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Cannibales de Régis JAUFFRET

Publié le par Hélène

♥ ♥

Des liaisons dangereuses hannibalesques

Régis Jauffret met en scène dans son dernier roman une histoire pour le moins originale : Noémie vient de quitter Geoffrey et elle adresse un courrier à la mère de Geoffrey pour s'excuser d'avoir rompu. S'ensuit une correspondance entre les deux femmes autour des hommes et de l'amour, correspondance qui aboutit au projet machiavélique de tuer Geoffrey pour le dévorer ensuite. En effet, les deux femmes semblent désabusées par les hommes :

"Si on les laissait faire, si on laissait en roue libre passer le temps, on deviendrait pour une eux une putain désintéressée, adorant le ménage, leur ouvrant les portes comme un genleman, une cuisinière de haute école, une chambrière retapant le lit, changeant les draps en chantant, une gentille beauté distribuant comme des baisers son pardon à chaque vexation, une vierge rayonnante de pureté quand ils nous promènent dans leur famille, une belle salope les jours où ils rentrent de leur travail émoustillés par une vidéo visionnée entre une réunion et un rendez-vous avec un client obsédé de ristournes et de gestes commerciaux."  p. 96

Ne vaut-il mieux pas dans ce cas rester seule ?

"Le bonheur, madame, c'est l'absolue solitude. Ne se cogner à personne, ne point souffrir une autre main sous prétexte de caresse, une autre bouche cherchant à écraser vos lèvres, ne pas sentir de paroles irriter à l'improviste vos tympans fragiles tandis que vous jouissez du silence en regardant songeuse les reflets de la laque immaculée du four à micro-ondes. La solitude, c'est l'absolue beauté de se sentir incomparable dans une coquille où rien n'est beau que vous, puisqu'en fait d'humaine dans cette conque il n'y a que vous." p. 23

Mais malgré tout l'espoir perdure : "Nous espérons toujours, dit votre fils. Oui, même infiniment déçues nous sommes prêtes à aimer encore pour la première fois, mais n'avoir porté que des colifichets toute sa vie n'implique pas que vous attende quelque part un diamant, une émeraude, une humble topaze de la plus belle eau." p. 97

"Et puis, vous les avez connues ces épiphanies, ces gaietés inattendues qui parfois éclatent en nous, ces coins de rue éclairés soudain par un rai de soleil qui troue un nuage pour vous illuminer et vous donner la sensation d'être en vie une fois pour toutes, d'être née à jamais, la mort derrière soi avec l'éternité qui nous a précédées." p. 140

La haine est leur colonne vertébrale, ce moteur qui leur permet d'avancer et de distiller leur venin sur les pages écornées de leurs lettres enflammées. 

"Haïr, c'est être relié à l'élite de l'humanité, celle qui crée, dirige, façonne l'avenir avec un saint mépris de ses contemporains courant comme des enfants après les hochets qu'on agite devant leurs yeux naïfs avides de rogatons." p. 157

Le style incisif de l'auteur porte les métaphores comme un étendard. L'écriture est de l'ordre du fantasme, repoussant toutes les limites, elle permet toutes les identités et toutes les folies aussi bien pour les deux femmes que pour l'auteur.  

Ce que j'ai moins aimé : A la moitié du livre, l'histoire -ou l'absence de réelle histoire, c'est là la question - stagne, les lettres tournent en rond, les identités se brouillent tout comme la construction qui perd de l'allant et a tendance à semer le lecteur.

Bilan : Un récit original doté d'un brin de folie rafraichissant...

 

Présentation de l'éditeur : Seuil

D'autres avis : Babélio

 

Cannibales, Régis Jauffret, Seuil, 2016, 185 p., 17 euros

 

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Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Publié le par Hélène

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Pour ces premières rencontres régionales du Goncourt des Lycéens à Lille étaient présents : 

- Une classe de seconde du lycée Paul Langevin de Beauvais,

- Une classe de 1ère Bac Pro commerce du lycée polyvalent Eugène Woillez de Montreuil sur Mer

- Une classe de 1ère Bac Pro électronique du lycée polyvalent Ernest Couteaux de Saint Amand les Eaux

- Une classe de 1ère L du lycée Henri Wallon à Valenciennes

- et une 1ère S du lycée Pablo Neruda de Dieppe

La rencontre était animée d'une main de maître par le journaliste Frédéric Launay.

