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En route pour le Goncourt de Jean-François KIERZKOWSKI et Mathieu EPHREM

Publié le par Hélène

       ♥ ♥ ♥ ♥

« Gabriel Garcia Marquez raconte qu’il a trouvé l’inspiration pour « Cent ans de solitude » dans sa voiture sur la route des vacances. Le problème, c’est que j’ai pas de voiture… et si je pars en train, j’ai peur d’écrire un roman de gare. »

Comment devient-on écrivain ? Le croirez-vous mais tout est là, à portée de main, devant vous, exposé dans les pages de ce livre à votre attention. Plongez dans le quotidien d'un créateur, véritable pétrisseur de matière littéraire, capable de donner vie à une œuvre à la fois singulière et universelle. Dans un portrait sans fard ni concession, s'approchant au plus près des préoccupations du métier, Kierzkowski et Ephrem dévoilent ici pour la première fois dans toute sa complexité la réalité du travail d'auteur. 

 Ce que j’ai apprécié :

Ce petit album est une petite perle croquant avec justesse et humour le monde des jeunes écrivains en herbe persuadés que leur vocation est toute tracée, descendue droit devant du ciel lui-même, alors que le ciel s'échine à ne leur apporter qu'une page blanche dénuée d'un quelconque talent... 

C'est tellement bien vu, drôle, original, désopilant, tendre et sombre à la fois. Une vraie merveille. 

  « J’ai lu que Paul Morand a dit : « Bien écrire, c’est le contraire d’écrire bien. » Ça ne m’avance pas beaucoup… Dans mon cas, il serait plus intéressant de savoir si moyennement écrire est le contraire d’écrire moyennement. »

  « Je ne suis pas le premier écrivain à avoir des soucis d’orthographe. On raconte que Hans Christian Andersen avait de sérieux problèmes en ce domaine. On a retrouvé plus de 2600 fautes dans son journal personnel écrit entre 1825 et 1839. Oui mais bon, c’était un Danois. Si ça se trouve, il avait seulement oublié de barrer tous ses O. »

  « Allô Mathieu ! Je t’appelle car aujourd’hui est un grand jour : je sors poster mon texte aux éditions Gallimard. Non… Bien sûr ! Je ne mise pas uniquement sur cette maison. Je ne suis pas fou… J’ai un minimum de lucidité. Comme je veux être publié, j’ai prévu une solution de secours. J’ai prévu une autre enveloppe pour les Editions de Minuit. »

  « Je m’emmêle un peu dans ces histoires de compte d’auteur et d’éditeur… Récapitulons. Je paye pour que mon roman soit publié. Ça, c’est sûr. Par contre, je ne sais plus si c’est à moi de payer les lecteurs pour qu’ils lisent mon livre… »

 en route pour le goncourt 2 

Pour ceux qui aiment :

Le second degré...

 

Présentation de l'éditeur : Editions Cornelius

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La correspondante de Virginia EVANS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce roman épistolaire met en scène Sybil, une ancienne juriste âgée, vive et piquante. À travers les lettres qu'elle échange, le livre explore avec finesse le pouvoir des mots, la solitude, le vieillissement et le plaisir de la lecture, le tout dans un style à la fois drôle, élégant et profondément émouvant.

Ce que j'ai apprécié :

Le roman se tisse au fil des lettres et des courriels adressés à la famille, aux amis, aux connaissances et même à certains écrivains. Le lecteur avance à tâtons, recueillant chaque courrier comme une pièce d’un puzzle qui, peu à peu, révèle le portrait en creux de Sybil, une femme bien plus complexe qu’il n’y paraît. Pour elle l’écriture est un refuge, un espace de confidence où les mots osent parfois ce que la voix ne sait pas dire. Ses lettres traversent le temps, gardent la mémoire des instants vécus, des amours, des blessures et des silences. Elles sont les empreintes fragiles de son existence, les témoins de liens qui se nouent, se distendent ou se perdent, mais dont il demeure toujours quelque chose. Le roman nous rappelle que l'écriture est une façon de retenir un peu de la vie, de laisser une trace de soi et de continuer à exister dans le regard de l’autre.

Ce qui m'a moins convaincue :

La somme des malheurs est impressionnante : le deuil, les cancers, l'abandon, la séparation, les relations familiales tendues, la solitude, les fausses couches, la dépression, le harcèlement, force est de se demander quel malheur n'est pas abordé ... Même si le message reste optimiste, mettant en avant la force de résilience de l'être humain, il me semble qu'il aurait été tout aussi subtil de minorer le nombre de catastrophes.

