« Vivez votre siècle, mais ne soyez pas sa créature. »
Le major Ferdinand de Walter, noble, est amoureux de Louise Miller, une fille d'un musicien, et entre eux s'épanouit un amour pur et désintéressé, de ceux qui suivent le droit du cœur. Mais le père du major en a décidé autrement, il a une autre fiancée en vue et décide de briser les aspirations passionnées de son fils. Mais ici comme ailleurs, contrarier une passion aussi limpide ne peut que finir de façon tragique !
Schiller a 25 ans quand il écrit la pièce qui incarne la volonté de la jeunesse de se libérer des carcans d'une société oppressante. La pièce est prise entre deux feux : d’une part un pamphlet révolutionnaire et, d’autre part, un mélodrame flamboyant. Tous s'aveuglent, le cynisme règne et gangrène toutes les strates de la société, se propageant à la sphère intime et détruisant même les plus pures aspirations. Ferdinand et Louise deviennent alors sublimes, confrontés à l'injustice, ils se transcendent pour s'extraire de cette miasme désenchantée.
En 1848, Giuseppe Verdi l'adapta en opéra sous le titre Luisa Miller, sur un livret de Salvatore Cammarano.
A New York en 1946, la jeune Willowjean Parker sauve la vie de Lillian Pentecost, la détective privée la plus renommée de Manhattan. Lillian lui propose alors de devenir son alliée, voyant son avenir en cette jeune femme atypique ayant travaillé plusieurs années dans un cirque et sachant manier les couteaux avec dextérité. Will accepte et rapidement on leur confie leur première enquête en duo : il s'agit de découvrir qui aurait tué une jeune veuve de la haute société retrouvée morte chez elle tuée par une boule de cristal après une séance de spiritisme avec une voyante.
Ce "cosy crime" est frais, bien mené, avec des personnages atypiques comme Lilian atteinte de sclérose en plaques et Will jeune femme préférant les femmes. Cette équipe attachante nous entraine dans son enquête pour notre plus grand plaisir !
Au début du 20ème siècle, à Garonlea en Irlande, Lady Charlotte règne d'une main de fer sur sa famille, son mari, ses quatre filles et son fils Desmond. Tous vivent dans son ombre, et leur destin tient entre ses mains. Mais quand Desmond épouse la jeune et belle Cynthia, Lady Charlotte rencontre une rivale prête à tout pour faire de sa demeure la plus accueillante de la région, à grand renfort de parties de chasse et de garden-parties. La plus jeune fille de Lady Charlotte Diana se place sous la coupe de Cynthia, trop heureuse d'échapper à l'emprise de sa mère.
Le roman s'étire sur plusieurs années et brosse le portrait sans concession de l'aristocratie anglo-irlandaise dans les années 20. Les portraits sont acides, clairvoyants, portés par des détails signifiants. Chacun reste perclus dans sa solitude, guetté par la déconvenue et la vieillesse qui s'installe insidieusement. Restent les moments d'insouciance, les parties de chasse pour Cynthia, sa passion pour les jardins pour Diana, le lien fort qui les unit pour les deux enfants de Cynthia. Les lieux ont aussi leur importance, Garonlea semble marquée par la morosité, la noirceur de l'âme de Lady Charlotte et il faudra que Cynthia use de toutes ses ressources pour chasser cette mélancolie prégnante pour moderniser ce lieu lourd de tradition.
"Face à la destruction de son habitat, le peuple a un devoir d'opposition."
Bivouac est le troisième volet du triptyque constitué de Encabanéeet Sauvagines. Dans le premier tome Anouk décide d'aller vivre en ermite dans la forêt, dans le deuxième tome elle rencontre Raphaëlle garde chasse et elles ont passé l'hiver en Gaspésie dans leur cabane, à l'écart de tout. A l'approche du printemps, Raphaëlle souhaite rejoindre la communauté de la Ferme Orléane pour explorer la possibilité d'une agriculture et d'un vivre-ensemble révolutionnaires... Anouk l'accompagne mais la vie en collectivité pèse rapidement et la jeune femme décide de regagner sa cabane au Kamouraska. Elle recroise Riopelle / Robin, militant écologique qui prépare une nouvelle mission pour empêcher un projet d'oléoduc qui doit traverser les terres du Bas Saint Laurent et menace de raser une forêt, véritable bijou de biodiversité.