 

Côté auteurs le premier plateau de 14h à 15h comprenait : Metin Arditi ; Karine Tuil ; Nathacha Appanah et Régis Jauffret

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Voici quelques unes de questions qui leur ont été posées :

 

Régis Jauffret  parlait de son roman Cannibales paru au Seuil :

Présentation de l'éditeur : Noémie est une artiste-peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec un architecte de près de trente ans son aîné avec lequel elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par une lettre adressée par Noémie à la mère de cet homme : elle s’y excuse d’avoir rompu. Une correspondance s’amorce alors et s’affermit entre les deux femmes, qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de se débarrasser du fils et ex-amant. Elles imaginent même de le dévorer cuit à la broche au cours d’un infernal banquet. En réalité, ce roman parle d’amour. Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a appelé son fils du nom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, et qui est mort accidentellement avant leur mariage. Noémie, elle, est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal. Au fil des lettres que, de son côté, il échange avec les deux protagonistes, le fils et ex-fiancé exprime toute la passion qu’il éprouve toujours pour Noémie. Un roman d’amour épistolaire, donc, dans la plus belle tradition du genre.

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Pourquoi choisir deux personnages de deux générations différentes ?

Je voulais montrer que l'amour est toujours resté le même. L'amour est comme une poupée qu'on retourne. Le temps n'existe pas quand on parle de l'amour et la mort.

Avez-vous déjà envisagé de manger un être humain ?

Non ! C'est intéressant sur le plan symbolique. Dans le roman, cela fait partie des choses qui unissent les deux femmes, il s'agit d'un fantasme commun qui les réunit.

Pourquoi choisir une forme épistolaire ?

L'une des portes vers l'écriture est cette forme épistolaire. Tout le monde écrit, qu'il s'agisse de lettres ou de mails. Il s'agit de la forme première des choses, la lettre est comme un monologue dans lequel on laisse entrer les gens. 

D'où vous est venue l'inspiraion ?

La rupture est une expérience que tout le monde connait ou a connu. On ne réfléchit à l'amour que quand il est déjà parti.

 

Nathacha Appanah pour Tropique de la violence chez Gallimard 

Présenation de l'éditeur : «Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré? Ils viennent pour toi.» Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

Quel était le but du roman ?

Je voulais sans doute montrer comment sur une île perdue et abandonnée il peut se dérouler une humanité et une inhumanité terrible.

Croyez-vous en la vie après la mort ?

Non. Mais à Mayotte la mort fait partie de la vie. La mort n'est pas une fin. Les morts ont plus de vérité que les vivants, ils ne peuvent pas mentir.

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Metin Arditi pour L'enfant qui mesurait le monde chez Grasset 

Présentation de l'éditeur : À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits... Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ?
Lequel des deux projets l’emportera ? Alors que l’île s’interroge sur le choix à faire, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.

Pourquoi ce titre ?

C'est un titre qui s'est imposé. Pourtant au début Yannis n'appartenait pas au roman, je voulais juste un combat Périclès / Palace puis l'enfant a pris toute la place. L'angoisse de cet enfant est que le monde change, il a donc besoin de trouver des choses immuables, des mesures qui le rassurent sur la stabilité du monde.

Où avez-vous eu les informations sur l'autisme ?

J'ai consulté les dirigeants d'un centre de recherche d'une fondation à Genève qui a pignon sur rue sur l'autisme. Puis j'ai assisté à des réunions de thérapeutes. J'ai alors eu la sensibilité à ce qu'est le trouble autistique alors qu'avant, je n'avais pas de connaissances sur cette maladie. Il est d'ailleurs précisé sur la quatrième de couverture que je suis président de la fondation Pôle Autisme mais cela ne s'est fait qu'après le roman, c'est un des miracles de l'écriture !

 

Karine Tuil pour L'insouciance chez Gallimard :

Présentation de l'éditeur : De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

Pourquoi choisir des personnages de banlieue ?

Tout d'abord pour des raisons personnelles, je viens moi-même de la banlieue, et j'ai toujours été fascinée par les contrastes des mondes et la cohabitation de ces mondes là. Je trouvais intéressant aussi la question de la violence sociale notamment de la question de la place sociale, de l'espace géographique avec ces enclaves ces banlieue. Enfin je voulais m'interroger sur la question du déterminisme et de la difficulté à trouver sa place dans la société.

Le World Trade Center est mentionné dans l'incipit mais il n'en est plus question par la suite. Pourquoi ?

La chute des tours est le point de départ de tout ce qui est décrit dans le livre : la guerre en Afghanistan et en Irak. Ce petit chapitre parle aussi de la question des choix que l'on fait dans la vie et des répercussions que ces choix ont. La question de la date de l'évènement politique a une incidence dont on subit encore aujourd'hui les effets.

 

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Questions posées à tous : 

Y a-t-il eu des personnages plus difficiles que d'autres à imaginer ? 

Pour Metin Arditi : si l'on considère que le critère est l'écoute nécessaire pour que le personnage se dévoile, je dirais Yannis.