Pour ceux qui aiment...

Les romans humains et sensibles.

Présentation de l'éditeur : Editions de la Table Ronde

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10 prix Goncourt à redécouvrir

Publié le par Hélène

2023 - Jean-Baptiste Andréa, Veiller sur elle, Ed de l’Iconoclaste

Veiller sur elle est un roman poignant, inspirant et magistralement écrit, qui a conquis critiques et lecteurs.

2018 - Nicolas MATHIEU, Leurs enfants après eux (Actes Sud)

Parce qu'il a su puiser dans sa propre jeunesse et ses souvenirs pour écrire, parce qu'il sait restituer une atmosphère, une ambiance par la biais d'une sensation, d'un bruit, d'un détail, Nicolas Mathieu offre ici un récit d'une justesse exemplaire, parfaite adéquation entre acuité d'observation et d'analyse et beauté de l'écriture réinventée.  Il évoque l'éducation, la transmission, les rêves adolescents, les désillusions sentimentales, le marasme et le vide toujours à l'affût, les rêves trop grands, et tout à coup au détour d'une page, l'évidence nous traverse, il parle de nous, il parle de notre jeunesse, il parle de l'humain.

2013 - Pierre LEMAITRE, Au revoir là-haut (Albin-Michel)

Un grand roman populaire à l’image des récits d’Alexandre Dumas. 

2008 - Atiq RAHIMI, Syngué sabour : Pierre de patience (P.O.L.)

Il s'agit d'un roman dramatique, de la confession d'une femme que trop d'années ont brimée : oppressée par son statut de femme musulmane, bafouée dans sa vie quotidienne, religieuse et sociale, elle se confie à celui qui représente tout ce qu'elle veut fuir.
C'est un roman sur l'Islam, sur la situation en Afghanistan, sur la guerre, c'est
un roman universel et incontournable.

2004 - Laurent GAUDÉ, Le Soleil des Scorta (Actes Sud)

Splendide roman, traversé d’une beauté qui ne s’altère pas. Il nous parle de la fragilité des êtres, de la force des liens, du poids du temps, et de cette certitude simple, offerte comme un héritage par Salvatore : « il faut juste faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

2001 - Jean-Christophe RUFIN, Rouge Brésil (Gallimard)

Un roman d'aventures très prenant ! 

1984 - Marguerite DURAS, L'Amant (Minuit)

Des années après sa lecture, je me souviens encore de la magie de ce texte, la magie du style qui donne littéralement à voir grâce à sa musicalité qui parle directement aux sens :

« Que je vous dise, j’ai quinze ans et demi.

C’est le passage d’un bac sur le Mékong.

L’image dure pendant toute la traversée du fleuve.

J’ai quinze ans et demi, il n’y a pas de saisons dans ce pays-là, nous sommes dans une saison unique, chaude, monotone, nous sommes dans la longue zone chaude de la terre, pas de printemps, pas de renouveau. » (p. 11)

1978 - Patrick MODIANO, Rue des boutiques obscures (Gallimard)

Le personnage principal erre dans Paris, croise des silhouettes, s'accroche à l'espoir insensé qu'elles pourront lui rendre des lambeaux de son passé, pense être sur une piste qui s'épuise rapidement, mais il repart à l'affût, dans cette éternelle quête d'identité de l'humain.

1975 - Émile AJAR (Romain Gary), La Vie devant soi (Mercure de France)

L'enfance, la mort, la vieillesse, le milieu des prostituées et des émigrés s'entremêlent savamment pour former une oeuvre atypique, pimentée de trouvailles langagières hors norme, drôles et décalées. Le délabrement de Madame Rosa se niche au coeur du roman, sa dignité lui criant de ne pas finir à l'hôpital, reliée à des tubes, comme un simple légume. L'amour inconditionnel de Momo l'aidera à fuir cet hôpital synonyme de déchéance. 

Les derniers mots du roman sonnent comme une promesse : "Il faut aimer". 

Pour la petite histoire  Romain Gary a reçu le prix Goncourt pour ce roman, sous le nom d'emprunt d'Emile Ajar. En effet Romain Gary s'est joué du Goncourt puisque le règlement n'autorise pas un auteur à recevoir le prestigieux prix deux fois, or il l'avait déjà obtenu en 1956 pour Les Racines du Ciel. Il voulait par cette mystification retrouver une certaine liberté d'expression, loin des critiques. L'affaire fut révélée à la mort de l'auteur en 1980. 

