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Va'a, Une saison aux Tuamotu de Benjamin FLAO et TROUBS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Le mythe de la Vahiné a vécu. Personne n'est épargné. Heureusement le temps n'a pas de prise sur la poésie, et tant qu'il y aura des tiarés aux arbres, les filles des îles continueront à les piquer dans leurs beaux cheveux noirs."

L'archipel des Tuamotu est un ensemble de 78 îles ou atolls situés en plein coeur de l'Océan Pacifique, à l'est de Tahiti. En 2014, Julien Girardot et Ato Lissant se mettent en tête de réaliser un rêve commun : celui du retour de la pirogue à voile, la Va'a Motu (littéralement "pirogue des îles"), dans la vie quotidienne des Paumotu. Depuis un demi siècle ces embarcations ont en effet disparu au profit du moteur et de l'essence. Benjamin et Troub's décident de suivre ce projet fou et de fabriquer eux aussi une pirogue à voile...

Les deux hommes partent alors à la rencontre des anciens autochtones, détenteurs du savoir ancestral des pirogues. Ces hommes emplis de sagesse leur racontent leur île et ses mutations. Car le monde a changé sur l'île depuis l'argent du nucléaire en 65, arrivé grâce à la manne financière du Programme Nucléaire Français. Des centaines de nouveaux emplois furent créés pour pouvoir effectuer une série d'essais militaires sur l'atoll de Mururoa entre 1966 et 1996. Les moeurs évoluent. Les gens partent, les enfants ne naissent plus sur l'île, maintenant les autochtones dépendent de Tahiti et ne parviennent plus à produire leurs propres ressources comme le faisaient leurs ancêtres. Malgré tout, la poésie infinie de ces espaces merveilleux perdure :

"Matariva ressemble à un luxueux radeau de sable, de corail et d'arbres. Tout bouge autour. Sans cesse. Tout semble vibrer à l'énergie du courant. Le soleil et l'eau allument des bleus impossibles, turquoise violent et émeraude aveuglants et tout bascule en un clin d'oeil. Le vent incessant nettoie tout. Peindre, manger, dormir, fumer, nettoyer la couteraie, pêhcer lorsqu'on a faim ou ne rien foutre pendant des heures. Comme ce clebs vautré sur le sable. Heureux de son sort. Fermer son clapet comme une vache, un arbre ou un caillou. Passent les jours. Ce soir nous partons aux langoustes. "

Les deux comparses se glissent dans le rythme de cette île millénaire, pêchant des langoustines, naviguant, et rendant un vibrant aux habitants de ces îles paradisiaques. Ils se laissent bercer par le vide du temps qui passe, par les vagues et le vent qui chantent, tendent l'oreille à la parole des anciens, admirent les formes des nuages, et regardent tomber les noix de coco...

A leur manière, dans cet album magnifique, ils rendent hommage à un peuple qui s'éteint doucement, attiré par les sirènes de la civilisation...

 

Présentation de l'éditeur : Futuropolis 

Vous aimerez aussi : Le site de Julien Girardot,

 

Va'a, une saison aux Tuamotu, Troub's et Flao, Futuropolis, 2014, 160 p., 22 euros

 

Ma bd du mercredi chez Noukette 

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Mon mois anglais

Publié le par Hélène

Pour la deuxième année je participe au mois anglais organisé par CryssildaTitine et Lou

L'an dernier j'avais fait de belles découvertes :

Thomas Hardy avec Les forestiers et Loin de la foule déchaînée ;  Agnès Grey de Anne Brontë ; Daphné Du Maurier Mary Ann, et j'avais eu deux coups de coeur :

Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha Solomons et L'été solitaire de Elizabeth Von Arnim

 

Côté policier j'avais lu Lignes de fuite de John Harvey ; Un assassinat de qualité de Ann Granger ; Le visage de l'ennemi de Elizabeth Georges.

 

Voici mon programme de cette année, programme totalement utopique je préfère vous prévenir :

1er juin : David Lodge La chute du British Museum, dans le cadre du Blogoclub pour un roman qui se passe à Londres, lecture commune avec Electra

3 juin : L'amour dans un climat froid de Nancy Mittford pour "Vieilles dames indignes"

9 juin : Un mois à la campagne de Carr ou Tess d'Uberville de Hardy (si j'ai le temps de le lire pour cette date) pour "Campagne anglaise"...

