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La petite bonne de Bérénice PICHAT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Dans ce premier roman, Bérénice Pichat nous entraîne dans la France des années 1930, au sein d’un foyer bourgeois. La « petite bonne », jeune domestique anonyme, s’affaire sans relâche au service des Daniel. Un week-end, Madame part à la campagne, laissant la jeune fille seule avec son mari, ancien pianiste marqué à jamais par les blessures de la Grande Guerre, une « gueule cassée ». Commence alors un huis clos singulier, troublant, où se confrontent deux solitudes : celle de l’homme mutilé, enfermé dans son corps, et celle de la servante, réduite à l’ombre par sa condition sociale.

Ce que j'ai aimé :

La grande originalité du texte tient à sa forme : l’autrice alterne prose et vers libres. La narration classique accompagne la bourgeoisie, tandis que la voix de la domestique surgit en poésie, hachée, fragile mais vibrante. 

La rencontre de ces deux blessés de la vie est émouvante, malgré leurs différences, ils apprennent à s'apprécier, ils s'apportent mutuellement, en égaux. L'autrice met ainsi en valeur la dignité silencieuse de ceux qu’on n’entend pas, avec une pudeur et une intensité contenue qui frappent le lecteur.

« On m'a dit une fois – qui je ne sais plus – on m'a dit La liberté commence au fond de soi. Mais on ne m'a pas montré comment trouver le fond pour espérer pouvoir remonter. Depuis j'explore sans parvenir à reprendre mon souffle. »

Bilan : 

Un texte sensible, audacieux, qui bouscule les codes du roman historique et donne voix à une figure trop souvent oubliée. Un beau premier roman, couronné à juste titre par le Prix des Libraires 2025.

Présentation de l'éditeur : Les Avrils

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La collision de Paul GASNIER

Publié le par Hélène

♥ ♥

En 2012, dans le centre-ville de Lyon, une femme meurt brutalement après avoir été percutée par un jeune garçon en motocross qui faisait du rodéo urbain. Dix ans plus tard, le fils de la victime, devenu journaliste, constate comment ce type de catastrophe est utilisé dans le débat public pour dresser les gens les uns contre les autres et décide d’écrire sur le drame.

Ce que j'ai aimé : 

Il dresse alors un portrait des deux trajectoires qui se sont percutées : celle de sa mère et celle du conducteur Saïd. II enquête, cherche des explications, explore les sous-bassements psychologiques, sociétaux, constate l’omniprésence de l’argent facile avec la drogue, met en lumière la culture de rue, mais aussi le rôle de l’ennui pour finalement accuser un système saturé : « L’accident n’est pas qu’une imprudence individuelle, il est le résulat d’un lent ravinement collectif qui s’est accompli par étapes, par érosions budgétaires successives, et a permis la dérive toujours plus lointaine d’hommes privés peu à peu de perches solides à saisir. »

Pour lui, il est nécessaire de donner un sens, qu’il ne s’agisse pas d’une mort absurde, mais aussi parce qu’il refuse de s’abreuver comme les autres de faits divers non analysés. Pour lui l’écriture permet «  de réinjecter de l’humain dans des histoires manichéennes, non pas pour diluer les responsabilités mais pour apaiser la colère et sortir du piège des sommations qu’exige l’époque »

En ce sens ses dernières pages resplendissent d’humanité.

Ce que j'ai moins aimé : 

Certes le propos est louable : ne pas faire de ce drame un énième prétexte pour diviser la société en plaçant d'un côté des "racailles" de l'autre les bourgeois, de ne pas chercher à simplifier, à polariser les débats. Et pourtant, avec le terme même de "collision" il met face à face deux milieux sociaux, qu'il a tendance à caricaturer. Et que de répétitions dans l’écriture, que d’hésitations dans cette quête et dans la façon de la mettre en mots, d’ailleurs souvent le narrateur s'interroge lui même et tente de se justifier si bien qu’on en vient à penser comme un libraire qui lui dit "Tout le monde écrit quelque chose de nos jours, c'est un peu pénible..."

De plus, Paul Gasnier propose un essai sur les fractures sociales, les conséquences du laisser aller public, la défaillance des institutions mais ne met pas en place de pistes concrètes d’amélioration.

