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L'hôtel du cygne de Zhang YUERAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Yu Ling est nounou depuis dix ans au service d’une famille riche de Pékin. Chaque jour, elle s’occupe du petit Dada, enfant choyé de l’élite chinoise. Chaque jour, elle frôle un monde auquel elle n’appartiendra jamais. Avec son compagnon, ils décident alors de kidnapper l’enfant pour obtenir une rançon. Un geste désespéré pour changer de vie. Mais le destin en décide autrement : le grand-père de Dada est inculpé pour corruption. Le rêve d’argent facile s’effondre avant même d’avoir commencé.

Ce que j'ai aimé 

Dans L’Hôtel du Cygne, les rêves brillent comme des vitrines éclairées dans la nuit pékinoise. Ils promettent l’ascension, la réussite, l’argent facile, ces mirages de la réussite sociale qui scintillent au loin et brûlent de près. Yu Ling les contemple depuis le seuil : elle habille les enfants des riches, range leurs jouets, essuie leurs larmes. Elle vit au cœur du confort sans jamais y prendre place. Entre elle et ses employeurs, il n’y a pas seulement une différence de revenus, mais un gouffre silencieux, un de ces conflits de classe qui ne se déclarent pas, mais s’insinuent dans les gestes quotidiens.

Pourtant, au milieu de ces tensions feutrées, quelque chose résiste : la tendresse. Yu Ling aime l’enfant dont elle s’occupe. D’un amour discret, patient, presque clandestin. Elle connaît ses peurs nocturnes, ses colères soudaines, la manière dont il s’accroche à une main quand il croit que personne ne regarde. Cet enfant unique, comblé de biens, déborde d’objets mais manque d’âmes. Il est le centre d’un monde qui gravite autour de lui, et pourtant il est seul, abandonné par sa famille, contraint d'adopter une oie comme animal de compagnie. 

Sous la narration concise et maîtrisée, presque légère, Zhang Yueran observe les cicatrices d’une époque, qu'il s'agisse des conséquences indéniables de la politique de l’enfant unique créant des petits empereurs choyés mais isolés, ou encore des effets pervers d’une corruption banalisée, d’un enrichissement érigé en horizon moral. Elle dessine un pays qui se voudrait droit et exemplaire, silhouette impeccable dressée vers l’avenir, mais dont les murs fraîchement peints dissimulent des fissures anciennes, fractures sociales, béances intimes, silences accumulés. 

Sous l’éclat des réussites proclamées, la vie réelle circule autrement : en souterrain, en biais. Les êtres s’adaptent, contournent les obstacles, négocient avec le réel. Les existences se bricolent dans l’ombre des tours étincelantes. Chacun poursuit sa route comme il le peut, funambule discret entre prudence et désir, entre stratégies de survie et battements sincères du cœur.

Présentation de l'éditeur : Zulma

Publié dans Littérature Asie

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La femme du serial killer de Alice HUNTER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Beth et Tom forme un couple apparemment idéal vivant dans un village anglais avec leur petite fille Poppy. Un soir, deux policiers viennent frapper à leur porte : Tom est lié à une enquête pour meurtre… et très vite on murmure que Beth n’ignorait rien des actes de son mari.

Ce que j'ai aimé : 

Avec La femme du serial killer, Alice Hunter s’inscrit clairement dans la lignée des thrillers domestiques très populaires, faciles à lire et pensés pour accrocher rapidement le lecteur. Le point de départ est efficace : un mari arrêté, une épouse soupçonnée de complicité, et toute une vie qui s’effondre sous le regard accusateur des autres.

La lecture est fluide, les chapitres sont courts, le rythme plutôt soutenu une fois l’intrigue lancée. On tourne les pages sans difficulté, porté par l’envie de comprendre ce que Beth savait - ou croyait savoir - de son mari. De ce point de vue, le roman fait le travail : il divertit.

Ce que j'ai moins aimé :

Mais, comme La femme de ménage, le livre laisse une impression mitigée, notamment à cause d’un manque de nuances. Les personnages, en particulier Beth, restent assez lisses. 

L’intrigue, repose sur des ressorts classiques dans le genre. Les twists sont présents, mais prévisibles pour qui lit régulièrement ce type de thrillers. On sent une mécanique bien huilée, mais sans réelle prise de risque, ce qui donne un récit efficace mais peu marquant sur le long terme.

