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Rencontre avec Tracy Chevalier

Publié le par Hélène

Grâce à l'agence de presse D'Anne et Arnaud nous sommes plusieurs blogueuses a avoir eu le plaisir de rencontrer Tracy Chevalier, une auteure très accessible et agréable. Voici le compte rendu de cette rencontre : 

 

Pourquoi cette chronologie ?

Pour entretienir le mystère. Je ne voulais pas une saga-western très longue, j'ai donc choisi d'entremêler deux époques : celle de l'Ohio et celle du Robert adulte. Les lettres sont un pont, un lien entre l'Ohio et la Californie.

 

Comment vous est venue l'idée de ce roman ?

Qunad j'ai effectué des recherches sur La dernière fugitive j'ai lu un livre sur les relations entre les humains et plantes pour me documenter sur des détails sur la vie dans l'Ohio au XIXème siècle.Dans ce livre il y avait un chapitre sur les pommes et sur Appleseed, un commerçant. J'ai été amusée par la différence entre ce que l'on apprend sur cet homme aux enfants, qu'il donnait des pommes pour promouvoir la santé, alors qu'en fait il les vendait pour faire de l'alcool. La différence entre la réalité et la fiction m' a amusée. Puis j'ai eu l'image de ce couple qui se déchirerait parce que l'un voudrait cultiver des pommes sucrées et l'autre des pommes acides pour faire de l'alcool.

C'est l'histoire de gens qui bougent, ceux qui émigrent mais aussi le mouvement des arbres. On pense que les arbres ne bougent pas mais en fait c'est faux, les gens les font voyager. Les pommiers sont originaires du Kazakstan par exemple. L'arbre est le miroir de la migration humaine. 

 

Sur quel projet travaillez vous actuellement ?

Un roman qui se passe aussi aux Etats-Unis en rapport avec le projet Shakespeare : une maison d'édition en Angleterre a demandé à plusieurs écrivains de choisir une pièce de Shaespeare et d'écrire un roman inspiré par cette pièce. Margaret Atwood a choisi la Tempête et pour ma part j'ai choisi Othello. Cela se passera dans une école américaine en 1974. Tous les écoliers seront américains sauf un jeune enfant noir qui arrive un jour dans l'école venant d'Afrique. 

 

Pourquoi avoir choisi d'offrir le point de vue de Sadie à la première personne quand les autres personnages sont présentés à la 3ème personne ?

AU début j'avais pensé que ce serait l'homme l'ivrogne puis je me suis dit que cela était trop stéréotypé et j'ai choisi la femme. Dans ma tête j'entendais sa voix et sa manière de parler. J'ai pensé qu'elle était si forte que j'ai su qu'elle devait s'exprimer à la première personne. Si l'histoire était à la troisième personne uniquement, le personnage serait devenu nul. Inversement tout le roman avec seulement son point de vue aurait été trop. Un petit peu c'était mieux. Sadie est un personnage que l'on déteste ou que l'on adore. Il ne faut pas que tous les personnages soient gentils dans un roman. Elle est forte mais elle a ses raisons : elle perd un enfant chaque hiver, elle est isolée, n'a pas d'amis, elle est un peu égoïste. 

 

Pourquoi était-ce la première réelle fois que le héros était masculin ?

Ce qui m'intéresse sont les effets qu'ont pu avoir la famille sur les enfants. Il fallait la réaction d'un des enfants qui partirait vers l'Ouest. Il fallait un homme car pour une fille cela aurait été trop difficile de partir seule à travers le pays.

 

Pourquoi des histoires d'amour tourmentées ?

Parce que l'amour est compliqué. Robert est influencé par la relation de ses parents. Il faut toujours des compromis.

 

Quelles sont vos relations avec Faulkner ?

Faulkner et ses structures narratives ont indubitablement influencé de nombreux auteurs. J'ai étudié Faulkner à l'université, j'ai lu tout ce qu'il a publié et j'ai adoré Le bruit et la fureur et Tandis que j'agonise. J'ai été impressionnée, c'est toujours là, je pense. J'ai aussi eu d'autres influences comme celle de Toni Morrison, par Beloved et le Chant de Salomon. Elle aussi utilise les différents points de vue des personnages. 

 

Quels sont vos rapports avec votre traductrice ?

