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Certaines fièvres échappent au mercure de Mathilde FORGET

Publié le par Hélène

Édith se cache des autres, jusqu'au jour où, dans un train de banlieue, en face d'une fille aux cheveux follement bouclés, elle découvre un sentiment farouche, joyeux, sidérant.

Au début de ma lecture j'étais très sceptique : l'histoire d'amour ne m'intéressait pas vraiment, et certaines réflexions avaient tendance à me désarçonner : "Les poils de tes jambes sont visibles car tes jeans sont courts. Je voudrais en avoir plein entre les dents." 

Puis peu à peu des scènes intrigantes émergent loin de la bluette amoureuse : par exemple sitôt que l'autre disparait, cette tendance à imaginer le pire, à remuer ciel et terre pour s'assurer qu'elle n'est pas morte. Enfin, peu à peu, la cause se profile : le suicide de la mère alors que la narratrice avait 8 ans, ce creux laissé, ces questions en suspens, cette peur viscérale de perdre les êtres aimés quand ils ne sont plus visibles.

On comprend alors que la rencontre amoureuse bouscule la narratrice et que cet attachement naissant, s'il peut être salvateur est aussi source d'angoisse car il ravive des traumas laissés de côté. 

Si le propos est touchant, je n'ai pas été sensible à l'écriture ni au propos. Je suis passée à côté.

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Avalanche de Lance WELLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Les hommes s'en vont. Ou ils sont emportés. (Elle haussa les épaules.) Ça revient au même, je suppose, Les hommes s'en vont et nous attendons qu'ils nous reviennent." 

Au début du XXème siècle, Clara rejoint son oncle et sa tante qui vivent dans une petite ville isolée appelée Forsaken Heights, nichée dans les montagnes de l’Ouest américain. Dans le train, elle rencontre Jack, un homme hanté par son passé, revenu enterrer celui qui l’a élevé. Celui-ci n'est pas le bienvenue en ville car vingt ans auparavant, il a, sans le savoir, introduit dans la ville une épidémie mortelle qui a causé une tragédie durable. Plus d'un habitant a perdu un proche à cause de cette maladie. 

Ce que j'ai aimé :

Dans Avalanche, Lance Weller explore avec finesse le thème de la culpabilité, cette charge invisible que Jack porte malgré lui, héritée d’un passé qui n'en finit pas de passer... Il a droit  malgré tout à une seconde chance grâce à Clara et cette relation fragile est esquissée par touches subtiles, jamais appuyées, l’auteur évitant tout pathos pour laisser affleurer une émotion retenue mais persistante. Leur lien, marqué par les non-dits, reflète une humanité vacillante.

En toile de fond, la nature s’impose comme une force implacable, indifférente aux drames humains, qu’il s’agisse d’une épidémie ou d’une avalanche. Face à elle, l’homme demeure vulnérable, souvent dépassé par des événements où le hasard et l’ignorance jouent un rôle tragique. Weller suggère ainsi que les catastrophes ne sont pas toujours évitables, mais qu’elles révèlent ce que nous sommes profondément car l’être humain, dans toute sa complexité, se montre capable du pire comme du meilleur. Prompt à juger et à condamner, il peut aussi, contre toute attente, trouver en lui la force de pardonner.

Ce roman sensible interroge alors notre rapport à la faute, à l’autre et à la possibilité de rédemption.

Ce que j'ai moins aimé :

Le roman met en scène des personnages brisés, physiquement, moralement, dans une Amérique rude. Le lieu reculé, le froid, la culpabilité de Jack, rongent peu à peu aussi le lecteur, et si les éclaircies existent, elles restent fugaces. Demeure juste un souvenir de douceur qui permet d'affronter le monde, de le supporter, une once de bonheur fugace, qui fuit rapidement mais reste gravée dans leur corps et dans leur âme pour permettre de continuer à avancer. 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

 

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Dérangé que je suis de Ali ZAMIR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je suis un pousse-pousseur, je ne suis pas un penseur, mais ma sueur pense pour moi."

