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Nulle part où revenir de Henry WISE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Will Seems revient dans sa ville natale après dix ans d'exil à Richmond. Il y prend un poste d'adjoint au shérif, espérant une vie tranquille pour reconstruire le domaine familial en ruine. Le meurtre brutal d'un ami d'enfance, Tom, dont le corps est retrouvé dans une maison incendiée, fait basculer son retour. En effet, le shérif local arrête Zeke, un vieil homme noir, pour clore l'affaire rapidement. Will, convaincu de son innocence et lié à la famille de Zeke par une dette morale ancienne, refuse de fermer les yeux. Pour prouver l'innocence de Zeke, Will doit faire équipe avec Bennico, une détective privée de Richmond, noire et citadine, dont les méthodes et la vision du monde se heurtent à la réalité rurale.

Ce que j'ai aimé :

L'enquête policière sert surtout de décor à une exploration sociale et psychologique profonde : le roman dépeint une Amérique oubliée, entre marais impénétrables et maisons délabrées. C'est un paysage où les "fantômes" du passé — racisme, ségrégation, misère — sont encore très présents.

Will est un personnage complexe, tiraillé entre son devoir de policier et sa loyauté envers la communauté noire qui l'a protégé par le passé.

Comme le titre français l'indique, le roman explore l'idée que l'on ne peut jamais vraiment "rentrer chez soi" car le lieu et la personne ont trop changé. Le titre original, Holy City, fait référence lui au nom ironique donné à certains recoins misérables de la région, soulignant le contraste entre la foi religieuse affichée et la violence sociale réelle.

Bilan : 

Un roman marquant !

Présentation éditeur : Sonatine

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Membre du jury du Challenge Gallmeister 2026 !

Publié le par Hélène

J'ai l'immense plaisir de vous annoncer que je fais partie cette année du jury du Challenge Gallmeister 2026 ! 

Merci à Nathalie et Anthony et aux éditions Gallmeister pour cette belle surprise ! 

Nous devrons lire 6 livres sortis en 2026 et voter pour celui que nous aurons préféré.

L'an dernier le prix est revenu à l'extraordinaire Une histoire d'Ours d'Eowyn Ivey

J'ai hâte de partager avec vous ces lectures ! 

 

Pour l'heure, voici mes Gallmeister préférés

ABBEY Edward  Désert solitaire Le feu sur la montagne ; Le retour du gang

DEAN MOORE Kathleen Petit traité de philosophie naturelle Sur quoi repose le monde

DURRELL Gérald Ma famille et autres animaux 

FROMM Pete Indian creek  ; Le nom des étoiles

LYNCH Jim Les grandes marées

McMURTRY Larry  Lonesome Dove 

SPRAGG Mark Une vie inachevée

STEGNER Wallace   Lettres pour le monde sauvage

 

Pour les policiers :

FLANAGAN Joe Un moindre mal

MACDONALD Ross Cible mouvante 

MCCAFFERTY Keith La rivière au coeur froid 

TAPPLY William Dérive sanglante 

TENUTO Jim La rivière de sang 

WILLIAMS Charles Le bikini de diamants

 

Publié dans Divers

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Un silence brutal de Ron RASH

Publié le par Hélène

♥ ♥

À trois semaines de la retraite, le shérif Les aspire à la tranquillité. Mais son calme est brisé lorsqu'une affaire éclate : des truites ont été empoisonnées au kérosène dans une rivière appartenant à un complexe touristique de luxe. Rapidement un homme est accusé, Gérald, un vieil homme un peu sauvage attaché à sa terre et à ses traditions, qui refuse de voir son territoire transformé en parc d'attractions pour riches citadins. Becky, poétesse agente de protection de l'environnement, est persuadée de son innocence.  

Ce que j'ai aimé :

Ron Rash nous revient avec un roman d'une tension étouffante, où la poésie sauvage des Appalaches se cogne à la réalité brutale d'une Amérique en sursis.