1919 - Marcel PROUST, À l'ombre des jeunes filles en fleurs (Gallimard)

Et pour finir ce tome extraordinaire de la Recherche, l’œuvre que j'emmènerais sur une île déserte, une merveille à chaque page !

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La solitude des professeurs est infinie de Yannick HAENEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Jean Deichel est un jeune professeur de français qui commence son métier dans un collège de banlieue parisienne, à Mantes-la-Jolie. Il aime profondément la littérature et espère transmettre sa passion à ses élèves. Mais il découvre vite que le métier est difficile. Il constate ainsi qu'il existe un grand écart entre l'idée qu'il se faisait de l'enseignement et la réalité du quotidien.

Ce qui m'a touchée :

Cette solitude infinie se scinde en plusieurs points. Tout d'abord dans la part d'impondérable qui réside dans l'acte d'enseigner : le professeur parle aux élèves, mais ne sait jamais exactement ce qui les atteint. Il existe des moments de vide et d'ennui tout comme des moments de fulgurance : "il n'y a pas que du malheur, il y a de l'inoubliable." La littérature ne supprime ni la violence ni les difficultés sociales mais ouvre néanmoins une possibilité : celle de découvrir une autre manière de sentir, de penser et d'habiter le monde. En ce sens, cette solitude peut aussi être rédemptrice : enseigner suppose de se tenir seul devant une classe et de prendre la responsabilité de sa parole. La solitude est aussi celle ressentie quand l'administration abandonne les professeurs à leur sort : ils peuvent se sentir isolés face aux difficultés du métier, aux exigences administratives et aux violences rencontrées.

Finalement, en s'ancrant dans la vie intérieure de ce personnage fantasque et décalé l'auteur nous interroge sur la condition humaine. Jean représente ici toute personne qui tente de transmettre quelque chose auquel elle croit : un savoir, une passion, une exigence, une manière de regarder le monde. Cette personne rencontre inévitablement trois épreuves : l'épreuve du réel, c'est à dire que le monde ne correspond pas à l'idéal qu'il s'en faisait, l'épreuve de l'indifférence, ce qui lui paraît essentiel ne touche pas nécessairement les autres, et l'épreuve de la persévérance : faut-il dans ces conditions continuer à donner lorsque rien ne garantit que notre geste portera ses fruits ?

Le roman semble répondre en accordant une valeur immense aux instants fragiles où l'infime passe malgré tout. Le lyrisme de l'écriture donne ainsi aux expériences ordinaires une profondeur particulière. Un trajet, une rencontre, un moment de fatigue ou la lecture d'un poème peuvent alors prendre une signification qui dépasse les circonstances immédiates. Le lyrisme ne consiste pas nécessairement à embellir la réalité ou à nier la souffrance. Il peut au contraire être une manière de lui résister. Lorsque le quotidien devient pesant, la poésie permet de retrouver une forme de liberté intérieure. Elle rappelle que l'existence ne se réduit pas aux obligations, aux difficultés matérielles ou aux résultats que l'on doit obtenir. Pour Jean Deichel, l'attachement à la littérature peut ainsi être compris comme une résistance à tout ce qui menace d'appauvrir son rapport au monde.

Ce que je vais garder :

Le portrait d'un homme touchant qui tente désespérément de préserver un espace intérieur où la beauté, la pensée et l'espérance restent possibles.

Pour ceux qui aiment :

Les romans très littéraires.

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur : Tiens ferme ta couronne

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Les hamacs de carton de Colin NIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Colin Niel nous embarque directement sur les rives du Maroni, en pleine Amazonie française. Une maman et ses deux enfants sont retrouvés sans vie dans leurs hamacs, endormis pour toujours, sans la moindre trace de violence. Un drame aussi énigmatique que glaçant. Le  capitaine de gendarmerie Anato se lance dans cette affaire. Pour comprendre ce qui s'est passé, il devra jongler entre les règles de la gendarmerie et les croyances profondes des communautés Noirs-Marrons.

