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Madame Hayat de Ahmet ALTAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Fazil est un jeune étudiant en littérature qui vient d’une famille modeste. Il perd son père et, pour survivre, donne des cours particuliers et vit dans une pension bon marché. Sa vie bascule quand il croise Madame Hayat, une femme mûre, libre, magnétique, exubérante, qui l’attire et le trouble. Parallèlement, Fazil rencontre Sila, une jeune femme cultivée, réservée et élégante, issue d’un autre milieu social.

Ce que j'ai aimé : 

Les deux figures féminines incarnent deux voies possibles pour Fazil : l’amour charnel et libérateur d’un côté, l’amour romantique et normatif de l’autre : Madame Hayat incarne la sensualité et la jouissance de l’instant, en opposition à l’austérité et à la mélancolie de son quotidien. Sila, quant à elle représente une autre forme d’amour, plus classique et plus "acceptable". Mais la tension liée  aux deux figures antithétiques est encore plus profonde. Bien que la Turquie ne soit jamais explicitement nommée, l’univers du roman reflète un climat de peur, de surveillance et de répression. Le roman est traversé par la mort, les deuils et la fragilité des existences. Face aux bouleversements politiques, l'autoritarisme, et les tensions sociales que traverse la Turquie contemporaine, le personnage de Madame Hayat incarne la liberté vécue, tandis que Sıla présente une vision plus rationnelle et mesurée. Le roman est animé par un sentiment d’urgence : saisir la beauté du monde avant qu’il ne disparaisse. Madame Hayat est finalement comme l'allégorie de la vieille Turquie et en ce sens les dernières pages sont déchirantes...

Pour finir, ce roman est d'autant plus marquant qu'il a été écrit en prison : Altan a été arrêté en 2016 et condamné à la réclusion à perpétuité (peine annulée ensuite, mais il a passé plusieurs années en détention). Pendant cette période, il a écrit plusieurs textes, dont ce roman. Malgré la censure, la prison et les contraintes, Altan insiste sur la puissance de l’imagination, de la mémoire et du désir. La littérature apparaît alors comme un refuge vital face à l’oppression.

Un grand roman !

Prix Fémina étranger en 2021

Présentation de l'éditeur : Actes sud

Publié dans Littérature Europe

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La légèreté de Catherine MEURISSE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Dans La Légèreté, Catherine Meurisse livre un récit profondément intime, une plongée bouleversante dans les jours qui ont suivi le 7 janvier 2015, date de l’attentat contre Charlie Hebdo. Rescapée de justesse, elle voit son monde vaciller : des amis disparaissent, et avec eux, le dessin, la mémoire, le sens même de la création.

Brisée mais debout, elle entreprend alors une quête de reconstruction, un voyage vers la beauté comme refuge et comme remède. De l’océan au Louvre, jusqu’à la Villa Médicis à Rome, elle cherche dans l’art, dans les paysages, dans la lumière, ce que la violence lui a arraché : un peu de paix, un peu de grâce. Une renaissance fragile, portée par le silence, la contemplation… et cette légèreté qu’elle croyait perdue.

Ce que j'ai aimé : 

La jeune femme tente de continuer coûte que coûte. Non par orgueil ni par devoir imposé, mais pour ceux qui ne marchent plus à nos côtés, pour elle-même aussi, parce que l’élan de vivre, malgré la brisure, conserve son prix. La route s’alourdit parfois de silence, mais chaque pas affirme une fidélité à la vie. Dans ce chemin vers la lumière, il faudra quelquefois tâtonner. Pourtant l’amitié, l’art, la culture offrent des haltes sûres, des clairières d’où l’on peut reprendre souffle en se lovant dans la beauté. Ainsi seulement s’invente la possibilité de transcender l'épreuve.

Et peut-être que la renaissance ne se trouve pas dans la déchirure effacée, mais dans ce souffle nouveau qui s’insinue à travers elle, discret et persistant... 

Présentation de l'éditeur : Dargaud

Du même auteur : Les grands espaces ♥ ♥ ♥ ; La jeune femme et la mer ♥ ♥ ♥

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Encore 25 étés de Stephan SCHAFER

Publié le par Hélène

Et voilà je suis encore tombée dans le piège d'un feel-good qui ne s'annonce pas comme tel mais a bien tous les défauts du feel-good que je n'apprécie guère. Je ne me suis pas méfiée, le roman est sorti chez Actes Sud, d'un auteur allemand,et il n'avait pas de titre à rallonge comme "le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie" "ainsi gèlent les bulles de savon" "Cupidon a des ailes en carton" ou que sais-je encore. Juste "Encore 25 étés" pour un pitch qui s'annonçait philosophique : La vie a t-elle un sens ? Travailler nuit-il à notre liberté ? Autrui est-il indispensable ? Qu'est ce qu'être humain...