Je ne lis jamais les traductions. Quand c'est fini, c'est fini, le livre est pour vous, lecteurs, pas pour moi. Pour la traduction, je regarde quelques pages par ci et par là, mais je ne peux pas juger la traduction. On m'a dit que c'était bon. Anouk - la traductrice- a rencontré quelques problèmes en raison de l'utilisation de beaucoup de vocabulaire spécifique à la culture des pommes, et quelquefois elle m'a posée des questions.

 

Avez-vous des romans en cours d'adaptation cinématographique ?

Un producteur a acheté les droits de Prodigieuses créatures il y a 5 ans mais a finalement refusé de tourner l'adaptation. On a décidé que peut-être quelqu'un d'autre aura cette chance. C'ets diffcile de faire un film, il y a tant de monnaie en jeu. Quand on publie un livre il n'y a que moi et le lecteur, c'est simple. Avec un film il y a les différentes compagnies, les différents pays, il faut plusieurs personnes les acteurs, producteurs, etc... Il est difficile que tout ce monde se mette d'accord. Sans doute que cette adaptation n'a pas vu le jour car le roman est très anglais et que le producteur intéressé était australien.

A l'orée du verger est difficile à adapter à cause des différentes époques, il faudrait des flashbacks, ce serait compliqué. 

Je n'imagine pas en écrivant que ce que j'écris pourra devenir un film. Il faut écrire pour le lecteur pas pour quelqu'un qui va voir un film. Néanmoins quelques scènes restent très visuelles comme celle durant laquelle Robert est avec Nancy et Marthe et descend la montagne et voit à distance Molly et son parapluie jaune et rouge. C'était un film dans ma tête. Cela ne signifie pas que cela ferait un bon film.

 

Avez-vous été influencée par Les soeurs Brontë ?

J'ai travaillé sur un projet pour célébrer le bicentenaire de Charlotte Brontë avec des expositions et des livres. J'ai beaucoup lu les soeurs Brontë et j'ai remarqué que Jane Eyre ressemblait un peu à ma jeune fille à la perle. 

 

Merci à Anaïs et Arnaud pour cette soirée très enrichissante et merci à Tracy Chevalier pour sa proximité et sa gentillesse !

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A l'orée du verger de Tracy CHEVALIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Des pommes de la discorde aux arbres de l'espérance...

En 1838, dans l'Ohio, James Goodenough cultive des pommes. Mais les malheurs s'accumulent sur sa famille : à chaque fin d'hiver un de ses enfants meurt à cause de la fièvre des marais, les caprices du temps peuvent détruire en un instant ses récoltes, sa femme, Sadie, a tendance à trop apprécier l'eau de vie, les voisins sont rares bref, la vie est rude pour cette famille de cultivateurs... Les dissenssions s'exacerbent au sein du couple, James souhaitant cultiver avant tout une variété de pommes chère à son coeur la reinette dorée, pomme sucrée "au parfum de noix, de miel avec une note finale d'ananas" quand sa femme préfère les pommes à cidres qui lui permettent de fabriquer son eau de vie, encouragée en cela par John Chapman, vendeur d'arbres fruitiers itinérant. Leurs conflits permanents impacteront durablement leurs enfants. 

Enfants que l'on retrouve des années plus tard, après l'éclatement de la famille. Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il suit William Lobb, un exportateur chargé de prélever des pousses de séquoia pour les envoyer en Angleterre. Martha, quant à elle sillonne le pays à la recherche de son frère tant aimé.

Dans ce roman foisonnant très documenté, les arbres, tout comme les hommes voyagent : les pommiers à reinettes dorées viennent d'Angleterre et les séquoias géants ainsi que les redwoods font le chemin inverse. Mêlant savamment personnages fictifs et personnages réels, Tracy Chevalier rend hommage à la mémoire de ces pionniers venus construire l'Amérique. Si les êtres qui parcourent A l'orée du verger parlent peu, leur silence dit l'essentiel. Les rapports humains, amoureux ne coulent pas de source et demandent eux aussi des sols fertiles. Chacun est méfiant, comme pour se protéger d'un monde trop grand. 