Pour Karine Tuil : les soldats. Pour une question de probité intellectuelle

Pour Régis Jauffret : Geoffrey car les hommes sont moins romanesques que les femmes. Les femmes portent plus à l'imaginaire, alors que l'image des hommes n'est pas flatteuse. 

Pour Nathacha la difficulté a été non pas un personnage humain mais le pays lui-même, Mayotte. C'est pourtant un personnage à part entière, qui est là tout le temps. 

 

Quelle vision de la jeunesse avez-vous ?

Pour Régis Jauffret la jeunesse est une notion de consommation, un slogan publicitaire. On loue la jeunesse quand ce sont les vieux qui tiennent les commandes. On flatte les jeunes mais on le leur donne rien de particulier.

Pour Karine Tuil c'est une notion qui reste vague. La jeunesse inclut des gens très différents : on peut être âgé et très jeune aussi dans son esprit.

Metin Arditi associe à la jeunesse l'inconscience du risque, un élément essentiel de la vie. Il n'y a pas d'acte artistique sans risque, pas de vie sans risque, et pas de vie réussie sans risques. Ce qui me désole c'est la perte du goût du risque que j'observe autour de moi. Une des choses dont je suis le plus heureux est mon goût du risque qui a été une fonction croissante de l'âge. 

Nathacha : la vision de la jeunesse est différente en fonction des pays, de la situation sociale, de l'éducation. Le point commun serait peut-être cette envie de donner des coups de pied dans la fourmilière.

 

A lire également :

- Rencontres régionales du Goncourt des lycéens 1er épisode

- Mon avis sur Tropique de la violence

- Mon avis sur  L'enfant qui mesurait le monde

Prochainement :

- Le compte rendu du deuxième plateau avec Jean-Baptiste Del Amo, Gaël Faye, Leïla Slimani et Romain Slocombe

- Les impressions post-rencontre des lycéens, des enseignants et des auteurs.

- Mon avis sur Cannibales de Régis Jauffret

- Mon avis sur Chanson Douce de Leïla Slimani

Publié dans Prix littéraires

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Tristes cendres de Mikel Begona et Inaket

Publié le par Hélène

♥ ♥

Au coeur de la guerre d'Espagne avec Robert Capa

Ce roman graphique rend hommage au grand reporter Robert Capa, engagé aux côtés des républicains pendant la guerre civile espagnole. L'action se déroule de 1932 à 1940, commençant à Paris aux côtés de Gerda Taro, la femme de sa vie, photographe également. Tous deux veulent témoigner par leurs photos des évènements marquants de leur époque et de leur lutte. Ils incarnent l'avènement du photojournalisme. En 1936, Gerda part pour Barcelone suivie par Capa. Cette guerre les rendra célèbres, ils usent de leur appareil photo comme d'une arme, dénonçant en mitraillant de leur appareil.  "La cause pour laquelle nous luttons va au-delà de notre liberté personnelle, au-delà de nos vies" dira Gerda qui meurt en 1937, renversée par un tank.

Après ce bouleveversement, le succés de Robert Capa aura un goût amer, même si Time et Life le sacre "l'un des meilleurs et des plus grands photographes du monde".

Les dessins proposent une bichromie en noir et bleu turquoise. Certains d'entre eux s'inspirent des clichés de Capa.

Ce que j'ai moins aimé :

Je n'ai pas été sensible aux dessins, ni à la mise en page, avec des textes denses jouxtant des dessins brouillons, peu lisibles. La couverture est trompeuse avec ses traits affirmés. La lecture devient laborieuse, peu agréable, et porte ainsi préjudice à l'histoire passionnante de cet homme emblématique. C'est dommage. 

Il manque en annexes une reproduction de certains des clichés de Capa qui auraient peut-être donné davantage corps à ce destin hors du commun, ici perdu dans des cases éclatées. 

Présentation de l'éditeur : Cambourakis

Lu dans le cadre de Un mois, un éditeur opératon initiée par Sandrine de Tête de Lecture

C'était ma BD de la semaine, d'autres titres chez Noukette 

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Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (1)

Publié le par Hélène

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (1)

Lundi 10 octobre avaient lieu les premières rencontres régionales entre les auteurs sélectionnés pour la 29ème édition du prix Goncourt des lycéens,  et les lycéens appelés à élire leur roman préféré. 

