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La colline des potences de Dorothy M. JOHNSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Adieu Aventure ! Tu es une amante volage." 

Le grand Ouest américain au XIXème siècle. Ses paysages à couper le souffle, ses hommes affluant dans l'espoir de trouver le filon qui les enrichira, ses brigands prêts à voler au premier venu son butin, ses indiens chevauchant dans les plaines. Ses westerns inoubliables. 

Dans un style taillé au cordeau, Dorothy M. Johnson explore ces contrées hantées par les prospecteurs et les indiens. Mais au-delà du simple conflit entre cow-boys et indiens, elle nous convie surtout aux confins de l'âme humaine. Derrière le western se tapit en effet tout un réseau de questionnements profondément humains, provoquant le lecteur pour le mener vers davantage de lumière et l'amener à, peut-être, comprendre et accepter sa destinée.

Une soeur disparue racontant le retour de Bessie dans sa famille après avoir vécu plusieurs années chez les Indiens permet de s'interroger sur ce qui forge notre identité : est-ce notre naissance, de l'inné, ou est-ce l'éducation, l'acquis ? Comment devenons-nous ce que nous sommes ? N'est-ce que le hasard qui décide pour nous ? Le destin est au coeur de ce Montana mythique : le cow boy de Au réveil, j'étais un hors-la-loi a rejoint par hasard des bandits délinquants mais John Rossum dans L'homme qui connaissait le Buckskin Kid manque son rendez-vous avec une légende de l'ouest Buckskin Kid, sauvé par une femme. Dans L'histoire de Charley comme dans les autres nouvelles, les destinées humaines se séparent, se retrouvent au hasard de la vie, des trajectoires se manquent quand d'autres s'unissent. Dans un tel flou, il importe de mettre en avant la morale, ce qui fait de nous des êtres humains. 

Les relations complexes tissées entre les êtres se densifient encore davantage quand l'amour s'en mêle. Amour et dignité ne font pas bon ménage et certains s'interdisent d'aimer parce qu'ils ne se sentent pas digne de l'être, comme Caleb dans Un présent sur la piste qui aurait aimé être un héros aux yeux de la belle Fortune, et va pourtant comprendre que l'héroïsme a différentes acceptions. Comme Wolfer Joe Kennedy dans Une dernière fanfaronnade qui se souvient au moment de sa mort se souvient avoir fait une seule chose de bien dans sa vie : avoir trahie une femme. Pour son bien. Parce qu'un prospecteur suit l'or pas les femmes, parce qu'un prospecteur a peur du temps qui passe et de l'amour qui s'étiole. Parce qu'un prospecteur est un homme. Ou encore comme Steve, l'homme amoureux d'Une squaw traditionnelle.  Dans Journal d'aventure, le chercheur d'or Edward Morgan contracte une dette envers une jeune indienne, et par dignité, il l'honorera même s'il doit là encore sacrifier son amour. 

La colline des potences est évidemment la nouvelle du recueil la plus aboutie, regroupant l'ensemble de ces pistes pour mener le western à son sommet.  La relation entre la fière Elizabeth et Joe Frail dans l'atmosphère inquiétante du campement de Skumm Creek vibre de sincérité et de profondeur. Frail est hanté par la potence qui semble le guetter, par sa mort qu'il croit reconnaître dans les yeux de ceux qu'il croise, seule une femme, Elizabeth, pourra peut-être le sauver de ses démons et le pousser à accepter la vie et l'amour. 

Un magnifique recueil qui nous rappelle combien le western est un genre essentiel !

 

Présentation chez Gallmeister

 

La colline des potences, Dorothy M. Johnson, traduit de l'américain par Lili Sztajn, Gallmeister, juin 2015, Totem, 301 p., 10.00 euros

 

Adapté au cinéma par Delmer Daves en 1959 :

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Un assassinat de qualité de Ann GRANGER

Publié le par Hélène

♥ ♥

"C'est pas d'être dans la rue qui est dangereux. c'est d'être une femme, un point c'est tout." 

Londres 1867. Le brouillard rôde dans les rues de la capitale, enveloppant les êtres dans une opacité inquiétante. En rentrant chez lui, l'inspecteur Ben Ross croise une jeune femme qui affirme avoir rencontré un spectre qui aurait cherché à l'étrangler. Elucubrations ou réalité ? Quand le lendemain l'inspecteur apprend qu'une jeune femme a été assassinée dans Green Park, il s'intéresse de près à ce drôle de fantôme. Il s'intéresse alors à cette belle assassinée, Allegra Benedict, riche épouse italienne d'un marchand d'art. Son épouse Lizzie se penche également sur la vie privée de la jeune femme et découvre quelques zones d'ombre...