Que nenni !

Tout commence par une baignade, et dans ma grande naïveté, je voyais déjà une allusion à Héraclite mais si c'est le cas, le raccourci aurait déjà dû m'alerter : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, le temps ne revient pas, lavons nous de nos mauvaises habitudes, allégeons nous, libérons nous profitons de chaque minute qui ne reviendra pas ! (le leitmotiv de ces romans) 

Mouais... on partait mal.

La rencontre entre le féru de travail qui ne peut pas laisser son portable trois secondes, qui établit des to-do list interminables, et celui qui, plus prosaïquement, a décidé de cultiver des pommes de terre, s'avère bien caricaturale, ponctuée des phrases habituelles sensées nous faire dire "mais oui mais c'est bien sûr pourquoi est ce que je perds mon temps à travailler quand je pourrais finalement cultiver des patates en profitant de chaque minute qui, comme le dit si bien Héraclite, ne reviendra pas ! " !!

Petit florilège des phrases en question : 

"La vraie décision, c'est d'être toi-même" p 67 (je note les pages si jamais vous vous dites "nous elle exagère" vous pourrez vérifier !)

"Donne à chaque jour la chance de devenir le plus beau jour de ta vie " (attribuée à Tom Sawyer, l'auteur a des lettres...) p 90 

"Savourer les choses en pleine conscience, être plus soigneux de son temps, aimer plus attentivement, embrasser plus longuement." (on n'était pas loin du rythme ternaire, mais non, même le style est décevant...) p 127

"Il s'agissait de vivre maintenant. De ne plus perdre de temps." (le message doit être répété souvent pour que le lecteur naïf comprenne bien ...) p 132

On rencontre tout de même un texte de Borges (qui dit la même chose, en mieux) mais la traductrice a cru bon de préciser (sans doute aussi sonnée par tant de banalités) que le texte était attribué à Borges à tort ! 

Bref, je n'ai pas eu l'envie de tout plaquer pour aller trier des patates au bord d'un lac, et je referme le roman déçue, ce n'est pas encore aujourd'hui que je connaitrai le sens de la vie...

Présentation de l'éditeur : Actes sud

Publié dans Littérature Europe

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Racines de Lou LUBIE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Rose est une jeune femme métisse née à la Réunion, à la peau claire mais aux cheveux crêpus. Complexée, elle cherche à les lisser pour se fondre dans les normes sociétales dominantes. Le récit suit son parcours de l’enfance à l’âge adulte, croisant moments personnels (que Lou Lubie revendique ne pas rendre autobiographiques, bien que très inspirés de son vécu) et scènes d’enquête documentaire. 

 

Ce que j'ai aimé : 

La narration explore les multiples facettes des discriminations capillaires, qu’elles s’expriment à travers le sexisme, le racisme ou encore la tyrannie des normes de beauté.
Derrière ce sujet en apparence léger, se cachent des enjeux très concrets : un poids économique considérable, mais aussi des coûts en temps, en énergie et en santé. 

 "Se faire défriser les cheveux n’a rien d’anodin. Pour les femmes afrodescendantes et métissées, c’est un surcoût en temps, en argent et en santé. La moindre coupe revient facilement à 80 euros et pour les tresses ou le lissage brésilien, il faut compter trois à quatre fois plus, et avoir aussi plusieurs heures devant soi ; surtout c’est un entretien quasi permanent. Pendant longtemps cela pesait très lourd sur mon budget, mais ne pas avoir les cheveux lisses était juste inconcevable. Même si certains soins étaient douloureux et me brûlaient le cuir chevelu, je ne savais pas non plus à l’époque que beaucoup de produits utilisés pour le défrisage accroissaient les risques de cancer. De toute façon, cela ne m’aurait sans doute pas arrêtée, tellement me sentir bien avec mes cheveux était vital."

Les cheveux crépus ou frisés deviennent alors le terrain d’exclusions quotidiennes, comme en témoigne cette scène glaçante : une coiffeuse qui, face à une cliente, déclare sans détour : « Non, nous, on ne coiffe pas " ça" ici. »

À travers ce fil narratif, l’autrice questionne l’identité et le métissage. Les cheveux apparaissent comme un symbole intime et collectif : ils disent l’appartenance, la complexité d’un corps métissé, et révèlent les tensions autour de la norme.