Ce que j'ai moins aimé : Dans la première partie l'alternance de point de vue est déconcertante : d'abord celui de James à la troisième personne, puis celui de Sadie le personnage le plus détestable du roman -selon moi, d'autres comme Séverine l'ont adorée- qui, elle, parle à la première personne, dans un style qui se veut le sien. 

La construction est elle aussi déconcertante, avec des retours en arrière, des échanges épistolaires entrecoupant l'action et permettant des ellipses temporelles de plusieurs années.

En conclusion : Même si ce roman ne bénéficie pas des qualités narratives ni du souffle romanesque de La dernière fugitive, il aborde d'un point de vue original l'histoire de ces nomades anonymes qui ont contruit les Etats-Unis. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Table Ronde

Du même auteur : Mon préféré La dernière fugitive ;  Prodigieuses créatures

D'autres avis : Séverine

Télérama

 

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, éditions la Table Ronde, mai 2016, 336 p., 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Ma rencontre avec l'auteure est ICI : rencontre avec Tracy Chevalier

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Va et poste une sentinelle de Harper LEE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"J'ai besoin d'une sentinelle à mes côtés qui me montre la différence entre ce que les hommes disent et ce qu'ils veulent dire, qui trace une ligne de partage et me montre qu'ici a cours telle justice et là telle autre et me fasse comprendre la nuance." p. 22

Comment est-il possible qu'Atticus, l'homme qui défendait le droit des opprimés dans le magnifique Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, le père exemplaire qui tentait de transmettre des valeurs essentielles à ses enfants, le modèle de tant d'avocats, cet homme bon, moral et intègre, comment est-il possible disais-je que cet homme soit devenu raciste 25 ans plus tard ? 

Michiko Kakutani, critique littéraire du  New York Times a résumé, dans son article consacré au roman, la stupeur ressentie par le lecteur américain face à cette métamorphose d'Atticus : « De manière choquante, dans le roman tant attendu de Mrs Lee, [...] Atticus est un raciste qui a déjà assisté à une réunion du Ku Klux Klan, qui dit des choses comme "notre population noire est arriérée", ou demande à sa fille : "Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ?" [...] Dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Atticus était un modèle pour ses enfants, Scout et Jem [le frère de Scout, NDLR] — leur étoile Polaire, leur héros, la force morale la plus puissante dans leurs vies. Dans La Sentinelle, il devient source de douleur et de désillusion pour la Scout de 26 ans (ou Jean Louise, comme on l'appelle à présent). » De fait, les critiques de la presse américaine étaient souvent mitigées, mais le livre a connu néanmoins un beau succés, comme si chaque lecteur voulait vérifier, comme si on continuait à penser qu'il devait y avoir une erreur, que les autres n'avaient pas bien compris...  Et pourtant... 

Il faut savoir que si Va et poste une sentinelle se passe 25 ans après l'intrigue de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, dans les années 50, il a été ecrit avant Ne tirez pas mais refusé, si bien que l'éditirice conseilla à l'auteur de déplacer son intrigue vingt ans plus tôt. Et elle aurait dû s'en tenir là... 

Bref, que dire de cet opus ? Que Scout découvre tout aussi attérée que nous, lecteurs les thèses ségregationnistes de son père et dans un premier temps, elle se perd dans des souvenirs d'enfance pour se rassurer. Puis, petit à petit, cet ébranlement violent lui permet de mûrir et d'assumer ses choix de vie. En tant que New-yorkaise, elle brandit sa soif de liberté et ne se reconnaît plus dans les valeurs de son petit village natal d'Alabama. Chacun défend ses thèses, et là encore la déception se fait ressentir, quand dans Ne tirez pas, tout était suggéré, subtilement, ici tout est assené, maladroitement... Alors oui, compréhension et respect sont encore au coeur du roman, mais la démonstration est tellement forcée qu'elle en devient artificielle. Rendez-nous notre Atticus et replacez-le sur son piédestal, s'il vous plaît... 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Babélio 

 

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, roman traduit de l'anglais (Eu) par Pierre Demarty, Grasset, octobre 2015, 336 p., 20.90 euros 

 

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Va'a, Une saison aux Tuamotu de Benjamin FLAO et TROUBS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Le mythe de la Vahiné a vécu. Personne n'est épargné. Heureusement le temps n'a pas de prise sur la poésie, et tant qu'il y aura des tiarés aux arbres, les filles des îles continueront à les piquer dans leurs beaux cheveux noirs."