L'atmosphère londonienne entre brouillard et éclaircies convient tout à fait à cette enquête centrée sur la vie claire-obscure d'Allegra. En filigrane s'esquissent des réflexions plus modernes sur le statut des femmes et leurs rapports aux hommes ou encore sur l'embrigadement des sectes religieuses. Ce décalage entre l'époque victorienne et ces problématiques plus contemporaines est assez troublant. De plus, la psychologie des personnages reste assez sommaire si bien qu'en résumé croman assez classique ne me laissera pas une impression durable. 

Il s'agit du troisième tome de la série consacrée aux enquêtes de Ben et Lizzie, après Un intérêt particulier pour les morts et La curiosité est un pêché mortel. 

Présentation de l'éditeur 10/18

 

Merci à l'éditeur.

 

Lu dans le cadre de ma participation au mois anglais

Publié dans Roman policier Europe

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5 ans de blog !

Publié le par Hélène

D'habitude je ne fais pas de billet pour mes anniversaires de blog, mais là, quand même, 5 ans, mon jeune blog réclamait une fête avec ballons et flonflons, plein de copains et copines pour danser et hurler "libérée, délivrée", et un gros gâteau au chocolat bien bourratif en forme de château de princesse. 5 ans quoi ! Dans ma grande bonté maternelle, j'ai cédé.

@lecturissime

@lecturissime

Comme j'ai loosé sur la forme de princesse du gâteau, je me suis rattrapée en organisant un petit feu d'artifice privé :

 

@lecturissime

@lecturissime

Et la chanson réclamez-vous à corps et à cris ? Allez, c'est cadeau : 

5 ans c'est aussi l'occasion de faire le point, notamment sur les orientations du blog.

Mon premier billet était sur "La patience des buffles sous la pluie" un livre peu connu de David Thomas pour lequel j'ai eu un réel coup de coeur lors de ma participation au jury du prix orange du livre. Et ce billet résumait bien ce que j'attendais de ce blog : faire connaître des artistes moins connus, partager des coups de coeur, échanger. En clin d'oeil, je publie aujourd'hui mon billet sur le dernier roman de David Thomas Hortensias.

Pendant un temps néanmoins, j'ai écouté l'appel des sirènes des services de presse en acceptant un peu tout et n'importe quoi, par euphorie sans doute. Puis je me suis rendue compte que de fait mon blog ne ressemblait plus à ce que j'avais envie d'en faire, je l'avais mal éduqué et il glissait sur la mauvaise pente ! Je retourne maintenant davantage vers mes goûts premiers : le nature writing, les romans chantant le bonheur du quotidien, les étrangers qui ouvrent l'esprit et nous font voyager. Récemment j'ai lu un billet de Sabine dans lequel elle aborde la question de la rentrée littéraire et elle résume bien la vision que j'ai de la raison d'être de mon blog :  http://lecarrejaune.canalblog.com/archives/2015/06/09/32191663.html

Je ne vais pas vous étourdir de chiffres, parce que comme mon bébé blog je ne sais compter que jusqu'à 10, mais je note tout de même que ce mois-ci j'ai aussi publié mon 1000 ème article !

Tous les blogueurs me rejoindront sur ce point je pense, l'intérêt premier de s'exprimer en ces pages est de pouvoir partager, vibrer avec d'autres, faire partie d'une communauté qui vous comprend et ne vous demande pas :  "Mais pourquoi tu as autant de livres chez toi ? Ca t'encombre non ? Tu les as tous lus ? Quoi ? 200 que tu n'as pas lus ? Mais pourquoi tu continues d'acheter autant alors ? Et comment tu trouves le temps de lire autant ? A quoi ça sert ?" Effectivement la lecture a un aspect égocentrique, on se retrouve isolé le temps de tourner les pages, mais ensuite, ensuite, on passe le flambeau, et l'alchimie se fait.

Puisque mon bébé blog souhaite convier copains et copines, je résumerais ce blogo-anniversaire en disant  simplement :  merci d'être là...

Publié dans Divers

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Hortensias de David THOMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Les souvenirs ne sont pas faits pour être justes et vrais, ils sont faits pour être ces terriers dans lesquels on s'engouffre pour souffler un peu du présent."