"J'pense que tous les êtres sensibles ressentent la souffrance de la Terre. C'est la maladie de notre génération, l'éco-anxiété. Et j'espère qu'elle est contagieuse, cette peur, cette angoisse-là, parce qu'il faut agir. Pis ça presse."
Raphaëlle et ses alliées de la Ferme rejoindront rapidement Anouk et Robin pour lutter à leurs côtés contre ceux qui veulent ne voir dans les forêts que des ressources à exploiter, sans comprendre qu'ils détruisent tout un écosystème, mais cette lutte se fera à leurs risques et périls...
Ce que j'ai aimé :
J'ai apprécié de découvrir le fonctionnement de ces organisations écologiques portées par des militants prêts à tout pour défendre la nature et ses ressources.
Ce que j'ai moins aimé :
J'ai trouvé que trop de romances et de réflexions autour du polyamour étouffaient le texte. J'ai nettement préféré les deux premiers tomes à celui-ci !
En 1995 à Hawaï, la famille Flores vit dans la misère. Alors qu'ils ont l'occasion de faire une petite balade en mer en famille, Nainoa, leur fils de sept ans, tombe à l'eau et est miraculeusement sauvé par des requins qui le rapportent délicatement à sa famille. Tous sont éblouis et persuadés alors que l'enfant est béni des dieux, d'autant plus qu'il semble ensuite développer des talents particuliers pour guérir les blessés. Sa mère est aussi persuadée que son fils aura un destin extraordinaire, car elle a vu, lors de la nuit de sa conception les marcheurs nocturnes – les fantômes des ali'i, rois traditionnels disparus il y a fort longtemps - descendre aux flambeaux la vallée de la Waipi'o. Mais est-ce réellement une bénédiction ? Son frère Dean et sa sœur Kaui restent en retrait, observant l'effervescence qui se crée autour de leur frère. Dean se consacre au basket quand sa sœur se dirige vers de hautes études.
« Combien de temps ai-je été assez stupide pour croire que nous étions indestructibles ? Mais c’est bien ce qui est ennuyeux avec le présent, il n’est jamais la chose qu’on tient dans la main, seulement celle que l’on observe, plus tard, depuis une distance si grande que le souvenir pourrait aussi bien être une flaque d’étoiles aperçue derrière une vitre au crépuscule.»
Chacun tente de trouver sa place dans un univers en expansion mais la route est semée d'embûches. Avec cet hymne à Hawaïï, à sa nature et à ses mythes, Kawai Strong Washburn signe une éblouissante saga familiale, tragique et solaire.
"Il fallait ... porter en soi un chaos... pour pouvoir mettre au monde une étoile qui danse..."
En Islande en 1963 Hekla, 21 ans part pour la capitale, et s'installe chez son ami Jon John. Les deux amis se protègent mutuellement, conscients d'être des êtres à part qui trouvent difficilement leur place dans la société islandaise de l'époque : elle, parce qu'elle est une femme qui écrit, lui parce qu'il préfère les hommes aux femmes. Ils se trouvent, se rassemblent, se complètent, s'épaulent dans l'adversité. Chacun tente de poursuivre ses rêves malgré un climat peu propice : Jon rêve de travailler dans un théâtre pour fabriquer des costumes quand Hekla aimerait éditer son roman. Mais Jon est malmené, battu, et tout ce qu'on propose à la narratrice est de devenir Miss Islande, de vendre sa beauté et non pas ses écrits.
Hekla est soutenue aussi par son amie Isey, une jeune femme qui prend peu à peu conscience aussi des ses limites en tant que femme : si elle ressent des besoins d'écrire également, ce qu'elle réalise dans son journal intime, elle est obligée de le ranger dans un seau, de le cacher à son mari. Avec l'arrivée d'un enfant, elle est rattrapée par des envies de maison, de confort, de couleur de papier peint, laissant son journal au fond du seau.
Ces personnages sont prisonniers d'un monde conservateur, alors qu'ils sont prêts à éclater, et leur seul échappatoire est l'art qui transcende et leur permet de survivre. Une luminosité s'échappe de ces vies, de ces femmes qui tentent d'être libres et de s'accomplir en suivant leurs choix. Hekla, fidèle au nom du volcan qu'elle porte est tempétueuse, bien décidée à faire entendre sa voix et à envoyer au tapis ceux qui ne la louent que pour sa beauté...