Le prix Goncourt des lycéens a été créé et est organisé par la Fnac et le ministère de l'éducation nationale avec l'accord de l'Académie Goncourt. Une cinquantaine de classes de niveau secondaire (filière généraliste et professionnelle) sont sélectionnées et s'engagent à lire en deux mois les romans sélectionnés pour le prix Goncourt soit cette année :

  • Nathacha Appanah – Tropique de la violence – Éd. Gallimard
  • Metin Arditi – L’enfant qui mesurait le monde - Éd. Grasset
  • Magyd Cherfi – Ma part de Gaulois - Éd. Actes Sud
  • Jean-Baptiste Del Amo – Règne animal - Éd. Gallimard
  • Jean-Paul Dubois – La succession - Éd. de l’Olivier
  • Gaël Faye – Petit pays - Éd. Grasset
  • Frédéric Gros – Possédées - Éd. Albin Michel
  • Ivan Jablonka – Laëtitia ou la fin des hommes – Éd. Le Seuil
  • Régis Jauffret – Cannibales - Éd. Le Seuil
  • Laurent Mauvignier – Continuer – Éd. de Minuit
  • Yasmina Reza – Babylone - Éd. Flammarion
  • Leïla Slimani – Chanson douce - Éd. Gallimard
  • Romain Slocombe – L’Affaire Léon Sadorski - Éd. Robert Laffont
  • Karine Tuil – L’insouciance - Éd. Gallimard
  •  
  • A noter que la sélection officielle comporte deux titres supplémentaires : L'autre qu'on adorait de Catherine Cusset et Au commencement du 7ème jour de Luc Lang, mais comme ces deux auteurs ont déjà été reçu le prix (en 2008 pour Catherine Cusset avec Un brillant avenir et en 1998 avec Mille six cents ventres pour Luc Lang), ils ne figurent pas dans la sélection. 

​Les 2000 lycéens participants rencontrent les auteurs du 10 au 18 octobre lors de 7 rencontres régionales. Le 14 novembre ont lieu les délibérations régionales puis le 17, les délibérations nationales avant l'annonce du prix le 17 novembre. 

Sur invitation du service communication de la Fnac, j'ai eu la chance d'assister aux premières rencontres le 10 octobre à Lille aux côtés de Leïla Slimani, Karine Tuil, Jean-Baptiste Del Amo, Nathacha Appanah, Régis Jauffret, Romain Slocombe, Metin Arditi et Gaël Faye.

Guidés par l'équipe communication de la Fnac, Audrey, Julie, Estelle et Maurine, (merci à elles) nous sommes partis ensemble de Gare du Nord, et avons été accueillis à Lille par Matthieu, chargé de la programmation culturelle de la Fnac pour la région Nord et Est. Le déjeuner qui a suivi fut convivial et rieur. Du côté de notre table, entre les anecdotes pétillantes de Leïla Slimani, les interventions mesurées de Nathacha Appanah (la douceur incarnée), le calme olympien de Gaël Faye et l'effervescence de Frédéric Launay, journaliste et animateur de la rencontre de l'après-midi, l'équilibre était parfait.

Prochainement, je vous raconterai la rencontre riche en enseignements, et je vous livrerai les réactions des lycéens, des professeurs et des auteurs suite à ces échanges. 

Alors, qui selon vous succèdera à Delphine de Vigan qui avait remporté le prix l'an dernier avec D'après une histoire vraie ?

Publié dans Prix littéraires

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Karitas tome 2 L'art de la vie de Kristin Marja BALDURSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Celui qui inspecte toujours le vent ne sème jamais, et celui qui regarde constamment les nuages ne moissonne jamais."

Pour rappel dans le premier tome consacré à Karitas, la jeune femme devait se battre contre un quotidien pesant pour espérer exercer son art, la peinture. Dans ce deuxième tome, nous la retrouvons installée dans le village Eyrarbakki où elle enseigne l'art aux enfants et continue à peindre. Elle approche la cinquantaine et décide sur un coup de tête de tenter sa chance à Paris. Elle part donc pour la ville lumière, même si une fois encore la famille pèse sur ses épaules puisque son fils lui laisse en pension sa petite fille Silfa. Et pourtant, sa force et son amour de l'art la poussera en avant : 

"Les femmes ne doivent plus laisser le vent entraver leur voyage. Elles l'ont eu dans le dos l'année où j'ai navigué autour du pays avec mes enfants et où la banquise n'a pas réussi à m'arrêter, je savais qu'un nouveau siècle s'était levé, notre siècle à nous, les femmes. Puis les femmes ont eu le vent de face et n'ont pas eu confiance en elles pour aller plus loin. Et elles se tiennent encore tranquilles, laissant le vent entraver leur voyage, mais toi Karitas, ne le laisse pas te faire obstacle. Le siècle des femmes est tout juste à moitié écoulé, tu partiras à Paris." p. 135

La famille restera très présente à ses côtés, qu'elle l'aliène ou la soutienne, de Paris à New-York en passant par Rome... Sigmar continuera à faire quelques apparitions sporadiques, et Karitas oscillera toujours entre haine et passion pour le père de ses enfants. 