L'histoire se déroule à Anjouan, aux Comores. Le protagoniste, surnommé Dérangé, est un "pousse-pousseur", c'est à dire un porteur qui transporte des marchandises sur une charrette à bras. Sa vie bascule lorsqu'il croise une femme d'une beauté foudroyante, une sorte de "sirène" urbaine qui lui propose ses faveurs alors qu'elle est mariée. Parallèlement, il s'engage dans un défi : un course insensée contre les Pipipis trio maléfique des trois dockers Pirate, Pistolet et Pitié.

Ce que j'ai aimé : 

Si le sujet traite de la pauvreté, la forme, elle, est d'une richesse absolue. Ali Zamir est connu pour sa langue exubérante et inventive. Il assume un goût pour les mots rares, ses phrases sont  sinueuses comme pour mimer l'essoufflement du porteur sous sa charge. Le texte rend aussi hommage à la tchatche de rue, aux palabres et à l'énergie vitale des marchés comoriens.

Il donne une voix et une dignité aux "petites gens", ceux que l'on ne regarde jamais alors qu'ils font tourner l'économie locale. "Dérangé" lutte contre un sort qui semble écrit d'avance, transformant son quotidien précaire en une aventure mythologique. Le titre reflète l'état mental du héros, dérangé par l'amour, par la faim, et par l'absurdité du monde qui l'entoure. Il incarne ainsi la probité, l'importance de conserver ses valeurs à n'importe quel prix. Mais malgré la dureté de sa condition, le récit est teinté d'une ironie mordante et d'un humour tragi-comique.

Bilan : 

Un cri de rage contre l'injustice porté par une écriture lumineuse !

 

Prix roman France télévisions 2019

Présentation de l'éditeur : Le Tripode

Publié dans Littérature Afrique

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La désobéissance civile de Henry David THOREAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

« La seule obligation qui m’incombe est de faire bien. »

Thoreau défend l’idée que la conscience individuelle doit primer sur la loi : « Tous les hommes reconnaissent le droit à la révolution, c’est-à-dire le droit de refuser fidélité et allégeance au gouvernement et le droit de lui résister quand sa tyrannie ou son incapacité sont notoires et intolérables. »

Alors que les Etats-Unis financent la guerre le Mexique, et de fait le système esclavagiste, Thoreau refuse de payer un impôt qui financerait ce conflit. Pour ce refus, il est brièvement emprisonné. 

Ce que j'ai aimé : 

 

Par ce geste de refus, Thoreau affirme qu’une loi, même revêtue du manteau de la légalité, ne saurait commander l’obéissance lorsque son cœur est injuste. Se plier sans réfléchir, c’est devenir complice de l’injustice qui gangrène la société. Il propose alors une voie de courage : la désobéissance civile, ce refus noble de collaborer avec un État qui trahit le droit et la justice. Défendre la liberté, c’est écouter la voix intérieure de la conscience, ne pas se soumettre aveuglément aux lois, et tourner le dos à l’injustice.

Cette flamme d’indépendance inspirera, des décennies plus tard, des âmes lumineuses comme Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr.

Le texte insiste sur l’éveil de la responsabilité personnelle. Pour Thoreau, le véritable citoyen ne se contente pas de suivre la majorité ou l’État ; il suit le chemin de sa propre conscience, guidé par le sens du juste et du vrai.

A méditer...

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

Du même auteur : Walden ou la vie dans les bois

Sur l'auteur : Thoreau : la vie sublime de Maximilien LE ROY et A. DAN

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Jusqu'au dernier de Déon MEYER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Mat Joubert, inspecteur au Cap, n’est plus que l’ombre de lui-même. Depuis la mort brutale de sa femme, lui aussi policière, il s’enfonce dans une forme d’apathie. Son quotidien n’est plus qu’une routine sans relief, jusqu’à ce qu’un nouveau supérieur le force à se reprendre en main. Il doit alors enquêter sur des meurtres commis avec une arme ancienne, mais aussi sur une série de braquages audacieux, perpétrés par un mystérieux criminel.

Ce que j'ai aimé :

Certes le personnage de l'enquêteur au bord du gouffre est une figure récurrente de la littérature policière, mais ici, force est de constater qu'elle est admirablement explorée. Joubert se reconstruit peu à peu et nous assistons à des éclairs de vie au milieu du brouillard, et éclair après éclair à cette reconstruction tant attendue. L’écriture de Deon Meyer épouse ce mouvement : sobre et tendue, elle laisse place aux silences, aux respirations, à ce qui ne se dit pas mais pèse. Et dans cet équilibre entre tension et fragilité, le roman trouve sa force.