Mon avis :

La patience des buffles sous la pluie  fut le premier titre dont j'ai parlé sur ce blog en 2010. Parce qu'il m'avait touché, parce que j'avais trouvé ses pages très justes, parce que j'avais ri, parce que j'avais été émue, parce que l'auteur était discret, parce que l'éditeur n'était pas connu... Je ne pouvais donc que revenir vers mes premières amours 5 ans après -parce que, oui, je l'affirme, je suis une femme fidèle- ! Et c'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé le discret David Thomas, toujours un peu dépressif, mais toujours drôle, décalé et intelligent. Cette alliance subtile entre le désespoir et la lucidité donnerait presque envie d'entamer une petite dépression tellement la lumière finit par jaillir des heures sombres, plus pure que jamais.

Il met en scène Gabriel Vialle, cinquante ans qui apprend la mort de sa mère et décide simultanément de mettre fin à une relation passionnelle aliénante. Pour ce faire, il choisit une méthode radicale visant à la fois à faire son deuil et à éviter la furie nommée Irène qui le poursuit : il s'enferme chez lui et se plonge dans ses souvenirs et son passé aux Baléares, à Formentera : "Je ne suis pas en vacances, je suis en ermitage, je suis avec mon père et ma mère, avec mes racines."

Il convie à ses côtés les êtres qu'il a aimés pour les faire revivre le temps de son exil, pour leur dire aussi un dernier adieu, mais aussi pour mieux comprendre ses propres failles, ses errances, ses folies :

"Quand on a connu ses premières années heureuses, l'enfance est un boulet rose que l'on traîne en chantant pour se convaincre que la vie n'est pas si noire." p. 19

Le passé ne s'efface pas d'un coup de crayon, il est profondément ancré en l'être humain, et Gabriel demeure un petit garçon perdu qui hurle dans un coin de sa tête d'homme mûr et adulte. Tétanisé par l'abandon de sa mère, il oscille entre l'envie d'enfouir ces années au plus profond de son esprit, mais reste assez lucide pour savoir que là n'est pas la solution.

"Voilà, au fond, c'était simple, si simple, il suffisait de décider et de ne plus réfléchir. Faire des gestes, s'en tenir aux gestes. Et si des questions angoissantes parvenaient à se glisser dans les interstices du cerveau, ne pas y répondre, faire le geste comme on empoigne une cavité sur la paroi et se hisser un peu plus haut. Penser, c'était glisser." p. 182

Il décide finalement de quitter sa chambre et de se rendre dans le village de son enfance, pour marcher sur les traces de l'enfant qu'il fut. 

"Non, ça n'allait pas me manquer, ce qui manque, c'est ce qu'on a perdu, mais moi je n'avais rien perdu, au contraire, j'avais tout récupéré. Je n'avais pas perdu mon père, ma mère, la maison, Anita, les gamins, les plages, les rochers, les hippies, Barcelone, Irène... J'étais rempli de toutes ces choses-là, composé de tout ce que j'avais vécu. rien n'est perdu quand on se souvient." p. 227

Alliant profondeur et humour, ce petit bijou d'autodérision est parfait pour fêter dignement ces 5 années de blog ! A lire !

Présentation de l'éditeur :

Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  La patience des buffles sous la pluie  ; Un silence de clairière Je n’ai pas fini de regarder le monde  ; On ne va pas se raconter d'histoires

D'autres avis :

 

Hortensias, David Thomas, Stock, avril 2015, 232 p., 18.50 euros

 

Merci à l'éditeur

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Bonne fête des pères !

Publié le par Hélène

Publié dans Divers

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Jack Rosenblum rêve en anglais de Natasha SOLOMONS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"L'assimilation, là était le secret." 

Mon avis :

Jack Rosenblum est arrivé en Angleterre en 1937, devenu persona non grata dans son Allemagne natale. Il s'efforce depuis cette date de s'intégrer au mieux à la société anglaise, en suivant et rédigeant lui-même un guide complet des us et coutumes anglaises à respecter pour se fondre dans le paysage et devenir un parfait gentleman : discrétion, politesse, absence d'engagement politique, si possible ne plus lire les journaux allemands, manger de la marmelade, s'adapter à la météo pluvieuse.. Sa femme Sadie est atterrée par cette volonté de gommer ses origines juives et elle reste profondément attachée à son passé et aux proches qu'elle a perdus. Seulement Jack se heurte à un obstacle : impossible pour lui d'intégrer un quelconque club de golf à Londres. Il décide alors de créer son propre club à la campagne, dans le Dorset.

