleur partagé ... 

A la fin de l'histoire, petit plus non négligeable, la recette du gâteau à la carotte nous tend les bras, et des coloriages agrémentent ce charmant album.

Une belle surprise, et bonne nouvelle : il y aura un tome 2 intitulé « la chasse au papillon ».

 

D’autres avis :

 Sur le site des Editions http://www.desrondsdanslo.com/MrLapinT1.html

  Marilyne  

   Monsieur Lapin, la carotte sauvage, Loïc DAUVILLIER et Baptiste AMSALLEM, Des ronds dans l’O,  octobre 2012, 12.50 euros

  BD Mango bleu

Publié dans Jeunesse BD

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Du côté de Canaan de Sebastian BARRY

Publié le par Hélène

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♥ ♥

  

L’auteur :

 

Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. à la fois romancier, poète et dramaturge, il est reconnu comme l’une des voix les plus importantes de la littérature irlandaise d’aujourd’hui. Ses romans Annie Dunne et Un long, long chemin ont paru aux Éditions Joëlle Losfeld en 2005 et 2006. Le testament caché figurait sur la shortlist du Man Booker Prize 2008, et a obtenu le prix Costa Book of the Year cette même année. Il a également décroché en 2009 le prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year.

 

L’histoire :

 

Obligée autrefois de fuir l’Irlande et les siens avec son fiancé pour de mystérieuses raisons, Lilly Bere, à quatre-vingt-neuf ans, revit le chemin parcouru depuis son arrivée dans le Nouveau Monde – le «côté de Canaan» – au rythme des hommes de sa vie. D’une traversée clandestine à leur installation précaire à Chicago, le jeune couple n’aspire qu’à une vie normale. Mais c’est sans compter avec la menace sourde qui pèse sur eux, et qui va pousser Lilly, désormais seule au monde, à s’enfuir à Cleveland. Devenue employée de maison grâce à son amie Cassie, elle y est témoin des injustices et du racisme de la société américaine. Quand elle rencontre le séduisant et énigmatique Joe, elle croit enfin toucher le bonheur du doigt – jusqu’à une explosion pendant laquelle Joe disparaît… Ce n'est là qu'un des nombreux mystères de la vie de Lilly, racontée comme un thriller, et imprégnée d’une infinie douceur. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

A l’orée de sa mort, une vieille dame se remémore les instants cruciaux de sa vie, ceux qui, mis bout à bout, forment un tout cohérent et significatif. Pour elle, se souvenir est essentiel à l’heure où elle vient de perdre son petit-fils, prunelle de ses yeux. En se plongeant dans le récit de sa vie, elle peut ainsi revivre intensément par la magie de l’écriture les beaux moments, les moins bons, et les tragédies incontestables.

 

« Et de penser, de me souvenir. Toutes ces sombres affaires, ces histoires englouties, comme des vieilles chaussettes dans une vieille taie d’oreiller. Sans plus trop savoir quel poids de vérité elles contiennent. Et des choses que j’ai laissées de côté longtemps, dans l’intérêt du bonheur, ou du moins du contentement quotidien dont j’étais autrefois maîtresse, j’en suis persuadée. Le plaisir d’un plat bien cuisiné, simplement le petit plaisir étrangement infini de voir, de contempler, un plateau de biscuits sortant du four. Comme si je venais d’achever le Parthénon, ou la sculpture de Jefferson dans le roc, ou peut-être le contentement, ressenti dans les muscles, de l’ours quand il sort un saumon de l’eau avec sa patte. Puissamment apaisant, profondément, et pour quoi d’autres sommes-nous ici, sinon pour ressentir ces minuscules victoires ? Pas les grandes victoires qui broient et tuent le vainqueur. Pas les guerres et les émeutes, mais la grâce salutaire d’une sauce hollandaise qui a échappé à toutes les possibilités d’un désastre culinaire et qu’on étale comme une prière jaune sur un gros pavé de cabillaud, victorieusement. » (p. 39)

  

 Là où le pathétique pourrait être de mise,  Lilly ayant connu dans son parcours différentes tragédies, la luminosité de la vieille dame, sa bonté et son intelligence permettent d’éviter tout pathos, et d’auréoler son récit d’une aura particulière. Est-ce l’approche de la mort qui lui donne cette force immense, ou bien l’amour qu’elle a porté à chacun des êtres qui ont jalonnés sa vie, qu’importe, quand seul compte le récit de ces destins individuels marqués par les guerres (guerre d'indépendance irlandaise, première guerre mondiale, guerre du Vietnam, puis la guerre du Koweit), par le racisme, par les actions de l’IRA…

 

Servi par un style fluide, Du côté de Canaan retrace un très beau destin de femme…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Tellement fluide, que cela en devient presque banal et que je pense que cela ne le laissera pas un souvenir inoubliable.

 

Premières phrases :

 

« Bill n’est plus.

 

Quel bruit fait le cœur d’une femme de quatre-vingt-neuf ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu’un silence, certainement à peine plus qu’un petit bruit ténu. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Annie Dunne

Autre : Une seconde vie de Dermot BOLGER  

 D’autres avis :

 Blogs : Jérôme ; Mimi ; Clara ; Jostein

Presse : Lire ;Télérama  

 

Du côté de Canaan, Sebastian Barry, traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, Editions Joëlle Losfeld, août 2012, 274 p.,  19.50 euros

 grand prix lectrices de elle

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