Au cœur de ce récit, Ron Rash orchestre une alternance de points de vue : d'un côté, nous suivons Les, le shérif local à l'aube de sa retraite. C'est un homme qui porte sa juridiction dans son sang : il a grandi avec ceux qu'il doit aujourd'hui arrêter. Pour lui, les déviances ne sont pas innées ; elles sont les cicatrices d'un contexte social et économique dévasté. Sa lutte contre le fléau de la Méth n'est pas celle d'un moralisateur, mais celle d'un protecteur qui tremble à l'idée de découvrir une nouvelle famille dévastée par la "cristal". Face à lui, se tient Becky, la garde-faune. Son personnage est d'une densité rare, marquée par des traumatismes qui auraient pu l'anéantir : rescapée d'une tuerie scolaire, elle a aussi vécu l'horreur d'une liaison avec un terroriste. Pour elle, la langue et la nature sont des refuges. Sa voix, presque mystique, apporte une dimension lyrique au roman, transformant chaque observation de la faune en un acte de résilience. Le titre original, Above the Waterfall ("Au-dessus de la cascade"), illustre parfaitement le cœur du livre : cette volonté farouche de prendre de la hauteur sur les drames humains pour observer la beauté immuable du monde.

Ron Rash signe ici une œuvre crépusculaire, où l'alliance de la cruauté humaine et de la splendeur naturelle crée un contraste saisissant. C'est un roman sur le pardon, sur la fin d'un monde et sur la nécessité de regarder, une dernière fois, la beauté du monde avant que le silence ne devienne total.

Bilan : 

Une lecture magnifique qui confirme que Ron Rash est l'un des plus grands stylistes de la littérature américaine contemporaine.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Un pied au paradis  ♥ ♥ ♥ ♥

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Sortir de la maison hantée de Pauline CHANU

Publié le par Hélène

♥ ♥

Cet essai est consacré à la notion d'hystérie envisagée ici à la fois comme construction médicale, sociale et politique. L’autrice s’inscrit dans une réflexion contemporaine qui interroge la manière dont certains corps — en particulier les corps féminins — ont été perçus, contrôlés et pathologisés au fil de l’histoire, et continuent de l'être encore. L'autrice explore la persistance d'un vieux diagnostic médical pour contrôler et discréditer la parole des femmes. Journaliste et documentariste (notamment pour France Culture), Pauline Chanu déconstruit l'idée que l'hystérie ne serait qu'une curiosité historique du XIXe siècle. Elle montre qu'elle survit, tel un "fantôme", dans nos institutions modernes.

Ce que j'ai aimé : 

L'autrice mène une enquête qui mêle archives hospitalières, entretiens avec des psychiatres, des avocats et des victimes, pour démontrer plusieurs points clés. Tout d'abord, force est de constater que ce diagnostic permet de maintenir les femmes dans le silence, en psychiatrisant la souffrance des femmes, on occulte la réalité des traumatismes qu'il s'agisse d'incestes, de violences conjugales ou d'abus. "Comment comprendre notre erreur ? Car peut-être n'y a-t-il eu de vieilles tantes, de belles-mères, d'ex-femmes, de grands-mères et d'arrière-grand-mères folles dans le grenier ? Peut-être n'y a t-il eu que des maris, des oncles, des pères, des frères, des cousins, des beaux-frères, des prêtres, des professeurs et des médecins violents ?" 

"Je suis convaincue qu'il existe une mécanique de l'hystérie et que lorsque nous remontons notre histoire individuelle et collective, son origine est toujours la même : il y a d'abord un traumatisme, puis une confiscation de la parole au prétexte que la victime serait une menteuse et une folle, puis plus elle tentera de parler, plus s'enfoncera dans le silence."

Le titre fait référence à des structures, la justice, la police, ou la médecine, où les préjugés sexistes circulent encore. Chanu explique que l'hystérie n'est pas une maladie naturelle, mais une construction sociale produite par des "hystériseurs". Elle revient notamment sur les figures de Charcot et de Freud, montrant comment les "spectacles" de l'hystérie à la fin du XIXe siècle ont figé les femmes dans une image de corps convulsifs et de paroles non fiables. Elle rend son discours actuel en analysant aussi des figures médiatiques comme Britney Spears ou Amber Heard pour montrer comment le public et les médias s'emparent encore de l'étiquette "hystérique" ou "folle" pour dénigrer les femmes qui dérangent l'ordre établi.

