Anne est chassée du château... Il faut dire qu'elle couche dans le lit du roi et que des oiseaux querelleurs décident de la dénoncer à la reine. Elle décide de rebondir en ouvrant une taverne dans ce petit village moyen-âgeux. Et même si la reine est bien décidée à lui mettre des bâtons dans les roues, elle persévère, encouragée par un forgeron un peu trop beau à son goût !
Cette BD reprend les thèmes habituels du conte de fée pour les détourner offrant ainsi une réécriture décalée des clichés habituels. Anne ne s'en laisse pas conter, et est bien loin des héroïnes naïves !
""Essaie de vivre la vie comme elle vient" : je veux suivre ce conseil donné par mon père et mener une vie tranquille et ordinaire, à mon image et à l'image de es épiceries modestes et simples."
Alors qu'elle attendait son deuxième enfant, l'auteure déménage au fin fond de la commune de Toechon, dans le province de Gyeonggi. En se promenant dans le village de Gwaneum, elle tombe sous le charme d'une petite épicerie, attirée par cette beauté discrète qui s'ignore. Vingt ans plus tard, elle parcourt toujours le pays pour s'arrêter devant les petites épiceries, les prendre en photo pour les peindre ensuite, minutieusement. Dans ce recueil, elle nous livre ces merveilles, émaillée de brèves chroniques.
A travers textes et peintures, elle rend aussi hommage aux êtres modestes et simples qui vécurent avec nous à une époque donnée. Rares sont les épiceries qui survivent au fil des années. "Faisons attention aux choses qui nous entourent et qui nous sont familières. Peut-être leurs angles usés et arrondis par le temps cachent-ils une beauté que rien ne pourra remplacer ? En les observant attentivement, on peut y percevoir les traces du temps et de la douleur de la vie. Tel est le chemin qui mène à ces petites épiceries dans ma mémoire, elles qui suscitent en nous un bonheur attendrissant chaque fois que nous tournons au coin de la rue."
Dessiner toutes ces petites épiceries avant qu'elles ne disparaissent, devient ainsi comme une urgence et justifie son art. En les peignant, elles s'inscrivent dans la durée et continuent à vivre à travers l'oeuvre de l'auteure.
Avec délicatesse et modestie, Lee Mekyeoung nous invite à faire attention aux choses et à réfléchir à ce qui disparait tous les jours dans nos quartiers au nom du développement et du progrès. Chaque peinture est comme un fragment de bonheur, un hommage touchant à la vie qui passe, un souvenir éclatant dans le ciel de l'édition.
Les petites épiceries de mon enfance, LEE Mekyeoung, traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Lucie Modde, Editions Philippe Picquier, octobre 2018, 208 p., 26.50 euros
Dans ce récit déconstruit, éclaté, le narrateur Jacques Revel relate par écrit les évènements qui lui sont arrivés au cours des huit derniers mois, depuis son arrivée dans la ville de Bleston, inspirée de Manchester.
Ce roman, qui se présente comme un roman policier confond les strates temporelles, dans un processus propre au nouveau roman.
Ce que j'ai aimé : les errances du narrateur dans la ville, personnage à part entière.
Ce que j'ai moins aimé : le fait que l'intrigue soit éclatée, perdant le lecteur à loisir dans un labyrinthe sans fin ...
Le calepin d'un flâneur, paru d'abord en 1961, est le premier de quatre recueils qui rendent compte de cette pratique exigeante : écrire au fil des jours, des maximes, des anecdotes, des réflexions... Si j'ai trouvé quelques bonnes trouvailles, j'ai aussi connu beaucoup de déceptions, c'est "plate" comme disent les québecois...
"On n'a pas de tableaux dans le salon, mais on a la fenêtre."(Un habitant)
"Puise à la source et non dans le petit lac que vient de faire la pluie. (Comprendre : l'éternité de préférence à l'actualité).