L’un des grands atouts du roman réside aussi dans son ancrage social. À travers l’enquête, Meyer esquisse une Afrique du Sud en mutation, encore marquée par les fractures de son histoire. Sans jamais tomber dans le discours didactique, il laisse affleurer les tensions raciales, les inégalités et les cicatrices de l’après-apartheid, donnant au récit une profondeur rare dans le genre.

Bilan :

Un polar intense, intelligent et profondément humain. Jusqu’au dernier ne se contente pas de raconter une enquête : il explore la douleur, la justice et la possibilité de renaître.

Présentation de l'éditeur : Points

Du même auteur :  13 heures ♥ ♥ ♥ (policier) ; A la trace ♥ ♥ ♥ (policier) 7 jours ♥ ♥ (policier) ; Kobra ♥ ♥ ♥ (policier)

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L’année des secrets d’Anjana APPACHANA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Tout commence à travers la vive émotion de Mallika, une fillette entourée et choyée dans une famille indienne qui eût été traditionnelle sans l’absence du père. Padma, sa mère adorée, garde depuis des années un brûlant secret. Mais elle n’en est pas la seule détentrice. Tout au long de ce roman polyphonique, chacune, mère, tante, amies ou voisines, nous révèle une part du mystère, plus ou moins assaisonné de fantaisie, comme le ferait une cuisinière jalouse de ses recettes.

 Ce que j’ai aimé :

Foisonnant, nous emportant dans l'intimité d'une famille aux secrets bien gardés, L'année des secrets est un roman résolument très prenant. Différents points de vue se croisent pour nous conter l'histoire de la jeune Prada amoureuse et prétendûment veuve. Ce changement de points de vue permet de mettre en avant les strates de secret préservés qui éloignent peu  à peu les êtres de la vérité. Les personnages sont ainsi amenés à construire leur propre vérité, et quand finalement d’autres données viennent ébranler l’univers fragile construit avec le temps, l’équilibre instable risque de s’effondrer.

Les femmes sont au cœur du roman tissant des thèmes comme le mariage, la condition des femmes en Inde mais aussi plus largement le statut de femme mariée qui oblige la femme à faire des sacrifices et à laisser de côté certaines de ses passions, certains aspects de sa personnalité. Ces femmes se font agresser dans la rue, sont bien souvent victimes des hommes, victimes aussi de la famillle, obligées de se répéter à longueur de journée comme un mantra "Contrôle-toi"

 "La mesure. C'était ça, le bonheur. (...) Ce n'était pas le ravissement, mais le calme, il n'aiguisait pas les sens mais les émoussait. C'était ce lieu intermédiaire que tout un chacun devait découvrir pour vivre." (p. 178)

"Comment expliquer à Mallika, à l'aide de mots simples, l'erreur des femmes qui attendaient de leur mari et de la famille de leur mari les mêmes gestes d'amour que ceux si naturellement reçus de leur propre famille ? Comment lui dire que l'amour entre hommes et femmes, de par sa nature même, était corrompu ? Qu'il revêtait une apparence dorée dans les livres, les films, la mythologie, dans l'éclat même de la cérémonie du mariage, du mensonge que vivait chaque femme mariée et des sourires qu'elle arborait." (p. 252)

Les hommes sont en effet bien souvent faibles, soumis à une pression familiale à laquelle ils refusent d'échapper, égoïstes, ne voyant pas, ou si peu la tristesse dans le regard de leurs femmes.

Ce que j’ai moins aimé :

Un peu trop de rebondissements mélos vers la fin, le roman aurait gagné à être un peu moins long. De plus le dénouement est quelque peu décevant après tant d'actions et de mouvements. 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteur : Mes seuls dieux

Publié dans Littérature Asie

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Appel manqué de Carole FIVES

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"De toute façon, avec toi, la vie n'est qu'un long appel manqué."