Bilan : 

En résumé, La femme du serial killer est un roman qui se lit vite et sans effort, idéal pour une pause lecture ou un moment de pur divertissement. En revanche, si l’on cherche un thriller psychologique plus fin, plus ambigu, avec des personnages réellement complexes, on peut rester un peu sur sa faim — exactement comme avec La femme de ménage.

 

Publié dans Roman policier Europe

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Lettres à sa fille de Calamity JANE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Calamity Jane, figure mythique et ambiguë de l’Ouest américain, s’adresse dans ces lettres à sa fille, qu’elle a confiée très jeune à une famille respectable afin de lui offrir un avenir plus stable que le sien. Entre 1877 et 1902, elle livre le récit fragmenté de son errance à travers l’Ouest sauvage : camps de mineurs battus par la poussière, villages de pionniers encore en gestation, horizons rudes où se joue chaque jour la survie. À travers ces pages affleurent la solitude d’une femme évoluant dans un monde d’hommes, les luttes quotidiennes pour subsister, mais surtout un profond désir de rédemption et de reconnaissance. Calamity Jane y façonne l’image d’une mère aimante, meurtrie par la séparation, cherchant à prouver à sa fille qu’au-delà de sa réputation de marginale et de femme libre, bat un cœur sincère et profondément attaché à elle.

Ce que j'ai aimé :

J'ai apprécié les descriptions de la vie dans l'Amérique des pionniers, qui restituent avec simplicité la rudesse et la précarité de cette époque.

En outre, le portrait que Calamity Jane dresse d’elle-même est celui d’une mère tendre, presque suppliante, désireuse de transmettre à son enfant une image apaisée et digne, loin des clichés qui l’entourent.

Ce que j'ai moins aimé :

Il semblerait que la véracité des lettres ne soit pas avérée : la plupart des historiens estiment aujourd’hui que ces lettres sont apocryphes, inventées, probablement par un auteur français anonyme ou par un éditeur du début du XXème siècle cherchant à romancer sa vie.  Aucune trace de ces lettres n’existe dans les archives américaines.

Par ailleurs, le style, très simple et peu marquant, peine à laisser une empreinte durable : les épisodes s’enchaînent sans réelle cohérence, et, une fois le livre refermé, il ne m’en reste qu’un souvenir diffus, presque effacé.

Présentation de l'éditeur : Rivages poche

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Naïf. Super. de Erlend LOE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Le jour de ses vingt-cinq ans, le narrateur prend brutalement conscience que sa vie n’a pas de sens. Il prend les choses en main et dresse la liste de ce qu’il possède. Mais il lui manque l’essentiel : des projets, une bonne dose d’enthousiasme et, surtout, une petite amie. Il rédige alors une nouvelle liste et trouve l’objet avec lequel la vie va enfin pouvoir reprendre son cours: un ballon rouge… 

Ce que j'ai aimé :

Le narrateur gère sa crise existentielle en la prenant à bras le corps : il se met à lister des objets, à acheter des balles pour les lancer contre un mur, à envoyer des fax à des inconnus, à réfléchir très sérieusement au temps et à l’univers. Il conserve un calme enfantin, presque déconcertant, lui permettant de désamorcer l’angoisse, en rendant le vertige de l’existence soudainement manipulable. Comme si, face à l’immensité du monde, la seule réponse possible était une logique volontairement bancale mais rassurante.
Il commence par une célébration radicale de la simplicité : ici pas de pathos inutile, les gestes sont simples, les pensées aussi, et c’est précisément là que le roman devient lumineux. Faire rebondir une balle, boire du lait, écrire des listes, envoyer une lettre : ces actes minuscules deviennent des points d’ancrage. Le roman affirme, sans grands discours, que le sens n’est pas forcément dans les grandes idées mais dans les petites routines que l’on choisit consciemment.

Ainsi, peu à peu, l'enthousiasme reprend le pas, le narrateur décide de croire. Croire que recommencer est possible. Que changer ses habitudes peut changer sa manière d’être au monde. Que l’on peut reconstruire une énergie vitale à partir de presque rien. Cette énergie-là n’est jamais spectaculaire : elle est douce, maladroite, parfois ridicule, mais profondément sincère. 

Derrière cette naïveté assumée, se cache une envie irrémédiable de croire en la vie. Naïf. Super. n’est pas un roman de fuite, c’est un roman de réconciliation. Avec le temps qui passe. Avec l’idée qu’on ne comprendra jamais tout. Avec le fait que l’espoir peut être une décision quotidienne plutôt qu’un état permanent. Loe nous dit, sans emphase : on peut choisir la joie modeste, la routine apaisante, l’élan de tout recommencer et ceci  même quand on se sent vide ou perdu.

