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Le bigorneau fait la roue de Hervé POUZOULLIC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Marc est un jeune homme qui se laisse porter par les évènements, lové dans un cocon douillé d'étudiant. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il recherche le grand amour, mais ne brille guère par ses éclats de séducteur... Jusqu'à ce que l'illumination arrive en son âme : pour qu'un couple dure, le secret est l'incompréhension mutuelle ! Fort de cet axiome, il se lance à la conquête de belles étrangères, à ses risques et périls ! Si cela a quelques avantages  comme : 

"- La découverte d'une nouvelle culture et d'un autre pays

- Une autre manière de dire je t'aime

- Le bien-être quand l'autre vous insulte dans sa langue maternelle et que vous ne comprenez rien

- L'excuse de la mésentente culturelle quand votre partenaire se comporte comme un con."

Il se heurte aussi aux limites du système :

"- Vous ne comprenez pas pourquoi l'autre vous quitte (dans une relation, l'incompréhension a toujours le dernier mot)

- Vous ne comprenez pas pourquoi il reste non plus." 

Il enchaîne une campagne en Italie, aux Etats-Unis et en Russie, mais inexorablement les mêmes phases reviennent : "Dévastation, sevrage, intériorisation, rage, relèvement." Jusqu'au jour où il rencontre celle qu'il veut "mistoufler" pour la vie ( mistoufler "c'est un mot qui n'existe pas et que je viens d'inventer pour définir ce qu'on ne comprend pas, et qui nous pousse l'un vers l'autre.")

Dans ce premier roman empli de fraîcheur, Hervé Pouzoullic peint les déboires d'une génération en quête du grand amour. Mais ce thème est aussi un prétexte pour raconter son quotidien, l'enfance qu'on laisse derrière soi, les vacances en Bretagne, la famille millénaire : 

"Désormais le bruit des vagues sur la falaise et les cris des goélands avaient remplacé nos éclats de rire enfantins. Les portes de la maison s'ouvraient moins souvent, les petits-enfants avaient quitté cet endroit pour vivre leur vie. Mais, à Paris ou ailleurs, nos coeurs battaient ensemble au rythme des marées. En nous ancrant dans son monde de goémon et de granit, ma grand-mère nous avait donné la force de partir. Et de vivre heureux." p.49

Hervé Pouzoullic est un grand gamin qui s'amuse à écrire comme les grands auteurs classiques, offrant ainsi des dialogues truculents et intelligents.  Entre le "chick-lit masculin" et une subtilité rafraîchissante, vous risquez de tomber sous le charme de ce "bigorneau faisant la roue"...

 

Présentation de l'éditeur : Editions  Anne Carrière  

 

Le bigorneau fait la roue, Hervé Pouzoullic, Editions Anne Carrière, mars 2016, 240 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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7 années de bonheur de Etgar KERET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Ce que ça peut être flippant, les attentats terroristes,

dit l'infirmière fluette à sa collègue plus âgée.

Tu veux un chewing?" 

Etgar Keret raconte ici 7 années de sa vie à Tel Aviv entre la naissance de son fils, sa soeur ultra-orthodoxe et ses onze enfants, les chauffeurs de taxi irascibles, ses parents rescapée de l'Holocauste, les tournées littéraires mouvementées, avec toujours en toile de fond, cette peur des bombardements... 

Ainsi avec sa femme ils pratiquent un moment la philosophie du si-je-dois-partir-en-fumée-je-ne-veux-pas-mourir-en-gogo devant l'imminence de l'explosion probable d'une bombe nucléaire sur leur quartier. Ils décident ainsi de ne pas réparer leur plafond délabré puisque la ville va être rayée de la carte prochainement, puis reportent également les travaux de jardinage, "Pourquoi sacrifier inutilement, en les plantant, des violettes, des jeunes citronniers et de jeunes orangers -ce serait du gâchis. Si j'en crois Wiipédia, ils sont particulièrement sensibles aux radiations.",  puis renoncent à faire la vaisselle car ils ne veulent pas mourir en faisant la vaisselle, suppriment le ménage, la sortie des poubelles, font un prêt astronomique à la banque jusqu'à ce que le doute s'installe... Et si les iraniens ne bombardaient pas la ville ???

Vous l'aurez compris, le ton est décalé, l'humour permettant à l'auteur d'affronter cette situation instable quotidienne et d'instiller du bonheur là où le chaos règne. 