L'autrice aborde également la dimension raciste glaçante de certains diagnostics, comme le "syndrome méditerranéen", une invention médicale suggérant que certaines populations (notamment les femmes racisées) exagéreraient leur douleur.

Elle encourage finalement à ne plus accepter le diagnostic de l'hystérie mais à se demander plutôt : "Qui a intérêt à raconter cette version de l'histoire ?" Elle invite à ne plus voir des symptômes, mais des réponses à une violence masculine systémique.

Ce que j'ai moins aimé :

Les témoignages sont poignants et s'enchainent, et cela peut provoquer un effet de suffocation devant l'ampleur de la maltraitance faite aux femmes. Il fallait sans doute cela pour secouer les esprits, mais il en ressort un sentiment d'impuissance, un écœurement désespérant !

Bilan : 

C'est un essai qui s'inscrit dans la lignée des travaux féministes sur la santé mentale et le contrôle social.

Présentation de l'éditeur : Editions la Découverte

Sélection n°4 

Non fiction

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L'ange gardien de Léo GIORDA

Publié le par Hélène

Le corps décapité d'un orphelin est retrouvé dans une poubelle du quartier de San Lorenzo. La police arrête rapidement un coupable idéal : Claudio Gatto, un pianiste de jazz traînant injustement une réputation sulfureuse. Claudio fait appel à Woodstock, enquêteur atypique, pour mener l'enquête et débusquer le véritable monstre, plongeant dans les recoins les plus sombres de la "Ville Éternelle".

Ce que j'ai aimé : 

L'originalité du roman repose sur son protagoniste, Adriano Scala, surnommé Woodstock.  Instituteur de profession et hippie sur le retour, il vit dans le quartier populaire et alternatif de San Lorenzo. Il possède un "super-pouvoir" digne de Sherlock Holmes, mais qui ne s'active que sous l'emprise de substances illicites, lesquelles décuplent ses facultés cognitives. Il doit faire équipe avec le vice-questeur Giacomo Chiesa, un flic rigide et incorruptible. Leur deux personnalités se heurtent et se complètent. C'est un roman qui réinvente le code du "privé" avec beaucoup de modernité. On y retrouve la noirceur du polar social italien, mais avec une légèreté et un charisme portés par ce personnage de Woodstock.

Léo Giorda peuple sa Rome de personnages inoubliables et marginaux. On croise des figures hautes en couleur, comme ce sans-abri énigmatique dont on jurerait qu'il s'agit de François Truffaut lui-même, égaré dans la réalité romaine. 

L'intrigue ne démérite pas, puisant ses racines dans le passé et dans les coulisses de l'église et du pouvoir...

Bilan :

L'ange Gardien réussit le pari de nous faire frissonner tout en nous faisant sourire, capturant l'adrénaline de la traque sans jamais sacrifier la profondeur de ses personnages. J'irai lire avec plaisir la suite de leurs aventures. 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

Thème du mois de janvier : Les trésors de 2025

Publié dans Roman policier Europe

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Comme un ciel en nous de Jakuta ALIKAVAZOVIC

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce court texte très dense, à la fois méditatif et intime, a été écrit dans le cadre de la collection "Ma nuit au musée" des éditions Stock. Le Louvre nocturne sert moins de décor que de prétexte, un espace mental propice à la remontée des souvenirs, en particulier ceux liés au père.

Ce que j'ai aimé :

La déambulation nocturne dans le Louvre nimbe le musée d'une nouvelle aura : la nuit vide le musée de sa fonction touristique et spectaculaire, elle transforme les œuvres en présences silencieuses, presque confidentes et suspend le temps, permettant un glissement vers l’intime. Le Louvre devient un espace de résonance intérieure, plus qu’un lieu de savoir.

Ce que j'ai moins aimé :

Je me suis lassée des mentions familiales, que j'ai tendance à trouver nombrilistes. La littérature contemporaine a beaucoup sollicité le récit du père, de la mère, de la filiation, au point de produire parfois un effet de saturation. On peut avoir l’impression que l’intime devient une fin en soi, le lecteur est sommé d’adhérer à une émotion privée et le « je » se replie sur son histoire familiale. 