15 juin : Nord Sud de Gaskell ou un roman de Dickens pour "Victoriens anglais"

21 juin : Les filles de Hallow Farms de Angela Huth

28 juin : un roman de Agatha Christie, pas encore choisi. LC aussi avec Electra

 

J'ai aussi La couleur des rêves de Rose Tremain et L'excellence de nos aînés de Ivy Compton Burnett que j'aimerais caser...

Rendez-vous le 1er juin...

 

Publié dans Divers

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Pause

Publié le par Hélène

@tourisme Bretagne

Je vous quitte quelques jours pour me ressourcer au grand air breton !

Publié dans Divers

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Tristesse de la terre - Une histoire de Buffalo Bill Cody de Eric VUILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Une légende vivante est un être mort"

Eclaireur lors des guerres indiennes, Buffalo Bill, est connu également pour avoir créé le célèbre Wild West Show, le premier reality show américain. Dans ce spectacle d'envergure mettant en scène la conquête de l'Ouest, il faisait jouer de véritables indiens comme Sitting Bull, construisant ainsi le mythe américain à la gloire de l'exterminateur. Il pose ainsi les bases d'une certaine représentation du monde, déformée par le monde du spectacle, alors que parallèlement, les massacres d'indiens perdurent, comme celui de Wounded Knee en 1890. Mais derrière Buffalo Bill se cache aussi William Frederick Cody, de son véritable nom, un homme somme toute ordinaire devenu lui aussi un mythe le jour où il raconta sa vie à un écrivain au coin d'un bar un soir de dérive. "Incarnation d'un simulacre", il l'est donc à plus d'un titre...

Par petites touches, Eric Vuillard met à jour les contradictions de cet homme atypique à l'origine du mythe américain. Il insère dans son livre des photographies d'indiens vendues à l'issue du spectacle, parce que selon lui quelque chose résiste malgré tout sur ces photographies qui réussissent à saisir quelque chose de l'âme de ces indiens. Et, bien loin du show de Cody, ce supplément d'âme nous parle de leur souffrance infinie face à l'extermination de leur peuple ... 

Au terme du récit fragmenté de sa vie, sous la plume de Vuillard, Buffalo Bill redevient un être humain face à la mort qui a elle aussi payé sa place pour le spectacle de sa mort, et non plus un être mythique. Le mythe a vécu devant le regard éperdu d'un rescapé...

"Regardons-le une dernière fois.

Aimons sa tristesse ; son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être ! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu'il faut écrire. S'il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte."

Un ultime chapitre "La neige" vient clore ce magnifique petit livre, comme une invitation à réinterpréter la vie, la vie qui peut être elle-même un spectacle permanent pour qui sait l'observer. "La neige" est celle de Wilson Bentley, premier homme à avoir photographié un flocon de neige. Cet homme vrai, si éloigné de Cody et de ses spectacles factices, un homme qui cherchait à saisir l'essence du monde, que ce soit en photographiant le vent, ou en traquant l'infime dans les moindres recoins : "Un peu plus tard, il photographia aussi les gouttes de rosée. On dit qu'il les guettait le matin sur les pattes des sauterelles."

"La nature est un spectacle. Oh, bien sûr, ce n'est pas le seul. La pensée aussi. Et il y en a d'autres. Et Wilson, le toqué du Vermont, conçoit soudain que la vie est un grand disparate, que les flocons de neige, comme les traces du ballon sur le mur de la cour, il n'y en a pas deux pareils. Et voici qu'il se met à scruter les gouttes d'eau, la vapeur, le brouillard, tous ces phénomènes infimes, imprédictibles, impondérables. C'est extraordinaire une goutte d'eau, sa transparence trompeuse, son galbe, ses renflures, ses incroyables reflets. Il n'en revient pas Wilson. Ca le sidère toute cette richesse qui se cache. Et il ne comprend pas pourquoi on ne regarde pas mieux, pourquoi on ne se penche pas davantage sur les pommes de pin, les écorces d'arbre, les petits galets de la rivière. La légèreté le fascine. L'inconstance le laisse démuni. La douceur le charme."

Photomicrographie d'un flocon de neige de Bentley en 1890.

A courir après des chimères, quelquefois, l'homme finit par capturer un morceau d'éternité...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : Télérama 

Babelio

 

Tristesse de la terre, Une histoire de Buffalo Bill Cody, Actes Sud, août 2014, 176 p., 18 euros

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Le liseur du 6h27 de Jean-Paul DIDIERLAURENT

Publié le par Hélène

Guylain travaille dans une usine, alimentant un espèce de monstre, machine effrayante qui happe les livres. Guylain déteste son travail, ses chefs, ses collègues. Ses seuls plaisirs consistent à lire chaque matin dans le RER de 6h27 des pages rescapées du monstre qui les absorbe aux autres voyageurs et à parler à son poisson rouge. Ses amis sont tout aussi étranges que lui : son meilleur ami n'a plus de jambes et son autre ami est un obsédé de l'alexandrin dont il use et abuse :

"Gardez-vous pour toujours de réveiler mes nerfs,

Sous les plus beaux atours, se cache souvent mégère.