Si Jack Rosenblum est relativement antipathique au début du roman, obnubilé par son assimilation au point de délaisser sa femme pas assez anglaise à son goût, il évolue au fil des évènement et gagne en humanité. Se laissant gagner par le charme de la campagne, il rencontre des cochons laiteux, danse avec sa femme au milieu des jacinthes sous la pluie, se fait des amis au charme nébuleux, et s'adapte finalement parfaitement à sa vie "au milieu des daims, des blaireaux et des cochons laiteux." 

"Ce soir, j'ai vu un feu follet. Je savais qu'il s'agissait d'une simple boule de lumière phorsphorescente, mais j'aurais aimé qu'elle soit magique ou mystique. Ne souhaiteriez-vous pas vivre dans un tel monde, monsieur Jones ? Un monde habité par la magie, et non pas le ciment et les pavillons ?" p. 220

Il retrouve peu à peu son identité perdue dans sa course à l'intégration

Un véritable enchantement que ce petit roman. conte de fée loufoque et savoureux !

J'ouvre ici une parenthèse pour remercier la blogo qui l'a mis sur ma route ! Après la lecture décevante du Manoir de Tyneford, tout le monde m'avait dit que celui-ci était bien meilleur, et je suis très heureuse d'avoir suivi leurs conseils avisés. Et merci au mois anglais et à Galéa qui m'ont poussée à le sortir de ma PAL.   

 

Présentation chez Le livre de poche

Du même auteur : Le manoir de Tyneford

D'autres avis : Kathel, Luocine, Keishales 8 plumes 

 

Jack Rosenblum rêve en anglais, Natasha Solomons, Le livre de poche, roman traduit de l'anglais par Nathalie Peronny, 2011, 429 p., 7.10 euros

 

Lecture commune autour de Natasha Solomons avec Galéa et Fleur dans le cadre du mois anglais. 

Publié dans Littérature Europe

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L'Ouzbek muet et autres histoires clandestines de Luis SEPULVEDA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Parce qu'il fallait se battre coûte que coûte, parce que aimer la vie signifiait résister, au Chili dans les années 60, tous les jeunes étaient révolutionnaires. Toujours courageux, quelquefois ingénieux, souvent imprudents, ils créaient des groupes, quitte à n'être que deux, et se lançaient à coeur et corps perdu dans la lutte pour ébranler le pouvoir en place. Comme les Farch, ce groupe de quatre jeunes gens qui décident de braquer une banque : "ou d'exproprier au nom du peuple les biens accumulés par la bourgeoisie, après une lecture passionnée de Que faire ? de Lénine et un coup d'oeil sur la réalité environnante. (...) L'heure était venue pour les FARCH de répondre "Présent !" dans le panorama insurectionnel du cône Sud Latino-américain." p. 39 A peine sorti de l'adolescence, El Flaco, l'un d'eux chante Blue velvet pendant l'attaque de la banque, pour apaiser les tensions (sic) mais aussi parce qu'il saisit là sa seule chance d'avoir un vrai public ! D'autres décident de placer des bombes dans des statues-lions, avant de se rendre compte que ce sont des trompe-l'oeil. Leur enthousiasme n'a d'égal que leur maladresse ! 

Dans ces nouvelles clandestines, on rencontre le Che, des condors fuyants, des chanteurs attendant leur heure de gloire, des activistes à l'instinct maternel très développé...

Mais derrière l'humour et la tendresse que Sepulveda éprouve envers ces jeunes têtes brûlées, se cache de beaux portraits d'hommes sincères et profondément humains : "Camilo s'appelait José Ramon Ramirez Candia? Il était né à Curico en 1948 dans une famille modeste et avait étudié la mécanique aux Arts et Métiers? Anna connaissait sa vie dans les moindres détails. Il n'était ni ombrageux ni orgueilleux et peu lui importait que les autres Chiliens comprennent ou non qu'il ne se battait pas pour la liberté mais pour ne pas oublier qu'il était un homme libre, qu'il ne se battait pas pour la justice, mais pour ne pas oublier qu'il était un homme juste." 

Un bel hommage rendu au temps où on pouvait rêver "d'être jeune sans en demander la permission."  