Ce magnifique roman de Audur Ava Olafsdottir rappelle combien il est important de s'accrocher à ses rêves, envers et contre tout. Peu à peu, tous les personnages font un bout de chemin vers la liberté et même s'ils n'arrivent pas encore au bout, ils avancent grâce à ce lien particulier qu'ils tissent et consolident. L'amitié scintille au cœur du roman, éclairant les êtres et les empêchant de renoncer, malgré un climat clairement réfractaire à leurs idées.
« Grâce à lui j’ai su que c’est le souci de l’autre qui fait avancer le monde. »
16 mars 2005 archives concernant « l’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maitre, trente ans avant l’abolition de 1848. Les archives racontaient comment un esclave âgé de 30 ans en octobre 1817 dans l’île de le Réunion décida de se rendre au tribunal d’instance de St Denis pour exiger sa liberté. Malgré un dossier volumineux on ne sait rien de cet homme si bien que Mohammed Aïssaoui a éprouvé le désir de le retrouver et de le comprendre, de l’imaginer aussi. « Je crois que c’est le silence que je voulais dénoncer, cette absence de textes et de témoignages directs sur tout un pan d’une histoire récente. »
Il est rapidement frappé par la détermination sans faille de cet homme, par son "Extravagante patience"et il est ému par les aides diverses qu'il a pu recevoir, par ceux qui ont été prêts à sacrifier leur carrière pour obtenir gain de cause, portés par des valeurs profondément humaines. « Je crois avoir compris que ce qui fait avancer le monde, c’est l’altérité. Tous ces hommes qui ont agi pour d’autres. Ce peut bien être un fil conducteur de l’Histoire. »
Furcy surmonte une épreuve pour gagner sa liberté et n’agit pas seulement pour lui même mais pour tous les autres esclaves qui pourront eux aussi entamer des démarches pour se libérer de leurs maîtres. Il est un exemple pour tous. Pourtant, il se bat contre des mastodontes, puisque le système économique faisait en sorte de tout laisser en place : l'homme était considéré comme une marchandise comme une autre, et lui donner raison aurait signifié remettre en cause le système même de l'esclavage.
L’auteur a ainsi donné une voix à un homme condamné à l’oubli et l’a remis sur le devant de la scène car « L’histoire de l’esclavage est une histoire sans archives. » Aissaoui a mis des années à collecter toutes les pièces du puzzle, se réjouissant à chaque nouvelle découverte, aussi infime soit-elle et son projet est louable. Il nous offre un livre fort qui éclaire sur la condition des esclaves et donne foi en l’humanité.
Hemley Boum est une autrice camerounaise qui a publié en 2010 son premier livre Le clan des femmes. Elle publie son dernier roman Le rêve du pêcheur.
L'histoire débute à Campo, petit village de pêcheur. Pourquoi le choix de ce lieu ? C'est un petit village au sud est du Cameroun au bord de l'Atlantique en face d'autres pays. Des allemands y ont vécu puis les français et les anglais, c'est un lieu de rencontres, et cela s'entend avec la langue. J'étais de passage à Campo et j'ai découvert cet endroit sublime, sauvage, saisissant et profondément romanesque. Le lieu est venu avant le personnage, quand je suis arrivée en fin de soirée, les pirogues rentraient de la pêche, et le pêcheur est né de cette vision. Je suis restée quelques jours et j'ai compris ce qu'était ce lieu.
Votre roman est-il une dénonciation de cette mondialisation qui tue à petit feu le travail des pêcheurs ?
Je suis romancière, j'écris sur les gens , je veux leur donner une consistance, et je regarde l'impact des évènements sur eux. On ne peut pas démondialiser, on ne peut pas fantasmer un passé révolu, on peut juste constater l'impact sur les gens. La question est de savoir ce que nous faisons de ce qu'on a puisque il est impossible de revenir en arrière.
Zackary est un être de mémoires ? Je parle plutôt d'archivage, les histoires s'inscrivent en nous sans qu'on en soit conscient. Zackary aurait pu mourir mais quelque chose en lui l'a poussé vers autre chose vers une lumière qui est une intuition ? Ou autre chose, on ne sait pas...L'amour provoque cette intuition chez Zack. Il doit reprendre possession de lui-même et de sa vie en revenant vers ses racines.
La vie est dure pour les rêveurs, le chemin n'est pas simple. Les contrariétés du destin seront aussi sa chance.