"Quelques semaines avant la naissance de notre fils Lev, voilà bientôt quatre ans, deux questions de la plus haute importance philosophique se sont présentées à nous.

La première, va-t-il ressembler à sa maman ou à son papa, a reçu une réponse rapide et sans équivoque à sa naissance : il était beau. Ou, ainsi que le dit ma chère épouse avec beaucoup d'à propos, "La seule chose qu'il ait hérité de toi, ce sont ces longs poils dans le dos."

Quant à la seconde, que-fera-t-il-quand-il-sera-grand, elle nous a tarabustés pendant les trois premières années de sa vie. Son mauvais caractère semblait le destiner à une carrière de chauffeur de taxi ; sa capacité phénoménale à se trouver des excuses le prédisposait plutôt au métier d'avocat ; et l'impérieuse domination qu'il a  constamment exercée sur les autres montrait qu'il pouvait aspirer à occuper un poste élevé au sein d'un quelconque gouvernement totalitaire. Mais depuis quelques mois, le brouillard qui estompait l'avenir rose et replet de notre fils a commencé à se dissiper. Il sera probablement livreur de lait, sans quoi son étonnante aptitude à se réveiller chaque matin à cinq heures trente puis, immanquablement à venir nous réveiller aussi, ne servirait strictement à rien." p. 85

Avec autodérision et un humour incisif revigorant Edgar Keret évoque en filigrane tout au long de ces 7 années de bonheur des questions essentielles et universelles.

"D'ailleurs, on le dit bien : "Ce n'est pas parce qu'on est paranoïaque qu'on n'est pas persécuté." Au cours des vingt ans où j'ai voyagé un peu partout dans le monde, j'ai connu ma part d'actes, de gestes et de paroles antisémites authentiques qu'on ne peut expliquer par aucune erreur de prononciation." p. 41

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier ; Points

D'autres avis : Babélio

 

 

7 années de bonheur, Etgar Keret, traduit de l'anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Points, 2015, 185 p., 6.50 euros

Publié dans Littérature Asie

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L'autobus de Eugenia ALMEIDA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Dans une petite fille au fin fond de l'Argentine un homme et une jeune femme attendent un autobus dans un café. Mais celui-ci passe comme une trombe, sans marquer l'arrêt. Quatre jours durant, la même scène se reproduit. Ils ne sont pas les seuls à espérer prendre cet autobus : l'avocat Ponce attend également, sa soeur devant regagner la capitale. Leur patience poussée à bout, les deux jeunes gens, décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Pendant ce temps le village s'interroge et découvre petit à petit les raisons glaçantes de ce changement d'habitude... L'inquiétude devient sourde, enserrant les esprits dans des serres dictatoriales subtiles, la folie guettant, dans l'ombre de ces vies subies... L'histoire de l'avocat Ponce et de sa femme fait ainsi figure d'allégorie : la femme de Ponce accepte les choix de son mari et leur couple qui ne repose sur rien, subissant un quotidien oppressant, et s'échappant petit à petit dans un monde parallèle. 

Eugenia Almeida peint avec retenue et puissance une réalité qui se dégrade, des masques qui tombent un à un, tout comme les "subversifs" qui n'en finissent pas de disparaître...

 

Présentation de l'éditeur : Métailié 

D'autres avis : Télérama ; Clarabel ; Anne

 

L'autobus, Eugenia Almeida, traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis, Métailié suites, 2012, 126 p., 7 euros 

 

Merci à l'éditeur.

réalité qui se dégrade masques tombent un à un.
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Tante Rosa de Sevgui SOYSAL

Publié le par Hélène

♥ ♥

Sevgi Soysal est née à Istanbul en 1936. Elle publie Tante Rosa en 1968 ce qui lui vaut la consécration littéraire, mais aussi la surveillance des autorités pour qui le texte est trop ouvertement féministe concernant les relations des hommes et des femmes et l'institution du mariage. 

Cette Tante Rosa en effet tente par tous les moyens de gagner sa liberté et son indépendance. Nourrie aux idéaux de la revue "Entre Nous" et de ses textes à l'eau de rose, elle veut par dessus tout trouver l'amour, quitte à changer de mari plusieurs fois, quitte à abandonner ses enfants, quitte à errer de petits boulots en petits boulots. En 14 chapitres, 14 tranches de vie cubistes, le portrait d'une femme frondeuse se dessine, une femme pour qui la vie de femme au foyer et de mère ne sera jamais une évidence... Malheureusement, elle se heurte aux réalités sociales de l'époque, et rien ne semble lui réussir...

