Vacances !
De retour le samedi 9 pour l'ouverture du Printemps des Poètes !
Quelques pistes de lectures pour s'envoler vers de belles découvertes
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"J'écris comme je pense sur ma ligne de production
divaguant dans mes pensées seul déterminé
J'écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne"
"L'usine comme une déflagration physique, mentale", tels sont les sentiments de Joseph Ponthus quand il découvre les lignes de production. Porté par l'amour, il quitte son métier d'éducateur spécialisé en région parisienne pour gagner la Bretagne et se heurte alors à l'absence de travail dans son domaine. De guerre lasse, il finit par se tourner vers les agences d'intérim et devient ouvrier dans des usines de poissons ou des abattoirs.
Commencent alors les jours sans fin, sans lendemain, rendus fragiles par la précarité du statut. Ces jours que l'on prend parce qu'on ignore de quoi demain sera fait. A cela s'ajoute la difficulté du travail, les gestes répétitifs, les odeurs prégnantes, la douleur physique et morale. Seul l'esprit peut s'échapper, en comptant les heures, en espérant les pauses, en attendant avec impatience la fin de la journée. Puis, enfin, le repos, la maison, la femme aimée, le chien Tok-Tok, un univers familier, rassurant, confortable. Mais Joseph ne veut pas oublier, il souhaite garder une trace, et s'astreint à écrire en rentrant, malgré la fatigue qui tombe brusquement sur les épaules.
Pour cet homme issu d'un milieu plutôt intellectuel, la ligne de production se révèle un calvaire qu'il transfigure dans ses mots, peut-être pour donner un sens à l'horreur d'un quotidien pesant. La ligne de production, puis la ligne pour se souvenir, pour respirer. Pendant ses heures de labeur, outre ses compagnons de ligne qui l'épaulent, l'accompagnent également Cendrars, Céline, Aragon, Apollinaire. Paradoxalement le seul moyen de se rattacher au réel est la littérature. En s'identifiant à Dantès dans son château d'If, l'ouvrier tente de supporter sa prison qu'est l'usine. Il utilise sa culture et ses lectures pour tenir, se fabriquer un monde, en lui, pour oublier le quotidien annihilant; l'art fonde finalement son identité et l'empêche de devenir fou. "Qu'incessamment en toute humilité, Ma langue honore et mon esprit contemple" disait son ancêtre à qui il rend indirectement hommage aujourd'hui par ce magnifique témoignage percutant comme une balle en plein cœur.
En rassemblant ces bouts d'insignifiance qui donnent du sens aux heures, Joseph Ponthus nous rappelle s'il en est besoin du pouvoir magique de la littérature comme un chant intérieur qui "enchante" les jours.