L’ouvrage s’enracine aussi dans une double perspective historique et scientifique. Les pages dévoilent l’héritage colonial des standards capillaires et les déconstruisent avec rigueur. Des encadrés pédagogiques, nourris d’explications biologiques et sociologiques, ainsi que des infographies claires, offrent au lecteur une mise en lumière accessible et éclairante.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai moins apprécié le dessin.

Bilan : 

Un album essentiel !

Sur le même sujet : Histoire sentimentale de mes cheveux de Estelle SARAH BULLE

Présentation de l'autrice : Lou Lubie

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Hommage à Jacques POULIN

Publié le par Hélène

Lire Jacques Poulin, c’est d’abord accepter de ralentir, de s’arrêter, pour écouter le murmure d’une voix qui ne criait jamais, mais qui savait toucher profondément. Sa douceur était une force, son humanité une évidence.

Il portait en lui ce rêve fragile et immense, celui d’un monde apaisé :
"En dépit de mes craintes infantiles, je nourrissais l'ambition naïve et démesurée de contribuer, par l'écriture, à l'évènement d'un monde nouveau, un monde où il n'y aurait plus aucune violence, aucune guerre entre les pays, aucune querelle entre les gens, aucune concurrence ou compétition dans le travail, un monde où l'agressivité, entendue non pas comme l'expression d'une hostilité à l'égard d'autrui, mais plutôt comme un goût de vivre, allait être au service de l'amour." 

Ce rêve, il l’a poursuivi avec la plume, mais aussi avec le regard. Car pour lui, l’essentiel se trouvait dans la délicatesse des détails :

"Et dans la vie, demanda-t-il avec un net accent de sympathie, qu'est-ce qui compte pour vous ?

- Des détails, dit Jack. Ce qui brille dans les yeux des enfants... Un chat qui se nettoie la moustache avec sa patte... Les jeux infinis de la lumière dans le feuillage des arbres... La plainte déchirante d'une Ferrari dans la ligne droite des stands à Monza..."

Cette simplicité-là n’était pas un effacement, mais une forme d’humanité profonde, une manière de rappeler que la grandeur du monde tient dans ces instants fragiles qui, mis bout à bout, tissent une vie pleine. Il prônait une attention amoureuse à la vie, à ses éclats minuscules, à la beauté qui se cache dans l’ordinaire.

Et lorsqu’il doutait, lorsqu’il se sentait emporté, il trouvait encore les mots pour dire sa condition humaine, simple et fragile :
"Je me sens parfois comme une feuille sur un torrent. Elle peut tournoyer, tourbillonner et se retourner, mais elle va toujours de l'avant." Daniel Boone

Aujourd’hui, je veux garder de lui cette feuille portée par le courant, ce sillage de douceur et d’humanité qui continue d’aller de l’avant à travers ses livres et à travers nous.

 

Ses romans en ces pages : La tournée d'automne ♥ ♥ ♥ ; Le vieux chagrin ♥ ♥ ♥ ♥ Volkswagen blues  ♥ ♥ ; Les grandes marées ♥ ♥ ; Les yeux bleus de Mistassini ♥ ♥ ♥ ; L'homme de la Saskatchewan ♥ ♥ 

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Les doigts coupés de Hannelore CAYRE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Une paléontologue, Adrienne Célarier, découvre dans une grotte en Dordogne une sépulture vieille de 35 000 ans. Les parois sont couvertes de pochoirs de mains féminines mutilées, ce qui révèle peut-être la première scène de crime de l’histoire. La narration nous plonge ensuite dans l’histoire d'Oli, une jeune femme Homo sapiens révoltée face aux normes patriarcales de sa tribu. À une époque où la chasse est réservée aux hommes, Oli souhaite chasser également. Le chef la punit cruellement en lui coupant des doigts. Pourtant, elle persiste, cherchant la liberté, et finit par rencontrer une tribu de Néandertaliens où les femmes chassent aussi. Cette rencontre bouleverse ses convictions et vient questionner les origines des inégalités.

Ce que j'ai aimé : 

 

A travers le personnage d’Oli, jeune femme sapiens rebelle qui refuse les rôles assignés, Cayre imagine la première voix féministe, celle qui ose revendiquer son autonomie face à l’ordre patriarcal. Le roman s’ancre dans les travaux de l’anthropologue Paola Tabet, dont l’hypothèse des doigts mutilés comme outil d’exclusion structurelle trouve ici une incarnation romanesque. L’autrice lui rend d’ailleurs hommage en postface. Malgré la dureté des thèmes, le récit ne sombre jamais dans le didactisme. La plume est caustique, vive, drôle – ce qui rend la lecture aussi savoureuse qu’intelligente. Sous la fiction, Cayre interroge la genèse des inégalités, du patriarcat, de la domination masculine et des constructions sexuées, en s’appuyant sur une solide base scientifique développée en fin d’ouvrage.