 

Présentation chez Métailié 

Du même auteur :  Le vieux qui lisait des romans d’amour ;  Dernières nouvelles du Sud  ; Ingrédients pour une vie de passions formidables

D'autres avis chez Yves Jostein 

 

L'ouzbek muet, Luis Sépulveda, traduit de l'espagnol (Chili) par Betille Hausberg, Métailié, 2015, 132 p., 16 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Le visage de l'ennemi d'Elizabeth GEORGES

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Roman policier au suspens indéniable, ce roman permet également au lecteur de pénétrer dans le monde particulier du carriérisme politique et dans l'univers trouble de la presse à scandale. Les personnages attachants d'Elizabeth George sont à nouveau au rendez-vous, pour le plus grand bonheur du lecteur.

Eve Bowen est une femme de tête ambitieuse, sous-secrétaire du premier ministre britannique. Après une liaison sans lendemain douze ans auparavant lors d'un congrès avec un journaliste, elle s'est retrouvée enceinte et a gardé l'enfant voyant là une occasion de montrer qu'elle pouvait mener de front vie de femme et vie politique. Or un beau jour, sa fille se fait enlever et ne lui sera rendue que si le nom du père est révélé, ce qui risquerait de briser se carrière.

Il s'agit d'un roman policier très fouillé psychologiquement parlant. Nous retrouvons les héros d'Elizabeth George : Saint-James, Linley et sa coéquipière Barbara et Deborah qui vont devoir démêler les fils compliqués de cette intrigue politico-journalistique.

L'histoire se passe à l'époque de l'écriture du roman fin des années 90. Même si la politique est au cœur du roman, aucun nom n'est cité, seul l'aspect psychologique des fonctions politiques ou journalistiques est abordé. L'intrigue se divise sur deux scènes : à Londres, et dans la campagne londonienne où Barbara est envoyée pour mener l'enquête auprès d'un policier au charme particulier...

Le suspense est omniprésent, les évènements s'enchaînant à un rythme soutenu, ne laissant guère de répit à l'attention du lecteur. La psychologie des personnages est très travaillée, comme toujours chez Elizabeth George. Ceux-ci sont nombreux, puisqu'ils incluent non seulement les membres de la fine équipe habituelle d'Elizabeth George, mais aussi ceux liés à l'intrigue de l'affaire présente aussi profonde que les autres.

Ce que j'ai moins aimé :

- Un peu long.

- La caricature quelquefois excessive de la politicienne.

Présentation de l'éditeur :

Pocket

D'autres avis :

Babélio

 

Le visage de l'ennemi, Elizabeth Georges, Pocket, 2012, 768 p., 8.40 euros

 

Publié dans Roman policier Europe

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Mary Anne de Daphné DU MAURIER

Publié le par Hélène

 ♥ ♥

"La malchance était un méchant lutin, il fallait lui cracher à la figure, la combattre, l'écraser ; la fortune était une proie à saisir et à ne plus lâcher ; la vie, une aventure, une alliée et non une ennemie."

Ce que j'ai aimé :

Mary Anne Clarke est la trisaïeule de l'auteure : sa fille, Ellen, épousa Louis-Mathurin Busson du Maurier et fut la mère du caricaturiste George du Maurier (1834-1896) et donc la grand-mère de la romancière Daphné du Maurier. Cette dernière nous conte la destinée hors du commun de cette courtisane renommée du fin XVIIIème, éprise de liberté et prête à tout pour mettre ses enfants à l'abri du besoin. 

Filles des rues, elle passe son enfance dans l'impasse de Bowling Inn à Londres, dans une famille modeste rapidement à court d'argent à cause des errances de son beau-père. Gamine intelligente et débrouillarde, la jeune Mary Anne espère des jours meilleurs et pense qu'en se mariant avec John, jeune héritier prometteur, elle pourra enfin sortir de la misère. Mais elle comprend  rapidement que son mari n'est pas le riche héritier talentueux qui lui promettait un avenir à l'abri du besoin, et malgré son attachement pour lui, elle cherche alors une autre voie vers son destin. C'est alors que l'opportunité de devenir une courtisane vendant ses charmes aux grands de ce monde se présente à elle. Et c'est ainsi qu'elle deviendra la maîtresse du duc d'York fils du roi et chef des armées britanniques en lutte contre Napoléon. Mais Mary Anne en veut toujours davantage, refusant de retourner au ruisseau en fonction des désirs aléatoires d'un homme...

