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En attendant Bojangles de Olivier BOURDEAUT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Certains ne deviennent jamais fou... 

Leurs vies doivent être bien ennuyeuses." 

Charles Bukowski

Le jeune narrateur observe avec tendresse ses parents enlacés danser sur "Monsieur Bojangles" de Nina Simone. Cette danse est à l'image de leur vie, une fête perpétuelle menée tambour battant par la mère, feu follet qui veut faire virevolter la vie, danser et rire, toujours... Cette femme extravagante se moque des conventions, refusant d'ouvrir les courriers désagréables, changeant de nom tous les jours au rythme de ses humeurs, achetant un château en Espagne parce qu'elle a pris l'expression au pied de la lettre, adoptant un superbe oiseau exotique nommée Mlle Superfétatoire, faisant définitivement un pied de nez à la normalité. Quand l'école de son fils demande à ce que ce dernier respecte les horaires et autres obligations scolaires, elle répond du haut de sa superbe : "Mais vous voulez quoi ? Qu'il devienne fonctionnaire ? Mon fils est un érudit oiseau de nuit qui a déjà lu trois fois le dictionnaire, et vous voulez le transformer en mouette couverte de cambouis se débattant dans une marée noire d'ennuis !" 

Le père fasciné est fou amoureux de cette nymphe qui embellit la vie, même s'il se doute qu'ils marchent sur un fil. Peut-on s'abstraire ainsi de la réalité éternellement ? Le monde extérieur ne risque-t-il pas de s'immiscer pour faire chanceler la joie ? Il connaissait les risques. Et pourtant, quand il se livre dans son journal, il souligne "Je ne regrettais rien, je ne pouvais pas regretter cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité, ces bras d'honneur aux conventions, aux horloges, aux saisons, ces langues tirées aux qu'en dira-t-on."

Sous l’œil admiratif du fils, la vie bat son plein. Dans ce tourbillon de la vie, tout n'est que "fêtes, voyages, excentricité et extravagante gaieté" et tant pis si la réalité vient y mettre son grain de sel. Tant pis. Ça valait quand même le coup... 

  • Roman des étudiants France Culture - Télérama (2016)
  • Prix Roman France Télévisions (2016)
  • Prix Emmanuel-Roblès (2016)
  • Prix de l'Académie de Bretagne (2016)
  • Grand prix RTL-Lire (2016)

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Pactum salis ♥ ♥

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Le loup garou et autres nouvelles de Boris VIAN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Le Loup-garou est un recueil de nouvelles fantastiques et satiriques, écrit pour la plupart dans les années 1940 et publié de manière posthume en  1970.

Ce que j'ai aimé : 

J'ai apprécié l'univers rocambolesque et la recherche stylistique de certaines nouvelles comme Le loup garou, qui renverse les clichés puisque en tant que loup le narrateur est calme et doux et quand il se transforme il devient un homme devenu frénétique. Un coeur d'or est ma nouvelle préférée, road-trip absurde avec des chauffeurs fous qui  veulent assommer des poules avec un pain, des poules qui s'enfuient avec le pain, des voitures aussi qui s'évadent et se mettent à brouter l'herbe. L'amour est aveugle est très poétique :

« Il s’abattit en nappes parallèles ; d’abord, il moutonnait à vingt centimètres du sol et l’on marcha sans voir ses pieds. Une femme, qui habitait au numéro 22 de la rue Saint- Braquemart, laissa tomber sa clé au moment d’entrer chez elle et ne put la retrouver. Six personnes, dont un bébé, vinrent à son aide ; entre-temps, la deuxième nappe tomba et on retrouva la clé mais pas le bébé qui avait pris le large sous le couvert du météore, impatient d’échapper au biberon et de connaître les joies sereines du mariage et de l’établissement. Treize cent soixante-deux clés et quatorze chiens s’égarèrent ainsi dans la première matinée. Las de surveiller leurs bouchons en vain, des pêcheurs devinrent fous et partirent pour la chasse. »

Les recherches verbales foisonnent : 

« Pour la première fois de sa vie, il remarqua le craquement de la première marche, le crainquement de la seconde, le criquement de la quatrième, le croquement de la septième, le frouttement de la dixième, le chuintement de la quatorzième, le  brruiquement de la dix-septième, le gyyment de la vingt-deuxième et le zouinguement de la rampe en laiton dévissée de son support terminal. »

Ce que j'ai moins aimé :

Comme c'est souvent le cas pour les recueils posthumes regroupant des textes écrits à différentes, toutes les nouvelles ne se valent pas, et globalement, je n'ai pas accroché à ces nouvelles.  Quelques récits sont plus inégaux ou anecdotiques.