Bilan : 

Pour conclure, le propos est digne, mais résonne comme un pavé lancé dans la mare. Pour moi c’est un livre qu’on oubliera rapidement.

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Sélection de septembre 

Catégorie Non fiction 

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Bruxelles de Daphné TAMAGE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

L'arbre qui marche lance une nouvelle collection premier voyage : des romanciers nous guident dans une ville qu'ils connaissent bien, nous découvrons ce qu'elle a d'unique à travers leurs yeux. Ici, Daphné Damage doit revenir dans sa ville natale Bruxelles pour le décès de son mentor et se retrouve à arpenter les différents quartiers dotée d'un chat qu'elle essaie de confier à différentes personnes. 

Ce que j'ai aimé

J'ai apprécié cette façon de découvrir la ville, l’approche est littéraire plus que strictement touristique. Le guide ne se contente pas de dire que visiter mais raconte, donne de la texture à l’endroit, fait ressentir.

"Moi aussi j'aime le marché du jeudi soir sur le parvis de Saint Gilles, le stand de poulet braisé, les huîtres et le vin blanc de Flagey, les croquettes de crevettes de chez Noordzee, les sgraffites, Fernand Khnopff et les poèmes de Norge."

Le fait de choisir des auteurs qui connaissent bien les villes, permet souvent des regards plus personnels, des partis pris, des moments de découverte qui ne sont pas dans les circuits classiques.

A la fin de l'ouvrage, nous découvrons aussi cinq itinéraires pour découvrir la ville, et pour continuer le voyage une sélection de films, ou livres. 

Un petit guide à conseiller ! 

Présentation de l'éditeur : L'arbre qui marche

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Le veilleur du lac de Nicolas LECLERC

Publié le par Hélène

♥ ♥

Dans un petit village du Jura, Malmaison-le-lac, une famille entière disparait. Rapidement la thèse du meurtre se profile, le contenu du coffre-fort ayant de surcroit disparu. Mais l'enquête du capitaine Bruno Albertini piétine. Il constate la disparition de Fanny, la jeune fille de la famille, qui s'est enfuie en Allemagne avec Maïa, sa meilleure amie. 

Le roman joue donc sur deux fronts : d’un côté, la fuite de Fanny et de l'autre, l’enquête autour de la famille disparue.

Ce que j'ai aimé :

L'intrigue est très efficace, le roman est de ces livres qu'on ne peut lâcher. La tension monte crescendo, jouant sur les secrets et non-dits. Mais ce qui fait vraiment l'originalité du roman, c'est qu'il ne s'agit pas seulement de savoir qui a commis le crime, mais aussi de comprendre pourquoi Fanny est impliquée et quel rôle elle a pu jouer dans cet enchevêtrement de secrets et de drames.

Ce que j'ai moins aimé :

Toutefois, un manque de profondeur est à déplorer : le désarroi des adolescents est caricaturé à l'excès.

Bilan :

La fin caricaturale est décevante...

Présentation de l'éditeur : Seuil

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Gabriële de Anne et Claire BEREST

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Gabriële retrace la vie de Gabriële Buffet-Picabia, arrière-grand-mère des autrices : femme libre, musicienne, féministe avant l’heure, qui, à partir de 1908, croise le chemin de Francis Picabia. Malgré son désir initial d’indépendance et de musique, elle s’engage dans une relation avec Picabia, tout en jouant un rôle clef dans les avant-gardes artistiques — Futurisme, Dada, abstraction — aux côtés de figures comme Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Le récit mêle enquête familiale et reconstitution historique, oscillant entre les grandes villes artistiques de l’époque (Berlin, Paris, New York, Zurich, etc.) et des moments plus intimes. On suit ses aspirations libératrices, ses renoncements, ses combats, ainsi que son influence discrète mais puissante, dans l’ombre des hommes célèbres qu’elle fréquente.