J'ai souhaité formé deux destins en miroir, c'était important pour moi pour montrer combien on porte en soi un héritage et il faut savoir ce qu'on transporte en soi, trouver des réponses aux questions pour se retrouver.
Les femmes sont elles fortes et les hommes lâches dans votre roman ?
Non, les uns et les autres sont plus nuancés. Yalana est brutale avec sa fille, Dorothée est absente et est même dangereuse pour son fils. Julienne est faible aussi, car quand son homme vacille, elle lui dit qu'il peut partir. Elles restent malgré tout, elles sont là elles ne fuient pas, même quand elles partent, elles reviennent c'est ce qui permet aux hommes d'être sauvés car ils peuvent revenir. Je voulais des hommes aimés et je voulais qu'ils aient des filles. Les femmes font ce qu'elles doivent, elles protègent les leurs. Sans la communauté, elle n'est rien.
Je vous invite à découvrir ce beau roman qui ancre les destins dans la terre !
"Les terres lointaines ne tiennent pas leurs promesses"
Zack a dû fuir le Cameroun à dix-huit ans, laissant derrière lui sa mère Dorothée ainsi que la femme dont il était amoureux. A Paris, il tente de se reconstruire, devient psychologue, se marie et devient père de famille. Mais un manque incommensurable résonne en lui et il lui faudra retourner sur les traces de son passé pour le combler. Quelques décennies plus tôt, son grand-père Zacharias, pêcheur dans un petit village côtier se heurte aux changements de son métier. Lui aussi sera banni de sa communauté et son histoire aura une répercussion inévitable sur sa famille. Les deux histoires se font écho, elles fonctionnent en miroir
Les personnages errent en quête d'identité, cherchant en tâtonnant à s'adapter à un monde qui s'effrite, que ce soit à cause de la mondialisation et des changements qu'elle induit, ou à cause de choix malencontreux qui bouleversent l'équilibre fragile des êtres. Zack doit s'exiler, contraint et forcé, et ce départ n'aura de cesse de le déstabiliser : "Nous ne devrions pas avoir à avancer sans repères, sans protection, nous délester de tout ce que nous avons été, s'arracher à soi en espérant germer dans une nouvelle terre. Ceux qui ont ce privilège voyagent l'esprit léger. Ils partent de leur plein gré, sachant qu'ils peuvent revenir quand bon leur semble. Nos périples à nous ne prévoient aucun retour, nous ne sommes pas des voyageurs mais des exilés. L'exil est un bannissement et une mutilation, il y a quelque chose de profondément inhumain." p 243
Chacun cherche ses racines, pour comprendre d'où il vient, si les ancêtres ne racontent pas, l'être ignore ce qu'on lui a légué et vit sans repères, sans se comprendre lui-même.
En ce sens, la fin est grandiloquente, elle constitue une apothéose, tout prend sens parce que les êtres retrouvent leur patrie et les leurs. Même le style de l'autrice change, plus lyrique, plus en adéquation , comme si jusqu'à ces scènes tout était laborieux, difficile. Il leur fallait se relier à leurs racines pour être pleinement eux-mêmes.
Au coeur des forêts du New Hampshire, un lieu semble dévolu aux suicides : de nombreuses jeunes femmes se noient dans ce qu'on appelle là-bas "le lac des suicidées". Parmi elles, Clara Miller, journaliste qui s'était infiltrée dans l'entourage de Mike Stilth, rock star retranchée à quelques kilomètres de là, à Lost Lakes, dans un manoir transformé en forteresse. Peu de temps avant sa mort la jeune femme avait fait appel à Paul Green, reporter du Globe pour qu'il la seconde dans son enquête. Paul décide donc de continuer ses investigations pour prouver le lien entre Mike Stilth et les prétendes suicidées. Mais l'artiste est bien protégé, notamment par son attachée de presse Joan Harlow, prête à tout pour que la vérité reste enfouie.
Ce que j'ai moins aimé :
L'auteur s'intéresse ici au monde du show-bizz et montre l'envers du décor. Seulement le bon vieux "drogue, sexe et rock'n'roll" a pris des rides et rien de neuf n'émane de ces pages.
De plus, le roman fait le choix d'alterner les points de vue mais ce procédé narratif sonne ici de façon mièvre mettant en scène des personnages trop caricaturaux qui manquent d'âme sans être incarnés, ce sont juste des caricatures devenues monstres à cause de sévices connus dans leur enfance.