Ce que j'ai moins aimé :

Rien de vraiment neuf par rappport au premier tome, plutôt des redites qui n'étaient pas vraiment nécessaires... Les mêmes thèmes tournent en boucle, avec de surcroît moins de force que dans le premier tome. Cet Art de la vie (un titre un peu grandiloquent au passage) semble forcé, traînant en longueur (672 pages quand même !) Les passages sur la nature ou l'univers fantastique s'effacent malheureusement pour laisser place aux noeuds familiaux, et à des scènes amoureuses toujours aussi mielleuses, qui finissent par noyer la personnalité de Karitas.

Bilan : une déception pour ce deuxième tome, je n'ai pas retrouvé la puissance de Chaos sur la toile 

 

Présentation de l'éditeur : Points 

D'autres avis : Babelio 

Mon avis sur le tome 1 Chaos sur la toile 

 

Lecture commune avec Nathalie du blog Mark et Marcel

 

Karitas tome 2 L'art de la vie, traduit de l'islandais par Henry Kiljan Albansson, Points, 2013, 672 p., 8,80 euros

 

Avec Lire le Monde chez Sandrine

Publié dans Littérature Europe

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Un mois, un éditeur. Les éditions Cambourakis

Publié le par Hélène

Sandrine de Tête de Lecture nous a proposé de nous intéresser chaque mois à des éditeurs peu représentés sur nos blogs. Pour ce mois d'octobre, elle a choisi la maison d'édition Cambourakis. Je la rejoins avec plaisir dans cette initiative qui met en lumière des maisons d'édition sans doute plus discrètes, mais néanmoins de qualité.

Cambourakis est une maison d'édition française proposant des bandes dessinées, de la littérature adulte et jeunesse et des ouvrages en sciences humaines. Elle a été fondée en 2006 à Paris par Frédéric Cambourakis, ancien libraire.

Ainsi je vous parlerai prochainement de deux bandes dessinées de cet éditeur : Bookhunter de Jason Shiga et Tristes cendres de Mikel Begona et Inaket

Voici les autres titres que vous trouverez déjà sur Lecturissime, par ordre de préférence (cliquez sur les couvertures pour lire mon billet !) :

Alors qu’il vadrouille en forêt par un beau jour d’été, Abie, petit garçon de quatre ans, bute sur le corps d’un homme étendu au milieu des fougères et des rhododendrons, en ce charmant coin de campagne anglaise. Harry est mort, et son cadavre est bien encombrant pour les membres de la petite communauté qui peuple la lande de Sparrowswick. Plusieurs fois découvert, caché, enterré, exhumé au cours d’une même journée, le défunt déclenche une série de quiproquos, et sera le révélateur des turpitudes secrètes des villageois, qui tous ont de bonnes raisons de craindre d’être accusés de meurtre. Mais l’incident, cause de beaucoup d’angoisse, encouragera également le rapprochement de quelques êtres, les situations aigues stimulant semble-t-il sentiments et passions...

 

A la manière du Je me souviens de Perec, Zeina Abirached évoque des scènes de son enfance et de son adolescence à Beyrouth, dans un Liban en guerre, jusqu'à son départ pour Paris en 2006.

 

Orphelin, Titou est recueilli par son grand-père, solitaire et excentrique, porté sur le jeu et la bouteille, réfractaire à toutes les contraintes sociales, travail et impôts en premier lieu.
Malgré quelques divergences de caractère - Titou a la passion des clôtures, Pépé Jake les déteste - le duo fonctionne bien, et mieux encore du jour où déboule Canadèche, canard boulimique hautement sympathique, qui devient leur inséparable compagnon.

 

Roman épicurien d'amour et de vigne, le Vin de longue vie se déroule dans la campagne roumaine, sous le soleil, à l'ombre des souvenirs. Au jeune juge qui vient d'être nommé, tous les notables du village parlent de maître Manole, le boyard, propriétaire de l'immense vigne. Celui-ci attirerait des femmes dans sa demeure, dont elles ne ressortiraient jamais ; il userait également de sortilèges, et son extraordinaire longévité en serait la conséquence.

 

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L'enfant qui mesurait le monde de Metin ARDITI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

De l'importance de se laisser surpendre par la beauté du monde

A Kalamaki en Grèce trois destins vont se croiser : celui du petit Yannis, perdu dans son autisme, celui de sa mère Marai, submergée par ce fils si différent des autres, et celui d'Eliot qui a perdu sa fille et s'installe sur l'île pour poursuivre ses recherches sur le nombre d'Or. 