Bilan :

Un roman très original ! 

Présentation de l'éditeur : Points

Du même auteur : La daronne

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La piste du vieil homme de Antonin VARENNE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

A soixante-dix ans passés, Simon, ancien flic et ancien boxeur est un homme cabossé par la vie et par ses choix. Il vit à Madagascar et apprend que son fils, qu’il n’a pas vu depuis longtemps, est venu aussi sur l'île mais s'est mis en danger, il décide donc de partir à sa recherche. Il traverse l'île, sur des routes parfois inexistantes, dans une chaleur écrasante et au milieu de paysages spectaculaires mais souvent hostiles.

Ce que j'ai aimé : 

Le voyage devient ici une occasion de revenir sur ses choix de vie, d’interroger son passé et d’affronter, peut-être, ses échecs en tant que père. Mais ce cheminement n’est pas seulement introspectif : il se nourrit aussi des rencontres, souvent imprévues, qui jalonnent la route.

"Et je crois de plus en plus, avec l'âge, que des petits moments et des petites rencontres comptent largement autant dans une vie que les grands plans et les longues études. Un prof, un copain, un film, une idée, qui suffisent à changer le cours d'une vie." 

Le personnage touche par ce mélange de rudesse et de désinvolture qui n’efface jamais totalement une forme d’humanité. Désabusé par ses épreuves, il conserve malgré tout une confiance obstinée dans l’homme et dans la valeur des petits gestes. À son échelle, il veut croire que des changements minimes peuvent, peu à peu, s’enraciner et transformer le monde.

Quant au pays traversé, il apparaît dans toute sa richesse et sa complexité : splendeur des paysages, pauvreté criante, corruption omniprésente, mais aussi chaleur de l’accueil. L’auteur échappe ainsi à l’écueil de l’exotisme facile pour donner à voir une réalité nuancée, contrastée, profondément humaine.

Bilan : 

A la fois roman d'aventures et roman initiatique, un titre à conseiller !

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Fakirs

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Un coeur de trop de Brina SVIT

Publié le par Hélène

♥ ♥

Lila Sever, jeune Slovène égarée à Paris, partage sa vie avec Pierre et Oscar, son fils. Un jour, elle apprend la mort de son père, Matija, resté en Slovénie. En héritage, il lui laisse une maison nichée au bord du lac de Bled. Même si elle ne souhaite pas récupérer cette maison, elle part, sur un coup de tête. 

Et c’est là que la vie la surprend, avec ses rencontres singulières qui font naître en elle une étrange impression de solitude, des hommes, Nast, Sergueï et ce chat qui, tel un spectre familier, retrouve sa place dans la maison vide. Elle trouve également un manuscrit dans une armoire paternelle, "Un cœur de trop", comme un secret dévoilé. 

A Paris est restée Simone, l'amie de toujours, trahie mais pourtant toujours présente, vigile de l'ombre.

Ce que j'ai aimé :

L'atmosphère est ouatée, délicate, et la jeune femme se complaît dans cet entre-deux qui permet paradoxalement une ouverture vers le monde, vers son passé, vers elle-même. La neige s’étend, recouvrant le lac, son îlot et son église et suspend le temps, figé dans une immobilité douce, comme un rêve entre deux battements de cœur.

Bilan : 

Dans ce roman, l'auteure explore les fragilités humaines avec une tendresse remarquable.

Présentation de l'éditeur : Folio

Publié dans Littérature Europe

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Les curieuses rencontres du facteur de Skogli de Levi HENRIKSEN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Simon est journaliste et il vient de perdre son père. Il décide de reprendre sa vie en mains et part s'installer dans la  la maison de ses grands-parents, dans le village isolé de Skogli, au fin fond de la Norvège. Là, il devient facteur, espérant aussi oublier sa femme, surprise au lit avec un autre homme.

Durant ses tournées, il fait la connaissance de villageois tous plus singuliers les uns que les autres : un couvreur obsédé par les insectes et oiseaux, un homme âgé élégant qui l’invite à déjeuner chez lui, une veuve qui expose chaque année les costumes de son défunt mari, et une jeune femme mystérieuse qui sort très rarement de chez elle.