Bilan :

L'ensemble reste unanimement salué pour son impertinence, sa liberté de ton et son inventivité verbale.

Je pense que personnellement, je ne suis pas sensible à l'univers de cet auteur, puisque, déjà, je n'étais pas entrée dans L'écume des jours

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : L'écume des jours  ♥ 

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Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin de Emilie PLATEAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

A Montgomery, en Alabama, en 1955, à l'époque des lois ségrégationnistes dites « Jim Crow », la jeune Claudette Colvin, une adolescente noire de 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche dans un bus, neuf mois avant le geste devenu célèbre de Rosa Parks. Arrêtée puis emprisonnée, elle devient l'une des premières personnes à contester juridiquement la ségrégation dans les transports publics. Pourtant, son nom disparaît presque complètement de la mémoire collective.

Ce que j'ai aimé :

La littérature a aussi pour rôle à mes yeux de faire émerger de l'oubli des figures que l'Histoire a longtemps ignorées ou effacées. Dans Noire, Émilie Plateau met en lumière le destin de Claudette Colvin, dont l'engagement a pourtant précédé celui de Rosa Parks.

À l'époque, les responsables du mouvement des droits civiques recherchaient une personne capable de rassembler le plus largement possible l'opinion publique. Claudette Colvin, âgée de seulement quinze ans, issue d'un milieu modeste et enceinte quelques mois après son arrestation, ne correspondait pas à l'image qu'ils souhaitaient donner de leur combat. Rosa Parks, plus âgée, respectée et déjà investie dans le mouvement, est alors devenue l'emblème du boycott des bus de Montgomery.

L'œuvre invite ainsi à s'interroger sur la manière dont l'Histoire se construit et sur les raisons pour lesquelles certaines personnes accèdent au statut de héros ou d'héroïnes, tandis que d'autres restent dans l'ombre. Elle rappelle que la lutte contre la ségrégation n'a pas été menée par une seule figure emblématique, mais par de nombreuses femmes et de nombreux hommes dont les noms ont parfois été oubliés.

Bilan : 

Une bande dessinée à la fois historique, pédagogique et engagée, accessible dès l'adolescence, qui permet de mieux comprendre les mécanismes de la ségrégation et les débuts du mouvement américain pour les droits civiques.

Présentation de l'éditeur : Dargaud

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Lou, Histoire d'une femme libre de Françoise GIROUD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Ni modèle ni exemple, Lou Andréas Salomé fut simplement pionnière dans l'art d'être soi." 

Certaines femmes traversent l'Histoire en restant dans l'ombre des hommes qu'elles ont côtoyés. C'est le cas de Lou Andreas-Salomé, que l'on connaît souvent pour ses liens avec Nietzsche, Rilke ou Freud. Pourtant, elle fut avant tout une écrivaine, une intellectuelle et une femme d'une étonnante modernité. Avec Lou, Histoire d'une femme libre, Françoise Giroud lui rend enfin la place qui lui revient.

Ce que j'ai aimé : 

Dans cette biographie aussi brève que captivante, Giroud ne cherche pas à retracer chaque étape de la vie de Lou. Elle s'attache plutôt à comprendre ce qui a fait d'elle une femme si singulière : son refus des conventions, son indépendance d'esprit, sa soif de savoir et sa volonté de mener sa vie selon ses propres choix, à une époque où cela relevait presque de l'audace.

J'ai particulièrement apprécié le regard que porte Françoise Giroud sur son héroïne. Sans jamais l'idéaliser, elle met en lumière ses contradictions, ses questionnements et la complexité de ses relations avec les hommes qui ont marqué son parcours. 

Plus qu'une simple biographie, ce livre est une réflexion sur la liberté, l'émancipation et la place des femmes dans le monde intellectuel. Une lecture qui donne envie de découvrir les écrits de Lou Andreas-Salomé et qui rappelle que certaines figures, longtemps éclipsées par leurs contemporains, méritent pleinement d'être redécouvertes.

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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Eté de Edith WHARTON

Publié le par Hélène

♥ ♥

Charity Royall, une jeune femme de dix-huit ans qui vit dans le petit village de North Dormer, en Nouvelle-Angleterre. Orpheline, elle a été recueillie enfant par Royall, un notable local qui lui a offert une vie plus stable que celle qui l'attendait dans les montagnes voisines, d'où elle est originaire. Malgré cette sécurité, Charity se sent prisonnière de cette existence monotone et rêve d'échapper aux conventions qui l'étouffent.