Présentation de l'éditeur : Ma nuit au musée

Prix Médicis Essai 2021

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Les enfants de Sainte Marguerite de Ante TOMIC

Publié le par Hélène

♥ ♥

Sur l'île de Sainte-Marguerite, l'arrivée d'un migrant syrien de toute beauté et les braiments d'un âne mystique bouleversent le quotidien d'une population haute en couleur. Entre les cellules transformées en chambres d'hôtes par un policier astucieux et les joutes philosophiques autour de l'origine du kebab, une série de rebondissements improbables s'orchestre sous l'œil de la sainte locale. Cette épopée rocambolesque se transforme finalement en une grande aventure amoureuse qui scelle le destin de cette communauté solidaire.

Ce que j'ai aimé : 

S’immerger dans ce roman d’Ante Tomić, c’est comme s’asseoir à la table d’un banquet de village où l’on ne connaît personne au début, mais où l’on finit par embrasser tout le monde à la fin.

Le génie de Tomić réside dans sa capacité à orchestrer une véritable fourmilière humaine. Ici, pas de héros solitaire, mais une foule de personnages hauts en couleur qui se croisent dans une chorégraphie délicieusement désordonnée. Ils crient, ils gesticulent, ils se disputent pour un rien et ils se battent parfois, mais surtout, ils s'entraident. C'est un récit où l'on se conseille mal, où l'on se mêle de tout, mais où personne n'est jamais vraiment laissé de côté. 

L'auteur manie un humour décalé, presque absurde, qui ne tombe jamais dans la caricature. Sous la farce, Tomić glisse une réflexion profondément humaine sur la dignité et la résilience d'un peuple qui en a vu d'autres. Il célèbre l'identité méditerranéenne dans ce qu'elle a de plus noble : sa capacité au mélange. "Les peuples et leurs religions se sont férocement combattus en ces terres, mais bien plus souvent ils se sont mélangés, ont coopéré, échangé des chansons, des histoires et des recettes d'agneau à la broche, de fromage de chèvre, de chou farci, de risotto à l'encre de seiche et de cévapcici."

Bilan : 

Un livre solaire, bruyant et généreux.

 

Du même auteur : Miracle à la combe aux Aspics ♥ ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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La maison des silences de Donato CARRISI

Publié le par Hélène

Le quatrième volet de la série de Donato Carrisi mettant en scène Pietro Gerber, le célèbre psychiatre pour enfants surnommé "l'endormeur d'enfants". L'histoire suit Matias, un garçon de neuf ans qui vit dans une terreur constante. Toutes les nuits, il affirme être hanté dans ses rêves par une "dame silencieuse" vêtue de noir. Cette présence est si oppressante que l'enfant développe une phobie du sommeil et dépérit à vue d'œil.

Ses parents font appel à Pietro Gerber pour tenter de comprendre si cette femme est une création de son imagination ou si elle cache un traumatisme bien réel. En utilisant l'hypnose, Gerber découvre que les récits de Matias contiennent des détails précis sur un crime non résolu survenu des années auparavant.

Ce que j'ai aimé : 

Dans ce roman, le lecteur est constamment déstabilisé : Matias est-il un enfant médium, ou son cerveau a-t-il capté des secrets enfouis ? Carrisi explore l'idée que "les fantômes ne hantent pas les maisons, mais les personnes". Les souvenirs oubliés ou refoulés sont ici traités comme des entités vivantes qui exigent justice. Les frontières entre réalité et surnaturel sont ténues, la plongée dans l'inconscient humain renforçant ces frontières fragiles. 

Ce que j'ai moins aimé : 

Bien que l'intrigue puisse être comprise seule, il est fortement recommandé d'avoir lu les tomes précédents pour saisir toute la complexité du personnage de Pietro et l'évolution de son rapport à l'hypnose. Ne faites pas comme moi et commencez par La Maison des voix, La Maison sans souvenirs et La Maison aux lumières !

C'est un thriller sombre, assez lent, qui mise davantage sur l'angoisse psychologique et l'atmosphère pesante que sur l'action pure. Pour ma part, je me suis embourbée dans les marécages de l'âme humaine !