L'archipel des Tuamotu est un ensemble de 78 îles ou atolls situés en plein coeur de l'Océan Pacifique, à l'est de Tahiti. En 2014, Julien Girardot et Ato Lissant se mettent en tête de réaliser un rêve commun : celui du retour de la pirogue à voile, la Va'a Motu (littéralement "pirogue des îles"), dans la vie quotidienne des Paumotu. Depuis un demi siècle ces embarcations ont en effet disparu au profit du moteur et de l'essence. Benjamin et Troub's décident de suivre ce projet fou et de fabriquer eux aussi une pirogue à voile...

Les deux hommes partent alors à la rencontre des anciens autochtones, détenteurs du savoir ancestral des pirogues. Ces hommes emplis de sagesse leur racontent leur île et ses mutations. Car le monde a changé sur l'île depuis l'argent du nucléaire en 65, arrivé grâce à la manne financière du Programme Nucléaire Français. Des centaines de nouveaux emplois furent créés pour pouvoir effectuer une série d'essais militaires sur l'atoll de Mururoa entre 1966 et 1996. Les moeurs évoluent. Les gens partent, les enfants ne naissent plus sur l'île, maintenant les autochtones dépendent de Tahiti et ne parviennent plus à produire leurs propres ressources comme le faisaient leurs ancêtres. Malgré tout, la poésie infinie de ces espaces merveilleux perdure :

"Matariva ressemble à un luxueux radeau de sable, de corail et d'arbres. Tout bouge autour. Sans cesse. Tout semble vibrer à l'énergie du courant. Le soleil et l'eau allument des bleus impossibles, turquoise violent et émeraude aveuglants et tout bascule en un clin d'oeil. Le vent incessant nettoie tout. Peindre, manger, dormir, fumer, nettoyer la couteraie, pêhcer lorsqu'on a faim ou ne rien foutre pendant des heures. Comme ce clebs vautré sur le sable. Heureux de son sort. Fermer son clapet comme une vache, un arbre ou un caillou. Passent les jours. Ce soir nous partons aux langoustes. "

Les deux comparses se glissent dans le rythme de cette île millénaire, pêchant des langoustines, naviguant, et rendant un vibrant aux habitants de ces îles paradisiaques. Ils se laissent bercer par le vide du temps qui passe, par les vagues et le vent qui chantent, tendent l'oreille à la parole des anciens, admirent les formes des nuages, et regardent tomber les noix de coco...

A leur manière, dans cet album magnifique, ils rendent hommage à un peuple qui s'éteint doucement, attiré par les sirènes de la civilisation...

 

Présentation de l'éditeur : Futuropolis 

Vous aimerez aussi : Le site de Julien Girardot,

 

Va'a, une saison aux Tuamotu, Troub's et Flao, Futuropolis, 2014, 160 p., 22 euros

 

Ma bd du mercredi chez Noukette 

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Mon mois anglais

Publié le par Hélène

Pour la deuxième année je participe au mois anglais organisé par CryssildaTitine et Lou

L'an dernier j'avais fait de belles découvertes :

Thomas Hardy avec Les forestiers et Loin de la foule déchaînée ;  Agnès Grey de Anne Brontë ; Daphné Du Maurier Mary Ann, et j'avais eu deux coups de coeur :

Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha Solomons et L'été solitaire de Elizabeth Von Arnim

 

Côté policier j'avais lu Lignes de fuite de John Harvey ; Un assassinat de qualité de Ann Granger ; Le visage de l'ennemi de Elizabeth Georges.

 

Voici mon programme de cette année, programme totalement utopique je préfère vous prévenir :

1er juin : David Lodge La chute du British Museum, dans le cadre du Blogoclub pour un roman qui se passe à Londres, lecture commune avec Electra

3 juin : L'amour dans un climat froid de Nancy Mittford pour "Vieilles dames indignes"

9 juin : Un mois à la campagne de Carr ou Tess d'Uberville de Hardy (si j'ai le temps de le lire pour cette date) pour "Campagne anglaise"...

15 juin : Nord Sud de Gaskell ou un roman de Dickens pour "Victoriens anglais"

21 juin : Les filles de Hallow Farms de Angela Huth

28 juin : un roman de Agatha Christie, pas encore choisi. LC aussi avec Electra

 

J'ai aussi La couleur des rêves de Rose Tremain et L'excellence de nos aînés de Ivy Compton Burnett que j'aimerais caser...