L'arrivée de Lucius Harney, un jeune architecte cultivé venu étudier les maisons anciennes de la région, bouleverse son quotidien. Charity tombe amoureuse de lui et voit dans cette relation la promesse d'une vie nouvelle, loin de North Dormer. Mais ses espoirs se heurtent rapidement aux réalités sociales, aux différences de milieu et aux conséquences de ses propres choix.

Ce que j'ai aimé :

Été demeure un roman important par sa peinture des désirs féminins, des inégalités sociales et du poids des conventions.

Ce que j'ai moins aimé :

Comment voulez vous que je m'attache à un personnage qui néglige les livres de sa bibliothèque, les laisse moisir et s'empoussiérer ??? En dehors de ce défaut - essentiel-, je n'ai guère apprécié cette héroïne qui tergiverse, ressasse, oscille sans cesse entre colère, exaltation, jalousie et découragement, sans sembler tirer de leçon de ses expériences. Elle est présentée comme une jeune femme qui étouffe dans une petite ville où chacun surveille les autres. Son désir de liberté est compréhensible, tout comme sa soif d'amour et de reconnaissance. Mais, au fil des pages, ces aspirations se traduisent souvent par une succession de décisions impulsives et de revirements qui donnent davantage l'impression d'une immaturité chronique que d'une véritable révolte contre l'ordre établi. 

Bilan :

Été reste un roman important pour son regard critique sur la condition des femmes au début du XXᵉ siècle. Mais cette héroïne est pénible à suivre. Ce que certains liront comme un portrait psychologique d'une grande justesse, d'autres y verront surtout l'histoire d'une jeune femme qui confond obstination et liberté, au risque de rendre son parcours plus irritant que bouleversant. A vous de voir !

Du même auteur Chez les heureux du monde ♥ ♥ ♥ ; L'âge de l'innocence ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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Livres de l'été

Publié le par Hélène

Récemment, j'écoutais une interview de Olivia de Lamberterie qui évoquait ses critères du "livre de l'été". Pour elle il fallait emporter dans ses bagages :

- un polar, un livre à suspens

- un grand roman avec beaucoup de péripéties et de sentiments

- un livre de poche.

Elle mentionnait alors un roman qui cochait selon elle tous les critères : 

J'en parle ICI.

J'ai souhaité chercher dans mes coups de cœur d'autres titres qui pourraient convenir avec ces critères, voici ma sélection : 

  • énorme fresque romanesque
  • amour, guerre, aventures, rebondissements permanents
  • personnages inoubliables
  • très difficile à lâcher
  • secrets
  • manipulations
  • rythme très prenant
  • émotions

Se lit presque comme un thriller historique.

  • mystère familial
  • plusieurs époques
  • secrets
  • suspense jusqu'au bout
  • romance

Très addictif.

  • roman mystérieux
  • conte
  • enquête
  • personnages attachants
  • ambiance superbe 
  • suspense psychologique
  • romance
  • demeure inquiétante
  • révélations
  • immense classique

Impossible de ne pas vouloir connaître la fin.

  • nature
  • enquête criminelle
  • histoire d'amour
  • beaucoup d'émotion
  • très prenant
  • double temporalité
  • mystère
  • vengeance
  • personnages féminins forts
  • Amsterdam au XVIIᵉ siècle
  • secrets
  • ambiance
  • suspense discret mais constant
  • espionnage
  • guerre
  • enquête
  • héroïnes marquantes
  • rythme soutenu

Elena Ferrante — L'Amie prodigieuse

  • Amitié féminine
  • Émancipation
  • Saga familiale
  • Ascension sociale

Chimamanda Ngozi Adichie — L'Hibiscus pourpre

  • Secrets de famille
  • Résilience
  • Liberté
  • Tension psychologique

Et vous quel est votre livre de l'été ?

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Océan mer de Alessandro BARICCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

« La mer est sans fin, elle est terrifiante et magnifique... C'est un endroit où l'on vient pour prendre congé de soi-même. »

Dans la pension Almayer, une auberge isolée située face à l'océan, des voyageurs très différents se croisent : Elisewin, une jeune fille souffrant d'une maladie étrange et qui refuse de mourir ; Plasson, peintre obsédé par le désir impossible de peindre la mer avec de l'eau de mer et cherchant les yeux de la mer ; Bartleboom, savant passionné qui écrit à la femme aimée qu'il n'a pas encore rencontrée et qui écrit une encyclopédie des limites ; Adams, personnage mystérieux qui a vu Tombouctou et marqué par une expérience extrême ; Ann Deverià, femme poursuivie par son passé, ou encore le père Pluche qui écrit un recueil de prières.