C’est un livre qui fait du bien précisément parce qu’il n’essaie pas d’être profond : il l’est malgré lui. Et c’est peut-être ça, sa plus grande réussite.

 

 

Publié dans Littérature Europe

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La bicyclette rouge tome 4 de Kim DONG HWA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans le village de Yahwari, le printemps revient, discrètement, comme un vieil ami.
La bicyclette rouge du facteur glisse sur les chemins, sans hâte. Elle ne court pas après le temps : elle l’accompagne. À chaque arrêt, une maison. À chaque maison, une histoire. Parfois une parole, parfois un silence. Toujours une présence. Le facteur prend plaisir à s'arrêter devant chaque porte pour distribuer le courrier, pour discuter, aider les plus faibles, partager ou s'émerveiller. 

Ce que j'ai aimé : 

Un regard échangé, une lettre attendue, une saison qui change. Kim Dong-Hwa nous rappelle que la beauté se cache dans les gestes minuscules, dans la patience, dans l’écoute. 

Le dessin est tendre, presque fragile. Il laisse de la place au blanc, au calme, à la contemplation. Le temps ralentit. Le monde devient plus doux.

Ce dernier tome ne cherche pas à conclure avec fracas. Il se ferme comme une porte qu’on ne claque pas, mais qu’on referme lentement, en se promettant de revenir.
Et, de nouveau, le printemps n’est pas seulement une saison : c’est une promesse. Celle que, même dans la simplicité, la vie continue de fleurir.

Les autres tomes : tome 1 ; tome 2 et je me rends compte que je ne vous ai pas parlé du tome 3... 

Présentation de l'éditeur : Paquet 

Publié dans Manga - Manhwa

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Sanctuaire de Laurine ROUX

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans un monde ravagé par un mal mystérieux lié aux oiseaux, une famille a fui la civilisation pour s’enterrer dans une montagne isolée, leur “sanctuaire”. Là, le père impose des règles strictes : exterminer toute créature volante, obéir sans discuter, et vivre selon une discipline quasi militaire. Ce sanctuaire, loin d’être un refuge sûr, devient une prison psychologique et physique, surtout pour Gemma, la plus jeune fille. Née dans cet isolement, elle croit d’abord en l’ordre paternel… jusqu’à ce qu’une rencontre inattendue bouscule tout.

Ce que j'ai aimé : 

- L'écriture est à fleur de peau, Laurine Roux tisse doucement sa prose pour donner à voir, à sentir.

- Le roman interroge notre humanité : jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Quand l’amour paternel bascule-t-il en tyrannie ? Le roman examine comment la peur de l'autre, qu'il s'agisse d'un virus ou d'un étranger, permet d'instaurer une tyrannie domestique. Le Père utilise la survie comme prétexte pour contrôler le corps et l'esprit de ses filles.

- Bien plus qu’un récit post-apocalyptique classique, Le Sanctuaire devient une fable : sur l’emprise, la liberté, l’enfermement, et sur ce lien fragile entre l’homme et la nature. L'autrice propose une réflexion profonde sur la domination et l’émancipation, portée par une écriture à la fois sauvage et poétique.

Ce que j'ai moins aimé :

- L'atmosphère est pesante, sous tension permanente. Bien que l'action se déroule dans de grands espaces ouverts, le sentiment de claustrophobie est omniprésent. Le Sanctuaire est autant un refuge qu'une prison.

Bilan :

C'est un livre qui s'adresse à ceux qui aiment les récits de survie psychologique. Il ne s'attarde pas sur les détails technologiques de la fin du monde, mais sur ce qu'il reste de l'humanité (et de la sauvagerie) quand tout le reste a disparu.

Il a reçu le Prix de l'Imaginaire en 2021

 

Présentation de l'éditeur : Folio 

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Nulle part où revenir de Henry WISE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Will Seems revient dans sa ville natale après dix ans d'exil à Richmond. Il y prend un poste d'adjoint au shérif, espérant une vie tranquille pour reconstruire le domaine familial en ruine. Le meurtre brutal d'un ami d'enfance, Tom, dont le corps est retrouvé dans une maison incendiée, fait basculer son retour. En effet, le shérif local arrête Zeke, un vieil homme noir, pour clore l'affaire rapidement. Will, convaincu de son innocence et lié à la famille de Zeke par une dette morale ancienne, refuse de fermer les yeux. Pour prouver l'innocence de Zeke, Will doit faire équipe avec Bennico, une détective privée de Richmond, noire et citadine, dont les méthodes et la vision du monde se heurtent à la réalité rurale.