Ces trois personnages sont des êtres désoeuvrés errant dans un monde qui les dépasse : Eliot cherche un sens à sa vie alors que la chair de son sang est morte en raison d'un accident stupide, il cherche à s'ancrer dans le monde et se sauve temporairement grâce au travail dans lequel il se lance à corps perdu pour mieux combattre la douleur. "Quand la mer n'est pas furieuse, nous sommes tous de grands capitaines. Lorsqu'elle se déchaine, le plus solide des trehandiri doit rentrer au port et s'ancrer. Et même en trois points." p. 23

Marai et son fils essaient aussi de s'ancrer dans le monde, mais pour Yannis, autiste, le monde est trop instable, soumis aux changements perpétuels, alors qu'il aimerait que la vie soit sans surprise, ordonnée, "Qu'il n'ait pas à affronter sans cesse des situations dont il ne savait rien, ou des gens dont il n'arrivait pas à prévoir ce qu'ils allaient dire ou faire et qui le mettaient dans des états d'immense angoisse." p. 57

Tous se raccrochent à leur environnement, ce lieu magnifique qui leur offre un semblant de stabilité. Mais un projet d'hôtel dans cet univers préservé risque de bouleverser leur équilibre. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Au début du roman, des sauts temporels, des ellipses, des résumés sur plusieurs pages compliquent la chronologie. Des passages à l'imparfait couvrent plusieurs années, puis de nouveaux passages au passé simple donnent l'impression qu'enfin l'action a débuté, mais non, de nouveaux retours en arrière dans la vie d'un autre personnage bouleversent la narration ! L'action débute réellement au bout de 30 pages quand les personnages se rencontrent réellement. 

- L'auteur a voulu aborder trop de sujets qui lui tenaient à coeur, créant un trop-plein de problématiques : la beauté de la Grèce, l'amour de la philosophie, la situation économique de la Grèce, les luttes de pouvoir politique, le projet immobilier, l'autisme, le théâtre et la représentation, la religion, même la sexualité des prêtres ... 

Bilan : L'enfant qui mesurait le monde fait montre d'une belle poésie, c'est un récit touchant même s'il a tendance quelquefois à s'éparpiller au détriment par exemple du très beau personnage de Yannis, qui aurait mérité d'être mis davantage en avant car "Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes. L'immense solitude et l'impossibilité désespérante de s'ouvrir à l'autre."  A travers cet enfant, l'auteur nous éclaire sur le sens de la vie, sur notre capacité à nous émerveiller devant la beauté qui nous entoure, pour quelquefois, un instant, saisir le magnifique agencement du monde. Avoir cette impression tout à coup de tout comprendre. Pour mieux s'ancrer. Ici et maintenant. 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Yves 

Du même auteur : Le Turquetto ;  La confrérie des moines volants  ; Juliette dans son bain 

 

L'enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi Grasset, août 2016, 304 p., 19 euros

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Journée nationale de recueillement au Gabon

Publié le par Hélène

En ce jour au Gabon, les opposants au régime d'Ali Bongo organisent une journée nationale du recueillement pour les morts tombés suite aux violences postélectorales, un jour de compassion pour toutes les familles endeuillées, et toutes les victimes de la barbarie qui s'est abattue sur le Gabon.  

Pour rappel, des élections présidentielles étaient organisée le 27 août dernier.

A l'issue du scrutin, la CENAP (Commission électorale nationale autonome et permanente) et le ministre gabonais de l'intérieur ont annoncé la réélection du président sortant Ali Bongo Ondimba avec 49.80% des voix contre 48.23% pour son adversaire Jean Ping, soutenu par une coalition de partis d'opposition. Pourtant, en s'appuyant sur les procés-verbaux de l'ensemble des bureaux de vote, Jean Ping estime avoir devancé de 60000 voix le président sortant, exception faite des chiffres recueillis dans la province du Haut Ogooué, fief de Bongo. Dans cette province, le président sortant aurait obtenu 95 % des voix pour 99% de participation, lui garantissant donc une avance de 5000 voix sur Jean Ping.

Cette victoire, considérée comme frauduleuse par l'opposition a alors provoqué des heurts dans la capitale et plusieurs villes de province, heurts violemment réprimés par le président sortant.

Face aux accusations de tricheries et de fraudes massives portées par Jean Ping, ce dernier a saisi la cour constitutionnelle du Gabon le 8 septembre 2016 en demandant le recomptage des voix notamment dans la province du Haut-Ogooué.

Or dans le nuit du 23 au 24 septembre, la cour constitutionnelle a validé la réélection d'Ali Bongo, malgré le relevé d"évidentes anomalies".