Ce que j'ai aimé : 

La pension, perchée entre terre et mer interroge les limites, limites entre la vie et la mort ; entre la folie et la raison ; entre l'art et le réel ; ou encore entre le connu et l'inconnu. Les personnages vivent constamment sur des seuils, frôlant l'inconnu ou l'infini.

« S'il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n'es rien, c'est cet endroit, c'est ici. Ce n'est plus la terre, et ce n'est pas encore la mer. Ce n'est pas une vie fausse, et ce n'est pas une vie vraie. C'est du temps. Du temps qui passe. Rien d'autre. »

La pension est un lieu "où les gens sont là mais sont invisibles, ou bien courent devant l'infini ou derrière, comme s'ils avaient l'éternité pour...

- C'est le bord de mer, père Pluche. Ni la terre ni la mer. Un endroit qui n'existe pas."

Dans ce lieu atypique, chacun court après quelque chose qui le dépasse. La mer accueille toutes ces quêtes sans jamais offrir de réponse définitive. Certaines réalités ne peuvent être ni expliquées ni possédées : elles ne peuvent être qu'approchées, comme l'horizon qui recule à mesure que l'on avance.

Bilan :

Un beau roman littéraire et poétique !

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteurNovecento : pianiste ♥ ♥ ♥ ♥ ; Trois fois dés l'aube ♥ ♥ ♥ ; La jeune épouse ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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L'hibiscus pourpre de Chimamanda NGOZI ADICHIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥  

Kambili, quinze ans, grandit dans une riche maison à Enugu sous l’autorité de son père Eugène, homme admiré pour son courage politique mais tyrannique et fanatiquement religieux avec sa famille. Un coup d’État les oblige, elle et son frère Jaja, à séjourner chez leur tante, où ils découvrent une vie libre, joyeuse et bien différente de leur éducation stricte. De retour chez eux, cette découverte fait naître une révolte contre l’autorité violente de leur père.

Ce que j’ai aimé :

Le roman est raconté à travers les yeux de Kambili, une adolescente dont la voix semble toujours retenue, comme si chaque mot devait franchir un barrage invisible. Son récit est prudent, presque murmuré, façonné par l’autorité écrasante de son père. Dans la maison familiale, la religion n’est pas seulement une croyance : elle devient une loi inflexible, une mesure de toutes choses, et le moindre écart est puni avec une violence que l’autrice évoque avec une grande pudeur. Kambili, encore enfermée dans l’éducation rigide qu’elle a reçue, ne comprend pas toujours ce qui se joue sous ses yeux. Mais le lecteur, lui, perçoit les fissures, les silences lourds, et voit peu à peu se dessiner la tragédie intime d’une famille vivant sous l’ombre sombre d’un père tyrannique.

Ce père, Eugène, est l’un des personnages les plus troublants du roman. Aux yeux du monde, il est un homme admirable : riche industriel, catholique fervent, défenseur courageux de la liberté de la presse dans un Nigéria secoué par les crises politiques, puisqu’il dirige le seul journal indépendant du pays. Pourtant, derrière les murs de sa maison, il est aussi celui qui impose la peur. Cette ambivalence bouleverse autant le lecteur que Kambili elle-même. Car malgré la terreur qu’il inspire, il reste pour elle une figure à admirer, presque à vénérer. « Je voulais faire  la fierté de papa, réussir aussi bien que lui. J’avais besoin qu’il me mette la main sur la nuque en me disant que je réalisais le dessein de Dieu. J’avais besoin qu’il me serre contre lui et me dise qu’à celui à qui on donne beaucoup, on demande aussi beaucoup. J’avais besoin qu’il me sourie, de ce sourire qui illuminait son visage et réchauffait quelque chose au fond de moi. Mais j’étais deuxième. J’étais souillée par l’échec. » Cette quête d’amour rend sa souffrance encore plus déchirante.

Mais au fil du récit, quelque chose change. Lentement, presque imperceptiblement, une autre manière de vivre se glisse dans l’esprit de Kambili. Lorsqu’elle découvre la maison de sa tante, un lieu plein de rires, de discussions animées, de musique et de liberté, le monde qu’elle croyait immuable se fissure. Ce qu’on lui avait appris à craindre comme dangereux ou impie révèle soudain une beauté inattendue : la spontanéité, la parole libre, la joie simple d’être ensemble.