L'auteur a confié s'être inspiré de faits réels et de discussions avec des psychologues sur les rêves récurrents, ce qui renforce le sentiment de malaise. "On peut fuir la réalité, mais pas nos cauchemars." — C'est le leitmotiv de cet opus qui questionne la fiabilité de notre mémoire.

Bilan :

Un roman oppressant !

Présentation de l'éditeur : Calmann Lévy

Du même auteur : Le chuchoteur

Sélection n°4

Polar

Publié dans Roman policier Europe

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Nourrices de Séverine CRESSAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Sylvaine est nourrice. Son corps nourrit les enfants des autres pendant que le sien s’efface. Elle allaite pour vivre, pour tenir, pour rester debout. Jusqu’à cette nuit dans la forêt. Un bébé trouvé. Un carnet. Et la mort soudaine d’un autre enfant. Alors, dans le silence et la nécessité, Sylvaine fait un choix irréversible.

Ce que j'ai aimé : 

Dans une campagne âpre et silencieuse, où les femmes donnent leur lait comme on donne sa force, Séverine Cressan tisse un récit charnel, presque tellurique. Ici, le lait n’est pas seulement nourriture : il est survie, échange, dépendance. il est lien. Il est dette. L’écriture de Cressan est sensorielle, presque organique. Elle plonge dans la chair pour dénoncer la marchandisation du corps féminin,  ce système brutal où la vie devient une ressource extractible. Le roman explore aussi la complexité des maternités : celles qu’on choisit, celles qu’on subit, et celles qu’on vole parfois pour survivre.

C'est le portrait de femmes qui portent le monde sans reconnaissance, unies par une sororité silencieuse et une transmission invisible face à l'oppression. Entre la violence de l'exploitation et la quête d'une identité à retrouver, l'autrice livre une histoire douce et violente à la fois, un cri vibrant pour la dignité.

Bilan : 

Un premier roman puissant, viscéral, profondément humain.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Dalva

Sélection du mois de novembre 

Catégorie Fiction 

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Impossibles adieux de Han KANG

Publié le par Hélène

Gyeongha est une écrivaine hantée par ses propres livres. Un matin, elle reçoit un message d'Inseon, une amie perdue de vue : cette dernière est hospitalisée à Séoul après s'être accidentellement sectionné deux doigts. Elle supplie Gyeongha de se rendre immédiatement sur l'île de Jeju pour nourrir son oiseau, un perroquet blanc nommé Ama, qui mourra si personne n'intervient.

Gyeongha s'exécute, mais arrive sur l'île en pleine tempête de neige. Ce qui devait être une simple mission de secours se transforme en un voyage halluciné aux confins de la mort et de la mémoire.

Ce que je n'ai pas aimé : 

Lire Impossibles adieux, ce n'est pas seulement lire un roman sur un massacre historique (celui de l'île de Jeju en 1948), c'est aussi accepter de sombrer dans une hypnose sensorielle où le blanc de la neige finit par brûler les yeux. Ce qui frappe d'emblée, c'est cette froideur clinique qui se mêle à un onirisme macabre. Han Kang nous installe dans un malaise permanent : par exemple l'obsession pour les doigts sectionnés d'Inseon, que les infirmières doivent piquer toutes les quelques minutes pour vérifier que le sang circule, crée une tension physique presque insupportable. La douleur devient un métronome. 

À mesure que Gyeongha s'enfonce dans la tempête et l'obscurité de la maison d'Inseon, la frontière entre les vivants et les morts se dissout. On ne sait plus si la narratrice hallucine sous l'effet de l'hypothermie ou si les esprits des 30 000 massacrés ont investi les lieux.

L'image récurrente de ces arbres noirs plantés comme des corps dans une terre gelée, destinés à être engloutis par la mer, est d'une beauté terrifiante. C'est une forêt qui ne respire plus, un paysage qui "hurle" en silence.

Bilan : 

Han Kang signe ici un livre spectral. C’est une lecture qui "colle" à la peau comme de la neige humide. On en sort avec une sensation de malaise, il nous force à regarder les morts en face, là où le temps s'est arrêté. Son univers n'est vraiment pas pour moi...

 

Présentation de l'éditeur : Grasset

Du même auteur : La végétarienne

Publié dans Littérature Asie

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