Rendez-vous le 1er juin...

 

Publié dans Divers

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Pause

Publié le par Hélène

@tourisme Bretagne

Je vous quitte quelques jours pour me ressourcer au grand air breton !

Publié dans Divers

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Tristesse de la terre - Une histoire de Buffalo Bill Cody de Eric VUILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Une légende vivante est un être mort"

Eclaireur lors des guerres indiennes, Buffalo Bill, est connu également pour avoir créé le célèbre Wild West Show, le premier reality show américain. Dans ce spectacle d'envergure mettant en scène la conquête de l'Ouest, il faisait jouer de véritables indiens comme Sitting Bull, construisant ainsi le mythe américain à la gloire de l'exterminateur. Il pose ainsi les bases d'une certaine représentation du monde, déformée par le monde du spectacle, alors que parallèlement, les massacres d'indiens perdurent, comme celui de Wounded Knee en 1890. Mais derrière Buffalo Bill se cache aussi William Frederick Cody, de son véritable nom, un homme somme toute ordinaire devenu lui aussi un mythe le jour où il raconta sa vie à un écrivain au coin d'un bar un soir de dérive. "Incarnation d'un simulacre", il l'est donc à plus d'un titre...

Par petites touches, Eric Vuillard met à jour les contradictions de cet homme atypique à l'origine du mythe américain. Il insère dans son livre des photographies d'indiens vendues à l'issue du spectacle, parce que selon lui quelque chose résiste malgré tout sur ces photographies qui réussissent à saisir quelque chose de l'âme de ces indiens. Et, bien loin du show de Cody, ce supplément d'âme nous parle de leur souffrance infinie face à l'extermination de leur peuple ... 

Au terme du récit fragmenté de sa vie, sous la plume de Vuillard, Buffalo Bill redevient un être humain face à la mort qui a elle aussi payé sa place pour le spectacle de sa mort, et non plus un être mythique. Le mythe a vécu devant le regard éperdu d'un rescapé...

"Regardons-le une dernière fois.

Aimons sa tristesse ; son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être ! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu'il faut écrire. S'il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte."

Un ultime chapitre "La neige" vient clore ce magnifique petit livre, comme une invitation à réinterpréter la vie, la vie qui peut être elle-même un spectacle permanent pour qui sait l'observer. "La neige" est celle de Wilson Bentley, premier homme à avoir photographié un flocon de neige. Cet homme vrai, si éloigné de Cody et de ses spectacles factices, un homme qui cherchait à saisir l'essence du monde, que ce soit en photographiant le vent, ou en traquant l'infime dans les moindres recoins : "Un peu plus tard, il photographia aussi les gouttes de rosée. On dit qu'il les guettait le matin sur les pattes des sauterelles."

"La nature est un spectacle. Oh, bien sûr, ce n'est pas le seul. La pensée aussi. Et il y en a d'autres. Et Wilson, le toqué du Vermont, conçoit soudain que la vie est un grand disparate, que les flocons de neige, comme les traces du ballon sur le mur de la cour, il n'y en a pas deux pareils. Et voici qu'il se met à scruter les gouttes d'eau, la vapeur, le brouillard, tous ces phénomènes infimes, imprédictibles, impondérables. C'est extraordinaire une goutte d'eau, sa transparence trompeuse, son galbe, ses renflures, ses incroyables reflets. Il n'en revient pas Wilson. Ca le sidère toute cette richesse qui se cache. Et il ne comprend pas pourquoi on ne regarde pas mieux, pourquoi on ne se penche pas davantage sur les pommes de pin, les écorces d'arbre, les petits galets de la rivière. La légèreté le fascine. L'inconstance le laisse démuni. La douceur le charme."

Photomicrographie d'un flocon de neige de Bentley en 1890.