Si l'auteure dit s'inspirer ici - très librement - des vies de sa grand-mère, de sa mère et de sa tante dans l'Allemagne d'après-guerre, elle semble tout aussi déjantée que cette charmante tante : quand on lui demandait pourquoi elle s'était mise à écrire, elle répondait : "Je crois que le joint de mon robinet était usé, alors j'ai commencé."

Un beau témoignage décapant d'une prise de conscience fulgurante de la condition féminine ! 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Intervalles

D'autres avisYves - que je remercie pour le prêt. 

 

Tante Rosa, Sevgui Soysal, traduit du turc par Calire Simondin, Editions Intervalles, mars 2016, 110 p., 17 euros

Publié dans Littérature Europe

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Les petits sentiers d'Obaasan de Delphine ROUX et Pascale MOTEKI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Dans le présent, ici et maintenant."

Mon avis :

♥ ♥ ♥

Ce bel album tout en douceur nous conte la rencontre entre une grand mère de 70 ans et une petite fille de 8 ans, et nous berce avec leur relation faite de petits riens comme fabriquer des poupées, faire un gâteau au thé matcha...

"Obaasan avait l'art de rendre les choses simples aussi précieuses que la danse des lucioles."

Ponctuée d'haïkus, l'album nous berce avec sa douce mélancolie :

"J'aimerais renaître

Si c'était possible

Aussi modeste qu'une violette."

L'avis d'Anaïs, 7 ans :

♥ ♥ ♥

J'ai été touchée par l'histoire et le lien entre cette grand-mère et la petite fille.

J'ai trouvé que c'était gai parce que Obaasan est toujours de bonne humeur et invente plein de choses pour "partager son savoir". J'ai beaucoup aimé quand elle dit à la jeune fille "Va où va ta joie" car elle lui dit d'aller là où elle est heureuse, où elle a envie d'aller.

Et puis j'ai beaucoup aimé la chanson :

Cerisiers, cerisiers,
Sur les collines verdoyantes et les montagnes
Aussi loin qu'on peut voir.
Est-ce du brouillard ou des nuages ?
Parfum dans le soleil du matin.
Cerisiers, cerisiers,
Fleurs en pleine floraison.

Cerisiers, cerisiers,
À travers le ciel de printemps,
Aussi loin qu'on peut voir.
Est-ce du brouillard ou des nuages ?
Parfum dans l'air.
Viens maintenant, viens,
Regardons enfin !

 

Les petits sentiers d'Obaasan, texte de Delphine Roux et illustrations de Pascale Moteki, Picquier jeunesse, 2016, 13.50 euros

A partir de 7 ans.

Merci à l'éditeur

Les petits sentiers d'Obaasan de Delphine ROUX et Pascale MOTEKI

Publié dans Jeunesse Album

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Lagos lady de Leye ADENLE

Publié le par Hélène

♥ 

Guy Collins est un journaliste britannique envoyé au Nigéria pour couvrir les élections. Malgré les recommandations des locaux, il décide néanmoins de se confronter à Lagos by night. Il se rend compte rapidement qu'il aurait mieux fait d'écouter les voix raisonnables qui l'enjoignaient à ne pas sortir la nuit dans la capitale nigériane quand  il tombe sur un crime atroce : une prostituée aux seins coupés. Témoin clé, il est embarqué par la police nigériane aux méthodes quelque peu expéditives et violentes. Il ne devra sa survie qu'à l'intervention d'une mystérieuse Nigériane nommée Amaka, qui le tire des griffes de la police et lui demande en contrepartie d'enquêter sur ces assassinats de prostituées.

Amaka protège en effet ces prostituées, dont personne ne se préoccupe, et elle a besoin de l'aide de ce journaliste étranger tombé du ciel : "Parce que les filles sont des prostituées et que les assassins sont des hommes puissants. Les médias ne s'en mêleront pas parce qu'ils craignent ces hommes. La police n'enquêtera pas sur ce meurtre ni sur les filles qui disparaissent tous les jours. Pourquoi ? Parce que les flics ont trop peur des gros bonnets et de la soi-disant magie noire pour laquelle ils se servent des filles." Amaka se bat pour ces filles qui n'ont guère d'autres alternatives que celle de devenir prostituées : "Pour elles, la prostitution n'était pas un choix - c'était une absence de choix." Guy, envoûté par cette "Lagos lady", choisira de l'écouter et de défendre à son tour ces laissées pour compte.