Dans Appel Manqué, Carole Fives fait revenir Charlène, figure déjà croisée dans Une femme au téléphone. Elle a désormais soixante-treize ans. Le temps a passé, mais non l’urgence de dire : ne parvenant plus à joindre sa fille, elle déverse sur son répondeur une suite ininterrompue de messages, et cette absence de réponse l’exaspère autant qu’elle la blesse.

Ce que j'ai aimé : 

Ce qui frappe d’abord, c’est cette parole sans frein, cette logorrhée maternelle qui surgit « pour un oui ou pour un non » : parce que la solitude se fait trop lourde, parce que de nouveaux locataires la malmènent, parce que des moucherons envahissent la cuisine, parce que l’argent manque, parce qu’une brouille l’a opposée à Colette, parce que la nuit a été mauvaise… Tout devient prétexte à renouer le fil, à conjurer le silence.

Mais sous l’apparente trivialité de ces motifs affleure une détresse plus profonde, une solitude nue teintée d'humour :

 "Homme, femme, c'est complètement dépassé, tu le savais ?! D'ailleurs je ne me suis jamais sentie vraiment femme dans le fond, plutôt vivante, voilà, parfois au bord du trou, mais bon..."

En contrepoint, se dessine la charge invisible qui pèse sur celle qui écoute et subit ces messages. La fille, prise dans sa vie de mère, son travail et sa carrière d’écrivaine, doit encore absorber les angoisses d’une mère imprévisible, toujours au bord d’un nouveau désastre : locataires douteux sans bail, arnaques bancaires, agents immobiliers véreux, points qui disparaissent peu à peu du permis… Le monde devient menaçant, et l’étau semble peu à peu se resserrer autour d’elle.

Et si, par hasard, la narratrice tente d’ouvrir à son tour un espace de confidence, elle se heurte aussitôt à une pluie de reproches, mêlant culpabilisation et ironie mordante.  

"Je sais bien que ton livre vient de sortir, je sais bien. Oui ma chérie, tu as raison, c’est honteux, et je vais le commander puisque tu ne m’as toujours rien envoyé. C’est fou ça, même ton frère l’a reçu, je suis toujours la dernière roue du carrosse. Encore un roman sur l’art ? Tu es sûre ? Mais ça va ennuyer tout le monde, voyons… Pourquoi tu n’écris pas plutôt un livre sur moi, c’est plus intéressant, tout le monde a une mère, alors que l’art… les gens s’en foutent, non ? Vise large, vise la mère, je t’assure, on n’en a jamais fini avec sa mère. "

Les griefs fusent, acérés, parfois cruels. Pourtant, malgré la violence des mots et l’usure du lien, quelque chose persiste, un fil ténu, indéchirable, fait d’attente, de dépendance et d’amour contrarié.

Une belle réussite !

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur Une femme au téléphone ♥ ♥ ♥ ♥ ; Quand nous serons heureux ♥ ♥ ♥; C'est dimanche et je n'y suis pour rien ♥ ♥ ♥ ♥ ; Ca nous apprendra à naître dans le nord ♥ ♥ ♥ ; Tenir jusqu'à l'aube ♥ ♥ ♥ ; Térébenthine ♥ ♥

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Ciel Bleu, une enfance dans le Haut-Altaï de Galsan TSCHINAG

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Galsan Tschinag nous conte son enfance dans la steppe dans le Haut Altaï. Il évoque avec beaucoup de tendresse le quotidien au sein d’une famille aimante. Dans ces pages, il rend hommage à un monde voué à la disparition, à travers notamment les figures emblématiques de sa grand-mère ou de son chien.

Ce que j’ai aimé :

Le roman de Galsan Tschinag est un récit profondément enraciné dans les steppes d’Asie centrale. À travers l’enfance d’un jeune garçon touva qui grandit dans les montagnes de l’Altaï, l’auteur compose à la fois un roman d’apprentissage, un témoignage culturel et un véritable chant poétique dédié à la vie nomade.

Son univers oscille entre tradition et modernité, fait de yourtes dressées face au vent, de troupeaux guidés au rythme des saisons et de coutumes étonnantes, parfois pleines de poésie, comme ces chants adressés aux brebis pour qu’elles n’abandonnent pas leurs agneaux. La nature y est omniprésente : le ciel immense, les montagnes et les rivières façonnent l’existence des hommes autant que les paroles des anciens qui transmettent leurs légendes et leur sagesse.