Ce que j'ai aimé :

La plongée dans l'univers artistique de  cette époque est passionnante, bouillonnante, très documentée. Dans ce monde, la  personnalité hors normes de Gabriële se détache, inspiratrice, muse, et mère à la fois  "Elle est au cœur de la matrice, elle s'active, pompe de ses bras et de son intellect, communique, arrange, propose, soutient, ravive, débrouille les écheveaux, affine les idées, mais quand la lumière recouvre tous les efforts, elle n'est plus là. Elle laisse aux hommes le soin de jouir. Elle laisse aux hommes les délices des caresses de l'égo." p 239 Les deux sœurs donnent voix à cette femme restée volontairement dans l'ombre et leurs deux voix se fondent parfaitement.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai regretté le manque de relief, Gabriële est difficilement incarnée, mal connue des deux sœurs, elles ne peuvent que supposer ses pensées, ses émotions, si bien que le portrait est quelquefois désincarné.

Bilan : 

Il offre une relecture stimulante et nécessaire de l’histoire de l’art du début du XXᵉ siècle à travers le prisme de celle qui l’a façonnée dans l’ombre.

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : 

BEREST Anne Recherche femme parfaite ♥ ♥ ; La carte postale ♥ ♥ ♥

BEREST Claire Rien n'est noir ♥ ♥

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Le soleil des Scorta de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

   ♥ ♥ ♥ ♥ 

« Heureux celui qui a connu ces repas-là. Nous étions ensemble. Nous avons mangé, discuté, crié, ri et bu comme des hommes. Côte à côte. C’étaient des instants précieux. »

À Montepuccio, petit village du sud de l'Italie, les Scorta mènent une vie de misère et ne connaîtront jamais la richesse, comme si une malédiction pesait sur leur lignée, les condamnant à l'opprobre. Pourtant, ils se sont fait le serment de transmettre, à travers les générations, ce que la vie leur laissera en héritage, si peu soit-il. En dehors de leur petit bureau de tabac familial, leur richesse réside dans l'immatériel : une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une lueur de joie. Ou bien un secret. Comme celui que la vieille Carmela confie au curé de Montepuccio, redoutant que les mots ne lui échappent bientôt.

Ce que j’ai aimé :

Dès l’ouverture, l’air se charge d’un parfum d’éternité. En quelques phrases, le lecteur bascule dans un ailleurs, dans un espace où le réel se délite pour céder la place à l’imaginaire. Ce roman possède ce don rare : celui de nous arracher à la poussière du quotidien pour entrouvrir une brèche vers un monde tissé de légendes, de souvenirs et d’instants suspendus. 

Au cœur de cette fresque, la famille. Pour les Scorta, elle n’est pas seulement un lien de sang : elle est flamme, bastion, malédiction et salut. Bien que condamnés à la pauvreté, à l’opprobre et à l’oubli, ils trouvent dans leur unité la seule richesse qui vaille. Dans leur cohésion s’esquisse une rédemption, fragile, mais tenace, indestructible. « Tu n’es rien, Elia. Ni moi non plus. C’est la famille qui compte. Sans elle, tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition. Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose. » (p. 166)

La saga atteint son apothéose dans la scène du banquet : une célébration, mais surtout une épiphanie. Moment d’une vérité nue, éclatante : « Elle se leva alors et fit ce qu’elle s’était promis de faire. S’occuper des siens. Rire avec eux. Les embrasser. Les entourer. Être pour chacun, tour à tour, avec élégance et bonheur. » (p. 145) Cette scène érige en absolu le partage, la mémoire et la transmission. Là, la parole s’élève en offrande sacrée : « Les Scorta acquiescèrent. Oui. Qu’il en soit ainsi. Que chacun parle au moins une fois dans sa vie. À une nièce ou à un neveu. Pour lui dire ce qu’il sait avant de disparaître. Parler une fois. Pour donner un conseil, transmettre ce que l’on sait. Parler. Pour ne pas être de simples bestiaux qui vivent et crèvent sous ce soleil silencieux. » (p. 149)

Splendide roman, traversé d’une beauté qui ne s’altère pas. Il nous parle de la fragilité des êtres, de la force des liens, du poids du temps, et de cette certitude simple, offerte comme un héritage par Salvatore : « il faut juste faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

Du même auteur : Ouragan    ; Pour seul cortège ♥ ♥ ♥ ; Danser les ombres  ♥ ; Dans la nuit Mozambique  ♥ ; La mort du roi Tsongor ♥ ♥ ♥ ♥ ; Salina ♥ ♥ ♥ ♥ ; De sang et de lumière  ♥ ♥ ♥ (poésie) ; Eldorado ♥ ♥ 

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Baignades de Andrée A. MICHAUD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Alors qu'ils se préparent à passer des vacances paisibles au bord du lac des Sables, Laurence, Max et Charlie voient leur bonheur troublé par divers incidents qui entrainent une spirale infernale de laquelle ils ne sortiront pas indemnes. En effet, Max décide de quitter le camping alors qu'un orage tonitruant fait rage, mais il se retrouve rapidement embourbé avec son camping-car au creux d'une forêt pour le moins inhospitalière...