Ce qui m'a touchée : 

L'intérêt majeur de ce livre est qu'il utilise les codes du polar pour nous faire découvrir une région française souvent peu représentée dans la littérature policière. La Guyane n'est pas un simple décor exotique : entre l’immensité des fleuves, l’épaisseur de la forêt et les frontières invisibles qui séparent les hommes, se dessine un monde traversé par les mémoires, les blessures de l’Histoire et les frictions entre les cultures. Le roman nous invite ainsi à une plongée fascinante dans les secrets d’une terre où les identités se croisent, se heurtent et parfois se dérobent, comme si chaque rive, chaque visage, chaque silence dissimulait une vérité enfouie.

Le titre renvoie aux dossiers suspendus en carton dans lesquels sont rangés les documents administratifs. Le rapprochement avec les hamacs évoque une forme de repos, mais aussi l'existence des personnes réduites à des dossiers et à des justificatifs officiels. Que reste-t-il de l’humain lorsque son existence se trouve réduite à quelques documents, à une identité administrative, à une place dans les registres de l’État ?

Il s'agit du premier tome de la série consacrée au capitaine André Anato, un gendarme guyanais qui revient sur sa terre natale après avoir grandi en région parisienne. Homme de l’entre-deux, étranger à certains usages de son propre pays, Anato porte en lui la fracture discrète de ceux qui reviennent sans jamais retrouver tout à fait le lieu qu’ils ont quitté. Son enquête devient alors bien davantage qu’une quête de vérité criminelle : elle prend la forme d’un cheminement intérieur, d’une confrontation avec ses origines et avec une histoire dont il lui reste à déchiffrer les signes. Il apparaît comme un personnage profondément humain, habité par ses doutes, ses contradictions et ses fragilités. Dans cet univers où la loi française se heurte parfois aux coutumes ancestrales, où la vérité judiciaire ne coïncide pas toujours avec les vérités humaines, Anato avance sur une ligne de crête, cherchant à concilier les exigences de sa fonction avec la compréhension d’un monde qui ne se laisse jamais enfermer dans les catégories toutes faites.

Ce que je vais garder :

La moiteur de la jungle, le rythme du fleuve et l'isolement de ces contrées, ce qui donne une ambiance unique, loin des décors urbains des polars classiques.

Un roman pour ceux qui aiment...

Les polars aux atmosphères envoûtantes, les terres de mystère et les récits où l’enquête révèle autant les secrets d’un territoire que les tourments de l’âme humaine.

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur :

Trilogie guyanaise : Ce qui reste en forêt ♥ ♥ ♥ ♥ (Policier) ; Obia ;  Sur le ciel effondré ♥ ♥ ♥ (Policier)

; Seules les bêtes ♥ ♥ ♥ (Policier) ; Entre fauves ♥ ♥ (Policier) ; Darwyne ♥ ♥ ♥ ♥ (Policier) ;; Le septième siffleur ♥ ♥ ♥

Publié dans Roman policier Europe

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Quelques romans pour l'automne

Publié le par Hélène

- La tournée d'automne de Jacques POULIN

Une douce échappée sur les routes du Québec, entre livres, rencontres inattendues et tendresse discrète.

- Céline de Peter HELLER

Avec ce roman, l’automne prend des allures d’enquête feutrée, entre grands espaces américains, mystères enfouis et mélancolie lumineuse.

- Le grand Meaulnes de Alain FOURNIER

L'atmosphère onirique, presque fantastique teinte le roman d'une mélancolie tragique. Le bonheur semble inaccessible pour les protagonistes qui, quand il les frôle, ont conscience de sa fragilité et fuient avant de souffrir.

- L'arrière-saison de Philippe BESSON

L'auteur donne vie ici aux personnages mélancoliques du tableau de Edward Hopper Nighthawks (Les Noctambules ou Les Rôdeurs de la nuit).

- Les romans de Claudie Gallay : des récits dans lesquels les silences habités composent des histoires sensibles dans une atmosphère comme suspendue. Je vous conseille notamment mon préféré Les jardins de Torcello

Un roman policier :

- Octobre de Soren SVEISTRUP

Les brumes de la saison enveloppent un thriller où les secrets enfouis ressurgissent et où chaque feuille morte semble cacher une menace.

- Les romans de Louise Penny 

Les intrigues se passent au sein du charme feutré d’un village québécois, inondé de ses brumes matinales, rafraichi par les premiers frimas qui contrastent avec la chaleur des intérieurs où couvent les secrets.

Et pour finir une BD :

Automne de Jon McNAUGHT une BD très contemplative, décrivant la vie quand elle se glisse dans les interstices du quotidien...