Ce que j'ai aimé : 

Avec une délicatesse toute scandinave, Levi Henriksen nous entraîne dans le quotidien de ce petit village norvégien où la routine d’un facteur devient peu à peu une ode à la vie, à la bienveillance et aux secondes chances.

Le personnage principal, profondément humain dans ses failles comme dans ses élans de générosité, se révèle au fil des pages d’une grande justesse. Ses rencontres, tantôt cocasses, tantôt émouvantes, dessinent une mosaïque de destins abîmés qui trouvent, au contact de son regard attentif et de sa patience discrète, un chemin vers la reconstruction.

Ce roman est avant tout une histoire d’humanité partagée. On y retrouve cette chaleur simple, presque fragile, qui nous rappelle que même dans les existences cabossées, il reste toujours une possibilité de recommencer. Le facteur de Skogli incarne à merveille ce pouvoir silencieux des petits gestes : une parole bien placée, une oreille tendue, un acte de gentillesse qui bouleverse plus qu’on ne le croit. Le mot d'ordre de Simon est "l'humain avant tout" et ce devrait être celui de tout un chacun en ces temps troublés ! 

Bilan :

Un roman réconfortant !

Publié dans Littérature Europe

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Le pays des petites pluies de Mary AUSTIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Publié en 1903 Le Pays des petites pluies est un recueil d’essais poétiques et descriptifs dans lequel Mary Austin dresse un portrait vibrant et profondément lyrique du désert américain, notamment la région de la vallée d'Owens (Californie). À travers une prose évocatrice, elle raconte la vie dans ces terres arides, aussi bien celle des plantes et des animaux que celle des humains : colons, bergers, Amérindiens, chercheurs d’or ou ermites.

Ce que j'ai aimé :

L'authenticité du récit s'appuie sur l'authenticité de l'expérience. L'autrice offre des portraits, des anecdotes de la vie locale, mettant l'accent sur les communautés humaines peuplant ces territoires. Elle présente une description minutieuse du désert qui n'a rien de désertique sous sa plume, peuplé de mouflons, cerfs, coyotes, busards, lézards, faucons, une vie qu'elle observe et livre à son lecteur. Cet environnement est constitué d'éléments interdépendants. Le titre lui-même insiste sur ce point : il évoque un climat sec et capricieux, où la pluie est rare et précieuse, mais aussi source de vie.

Ses récits combinent une précision naturaliste et l'expression de la dimension émotionnelle et imaginative de son rapport aux choses : elle sait capturer les détails minutieux et les sensations que procure ce milieu, qu’il s’agisse de la chaleur accablante, des ombres qui dansent sur le sol ou de la rareté de l'eau.

Le désert est vu aussi dans son aspect spirituel : Austin est persuadée de la nécessité d'un contact avec le monde naturel comme antidote aux excès du monde moderne. Le désert n'est pas simplement un espace géographique ; il est un lieu où l’âme humaine peut se perdre, se confronter à sa solitude, et peut-être même trouver une forme de rédemption ou de transformation. La rencontre avec la nature dans son état brut devient un moyen de se reconnecter à quelque chose de plus grand, un écho de la recherche de sens dans un monde complexe.

Dans ces espaces cohabitent populations indiennes, hispaniques et anglo-américaines. Austin s'intéresse particulièrement à la manière dont les Indiens de Californie vivent en harmonie avec cet environnement austère. Elle présente leur rapport à la terre comme une forme de respect et de compréhension profonde, en contraste avec des attitudes plus destructrices. Pour Austin, la culture indigène incarne une forme d’intimité et de respect envers la nature qui contraste avec l'approche utilitaire et exploitante des sociétés occidentales.

L'intention pédagogique d'une sensibilisation à la beauté et à la valeur de l'environnement est un trait largement partagé par toute la tradition du nature writing, elle fait ressentir "l'esprit", l'âme du lieu, son pouvoir envoûtant.

"Venez donc, vous qui êtes obsédés par votre importance dans l'ordre des choses et qui ne possédez rien que vous n'ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues jusqu'au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté."  (La petite ville au treilles)

Mary Austin est souvent vue comme une figure pionnière du nature writing aux États-Unis. Son écriture a influencé de nombreux écrivains, dont Edward Abbey et Wallace Stegner qui ont eux aussi exploré les complexités du désert et la relation de l'homme à la nature. L'oeuvre rappelle que, même dans les lieux les plus inhospitaliers, il existe une beauté et une complexité qui méritent d’être explorées, comprises et célébrées !

 

Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste

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