A courir après des chimères, quelquefois, l'homme finit par capturer un morceau d'éternité...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : Télérama 

Babelio

 

Tristesse de la terre, Une histoire de Buffalo Bill Cody, Actes Sud, août 2014, 176 p., 18 euros

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Le liseur de 6h27 de Jean-Paul DIDIERLAURENT

Publié le par Hélène

Guylain travaille dans une usine, alimentant un espèce de monstre, machine effrayante qui happe les livres. Guylain déteste son travail, ses chefs, ses collègues. Ses seuls plaisirs consistent à lire chaque matin dans le RER de 6h27 des pages rescapées du monstre qui les absorbe aux autres voyageurs et à parler à son poisson rouge. Ses amis sont tout aussi étranges que lui : son meilleur ami n'a plus de jambes et son autre ami est un obsédé de l'alexandrin dont il use et abuse :

"Gardez-vous pour toujours de réveiler mes nerfs,

Sous les plus beaux atours, se cache souvent mégère.

Si je suis serviteur je n'en reste pas moins

Concernant ce secteur maître de vos destins !"

Sa vie suit une routine aliénante jusqu'au jour où il trouve dans osn rer une clé usb..."

L'existence de Guylain est maussade, jusqu'au jour où il trouve une clé USB malencontreusement oubliée dans le RER par une jeune écrivaine en herbe... 

La première partie du roman est originale, offrant une réflexion intéresante sur le destin des livres vite lus et vite pillonés ainsi que sur le pouvoir de la lecture. Mais, rapidement, l'ensemble devient de plus en plus "gentillet" et bourré de bons sentiments qui noient le propos dans une mer de bienveillance...

Ce que je n'ai pas aiméCe roman renferme tout ce que je n'aime pas dans la littérature française : une vue sans perspectives qui s'amuse à décrire un quotidien de français dépressif vivant sa routine comme un sacerdoce et pour qui le seul espoir demeure dans l'ammmûûûûûr... "Optimiste", "Enchanteur" disent certains ? Je ne l'ai pas vécu comme cela, je pense que l'on aurait pu se passer de cette histoire d'amour pour se concentrer sur le pouvoir des livres, de la lecture, des poissons rouge, que sais-je, sans transformer la vie de ce pauvre Guylain en love story aux relens de fleur bleue. 

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Le liseur de 6h27, Jean-Paul Didierlaurent, Folio, mai 2014, 7.10 euros

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Le bigorneau fait la roue de Hervé POUZOULLIC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Marc est un jeune homme qui se laisse porter par les évènements, lové dans un cocon douillé d'étudiant. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il recherche le grand amour, mais ne brille guère par ses éclats de séducteur... Jusqu'à ce que l'illumination arrive en son âme : pour qu'un couple dure, le secret est l'incompréhension mutuelle ! Fort de cet axiome, il se lance à la conquête de belles étrangères, à ses risques et périls ! Si cela a quelques avantages  comme : 

"- La découverte d'une nouvelle culture et d'un autre pays

- Une autre manière de dire je t'aime

- Le bien-être quand l'autre vous insulte dans sa langue maternelle et que vous ne comprenez rien

- L'excuse de la mésentente culturelle quand votre partenaire se comporte comme un con."

Il se heurte aussi aux limites du système :

"- Vous ne comprenez pas pourquoi l'autre vous quitte (dans une relation, l'incompréhension a toujours le dernier mot)

- Vous ne comprenez pas pourquoi il reste non plus." 

Il enchaîne une campagne en Italie, aux Etats-Unis et en Russie, mais inexorablement les mêmes phases reviennent : "Dévastation, sevrage, intériorisation, rage, relèvement." Jusqu'au jour où il rencontre celle qu'il veut "mistoufler" pour la vie ( mistoufler "c'est un mot qui n'existe pas et que je viens d'inventer pour définir ce qu'on ne comprend pas, et qui nous pousse l'un vers l'autre.")

Dans ce premier roman empli de fraîcheur, Hervé Pouzoullic peint les déboires d'une génération en quête du grand amour. Mais ce thème est aussi un prétexte pour raconter son quotidien, l'enfance qu'on laisse derrière soi, les vacances en Bretagne, la famille millénaire : 

"Désormais le bruit des vagues sur la falaise et les cris des goélands avaient remplacé nos éclats de rire enfantins. Les portes de la maison s'ouvraient moins souvent, les petits-enfants avaient quitté cet endroit pour vivre leur vie. Mais, à Paris ou ailleurs, nos coeurs battaient ensemble au rythme des marées. En nous ancrant dans son monde de goémon et de granit, ma grand-mère nous avait donné la force de partir. Et de vivre heureux." p.49

Hervé Pouzoullic est un grand gamin qui s'amuse à écrire comme les grands auteurs classiques, offrant ainsi des dialogues truculents et intelligents.  Entre le "chick-lit masculin" et une subtilité rafraîchissante, vous risquez de tomber sous le charme de ce "bigorneau faisant la roue"...