50 ans que la famille Bongo est au pouvoir, le peuple voulait du changement, ce que Jean Ping représentait. L'espoir d'oeuvrer pour un  pays plus libre, plus ouvert, plus démocratique. 

Voici le message adressé par Jean Ping à son pays le 29 septembre dernier : 

"Gabonaises, Gabonais, mes chers compatriotes,

Au nom des Gabonaises et des Gabonaises de toutes générations et de toutes conditions, je prends la parole aujourd’hui, pour exprimer une fois de plus la consternation de tout un peuple meurtri dans sa chair et dans son âme, suite aux graves évènements auxquels nous avons tous assisté ces derniers jours dans notre pays.

Au lendemain de la nomination d’Ali Bongo comme président de la République, par la Cour constitutionnelle, je me suis exprimé pour dénoncer ce coup d’état militaro-électoral. Depuis lors, vous avez constaté que j’ai observé un relatif silence.

J’ai entendu les appels des Gabonais de toutes les provinces et de la diaspora. Je voudrais vous rassurer, j’affirme ici ma détermination à assumer mes responsabilités de président élu par le peuple souverain ; au-delà des circonstances qui nous sont imposées.

Je suis habité par la responsabilité de veiller sur le peuple Gabonais qui m’a élu le 27 août 2016.

Président élu par vous, peuple gabonais, je réaffirme ubi et orbi que je ne reconnaîtrai pas le pouvoir d’Ali Bongo qui a les mains souillées du sang de nos compatriotes.

Je ne reconnaitrai pas ce pouvoir qui a fait massacrer froidement de nombreux Gabonais, tout simplement parce qu’ils réclamaient le respect de leurs suffrages exprimés le 27 août 2016.

Je ne reconnaîtrai pas ce pouvoir inquisiteur, qui enlève les Gabonais dans les rues, comme dans leurs maisons et les emprisonne arbitrairement.

Je ne reconnaîtrai pas ce pouvoir qui ne respecte pas les droits humains, y compris les plus élémentaires.

C’est pourquoi, je vous demande, Peuple gabonais, de rejeter massivement aussi ce pouvoir, de ne lui accorder aucun crédit ; en vertu de la légitimité que vous m’avez donnée. (...) 

J’appelle chaque Gabonaise et chaque Gabonais à une résistance active jusqu’à la fin de la forfaiture.

Le peuple gabonais doit rejeter et faire obstacle, avec la plus grande détermination, à cette nouvelle imposture qui veut s’imposer à notre pays.

Nous devons Tous refuser ce coup d’état militaro-électoral qui n’offre aucune perspective au Gabon. Pour ma part, je m’y engage.

Des compatriotes sont morts, parmi lesquels de nombreux jeunes, tués par ce pouvoir. Ils ne doivent pas être morts pour rien. Ils ne sont pas morts pour rien. Ils sont morts pour que la démocratie, l’alternance et le changement voient enfin le jour dans notre pays.

Nous devons à ces héros de réaliser ce pour quoi ils ont consenti au sacrifice suprême.

Notre combat n’est pas contre un ou des individus : quel qu’ils soient. Notre combat est contre un système dictatorial et pour la démocratie. (...)"

Marche de la diaspora gabonaise à Paris pour réaffirmer le choix du peuple gabonais dans les urnes: Jean Ping Président élu! - Le 01/10/2016. Crédits Photos: OneSnapView

 

A mon humble niveau littéraire, pour soutenir ces mouvements de résistance, je vous propose de nous retrouver le 31 octobre autour d'une lecture commune gabonaise. 

Pour ma part, je lirai un roman de Justine Mintsa Histoire d'Awu, avec Magali et Sandrine. Qui nous rejoint ?

 

"Poussière d'étoile, grain dans le désert

Etincelle dans une flamme, un humain sur la terre

Changer les choses, à son niveau

C'est faire une croix sur l'océan, se concentrer sur ses gouttes d'eau"

Milk Coffee and Sugar

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/23/le-gabon-suspendu-a-l-annonce-des-resultats-de-la-presidentielle_5002456_3212.html#8t0di7MyrzsGxwXG.99

Publié dans Littérature Afrique

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Sur les ailes du monde, Audubon de Fabien GROLLEAU et Jérémie ROYER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Jean-Jacques Audubon est un ornithologue, naturaliste et peintre français naturalisé américain. Aventurier passionné et entier, il est considéré comme le premier ornithologue du nouveau monde. Il s'engage en effet en 1810 pour son premier voyage d'exploration dans le but fou de découvrir et peindre tous les oiseaux du continent américain. Il est prêt à quitter sa famille pour plusieurs mois ou années pour observer et peindre ces oiseaux dans leur milieu naturel. Ironiquement, les scientifiques américains reprochaient à ses planches leur côté trop vivant, qui contrastait avec les dessins plus rigides de Alexander Wilson, son concurrent direct. Audubon ne connut le succés qu'à la fin de sa vie, en Angleterre, où l'on publia son oeuvre. Très connu aux Etats-Unis également, il reste méconnu en France. Il reste aujourd'hui environ 200 exemplaires de son livre, le plus cher au monde. 

