Relire les classiques à l'épreuve du présent #1 S’éveiller pour être libre : La Boétie et la jeunesse d’aujourd’hui
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Hier, Alexandra Koszelyk partageait une réflexion autour d’un rapprochement qui m’a immédiatement interpellée : celui entre le mouvement étudiant actuel et le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie.
Que peut bien avoir à apprendre à nos jeunes lecteurs un texte écrit il y a près de cinq siècles ? Peut-être précisément l’inverse de ce qu’on lui reproche : nous aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Le propos du discours de La Boétie est contenu dans son titre : les hommes sont responsables de leur propre servitude car ils acceptent volontairement d’obéir au pouvoir. Une des explications que l’auteur avance pour expliquer cette inertie est l’habitude : les hommes naissent dans un système déjà établi, sont élevés dans l'obéissance et finissent par croire que leur condition de « serf » est naturelle. Une autre explication est aussi l’affaiblissement du peuple par le biais des divertissements et des plaisirs qui endorment la vigilance du peuple en l’ « abêtissant »
Détourner l'attention du peuple des problèmes politiques, de la corruption ou de la perte de leurs libertés, on reconnait bien là encore les dysfonctionnements actuels...
Ainsi, l’auteur appelle à un réveil de la conscience collective pour retrouver sa liberté : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »
La liberté commence donc par une décision intérieure, un refus éthique de l’injustice. C’est à chaque individu de retrouver le sens de sa responsabilité morale.
Il me semble qu’aujourd’hui, les jeunes lycéens ont compris son message et je m’en réjouis… Leurs revendications rejoignent aussi La Boétie qui, en humaniste, place l’épanouissement intellectuel et moral de l’être humain au cœur des préoccupations. Pour lui, seule l'éducation permet de réveiller la "raison" qui sommeille en chaque citoyen.
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Ainsi, près de cinq siècles après La Boétie, sa question demeure étonnamment actuelle : qu’acceptons-nous encore de subir lorsque nous pourrions choisir de ne plus nous soumettre ? Le mouvement lycéen montre que la jeunesse n’est pas condamnée à l’indifférence ou à l’obéissance. En s’informant, en questionnant, en débattant et en faisant entendre sa voix, elle exerce précisément cette liberté de penser que La Boétie plaçait au cœur de l’émancipation.
La Boétie nous rappelle ainsi que le véritable pouvoir d’un peuple commence peut-être au moment où il cesse de croire qu’il est impuissant.
Et si c’était justement cela, aussi, le rôle de la littérature : nous apprendre à regarder autrement le monde dans lequel nous vivons, à mettre des mots sur ce que nous ressentons et à comprendre que penser par soi-même est déjà une manière de se rendre libre ?
Cinq siècles plus tard, La Boétie n’est donc peut-être pas un auteur du passé. Il est un auteur qui nous apprend encore à ne pas subir le présent.
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