 

Présentation de l'éditeur : Editions  Anne Carrière  

 

Le bigorneau fait la roue, Hervé Pouzoullic, Editions Anne Carrière, mars 2016, 240 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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7 années de bonheur de Etgar KERET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Ce que ça peut être flippant, les attentats terroristes,

dit l'infirmière fluette à sa collègue plus âgée.

Tu veux un chewing?" 

Etgar Keret raconte ici 7 années de sa vie à Tel Aviv entre la naissance de son fils, sa soeur ultra-orthodoxe et ses onze enfants, les chauffeurs de taxi irascibles, ses parents rescapée de l'Holocauste, les tournées littéraires mouvementées, avec toujours en toile de fond, cette peur des bombardements... 

Ainsi avec sa femme ils pratiquent un moment la philosophie du si-je-dois-partir-en-fumée-je-ne-veux-pas-mourir-en-gogo devant l'imminence de l'explosion probable d'une bombe nucléaire sur leur quartier. Ils décident ainsi de ne pas réparer leur plafond délabré puisque la ville va être rayée de la carte prochainement, puis reportent également les travaux de jardinage, "Pourquoi sacrifier inutilement, en les plantant, des violettes, des jeunes citronniers et de jeunes orangers -ce serait du gâchis. Si j'en crois Wiipédia, ils sont particulièrement sensibles aux radiations.",  puis renoncent à faire la vaisselle car ils ne veulent pas mourir en faisant la vaisselle, suppriment le ménage, la sortie des poubelles, font un prêt astronomique à la banque jusqu'à ce que le doute s'installe... Et si les iraniens ne bombardaient pas la ville ???

Vous l'aurez compris, le ton est décalé, l'humour permettant à l'auteur d'affronter cette situation instable quotidienne et d'instiller du bonheur là où le chaos règne. 

"Quelques semaines avant la naissance de notre fils Lev, voilà bientôt quatre ans, deux questions de la plus haute importance philosophique se sont présentées à nous.

La première, va-t-il ressembler à sa maman ou à son papa, a reçu une réponse rapide et sans équivoque à sa naissance : il était beau. Ou, ainsi que le dit ma chère épouse avec beaucoup d'à propos, "La seule chose qu'il ait hérité de toi, ce sont ces longs poils dans le dos."

Quant à la seconde, que-fera-t-il-quand-il-sera-grand, elle nous a tarabustés pendant les trois premières années de sa vie. Son mauvais caractère semblait le destiner à une carrière de chauffeur de taxi ; sa capacité phénoménale à se trouver des excuses le prédisposait plutôt au métier d'avocat ; et l'impérieuse domination qu'il a  constamment exercée sur les autres montrait qu'il pouvait aspirer à occuper un poste élevé au sein d'un quelconque gouvernement totalitaire. Mais depuis quelques mois, le brouillard qui estompait l'avenir rose et replet de notre fils a commencé à se dissiper. Il sera probablement livreur de lait, sans quoi son étonnante aptitude à se réveiller chaque matin à cinq heures trente puis, immanquablement à venir nous réveiller aussi, ne servirait strictement à rien." p. 85

Avec autodérision et un humour incisif revigorant Edgar Keret évoque en filigrane tout au long de ces 7 années de bonheur des questions essentielles et universelles.

"D'ailleurs, on le dit bien : "Ce n'est pas parce qu'on est paranoïaque qu'on n'est pas persécuté." Au cours des vingt ans où j'ai voyagé un peu partout dans le monde, j'ai connu ma part d'actes, de gestes et de paroles antisémites authentiques qu'on ne peut expliquer par aucune erreur de prononciation." p. 41

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier ; Points

D'autres avis : Babélio

 

 

7 années de bonheur, Etgar Keret, traduit de l'anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Points, 2015, 185 p., 6.50 euros

Publié dans Littérature Asie

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