Si je suis serviteur je n'en reste pas moins

Concernant ce secteur maître de vos destins !"

Sa vie suit une routine aliénante jusqu'au jour où il trouve dans osn rer une clé usb..."

L'existence de Guylain est maussade, jusqu'au jour où il trouve une clé USB malencontreusement oubliée dans le RER par une jeune écrivaine en herbe... 

La première partie du roman est originale, offrant une réflexion intéresante sur le destin des livres vite lus et vite pillonés ainsi que sur le pouvoir de la lecture. Mais, rapidement, l'ensemble devient de plus en plus "gentillet" et bourré de bons sentiments qui noient le propos dans une mer de bienveillance...

Ce que je n'ai pas aiméCe roman renferme tout ce que je n'aime pas dans la littérature française : une vue sans perspectives qui s'amuse à décrire un quotidien de français dépressif vivant sa routine comme un sacerdoce et pour qui le seul espoir demeure dans l'ammmûûûûûr... "Optimiste", "Enchanteur" disent certains ? Je ne l'ai pas vécu comme cela, je pense que l'on aurait pu se passer de cette histoire d'amour pour se concentrer sur le pouvoir des livres, de la lecture, des poissons rouge, que sais-je, sans transformer la vie de ce pauvre Guylain en love story aux relens de fleur bleue. 

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Le liseur de 6h27, Jean-Paul Didierlaurent, Folio, mai 2014, 7.10 euros

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Le bigorneau fait la roue de Hervé POUZOULLIC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Marc est un jeune homme qui se laisse porter par les évènements, lové dans un cocon douillé d'étudiant. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il recherche le grand amour, mais ne brille guère par ses éclats de séducteur... Jusqu'à ce que l'illumination arrive en son âme : pour qu'un couple dure, le secret est l'incompréhension mutuelle ! Fort de cet axiome, il se lance à la conquête de belles étrangères, à ses risques et périls ! Si cela a quelques avantages  comme : 

"- La découverte d'une nouvelle culture et d'un autre pays

- Une autre manière de dire je t'aime

- Le bien-être quand l'autre vous insulte dans sa langue maternelle et que vous ne comprenez rien

- L'excuse de la mésentente culturelle quand votre partenaire se comporte comme un con."

Il se heurte aussi aux limites du système :

"- Vous ne comprenez pas pourquoi l'autre vous quitte (dans une relation, l'incompréhension a toujours le dernier mot)

- Vous ne comprenez pas pourquoi il reste non plus." 

Il enchaîne une campagne en Italie, aux Etats-Unis et en Russie, mais inexorablement les mêmes phases reviennent : "Dévastation, sevrage, intériorisation, rage, relèvement." Jusqu'au jour où il rencontre celle qu'il veut "mistoufler" pour la vie ( mistoufler "c'est un mot qui n'existe pas et que je viens d'inventer pour définir ce qu'on ne comprend pas, et qui nous pousse l'un vers l'autre.")

Dans ce premier roman empli de fraîcheur, Hervé Pouzoullic peint les déboires d'une génération en quête du grand amour. Mais ce thème est aussi un prétexte pour raconter son quotidien, l'enfance qu'on laisse derrière soi, les vacances en Bretagne, la famille millénaire : 

"Désormais le bruit des vagues sur la falaise et les cris des goélands avaient remplacé nos éclats de rire enfantins. Les portes de la maison s'ouvraient moins souvent, les petits-enfants avaient quitté cet endroit pour vivre leur vie. Mais, à Paris ou ailleurs, nos coeurs battaient ensemble au rythme des marées. En nous ancrant dans son monde de goémon et de granit, ma grand-mère nous avait donné la force de partir. Et de vivre heureux." p.49

Hervé Pouzoullic est un grand gamin qui s'amuse à écrire comme les grands auteurs classiques, offrant ainsi des dialogues truculents et intelligents.  Entre le "chick-lit masculin" et une subtilité rafraîchissante, vous risquez de tomber sous le charme de ce "bigorneau faisant la roue"...