Ce que j'ai aimé :

L'enquête policière sert surtout de décor à une exploration sociale et psychologique profonde : le roman dépeint une Amérique oubliée, entre marais impénétrables et maisons délabrées. C'est un paysage où les "fantômes" du passé — racisme, ségrégation, misère — sont encore très présents.

Will est un personnage complexe, tiraillé entre son devoir de policier et sa loyauté envers la communauté noire qui l'a protégé par le passé.

Comme le titre français l'indique, le roman explore l'idée que l'on ne peut jamais vraiment "rentrer chez soi" car le lieu et la personne ont trop changé. Le titre original, Holy City, fait référence lui au nom ironique donné à certains recoins misérables de la région, soulignant le contraste entre la foi religieuse affichée et la violence sociale réelle.

Bilan : 

Un roman marquant !

Présentation éditeur : Sonatine

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Membre du jury du Challenge Gallmeister 2026 !

Publié le par Hélène

J'ai l'immense plaisir de vous annoncer que je fais partie cette année du jury du Challenge Gallmeister 2026 ! 

Merci à Nathalie et Anthony et aux éditions Gallmeister pour cette belle surprise ! 

Nous devrons lire 6 livres sortis en 2026 et voter pour celui que nous aurons préféré.

L'an dernier le prix est revenu à l'extraordinaire Une histoire d'Ours d'Eowyn Ivey

J'ai hâte de partager avec vous ces lectures ! 

 

Pour l'heure, voici mes Gallmeister préférés

ABBEY Edward  Désert solitaire Le feu sur la montagne ; Le retour du gang

DEAN MOORE Kathleen Petit traité de philosophie naturelle Sur quoi repose le monde

DURRELL Gérald Ma famille et autres animaux 

FROMM Pete Indian creek  ; Le nom des étoiles

LYNCH Jim Les grandes marées

McMURTRY Larry  Lonesome Dove 

SPRAGG Mark Une vie inachevée

STEGNER Wallace   Lettres pour le monde sauvage

 

Pour les policiers :

FLANAGAN Joe Un moindre mal

MACDONALD Ross Cible mouvante 

MCCAFFERTY Keith La rivière au coeur froid 

TAPPLY William Dérive sanglante 

TENUTO Jim La rivière de sang 

WILLIAMS Charles Le bikini de diamants

 

Publié dans Divers

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Un silence brutal de Ron RASH

Publié le par Hélène

♥ ♥

À trois semaines de la retraite, le shérif Les aspire à la tranquillité. Mais son calme est brisé lorsqu'une affaire éclate : des truites ont été empoisonnées au kérosène dans une rivière appartenant à un complexe touristique de luxe. Rapidement un homme est accusé, Gérald, un vieil homme un peu sauvage attaché à sa terre et à ses traditions, qui refuse de voir son territoire transformé en parc d'attractions pour riches citadins. Becky, poétesse agente de protection de l'environnement, est persuadée de son innocence.  

Ce que j'ai aimé :

Ron Rash nous revient avec un roman d'une tension étouffante, où la poésie sauvage des Appalaches se cogne à la réalité brutale d'une Amérique en sursis.

Au cœur de ce récit, Ron Rash orchestre une alternance de points de vue : d'un côté, nous suivons Les, le shérif local à l'aube de sa retraite. C'est un homme qui porte sa juridiction dans son sang : il a grandi avec ceux qu'il doit aujourd'hui arrêter. Pour lui, les déviances ne sont pas innées ; elles sont les cicatrices d'un contexte social et économique dévasté. Sa lutte contre le fléau de la Méth n'est pas celle d'un moralisateur, mais celle d'un protecteur qui tremble à l'idée de découvrir une nouvelle famille dévastée par la "cristal". Face à lui, se tient Becky, la garde-faune. Son personnage est d'une densité rare, marquée par des traumatismes qui auraient pu l'anéantir : rescapée d'une tuerie scolaire, elle a aussi vécu l'horreur d'une liaison avec un terroriste. Pour elle, la langue et la nature sont des refuges. Sa voix, presque mystique, apporte une dimension lyrique au roman, transformant chaque observation de la faune en un acte de résilience. Le titre original, Above the Waterfall ("Au-dessus de la cascade"), illustre parfaitement le cœur du livre : cette volonté farouche de prendre de la hauteur sur les drames humains pour observer la beauté immuable du monde.