Un roman essentiel !
Présentation de l'éditeur : Editions La table ronde

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Grâce à Schengen les frontières s'ouvrent aux lituaniens le 21 décembre 2007. Les plus jeunes décident alors de tenter leur chance ailleurs, loin de ce qu'ils ne connaissent que trop. Ainsi, Ingrida et Klaudijus partent pour Londres et s'exilent au fond du Surrey pour devenir gardiens d'un manoir déserté, quand Barbora et Andrius choisissent Paris. Andrius deviendra clown d'hôpital, pendant que Barbora est baby-sitter et gardienne de chiens. Enfin, le dernier couple, Renata et Vitas, reste en Lituanie : Renata souhaitant veiller sur son grand-père âgé et peu attirée par les feux de l'étranger, qui lui ont pris ses parents. Vitas décide alors de créer sa propre entreprise.
Si les lumières de l'ailleurs ont éclairé leurs cœurs et esprits, la réalité se charge de les rappeler à l'ordre : ici comme ailleurs, la vie n'est pas simple, et les vicissitudes de l'existence restent prégnantes. La précarité guette ceux qui ont fait le choix de partir sans rien, la nécessité de gagner son pain quotidien s'avérant plus difficile dans un pays dont on ne maîtrise ni les codes, ni la langue. La désillusion les guette...
Parallèlement à ces destins, le vieil homme Kukutis chemine vers la France, appelé par son cœur sui lui indique que certains de ses compatriotes souffrent et sont en danger. Arrivera-t-il à temps pour les sauver ?
Dans ce roman prenant malgré quelques longueurs (sur 650 pages c'est un peu inévitable), Andreï Kourkov narre la trajectoire de ces êtres pour qui l'Europe de l'ouest est un rêve doré qui ne tient pas toujours ses promesses...
Présentation de l'éditeur : Liana Levi
Du même auteur : Laitier de nuit ♥ ♥ ♥ ♥; Surprises de Noël ♥ ♥ ♥ ; Le concert posthume de Jimi Hendrix
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"On devrait toujours répondre à l'invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres." p. 100
Dans la nuit du 21 au 22 août 2014, Sylvain Tesson fait une chute qui aurait pu s'avérer mortelle. Il tombe du toit d'un chalet de montagne qu'il avait décidé d'escalader sur un coup de tête festif. S'ensuivent plusieurs mois de coma, une lutte contre la mort qui laissera indubitablement des séquelles. Durant sa convalescence, il forme le projet de traverser la France à pied, du Mercantour au Cotentin, en diagonale, traversée qu'il débute en août 2015 et qu'il achève début novembre.
Il décide d'emprunter les chemins noirs, ces minces traits sur la carte qui sont comme des chemins de traverse, des issues de secours, parce que "Vivre me semblait le synonyme de "s'échapper"" Les cartes IGN sont pour lui comme un sésame, "Les feuilles révélaient l'existence de contre-allées, inconnues, au coeur de la citadelle, de portes dérobées, d'escaliers de service où disparaître.", les chemins noirs ouvrant des portes pour l'imagination.
Porté par la marche, l'auteur se sépare peu à peu des scories du monde, sur les chemins noirs "Les nouvelles y étaient charmantes, presque indétectables, difficiles à moissonner : une effraie avait fait un nid dans la charpente d'un moulin, un faucon faisait feu sur le quartier général d'un rongeur, un orvet dansait entre les racines. Des choses comme cela. Elles avaient leur importance. Elles étaient négligées par le dispositif." Loin des écrans dont l'homme devient esclave, le monde revient en fanfare dans toute sa beauté lumineuse.
Passionné par les formules de repli, Sylvain Tesson tente ici une nouvelle forme de solitude, une solitude en marche. Pour lui, si ceux qui se jettent dans le monde sont louables, souvent ils finissent par manifester une satisfaction d'eux-mêmes assez détestable :
"Quitte à considérer la vie comme un escalier, je préférais les gardiens de phare qui raclaient les marches à pas lents pour regagner leurs tourelles aux danseuses de revue qui les descendaient dans des explosions de plumes afin de moissonner les acclamations." p. 81
Sa solitude n'est jamais totale toutefois, il se fait accompagner quelques jours par des amis, Thomas Goisque ou encore Cédric Gras. Il convoque aussi des écrivains en son esprit, parce que "Les phrases sont des prescriptions pour les temps difficiles." Il s'allonge pour observer les nuages, profite de chaque seconde, et peu à peu son corps meurtri par la chute se reconstruit.
"Assis sur l'herbe dans la volute d'un cigarillo, je disposais au moins du pouvoir d'oublier les écrans et de m'hypnotiser plutôt du vol des vautours par-dessus les ancolies." p. 26
Sa conclusion résonnera longtemps en nos esprits, comme une invitation à sortir des sentiers battus :
"Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses.
Il fallait les chercher, il existait des interstices.
Il demeurait des chemins noirs.
De quoi se plaindre ?" p. 100
Le trajet IGN de Sylvain Tesson : IGN

Présentation de l'éditeur : Folio
D'autres avis : Babélio
Du même auteur :
A signaler un concours photo jusqu'au 7 mars : sur Facebook http://education.ign.fr/node/2949

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Mat, Lili et Benji sont trois enfants venant d'une autre planète, abandonnés par leurs parents sur Terre. Livrés à eux-mêmes, ils essaient de s'insérer dans une vie "normale", en mettant de côté pour l'instant les super-pouvoirs dont ils sont dotés. Mais peu à peu, l'envie d'utiliser ces pouvoirs pour sauver des vies les tiraille, même s'ils risquent ainsi d'être repéré. Mat est réticent, d'autant plus qu'il s'intègre de mieux en mieux à la vie dans le collège, et qu'il s'attache à la jeune Jeanne.
J'avais été tellement enthousiaste à la lecture de Sixtine, ou Anuki que j'attendais beaucoup de ces albums. Si j'ai été ferrée par le mystère lié à la disparition des parents, je n'ai pas retrouvé néanmoins le plaisir et l'humour de Sixtine. Les sujets sont traités de façon bien plus sérieuse, qu'il s'agisse de l'intégration difficile à l'école, de l'absence des parents, de l'amitié, une angoisse diffuse plane sans cesse sur les enfants, finissant par ternir le côté agréable de la lecture.
Présentation de l'éditeur : Editions de la Gouttière
Du même auteur : Sixtine ; Anuki ; Anuki tome 3

Bd de la semaine accueillie par Noukette
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La jeune Cécile de Volanges sort du couvent pour être mariée à Gercourt, choix de sa mère. Mais c'est sans compter sur Mme de Merteuil, parente de Mme de Volanges qui, pour se venger de Gercourt, décide de pervertir la jeune femme. Elle demande l'aide de son ami et ancien amant, le Vicomte de Valmont qui, dans un premier temps refuse, trop occupé à séduire la Présidente de Tourvel, une jeune femme dévote et vertueuse.
Dans ce roman libertin, Valmont et Merteuil font office de maîtres, se plaisant à relever des défis visant à pervertir des jeunes femmes inocentes. Valmont s'amuse à tester son pouvoir de séduction, et la marquise cherche à prouver que "les règles ont changé" et que les femmes aussi peuvent dominer. Les deux libertins se livrent une lutte de pouvoir acerbe, dont personne ne sortira indemne.
Le genre épistolaire, très en vogue à l'époque multiplie les points de vue, offrant un kaléidoscope psychologiquement épais autour des personnages. Ces derniers manient l'art de la langue avec brio, offrant au lecteur une leçon de style et de séduction non négligeable !
Présentation de l'éditeur : Le livre de poche
La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.
Paul Éluard. (1895-1952) in Derniers poèmes d’amour Poésie d’abord