J'avais envie de l'aimer celui-ci, tant j'apprécie l'oeuvre de l'auteur. Mais je n'ai pas réussi à entrer dans l'univers de ce petit garçon, Gaspard, qui fuit dans la forêt et tente de survivre. Pour tout dire, je n'ai pas même au le courage d'aller jusqu'à la rencontre avec la bande inspirée de La Caravane à Pépère, cette bande organisée qui organisa vols et braquages pendant les années 1906 et 1907 à travers la France.
Le style m'a lassée et l'auteur me touche plus quand il écrit des courts textes poétiques que des romans.
A Abidjan, le corps d'un homme est retrouvé dans un hôtel sordide, destiné à abriter les passes des prostituées. Les indices sont minces dans ce quartier plutôt enclin au silence. Quant l'identité de la victime est découverte, le grand commissaire Marius Kouamé est immédiatement mis sur l'affaire, l'affaire devant rester discrète. Kouamé, avec l'aide de son fidèle adjoint Arsène, traque alors les suspects, jusque dans les quartiers interlopes...
Ce que j'ai aimé :
- Les dessins
- La peinture réaliste d'une ville au charme bigarré...
Ce que j'ai moins aimé :
- Assez sanglant, les scènes de torture m'ont mises mal à l'aise.
- Je n'ai pas particulièrement apprécié la personnalité du commissaire Kouamé
- Je me suis perdue en route dans l'intrigue, sans réussir à en saisir l'humour.
Bilan : J'avais nettement préféré Aya du même auteur !
L’inspecteur-chef Armand Gamache et ses collègues tentent de surpasser le traumatisme lié à une opération policière longue et éprouvante, à l'issue fatale. Armand séjourne chez Emile, à Vieux-Québec et il aime se réfugier dans la bibliothèque de la Literary and Historical Society, loin de la violence du monde. Mais dans ce lieu mythique qui abrite les archives historiques de la ville, on retrouve le corps sans vie d'un archéologue passionné par Samuel de Champlain, un des fondateurs du Québec. Etait-il sur la piste de la sépulture de cet homme célèbre, restée secrète jusqu'à aujourd'hui, près de 400 ans après ? Qui aurait eu intérêt à éliminer cet homme devenu ridicule à force de creuser les sols à la recherche du tombeau de Champlain ?
Parallèlement, Gamache, torturé par l'erreur, se demande s'il n'a pas condamné trop vite celui qu'il a mis en prison pour le meurtre de l'ermite à Three Pines (cf Révélation brutale). Il envoie donc son fidèle Langlois dans le petit village, par acquis de conscience, pour enquêter discrètement.
A l'image de la bibliothèque dont Gamache arpente les allées, ce roman est d'une richesse infinie. Si le meurtre initial porte vers l'histoire de la ville, avec cette vieille querelle entre anglais et français, il s'oriente rapidement sur la mémoire et les traces qu'elle laisse profondément en nous.
"La ville avait peut-être été construite grâce à la foi et aux fourrures, par des êtres en chair et en os, mais c'étaient les symboles qui lui servaient de carburant. Et la mémoire."
Mémoire de notre histoire commune, mémoire de nos parents, mémoire du passé proche, aliénant, handicapant quelqurfois. En avançant, Gamache apprend peu à peu à faire siennes les quatre phrases qui mènent à la sagesse : "Je m'excuse. Je me suis trompé. J'ai besoin d'aide. Je ne sais pas.". Il comprend que la sécurité n'est que factice et que la vie est un risque à prendre, même si cela peut être douloureux.
""Se sentir en sécurité", pensa Gamache. C'était un besoin primordial, vital. Que feraient les gens pour préserver un havre sûr ? Ils feraient ce qu'ils avaient fait depuis des siècles. ce que les français avaient fait pour sauver le Québec, ce que les Anglais avaient fait pour le conquérir. Ce que faisaient les pays pour protéger leurs frontières, et les individus pour protéger leur maison.