La justesse du récit tient aussi au point de vue choisi. Tout est raconté à hauteur d’enfant : le narrateur, âgé de sept ans, observe avec curiosité et sensibilité le monde qui l’entoure, découvrant peu à peu les règles singulières de son peuple. À travers son regard innocent se déploie un univers plein de tendresse et de poésie.

Mais derrière la beauté de cette vie se dessine aussi une transformation : l’arrivée du pouvoir soviétique et de l’école moderne bouleverse peu à peu le monde traditionnel des Touvas. Apprendre à lire et à écrire ouvre les portes d’un nouvel horizon, fascinant mais aussi déroutant, qui éloigne le jeune garçon progressivement de la vie ancestrale de son peuple.

Court et lumineux, ce roman apparaît ainsi comme un récit intime et une véritable source de sagesse, rendant hommage à une civilisation fragile tout en invitant le lecteur à réfléchir à la relation entre l’homme, la nature et la transmission des traditions.

Du même auteur : Chaman ♥ ♥ ; Dojnaa ♥ ♥ ♥

Présentation de l'éditeur : Métailié

Publié dans Littérature Asie

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Printemps des poètes #5

Publié le par Hélène

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage

Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,

J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,

Loin des chemins poudreux, à demeurer assis

Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,

Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.

Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi

Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,

Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,

Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,

La chenille traînant ses anneaux veloutés,

La limace baveuse aux sillons argentés,

Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.

Ensuite je regarde, amusement frivole,

La lumière brisant dans chacun de mes cils,

Palissade opposée à ses rayons subtils,

Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte

En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;

Et lorsque je suis las je me laisse endormir,

Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,

Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,

Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

— Théophile Gautier (1811-1872)
Premières Poésie

Publié dans Poésie française

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Le book-club de la CIA de Charlie ENGLISH

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce documentaire raconte l'histoire vraie d'une opération d'influence culturelle massive. Pendant près de 50 ans, la CIA a mené une guerre psychologique souterraine en introduisant clandestinement plus de 10 millions de livres et de revues derrière le Rideau de fer. L'idée était simple mais audacieuse : puisque les armes ne pouvaient pas franchir la frontière sans déclencher une guerre nucléaire, il fallait y envoyer des idées.

Ce que j'ai aimé : 

Au cœur du récit se trouve Georges Minden, un émigré roumain installé à New York qui a piloté ce réseau. Contrairement à la vision caricaturale d'une propagande américaine brute, Minden insistait pour envoyer de la "vraie" littérature et de la pensée complexe. Il savait que les peuples de l'Est n'étaient pas dupes et qu'ils avaient soif de culture, de diversité et de réflexion, pas de slogans. 

Nous retrouvons en ces pages des auteurs incontournables, avec en tête de liste George Orwell avec 1984 et La ferme des animaux dénonçant les mécanismes du totalitarisme, Hannah Arendt pour l'analyse politique, Albert Camus ou Agatha Christie qui offrait des visions du monde différentes ou simplement un divertissement non censuré.

Charlie English décrit des méthodes de contrebande dignes d'un roman d'espionnage : des livres cachés dans des doubles fonds de camions ou de voiliers, des ballons lâchés pour survoler les frontières, des exemplaires glissés dans les bagages de voyageurs occidentaux. Une fois sur place, un livre pouvait passer entre les mains de dizaines de lecteurs, créant des cercles de discussion secrets (le fameux "Book Club").

Ce n'est pas seulement un livre d'histoire ; c'est une réflexion sur le pouvoir des mots. Charlie English montre comment cette "pluie de livres" a contribué à l'effondrement moral et intellectuel du bloc soviétique, notamment en Pologne, en rendant la censure impossible à maintenir.

Ce que j'ai moins aimé :

C'est un livre très foisonnant, avec beaucoup de personnages, de dates, de détails. Il me semble davantage destiné aux passionnés d'histoire qu'à un grand public.

Présentation de l'éditeur : Editions des Equateurs

Sélection n°5

Non Fiction 

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