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Madeleine, 95 ans, habite au bord de la falaise dans un petit village de Normandie. Seulement la falaise s'érode et le maire s'inquiète de jour en jour davantage. Et si la maison s'effondrait, ne serait-il pas responsable ? Il tente de convaincre Madeleine de rejoindre la maison de retraite, "avec vue sur mer", sauf que Madeleine n'a en cure de cette vue sur mer étant donné qu'elle est aveugle, et bien décidée à rester dans sa maison, vacillante ou non !
Madeleine se révèle au fur et à mesure : si au début, tout comme le maire, on en vient à douter de la santé de sa raison, il s'avère qu'elle est bien plus lucide et avisée que les autres, quand on prend la peine de l'écouter, ce que fera un jeune pompier nouveau venu dans le village...
Ce bel album évoque avec tendresse et gravité la possibilité que l'on a de choisir sa vie, du début à la fin. Madeleine marque les esprits et son cri du coeur "Jamais" résonne en nos coeurs et en nos âmes...

Présentation de l'éditeur : Grand Angle
D'autres avis : Mes échappées livresques / Aifelle / The Autist Reading / Moka / Géraldine

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Ernesto se rend à Santiago pour obtenir une pièce permettant de réparer son télescope surnommé "Walter". En effet, Ernesto est astronome dans l'observatoire de Quidico, au Chili, au coeur du territoire mapuche. De cette excursion à Santiago il repart bredouille, mais décide de faire un crochet par le musée de la Mémoire. Là il se perd dans la contemplation de Paulina, sa fiancée disparue sous la dictature. Mais il ne rencontre pas uniquement des fantômes dans ce musée, il croise aussi la route de Ema... Si l'ombre de Pinochet se penche sur leurs deux destins, bercés par l'Océan, par les étoiles, par tout un univers qui les transcende, Ema et Ernesto vont tenter de marcher vers demain...
Un récit tout en délicatesse, d'une pudeur exemplaire.
Présentation de l'éditeur : La fosse aux ours
Du même auteur : La nuit tombée ♥ ♥ ♥ ♥ ; Le héron de Guernica ♥ ♥ ♥ ♥ ; Radeau ♥ ♥ ♥ ; L'incendie ♥ ♥ ; Une forêt d'arbres creux ♥ ♥ ♥ ; Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar ♥ ♥ ♥
Sur le Chili : Le dernier mousse de Francisco COLOANE ; Solitudes australes, chronique de la cabane abandonnée de David LEFEVRE ; Une ardente patience (Le facteur) ; L'ouzbek muet et autres nouvelles clandestines de Luis Sepulveda : Le galop du vent sous le ciel infini

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Bertie Wooster, jeune aristocrate londonien, se découvre une passion pour le banjo, passion que ne partagent nullement ses voisins. Bertie se retrouve donc contraint de s'exiler à la campagne pour pouvoir s'exprimer librement. Malheureusement son fidèle majordome Jeeves, qui n'apprécie guère les talents de son maître, décide de le quitter pour partir vers d'autres cieux.
Néanmoins les deux comparses ne seront pas totalement séparés puisque Bertie se fait loger dans un cottage de son ami le baron Chuffnell, le nouveau maître de Jeeves. Arrivé au cottage, le calme souhaité par Bertie est loin d'éclore : en effet Chuffy a invité au château M. Stoker et Sir Glossop et la belle Pauline Stoker qui n'est autre que l'ex-fiancée de Bertie et dont est tombé fou amoureux Chuffy.
Les situations cocasses s'enchaînent entre des neveux récalcitrants, des pères possessifs, des policiers trop zélés. Jeeves, le fidèle majordome bien plus pertinent que son maître, veille patiemment sur son petit monde.
Ce que j'ai moins aimé : J'ai trouvé quelques longueurs notamment lors de la scène avec les policiers. Certaines scènes sont proches du théâtre de boulevard et tournent au vaudeville.
Bilan : Un roman à l'humour burlesque farfelu, plutôt plaisant à lire, même si j'avais préféré Un pélican à Blandings.
Présentation de l'éditeur : 10-18
D'autres avis : http://www.action-suspense.com/2019/01/p.g.wodehouse-merci-jeeves-editions-10-18.html ; Martine https://plaisirsacultiver.wordpress.com/2016/04/06/merci-jeeves-de-p-g-wodehouse/ ;
Du même auteur : Un pélican à Blandings