Et vous que lisez-vous en automne ?

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Le club des femmes mariées de Mubanga KALIMAMUKWENTO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Sali, mère de trois enfants est dans le banc des accusés pour le meurtre de son mari. Comment en est-elle arrivée là ? Le récit se déploie alors pour revenir sur les choix qu'elle a dû faire, contrainte par la fatalité, par sa famille, par son mariage...

Ce qui m'a touchée :

Loin de s'attarder sur le seul verdict d'une culpabilité, le roman élève sa voix pour sonder une tragique partition : celle du silence imposé. À travers les pages, c'est l'art cruel dont use une société pour plier les femmes qui se dévoile, leur enjoignant d'endurer et de se taire afin de sauver, au péril de leur âme, des unions déjà brisées.

Le titre originel, The Shipikisha Club, résonne comme une sentence secrète, l'écho d'un pacte funeste où l'on apprend l'art d'encaisser en silence. Rouage implacable, ce "club" perpétue l'inacceptable, tandis que la communauté tout entière tisse, fil après fil, la toile du drame à venir.

Dans la lumière crue de ce tourment familial et judiciaire, les figures de Peggy la mère et de Ntashé la fille se dressent comme des reflets tragiques. Leurs destins s'entrelacent pour porter le poids d'un héritage ancestral, l'ombre lourde d'une tradition zambienne transmise de génération en génération comme un fardeau.

Porté par la plume d'une avocate pénaliste, ce récit s'arme d'une vérité poignante. Il devient le témoin lucide et bouleversant d'une violence insidieuse, l'écho nécessaire d'un cri étouffé face à la sombre marée des féminicides qui, depuis quelques années, s'amplifie et blesse la terre de Zambie.

Un roman pour ceux qui aiment...

Les romans qui questionnent la société !

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Aube

Vous aimerez aussi : Filles maudites de Oyinkan Braithwaite

Publié dans Littérature Afrique

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Relire les classiques à l'épreuve du présent #1 S’éveiller pour être libre : La Boétie et la jeunesse d’aujourd’hui

Publié le par Hélène

Hier, Alexandra Koszelyk partageait une réflexion autour d’un rapprochement qui m’a immédiatement interpellée : celui entre le mouvement étudiant actuel et le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie.

Que peut bien avoir à apprendre à nos jeunes lecteurs un texte écrit il y a près de cinq siècles ? Peut-être précisément l’inverse de ce qu’on lui reproche : nous aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Le propos du discours de La Boétie est contenu dans son titre : les hommes sont responsables de leur propre servitude car ils acceptent volontairement d’obéir au pouvoir. Une des explications que l’auteur avance pour expliquer cette inertie est l’habitude : les hommes naissent dans un système déjà établi, sont élevés dans l'obéissance et finissent par croire que leur condition de « serf » est naturelle. Une autre explication est aussi l’affaiblissement du peuple par le biais des divertissements et des plaisirs qui endorment la vigilance du peuple en l’ « abêtissant »

Détourner l'attention du peuple des problèmes politiques, de la corruption ou de la perte de leurs libertés, on reconnait bien là encore les dysfonctionnements actuels...

Ainsi, l’auteur appelle à un réveil de la conscience collective pour retrouver sa liberté : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »

La liberté commence donc par une décision intérieure, un refus éthique de l’injustice. C’est à chaque individu de retrouver le sens de sa responsabilité morale.

Il me semble qu’aujourd’hui, les jeunes lycéens ont compris son message et je m’en réjouis… Leurs revendications rejoignent aussi La Boétie qui, en humaniste, place l’épanouissement intellectuel et moral de l’être humain au cœur des préoccupations. Pour lui, seule l'éducation permet de réveiller la "raison" qui sommeille en chaque citoyen.

Ainsi, près de cinq siècles après La Boétie, sa question demeure étonnamment actuelle : qu’acceptons-nous encore de subir lorsque nous pourrions choisir de ne plus nous soumettre ? Le mouvement lycéen montre que la jeunesse n’est pas condamnée à l’indifférence ou à l’obéissance. En s’informant, en questionnant, en débattant et en faisant entendre sa voix, elle exerce précisément cette liberté de penser que La Boétie plaçait au cœur de l’émancipation.

La Boétie nous rappelle ainsi que le véritable pouvoir d’un peuple commence peut-être au moment où il cesse de croire qu’il est impuissant.