Dans cette peinture endiablée et sans concession de la capitale nigériane, gangrénée par la corruption, la drogue et les trafics en tous genres, les êtres purs peinent à trouver leur place. Les armes tiennent une place centrale, les petits malfrats côtoyants le grand banditisme, et tous, des notables aux plus jeunes semblent capables d'une perversité choquante. Si le roman est efficace et éclaire une certaine vision de la société nigériane, il souffre de certaines limites à mes yeux.

Ce que j'ai moins aimé : il s'agit d'un policier assez violent, ce qui selon l'auteur est une vision juste de son pays, mais l'autre versant plus doux est perdu dans la masse des kalachnikovs et des pervers obnubilés par le sexe, laissant une vision très sombre de ce pays ! La fin ouverte laisse présager une suite, je passerai sans doute mon tour...

 

Présentation de l'éditeur : Métailié

D'autres avis : Jean-Marc

Lecture que je partage avec Electra

Entretien avec l'auteur chez Transfuge

Vous aimerez aussi :

- Sur le Nigéria les romans de Chimamanda Ngozi Adichie : L’hibiscus pourpre  ; Autour du cou Americanah

- Sur le Gabon les romans d'Otsiemi :  La bouche qui mange ne parle pas  ;  African Tabloid  ; Le chasseur de lucioles

 

Lagos lady, Leye Adenle, traduit de l'anglais (Nigéria) par David Fauquemberg, Métailié noir, mars 2016, 336 p., 20 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Vacances

Publié le par Hélène

Vacances

Je pars batifoler dans les prés normands..

Je reviens en ces pages le 28

pour une lecture commune avec Electra autour de Lagos Lady

Publié dans Divers

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Rallyes dans Paris de Gertrude DORDOR

Publié le par Hélène

♥  ♥ 

Parigramme propose ces rallyes dans Paris constitué de 9 parcours destinés aux enfants à partir de 9 ans :

Le jardin des Tuileries

Le Palais du Louvre

L’île Saint-Louis

L’île de la Cité

Le Marais (de Saint-Paul à l’hôtel de Soubise)

Le Marais (de l’hôtel de Sens à la Bastille)

L’hôtel des Invalides

Le parc Monceau

Montmartre

 

Chaque parcours est doté d'une carte et d'une série de questions permettant d'arpenter les lieux en question de façon ludique avec vos enfants sans entendre le sempiternel "Quand est-ce qu'on rentre ?" Le livret de réponses permet de surcroît de doter votre progéniture d'une culture non négligeable. Les questions comprennent des charades, des rébus, des informations à chercher sur les statues, les arbres. 

J'ai testé pour ma part le circuit des Tuileries avec mes enfants de 8 et 10 ans.

Rallyes dans Paris de Gertrude DORDOR

Nous avons visité les toilettes haut de gamme du carroussel du Louvre - 1.5 euros - Gloups - Nous avons observé sous toutes les coutures les statues du parc - Nous avons regretté de ne pas avoir emmené de boussole - Nous avons débattu devant un petit animal à cornes pour savoir s'il s'agissait d'une biche avec des cornes ou d'un petit cerf - Nous avons compté les arbres - Nous avons compté les marches - Nous avons compté les feuilles des arbres (non j'plaisante...) - Nous avons retourné la carte dans tous les sens pour trouver l'indice 11 - Nous avons admiré les monuments - Nous avons cherché désespérément un "long bâtiment à arcades" - Nous avons arpenté en long en large la terrasse à la recherche de cette fichue statue équestre - Nous avons cherché tout aussi désepérément une statue de garçon joufflu - Nous nous sommes intéressés au plan -  Nous nous sommes rendus compte que nous avions pris la terrasse dans le mauvais sens - Nous avons arpenté la terrasse dans l'autre sens - Avons trouvé les arcades - Et la statue équestre - Et le garçon joufflu - Nous nous sommes dirigés vers la sortie - Avons pensé un moment enchaîner avec l'île de la cité - Avons opté pour l'option librairie à la place - Nous sortons enrichis - Intellectuellement - Parce que nous avons aussi dévalisé la librairie - Et que là nous nous sommes considérablement apauvris - Nous sortons fatigués après deux heures de marche - Mais heureux.