Ce que j'ai aimé : 

L'intrigue interroge les choix que chacun fait à chaque seconde : prendre le chemin de gauche, de droite, choisir de partir de rester, de subir, de se révolter. Rien n'est stable finalement, le hasard des décisions peut entraîner sur une mauvaise pente, "il aurait suffi d'un rien" pour que tout se passe bien, la multiplication des choix écartés provoque un sentiment vertigineux. Dans ce roman qui se niche au cœur de la forêt, la nature est comme le révélateur de ces dangers guettant dans l'ombre de nos choix : elle apparaît à la fois protectrice, témoin de la paix de la famille mais pourra se révéler dangereuseDe même la baignade peut être synonyme d'apesanteur, de libération, mais aussi de tensions, de danger.

L'autrice ne se contente pas d'un roman policier classique, elle propose une deuxième partie centrée sur la famille, comme un deuxième roman dans le premier. Ce choix audacieux pourra surprendre, là où la première partie privilégiait les tensions, le suspens, la deuxième se veut plus psychologique. Le rôle de la mère est mis en avant : à quel prix une mère doit-elle protéger son enfant ? Doit-elle se préoccuper de leur bien être, provoquer la colère, devenir ennemie ou faire semblant, ne pas poser de question, effacer les doutes ?

La partie est centrée sur la résilience, la rédemption, mais aussi sur les non dits dans les familles.

Ce que j’ai moins aimé :

Si l’ensemble prend son sens peu à peu, on peut regretter cette rupture de ton assez déstabilisante.

Bilan :

Un conte cruel ! 

Présentation de l'éditeur : Payot-rivages

Du même auteur : Bondrée ♥ ♥ ♥ (policier) Rivière tremblante ♥ (policier) ; Proies ♥ ♥ ♥ (policier)

Sélection pour le mois de septembre 

Catégorie : Polar

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Le goûter du lion de Ito OGAWA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ito Ogawa nous emmène sur une île solaire, bordée de citronniers et lavée de lumière, où se dresse la Maison du Lion, hospice singulier où l’on vient, non pour attendre la mort, mais pour célébrer les derniers instants comme une offrande à la vie. Shizuku, 33 ans, choisit d’y déposer ses valises, épuisée par la maladie mais encore habitée d’une soif d’essentiel. Là, au fil des dimanches, chaque pensionnaire partage un goûter simple, intime, lumineux, qui devient mémoire, rituel, transmission. Une tarte aux pommes, un bol de soupe, un gâteau de riz : autant de madeleines qui ouvrent des portes d’enfance et de tendresse.

Ce que j'ai aimé :

Ogawa écrit avec délicatesse, pudeur et éclat. Elle ne dramatise pas, elle éclaire. Elle n’alourdit pas, elle allège. Sous sa plume, la fin devient passage, l’adieu devient gratitude, et la mort n’est plus qu’une respiration plus lente, plus vaste, où l’on ose encore aimer, rire, se souvenir.

C’est un roman qui apprend à vivre, au moment même où il parle de mourir. 

"La vie ne se passait pas toujours comme prévu. C'était ce que m'avaient appris ces trente et quelques années passées sur terre. Mais c'était précisément parce que la vie était imprévisible que l'on pouvait savourer la joie de surmonter les obstacles."

Une belle réflexion sur la fin de vie !