Et si c’était justement cela, aussi, le rôle de la littérature : nous apprendre à regarder autrement le monde dans lequel nous vivons, à mettre des mots sur ce que nous ressentons et à comprendre que penser par soi-même est déjà une manière de se rendre libre ?

Cinq siècles plus tard, La Boétie n’est donc peut-être pas un auteur du passé. Il est un auteur qui nous apprend encore à ne pas subir le présent.

A lire : Discours sur la servitude volontaire, LA BOETIE

Publié dans Relire les classiques

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JE de Lilia HASSAINE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Dans le roman Jane Eyre de Charlotte BRONTE, Rochester cache dans son grenier sa première épouse, déclarée folle. Lilia Hassaine la libère de ses chaines dans cette fiction et imagine le destin de Antoinette-Bertha, jeune créole de Jamaïque de bonne famille qui succombe au charme mystérieux de Rochester sans se douter que ce mariage signera sa fin. 

Ce que j'ai aimé :

L'autrice met en lumière l'engrenage tragique qui précipite la jeune femme dans le gouffre sans fin de l'emprise. Mais en critiquant la société du XIXème siècle qui jugeait, réduisait et enfermait les femmes qualifiées d'"excessives"ou de "nerveuses", l'autrice nous parle aussi de notre époque...

"Lorsqu'un homme sait éveiller chez chacun la passion qui lui est propre - l'orgueil chez l'un, l'intérêt chez l'autre, la jalousie chez un troisième - il n'a plus besoin de contraindre qui que ce soit.

Les gens travaillent pour lui sans s'en apercevoir. L'un détourne les yeux. L'autre atténue la brutalité dont il fut témoin. Peu à peu se forme autour d'une personne un récit commode, auquel chacun contribue sans réfléchir. On juge une femme nerveuse, excessive, ingrate. Si elle se défend, on la dit violente ; si elle se tait, on l'estime coupable. 

Crois-moi, mon enfant, cette histoire ne fut pas l’œuvre d'un seul homme. Il faut toute une société pour créer ce genre d'entreprise. ma chute est le fruit de dizaines de petites complicités, de silences prudents, d'intérêts mesquins. 

Chacun n'y mit presque rien.

Mais de ce presque rien se forma la prison où l'on m'enferma."

Le choix d'un personnage secondaire remis sur le devant de la scène s'avère symbolique : remisée au grenier chez Charlotte Brontë pour laisser dans la lumière la jeune et innocente Jane Eyre, elle reprend forme humaine ici, prouvant que la soit-disant folie est rarement le fruit du hasard, mais bien plutôt orchestrée par l'entourage ou la société.

Sur ce sujet, je vous conseille aussi la lecture du Grand prix des lectrices de Elle 2026 Sortir de la maison hantée de Pauline Chanu

Présentation de l'éditeur : Gallimard

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Celles qu'on tue de Patricia MELO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Fuyant une relation toxique et violente, une jeune avocate de São Paulo trouve refuge dans l'État de l'Acre, une zone isolée au cœur de la forêt amazonienne. Sur place, elle se retrouve rapidement mêlée à l'enquête sur l'assassinat d'une adolescente indigène. En cherchant la vérité, elle découvre une réalité locale impitoyable marquée par la violence sous toutes ses formes, qu'elle soit verbale, physique ou institutionnelle.

Ce que j'ai aimé :

Le roman met en lumière l’impunité, le machisme structurel et la banalisation des violences faites aux femmes au Brésil. Le titre original, Mulheres Empilhadas, qui se traduit littéralement par « Les femmes empilées », fait référence à l’accumulation tragique des féminicides, dont de nombreux cas restent impunis : « Dix mille cas de féminicides dans les tribunaux, non résolus. » Le récit souligne ainsi qu’être une femme peut représenter un véritable danger, y compris dans l’espace censé être le plus protecteur : le foyer. Comme le rappelle l’autrice, « En réalité, le mariage est le gibet de la femme. »

À travers un récit réaliste, l’autrice donne à son œuvre une forte dimension politique. Elle dénonce une société dans laquelle les violences faites aux femmes sont profondément ancrées et trop souvent banalisées ou ignorées.

Ce que j'ai moins aimé :

Très sombre, j'ai préféré sur le même thème Ces femmes-là lu récemment 

Présentation de l'éditeur : Buchet Chastel

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