 

Présentation de l'éditeur : Editions  Anne Carrière  

 

Le bigorneau fait la roue, Hervé Pouzoullic, Editions Anne Carrière, mars 2016, 240 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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7 années de bonheur de Etgar KERET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Ce que ça peut être flippant, les attentats terroristes,

dit l'infirmière fluette à sa collègue plus âgée.

Tu veux un chewing?" 

Etgar Keret raconte ici 7 années de sa vie à Tel Aviv entre la naissance de son fils, sa soeur ultra-orthodoxe et ses onze enfants, les chauffeurs de taxi irascibles, ses parents rescapée de l'Holocauste, les tournées littéraires mouvementées, avec toujours en toile de fond, cette peur des bombardements... 

Ainsi avec sa femme ils pratiquent un moment la philosophie du si-je-dois-partir-en-fumée-je-ne-veux-pas-mourir-en-gogo devant l'imminence de l'explosion probable d'une bombe nucléaire sur leur quartier. Ils décident ainsi de ne pas réparer leur plafond délabré puisque la ville va être rayée de la carte prochainement, puis reportent également les travaux de jardinage, "Pourquoi sacrifier inutilement, en les plantant, des violettes, des jeunes citronniers et de jeunes orangers -ce serait du gâchis. Si j'en crois Wiipédia, ils sont particulièrement sensibles aux radiations.",  puis renoncent à faire la vaisselle car ils ne veulent pas mourir en faisant la vaisselle, suppriment le ménage, la sortie des poubelles, font un prêt astronomique à la banque jusqu'à ce que le doute s'installe... Et si les iraniens ne bombardaient pas la ville ???

Vous l'aurez compris, le ton est décalé, l'humour permettant à l'auteur d'affronter cette situation instable quotidienne et d'instiller du bonheur là où le chaos règne. 

"Quelques semaines avant la naissance de notre fils Lev, voilà bientôt quatre ans, deux questions de la plus haute importance philosophique se sont présentées à nous.

La première, va-t-il ressembler à sa maman ou à son papa, a reçu une réponse rapide et sans équivoque à sa naissance : il était beau. Ou, ainsi que le dit ma chère épouse avec beaucoup d'à propos, "La seule chose qu'il ait hérité de toi, ce sont ces longs poils dans le dos."

Quant à la seconde, que-fera-t-il-quand-il-sera-grand, elle nous a tarabustés pendant les trois premières années de sa vie. Son mauvais caractère semblait le destiner à une carrière de chauffeur de taxi ; sa capacité phénoménale à se trouver des excuses le prédisposait plutôt au métier d'avocat ; et l'impérieuse domination qu'il a  constamment exercée sur les autres montrait qu'il pouvait aspirer à occuper un poste élevé au sein d'un quelconque gouvernement totalitaire. Mais depuis quelques mois, le brouillard qui estompait l'avenir rose et replet de notre fils a commencé à se dissiper. Il sera probablement livreur de lait, sans quoi son étonnante aptitude à se réveiller chaque matin à cinq heures trente puis, immanquablement à venir nous réveiller aussi, ne servirait strictement à rien." p. 85

Avec autodérision et un humour incisif revigorant Edgar Keret évoque en filigrane tout au long de ces 7 années de bonheur des questions essentielles et universelles.

"D'ailleurs, on le dit bien : "Ce n'est pas parce qu'on est paranoïaque qu'on n'est pas persécuté." Au cours des vingt ans où j'ai voyagé un peu partout dans le monde, j'ai connu ma part d'actes, de gestes et de paroles antisémites authentiques qu'on ne peut expliquer par aucune erreur de prononciation." p. 41

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier ; Points

D'autres avis : Babélio

 

 

7 années de bonheur, Etgar Keret, traduit de l'anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, Points, 2015, 185 p., 6.50 euros

Publié dans Littérature Asie

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L'autobus de Eugenia ALMEIDA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Dans une petite fille au fin fond de l'Argentine un homme et une jeune femme attendent un autobus dans un café. Mais celui-ci passe comme une trombe, sans marquer l'arrêt. Quatre jours durant, la même scène se reproduit. Ils ne sont pas les seuls à espérer prendre cet autobus : l'avocat Ponce attend également, sa soeur devant regagner la capitale. Leur patience poussée à bout, les deux jeunes gens, décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Pendant ce temps le village s'interroge et découvre petit à petit les raisons glaçantes de ce changement d'habitude... L'inquiétude devient sourde, enserrant les esprits dans des serres dictatoriales subtiles, la folie guettant, dans l'ombre de ces vies subies... L'histoire de l'avocat Ponce et de sa femme fait ainsi figure d'allégorie : la femme de Ponce accepte les choix de son mari et leur couple qui ne repose sur rien, subissant un quotidien oppressant, et s'échappant petit à petit dans un monde parallèle. 