Rallyes dans Paris de Gertrude DORDOR

Présentation de l'éditeur : Parigramme

Reçu dans le cadre d'une opération Babelio masse critique

tous les livres sur Babelio.com
Rallyes dans Paris de Gertrude DORDOR

Publié dans Jeunesse Documents

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Les équinoxes de Cyril PEDROSA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Mais peut-être que c'est pas si mal, tous ces doutes.

- Comment ça ?

- Ben, tu vois... ça crée un déséquilibre... mais qui met en mouvement."

Pendant les équinoxes, la durée du jour égale celle de la nuit, comme si le monde trouvait alors l'équilibre parfait entre l'ombre et la lumière. Un équilibre fugitif, semblable à l'enjeu de nos destinées humaines, sans cesse malmenées. Tel le metteur en scène d'une symphonie humaine, Cyril Pedrosa meut ses êtres à l'équilibre instable et les suit à la trace durant les quatre saisons. 

Qu'il s'agisse de Vincent, de son frère Damien, de sa fille Pauline, de Catherine et de Louis, de Camille, Edith, Antoine, tous ces personnages forment un faisceau de lumière qui éclaire la complexité de la nature humaine. Ils se frôlent, s'interrogent sur l'image qu'ils renvoient aux autres et qui correspond rarement à celle de notre être profond, essaient maladroitement de communiquer, avancent à tâtons dans une vie trop grande pour eux, en cherchant, désespérément, un sens, parce que "Ce serait tellement réconfortant si cela avait un sens."

Leur mélancolie est prégnante, tant leur solitude se répercute dans chaque fibre de leur être. 

"Pourquoi ne peut-on pas retenir cela ? Pourquoi faut-il porter sa vie avec soi comme un spectacle éphémère et invisible aux autres ?"

Malgré tout, certains essaient de laisser une trace et continuent de partager, contre vents et marées : 

"Photographier pour essayer de saisir cette petite part de vérité humaine, singulière et qui pourtant nous anime tous. L'attraper avec précision et prudence.Tout doucement, du bout des doigts. La monter. Lui donner l'importance qui est la sienne. celle d'un atome dérisoire mais nécessaire parmi l'infini des particules en mouvement. Toutes indispensables les unes aux autres."

Parce que l'art reste cette lumière capable d'allumer les âmes et de maîtriser des destinées humaines soumises à une fatalité désespérante...

 

Présentation de l'éditeur : Dupuis 

D'autres avis : Télérama . L'express

Mo ; Saxaoul ; Jérôme

 

Les équinoxes, Cyril Pedrosa, Dupuis, 336 p., 35 euros

 

C'était ma Bd dde la semaine accueillie cette semaine par Noukette

 

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Petits moments de bonheur volés de Francesco PICCOLO

Publié le par Hélène

♥ ♥

Avec fraîcheur et humour, l'auteur fait la liste des petits riens qui font le sel de son existence. 

"L'intelligence des choses simples, comme celle du conducteur de la voiture derrière moi quand il comprend tout de suite que je vais me garer et donc faire marche arrière. Il s'arrête à quelques mètres de distance et attend." p. 45

"Toutes les fois où je peux légitimement dire : "Je l'avais dit !" (Ou bien quand quelqu'un dit : "C'est vrai, il l'avait dit je m'en souviens!") " p. 49

Si l'ensemble est plaisant, sa poésie transparaît surtout quand l'auteur parle de sa ville, Rome qu'il se plaît à arpenter. Il sait alors nous faire ressentir la magie de l'instant romain, son effervescence qui alterne avec la quiétude de la ville endormie ou en vacances. 

"Et puis certains après-midi de pluie où les gens qui attendent qu'il cesse de pleuvoir sous les porches font connaissance, se parlent. (...) Le nombre exact de baisers qui se donnent en ce moment. J'aimerais qu'aucune porte ne claque, qu'aucun être humain ne tousse, que pas un citadin ne se sente citadin ; et, toujours en ce moment précis, que quelqu'un dise : qu'il est bon de vivre ici. Même intérieurement." p.135

Un petit opus léger, sans prétention, qui se lit en deux heures et nous permet ensuite de poser un regard plus apaisé sur notre propre ville... 

 

Présentation de l'éditeur : Denoël Points 

D'autres avis : Folavril ; Martine

 

Petits moments de bonheur volés, Francesco Piccolo, traduit de l'italien par Anaïs Bokobza, Points, 2015, 134 p., 5.9 euros

 

Un petit livre qui  m'a fait penser à l'excellent Journal intime de Nanni Moretti, un de mes films préférés.

Publié dans Littérature Europe

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