Ron Rash signe ici une œuvre crépusculaire, où l'alliance de la cruauté humaine et de la splendeur naturelle crée un contraste saisissant. C'est un roman sur le pardon, sur la fin d'un monde et sur la nécessité de regarder, une dernière fois, la beauté du monde avant que le silence ne devienne total.

Bilan : 

Une lecture magnifique qui confirme que Ron Rash est l'un des plus grands stylistes de la littérature américaine contemporaine.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Un pied au paradis  ♥ ♥ ♥ ♥

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Sortir de la maison hantée de Pauline CHANU

Publié le par Hélène

♥ ♥

Cet essai est consacré à la notion d'hystérie envisagée ici à la fois comme construction médicale, sociale et politique. L’autrice s’inscrit dans une réflexion contemporaine qui interroge la manière dont certains corps — en particulier les corps féminins — ont été perçus, contrôlés et pathologisés au fil de l’histoire, et continuent de l'être encore. L'autrice explore la persistance d'un vieux diagnostic médical pour contrôler et discréditer la parole des femmes. Journaliste et documentariste (notamment pour France Culture), Pauline Chanu déconstruit l'idée que l'hystérie ne serait qu'une curiosité historique du XIXe siècle. Elle montre qu'elle survit, tel un "fantôme", dans nos institutions modernes.

Ce que j'ai aimé : 

L'autrice mène une enquête qui mêle archives hospitalières, entretiens avec des psychiatres, des avocats et des victimes, pour démontrer plusieurs points clés. Tout d'abord, force est de constater que ce diagnostic permet de maintenir les femmes dans le silence, en psychiatrisant la souffrance des femmes, on occulte la réalité des traumatismes qu'il s'agisse d'incestes, de violences conjugales ou d'abus. "Comment comprendre notre erreur ? Car peut-être n'y a-t-il eu de vieilles tantes, de belles-mères, d'ex-femmes, de grands-mères et d'arrière-grand-mères folles dans le grenier ? Peut-être n'y a t-il eu que des maris, des oncles, des pères, des frères, des cousins, des beaux-frères, des prêtres, des professeurs et des médecins violents ?" 

"Je suis convaincue qu'il existe une mécanique de l'hystérie et que lorsque nous remontons notre histoire individuelle et collective, son origine est toujours la même : il y a d'abord un traumatisme, puis une confiscation de la parole au prétexte que la victime serait une menteuse et une folle, puis plus elle tentera de parler, plus s'enfoncera dans le silence."

Le titre fait référence à des structures, la justice, la police, ou la médecine, où les préjugés sexistes circulent encore. Chanu explique que l'hystérie n'est pas une maladie naturelle, mais une construction sociale produite par des "hystériseurs". Elle revient notamment sur les figures de Charcot et de Freud, montrant comment les "spectacles" de l'hystérie à la fin du XIXe siècle ont figé les femmes dans une image de corps convulsifs et de paroles non fiables. Elle rend son discours actuel en analysant aussi des figures médiatiques comme Britney Spears ou Amber Heard pour montrer comment le public et les médias s'emparent encore de l'étiquette "hystérique" ou "folle" pour dénigrer les femmes qui dérangent l'ordre établi.

L'autrice aborde également la dimension raciste glaçante de certains diagnostics, comme le "syndrome méditerranéen", une invention médicale suggérant que certaines populations (notamment les femmes racisées) exagéreraient leur douleur.

Elle encourage finalement à ne plus accepter le diagnostic de l'hystérie mais à se demander plutôt : "Qui a intérêt à raconter cette version de l'histoire ?" Elle invite à ne plus voir des symptômes, mais des réponses à une violence masculine systémique.

Ce que j'ai moins aimé :

Les témoignages sont poignants et s'enchainent, et cela peut provoquer un effet de suffocation devant l'ampleur de la maltraitance faite aux femmes. Il fallait sans doute cela pour secouer les esprits, mais il en ressort un sentiment d'impuissance, un écœurement désespérant !

Bilan : 

C'est un essai qui s'inscrit dans la lignée des travaux féministes sur la santé mentale et le contrôle social.

Présentation de l'éditeur : Editions la Découverte

Sélection n°4 

Non fiction

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