Présentation de l'éditeur : Editions Picquier

Du même auteur  Le restaurant de l’amour retrouvé ♥ ♥ ; Le ruban ♥  ; La papeterie Tsubaki ♥ ♥ ♥ ♥ ; La république du bonheur ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Asie

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Le droit du sol, journal d'un vertige de Etienne DAVODEAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

En juin 2019, Étienne Davodeau s’engage dans une marche de 800 km à pied entre deux lieux hautement symboliques : la grotte de Pech Merle dans le Lot, où l’humanité a laissé, il y a 20 000 ans, ses premières traces d’art, ses mains et ses animaux dessinés sur la paroi et le second, Bure, dans la Meuse, où l’on projette d’enfouir pour des millénaires les déchets les plus dangereux de notre époque : les déchets nucléaires. Il trace un lien entre ces deux lieux, entre la beauté fragile d’un héritage préhistorique et la lourde menace que nous lèguerons aux générations futures. 

Ce que j'ai aimé : 

Davodeau chemine à pas lents. Il avance dans la chaleur, sous le poids du soleil, avec la soif et la poussière, la boue parfois, l’inconfort et la fatigue. Mais il avance encore, porté par cette joie primitive, essentielle : celle de sentir la terre sous ses pieds, d’habiter pleinement le sol.

Chaque pas épouse le rythme du paysage. Massif Central, Jura : des reliefs sauvages, des horizons ouverts, des forêts silencieuses. Tantôt la solitude l’accompagne, précieuse et grave, tantôt des voix croisent sa route, des paysans, penseurs, artistes, habitants, scientifiques. Des compagnons d’un moment, témoins qui prêtent leurs paroles, leurs savoirs, leurs inquiétudes, et viennent étayer sa marche de résonances humaines.

Le Droit du sol n’est pas seulement une bande dessinée : c’est une méditation en mouvement, une prière terrestre, une marche qui dit la beauté du monde et la gravité de nos gestes. Elle nous interroge : de quel droit mutilons-nous cette terre qui nous nourrit ? De quelle légitimité l’empoisonnons-nous, alors même que nous ne sommes que ses passants ?

Héritiers d’une histoire ancienne, nous sommes aussi comptables de ce que nous laisserons derrière nous.

Ce que j'ai moins aimé :

J'aurais tant aimé que les dessins soient en couleur !

Présentation de l'éditeur : Futuropolis

Du même auteur Les ignorants ♥ ♥ ♥ ♥ (BD) ; Le chien qui louche ♥ ♥ ♥ ♥ (BD) , Loire ♥ ♥ ♥ ♥ (BD)

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Les éléments de John BOYNE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

Quatre récits, quatre voix, comme les points cardinaux d’une même douleur : une mère en fuite, un jeune footballeur accusé, une chirurgienne des grands brûlés, un père en voyage avec son fils. Chaque trajectoire explore à sa manière la culpabilité, le silence, la complicité, qu’ils soient subis ou infligés. Ensemble, ces histoires composent une fresque bouleversante sur la violence, l’innocence perdue et la quête de rédemption.

Ce que j'ai aimé :

En quelques phrases, la magie opère, et déjà nous marchons aux côtés de ces personnages, pris dans le flux de leurs existences. L’écriture, ample, sensible, sait capturer le souffle du récit et l’offrir comme une évidence.

Mais si Boyne captive, c’est aussi parce qu’il refuse la facilité des jugements binaires. Là où d’autres pointeraient un doigt accusateur, lui dessine des visages complexes, multiples, marqués par la lumière comme par l’ombre. Ce roman n’incrimine pas seulement les hommes : il ose dévoiler la part des femmes, non pas comme simples victimes silencieuses, mais comme figures actives, parfois complices, parfois cruelles. Des femmes qui savaient et se sont tues. Des femmes capables de violence – physique ou morale. Des mères distantes, incapables d’offrir à leurs enfants le moindre geste d’amour.

Cette nuance est la force de ce roman. Elle confère au récit une profondeur vertigineuse, obligeant le lecteur à interroger ses propres certitudes. Ici, nul manichéisme, mais un chœur de voix humaines, traversées de failles et de contradictions. Et c’est dans cette justesse que réside le grand art de John Boyne : raconter non pour juger, mais pour révéler.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai moins aimé la dernière histoire, plus statique, plus classique sur le conflit parent-adolescent. 

Bilan :

Un roman qui nous plonge dans les eaux troubles de l’âme humaine, et qui, longtemps après la dernière page, continue de nous poursuivre.

Présentation de l'éditeur : Editions JC Lattès

 

Sélection pour le mois de septembre 

Catégorie : Fiction

Publié dans Littérature Europe

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