Le scénario de Fabien Grolleau met en scène les aventures romancées de cet homme atypique qui n'hésitait pas à tuer les oiseaux pour mieux les peindre. Il nous montre à voir aussi la fin d'un monde, la fin d'une Amérique vivant en harmonie avec la nature, jusqu'à l'arrivée des colons.

 

Les dessins magnifiques de Jérémie Royer rendent hommage à cet homme talentueux au projet fou ! Ils nous invitent dans une nature préservée, peuplée d'êtres fascinants planant librement au-dessus des paysages sauvages. Un monde comme en suspens.

 

Présentation de l"éditeur : Dargaud 

D'autres avis : Babélio  ; Télérama  ; Librairie Initiales 

 

Bd de la semaine chez Moka cette semaine 

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Tropique de la violence de Nathacha APPANAH

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Les mensonges et les rêves n'exitent plus. Seuls subsistent la vie et l'enfer des autres." 

Marie est une jeune infirmière qui suit l'homme qu'elle aime sur l'île paradisiaque de Mayotte située dans l'océan Indien. Mais leur relation ne dure guère. Un beau jour, à l'hôpital où elle travaille, une jeune mère lui offre comme en cadeau un bébé aux yeux atypiques : l'un noir l'autre vert. La jeune mère pense que cet enfant lui portera malheur car il porte la marque des djinns, elle refuse de l'élever et le laisse ainsi à Marie qui va couver cet enfant et l'aimer comme s'il était le sien. Elle le  prénomme Moïse et dans cette île où règne la misère, elle l'élève dans un monde relativement privilégié. Aussi, le jour où Moïse quittera ce monde de priviléges, il heurtera de plein fouet l'envers du décor... Mené par Bruce, jeune garçon qui règne sur le bidonville appelé Gaza, Moïse errerra avec ces enfants et adolescents livrés à eux-même, dans un monde hanté par la pauvreté et sclérosé par la drogue et la violence 

Natacha Appanah s'attache ici à décrire le désoeuvrement de ces jeunes appartenant à des gangs violents. La jeune femme a vécu elle-même à Mayotte durant deux ans et avait été frappée par le nombre d'enfants errant dans les rues. Souvent ces enfants avaient été laissés à Mayotte par leurs parents clandestins renvoyés à la frontière. 

"Le 101ème département, surnommé l'île aux parfums ou l'île au lagon, fait également face à une pression migratoire constante venue des Comores, de Madagascar et même de quelques pays africains. Presque 20 000 personnes ont été reconduites à la frontière en 2014 mais les kwassas kwassas continuent d'arriver tous les jours sur les côtes mahoraises. 597 embarcations ont été interceptées en 2014. On estime à 3000 le nombre des mineurs isolés qui vivent durablement dans le 101ème département de France, sans foi, ni loi." p. 112

Mayotte semble bien loin de l'image d'eldorado véhiculée par les agences touristiques ! 

"C'est Mayotte ici et toi tu dis c'est la France. Va chier ! La France c'est comme ça ? En France tu vois des enfants traîner du matin au soir comme ça, toi ? En France il y a des kwassas qui arrivent par dizaines comme ça avec des gens qui débarquent sur les plages et certains sont déjà à demi morts ? En France il y a des gens qui vivent toute leur vie dans les bois ? En France les gens mettent des grilles de fer à leurs fenêtres comme ça ? En France les gens chient et jettent leurs ordures dans les ravines comme ça ?"

Ce que j'ai moins aimé :

- La structure est déroutante, puisque le récit commence par la fin, et que sont alors déroulés les évènements qui ont mené à cette situation, sappant toute tension dramatique. 

- Plusieurs voix prennent en charge la narration dans des chapitres relativement courts, si bien que la psychologie des personnages semble peu approfondie, survolant seulement les situations. Les points de vue -quelquefois venus d'outretombe- sont comme détachés de la violence des faits évoqués. 

Bilan : Un sujet fort mais un ensemble qui manque malheureusement de puissance pour moi. 

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

D'autres avis : Babélio

 

Un roman qui fait partie de la première sélection du prix Goncourt, de la première sélection du Fémina, ainsi que du Médicis. 

 

Tropique de la violence, Natacha Appanah, Gallimard, août 2016, 192 p., 17.50 euros

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