C'est à dire tuer. Pour se sentir en sécurité. mais ça ne fonctionnait à peu près jamais." p. 245
Pour Gamache, la sécurité sera davantage à trouver dans l'amour de ses proches, sa femme la première qui retient de cette aventure traumatisante un point essentiel, qu'elle répète comme un mantra "Il est vivant". Car finalement, "Enterrez vos morts" n'est pas un livre sur la mort, mais sur la vie. Et sur la nécessité à la fois de respecter le passé et de s'en détacher." (Postface de l'auteure)
Enola Holmes est la soeur cadette du célèbre Sherlock Holmes, mais elle s'est éloignée de ce frère aîné, sa mère s'étant disputée avec ses deux frères.
Le jour de son anniversaire, la mère de Enola disparaît, si bien que la jeune fille appelle à la rescousse ses deux frères. Si les frères prennent au sérieux la disparition de leur mère, il décide surtout de reprendre en mains l'éducation jugée trop laxiste de la jeune Enola en l'envoyant en pension pour en faire une parfaite dame, loin de la liberté débridée dont elle jouissait Il n'en faut pas plus pour faire fuir la jeune femme... De plus, sa recherche s'intensifie quand elle comprend que sa mère lui a laissé des messages codés à travers ses cadeaux d'anniversaire pour la lancer sur sa piste.
Cette BD est adaptée des romans de Nancy Springer, illustrée par des dessins magnifiques :
Le lecteur est non seulement ferré par une intrigue prenante autour de la disparition de la mère d'Enola et de la fugue de la jeune femme, mais il est amené à réfléchir également sur la libération des femmes à cette époque, loin des carcans incarnés par ces corsets étouffants.
"C'est ça qui est bien, à la ferme. On peut jamais savoir ce qui va se passer."
Cette année-là, Billy et Pop se rendent chez le frère de Pop, Sagamore pour y passer l'été. Billy découvre alors les joies de la campagne, intrigué par l'odeur de cuir en décomposition, par les incursions fréquentes du shérif qui semble en vouloir à Sagamore, par l'oncle Finley qui récupère toutes les planches avoisinantes pour construire une arche...
Les vacances prennent un tour encore plus particulier quand arrive dans la ferme de son oncle la belle Choo-Choo Caroline qui a tendance à se baigner dans le lac toute proche avec juste un tout petit bikini...
Le point de vue du petit Billy, observant les manigances de son oncle d'un oeil crédule et honnête, crée un décalage désopilant quand on devine en sourdine les tenants et aboutissants.
"Oh, ç'a été un chouette été, pour sûr. Comme dit Pop, y a rien de mieux qu'une vie saine à la ferme et on pouvait franchement pas en trouver une plus saine que celle de l'oncle Sagamore."
Nouvelle traduction du célèbre Fantasia chez les ploucs, Le Bikini de diamants est un roman désopilant, décalé, un classique de l'humour !
« On n’est pas les sœurs de Bon Secours, merde ! On est la police ! »
Ils font équipe pour une soirée : Virginie, Erik et Aristide, gardiens de la paix, sont chargés d'une mission particulière : reconduire à l'aéroport Charles de Gaulle un étranger en situation illicite. Virginie comprend rapidement que ce retour au pays signifie pour leur passager la mort certaine. Dans ce cas précis, préservent-ils réellement la paix ? Cette mesure est-elle juste ? Qui en prend l'entière responsabilité ?
« La responsabilité est dispersée entre la Préfecture, les gardiens, les escorteurs, la Police aux frontières, les pilotes, les hôtesses, les stewards, pour que chacun ait le confort de penser : ce n’est pas moi, c’est l’autre. »
Dans un récit ramassé particulièrement efficace, Hugo Boris s'interroge sur le droit, la morale, responsabilité. En deux phrases, deux mots, deux silences, il heurte ses personnages et les pousse dans leurs retranchements, créant une intensité percutante. A travers leurs contradictions et hésitations, l'humanité de ces hommes et femmes malmenés transparaît et nous frappe par sa pureté...
"Chacun veut la loi pour les autres et la liberté pour soi, pas vrai ? L'ensemble compte plus que l'individu."