Alors, dans son esprit longtemps discipliné, la liberté commence à germer. Elle ne surgit pas comme une révolte immédiate, mais comme une sensation nouvelle, fragile d’abord, puis de plus en plus lumineuse. Peu à peu, cette liberté éclate en mille éclats irisés qui bouleversent sa perception du monde et d’elle-même.

Le retournement final surprend et bouleverse, donnant au récit une profondeur tragique mais aussi une forme d’espoir. Comme cet hibiscus pourpre rare et inattendu, la possibilité d’une vie différente, plus libre, finit par apparaître là où l’on ne l’attendait pas.

Ce que j’ai moins aimé :

La bluette sentimentale n’était peut-être pas nécessaire…

Bilan :

Un grand roman ! 

Présentation de l'éditeur Folio

De la même auteureAutour du cou ♥ ♥ ♥ ; Americanah ♥ ♥ ♥ ; L'inventaire des rêves ♥ ♥ ♥ 

Publié dans Littérature Afrique

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Ces femmes-là d'Ivy POCHODA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Dans le quartier populaire de West Adams, à Los Angeles, certains se souviennent de l'assassinat de treize femmes, quinze ans auparavant. D'autres ont oublié sous prétexte qu'il s'agissait de "ces femmes-là", des prostituées noires. De fait, les enquêtes ont été négligées, car les victimes ne comptaient guère. Lorsque de nouveaux meurtres surviennent, plusieurs femmes du quartier voient leurs destins se croiser.

Ce que j'ai aimé :

Plusieurs de ces femmes prennent successivement la parole, cette parole confisquée, ignorée, bafouée. Jaillit alors une violence quasi quotidienne. Pauvreté, prostitution, racisme, mépris, harcèlement et sexisme façonnent la vie des personnages, la violence ne se limite pas aux meurtres... Ces femmes précaires sont bien souvent invisibilisées, leur parole se perdant dans les limbes de l'indifférence. 

"Qui d'autre n'a pas été entendu ?

Combien de femmes ont essayé de raconter leur histoire, de donner des indices, des infos, des réponses ?

Le nombre doit être vertigineux. Tous les appels à la police. Toutes les vérités rangées dans la catégorie des paroles de fous, de timbrés, de mythomanes en manque d'attention. Combien laissent tomber ? Arrêtent d'appeler ? résolvent leurs problèmes autrement ? Ou pas du tout ? Se résignent à vivre avec ? "

Il faudra une femme pour les écouter, ce sera la lieutenante Essie Perry de la brigade des Moeurs, mise de côté au sein de son unité. Elle écoute ces femmes, enquête, et leur redonne leur légitimité dans ce monde profondément méprisant. Elle redonne foi en l'humanité gommée par des clichés grotesques !

Un indispensable !

Présentation de l'éditeur : Christian Bourgois

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Naufrage(s) de Michèle LESBRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Nous flottons sur les océans imaginaires qui nous guident et nous perdent aussi."

Le récit s'ancre dans la géographie brute de l'île de Sein, cette « petite terre têtue » au bout de la Bretagne, constamment battue par un vent tyrannique et entourée par l'océan. En arrivant sur l'île, l'autrice-narratrice est saisie par une immense émotion. Elle s'y promène parfois flanquée d'un petit chien noir et blanc croisé au bar du village, regarde la mer et se laisse traverser par les éléments.

Mon avis :

J'ai choisi cette lecture car elle parlait de l'île de Sein or les scènes sur l'île sont anecdotiques. Le texte se concentre plutôt sur l'errance, physique et intellectuelle, convoquant différents auteurs, les faisant converser.

L'autrice convoque des figures de femmes fortes et indomptables liées à la mer, comme la pionnière Anita Conti ou l'écrivaine Catherine Poulain et son Grand Marin, mais aussi des références à Werner Herzog ou au philosophe Vladimir Jankélévitch.

Le récit est construit comme une odyssée intérieure, une déambulation à la frontière du journal, de la méditation et du poème en prose. Les naufrages peuvent être politiques avec l'effondrement des grandes utopies, des espoirs de jeunesse et la sensation d'un monde actuel qui part à vau-l'eau, mais aussi intimes puisque le temps n'en finit pas de fuir, la vieillesse nous guette, le désir s'essouffle et la mélancolie des souvenirs a tendance à nous envahir.

Un récit mélancolique au fil ténu, une lecture sur la corde...

De la même autrice : LESBRE Michèle Chemins ♥ ♥ ♥ ♥ ; Rendez-vous à Parme ♥ ♥ ♥

Présentation de l'éditeur : Sabine Wespieser Editeur

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