Eugenia Almeida peint avec retenue et puissance une réalité qui se dégrade, des masques qui tombent un à un, tout comme les "subversifs" qui n'en finissent pas de disparaître...

 

Présentation de l'éditeur : Métailié 

D'autres avis : Télérama ; Clarabel ; Anne

 

L'autobus, Eugenia Almeida, traduit de l'espagnol (Argentine) par René Solis, Métailié suites, 2012, 126 p., 7 euros 

 

Merci à l'éditeur.

réalité qui se dégrade masques tombent un à un.
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Tante Rosa de Sevgui SOYSAL

Publié le par Hélène

♥ ♥

Sevgi Soysal est née à Istanbul en 1936. Elle publie Tante Rosa en 1968 ce qui lui vaut la consécration littéraire, mais aussi la surveillance des autorités pour qui le texte est trop ouvertement féministe concernant les relations des hommes et des femmes et l'institution du mariage. 

Cette Tante Rosa en effet tente par tous les moyens de gagner sa liberté et son indépendance. Nourrie aux idéaux de la revue "Entre Nous" et de ses textes à l'eau de rose, elle veut par dessus tout trouver l'amour, quitte à changer de mari plusieurs fois, quitte à abandonner ses enfants, quitte à errer de petits boulots en petits boulots. En 14 chapitres, 14 tranches de vie cubistes, le portrait d'une femme frondeuse se dessine, une femme pour qui la vie de femme au foyer et de mère ne sera jamais une évidence... Malheureusement, elle se heurte aux réalités sociales de l'époque, et rien ne semble lui réussir...

Si l'auteure dit s'inspirer ici - très librement - des vies de sa grand-mère, de sa mère et de sa tante dans l'Allemagne d'après-guerre, elle semble tout aussi déjantée que cette charmante tante : quand on lui demandait pourquoi elle s'était mise à écrire, elle répondait : "Je crois que le joint de mon robinet était usé, alors j'ai commencé."

Un beau témoignage décapant d'une prise de conscience fulgurante de la condition féminine ! 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Intervalles

D'autres avisYves - que je remercie pour le prêt. 

 

Tante Rosa, Sevgui Soysal, traduit du turc par Calire Simondin, Editions Intervalles, mars 2016, 110 p., 17 euros

Publié dans Littérature Europe

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Les petits sentiers d'Obaasan de Delphine ROUX et Pascale MOTEKI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Dans le présent, ici et maintenant."

Mon avis :

♥ ♥ ♥

Ce bel album tout en douceur nous conte la rencontre entre une grand mère de 70 ans et une petite fille de 8 ans, et nous berce avec leur relation faite de petits riens comme fabriquer des poupées, faire un gâteau au thé matcha...

"Obaasan avait l'art de rendre les choses simples aussi précieuses que la danse des lucioles."

Ponctuée d'haïkus, l'album nous berce avec sa douce mélancolie :

"J'aimerais renaître

Si c'était possible

Aussi modeste qu'une violette."

L'avis d'Anaïs, 7 ans :

♥ ♥ ♥

J'ai été touchée par l'histoire et le lien entre cette grand-mère et la petite fille.

J'ai trouvé que c'était gai parce que Obaasan est toujours de bonne humeur et invente plein de choses pour "partager son savoir". J'ai beaucoup aimé quand elle dit à la jeune fille "Va où va ta joie" car elle lui dit d'aller là où elle est heureuse, où elle a envie d'aller.

Et puis j'ai beaucoup aimé la chanson :

Cerisiers, cerisiers,
Sur les collines verdoyantes et les montagnes
Aussi loin qu'on peut voir.
Est-ce du brouillard ou des nuages ?
Parfum dans le soleil du matin.
Cerisiers, cerisiers,
Fleurs en pleine floraison.

Cerisiers, cerisiers,
À travers le ciel de printemps,
Aussi loin qu'on peut voir.
Est-ce du brouillard ou des nuages ?
Parfum dans l'air.
Viens maintenant, viens,
Regardons enfin !

 

Les petits sentiers d'Obaasan, texte de Delphine Roux et illustrations de Pascale Moteki, Picquier jeunesse, 2016, 13.50 euros

A partir de 7 ans.

Merci à l'éditeur

Les petits sentiers d'Obaasan de Delphine ROUX et Pascale MOTEKI

Publié dans Jeunesse Album

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