Daphné Du Maurier nous offre un portrait vibrant et pathétique de cette femme victime de la condition féminine de son époque, une jeune femme prête à payer n'importe quel prix pour acquérir une certaine forme de liberté.

"Les matins avaient toujours le même parfum frais et excitant, et la mer de Boulogne étincelait comme jadis à Brighton. Elle quittait ses souliers, sentit le sable sous ses pieds nus, l'eau entre ses orteils. "Mère !" s'écriaient les vierges et vestales accourues en agitant leurs ombrelles... mais c'était cela, la vie, cette exultation soudaine, cette joie sans cause qui vous animait le sang, à huit ans comme à cinquante-deux. Cela s'emparait d'elle à présent comme toujours, flot ardent, griserie. Ce moment compte. Ce moment et pas un autre." p. 403

Ce que j'ai moins aimé :

Le premier chapitre présente la fin de la vie de Mary Anne et des êtres qui l'ont aimée, ce qui dévoile déjà certains aspects de son histoire... Je n'apprécie pas tellement ce prodécé qui fait commencer par la fin.

De nombreux détails financiers alourdissent le récit et l'épisode du procés est très long !

Présentation de l'éditeur :

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Rebecca

Autre : Les forestiers de Thomas Hardy

D'autres avis :

Lu dans le cadre du mois anglais, ce jour était consacré à la romancière Daphné du Maurier

 

Publié dans Littérature Europe

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Le phare, voyage immobile de Paolo RUMIZ

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Solide et retranché dans le bas, comme une forteresse, léger et lumineux dans le haut, le phare est en plus un magnifique mirador, un aimant irrésistible pour les pensées vagabondes." p. 85

Ce que j'ai aimé :

Au printemps 2014 l'auteur s'isole sur une île dans un phare au milieu de la Méditerranée. Son île fait 1km de long sur 200 mètres de large. Ce voyageur insatiable qui a longé les 7000 kilomètres des frontières de l'Europe, de l'Arctique à la mer Noire, traversé les Balkans, franchi les montagnes à la recherche d'Hannibal, descendu le cours du Pô, va vivre ce printemps-là un voyage immobile au milieu de la mer, avec comme seuls compagnons les gardiens du phare et les cormorans. Lui qui pensait s'ennuyer est vite pris dans les activités du phare qui ne lui laisse guère de répit :

"Faire le pain, vérifier le baromètre, monter dans la lanterne du phare pour y lire le livre fait exprès pour ça, sortir pêcher, mitonner un risotto, tenir bien propre son espace personnel, explorer la montagne et la ligne des brisants, éliminer les déchets de la meilleure façon possible. Contrôler le générateur et la pompe à eau. Apprendre le nom des vents; Et surtout, si on est curieux, on n'a pas assez de temps pour enregistrer tout ce qui vous environne. On passe son temps à courir partout, comme un damné." p. 71

Il se laisse aussi bercer par les tempêtes, apprend à discerner les différents vents et à profiter du temps qui court. 

"La soirée est sereine, le vent tombe, les goélands gonflent leurs plumes, enfin paisibles. En bas, bien planté sur la roche, un cormoran sèche ses ailes ouvertes dans la brise. Le soleil descend rapidement dans la mer, on croirait qu'il lance un dernier cri. Je ne trouve pas de paroles pour décrire la procession de taches de lumière qui arrivent sur les flots depuis l'est, et de l'autre côté l'archipel de rides que provoquent les ultimes rafales, labourant les ondes comme une prairie. Au sud, très, très loin, un cortège de navires. Au nord, plus loin encore, l'ombre d'une île aussi longue qu'un cachalot." p. 36

Ses divagations le portent aussi bien vers le dépeuplement des fonds marins "il suffirait d'une pause d'un an, d'une seule année, pour repeupler les fons, mais les nations souveraines s'en fichent bien." "si les poissons hurlaient dans les filets, peut-être comprendrions-nous." p. 61 que vers notre addiction au cyberespace : " l'absence de navigation dans le cyberspace m'a dévoilé les horizons infinis de la navigation en mer, et aussi de celle qui existe au-dedans de moi." p. 155

Un beau texte pour prendre le temps de s'arrêter...

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusement, pour moi, ces pages manquent de poésie. Vers la fin par exemple il compare un cormoran à un drone et là je me suis dis que nous n'appartenions décidemment pas au même monde...

Présentation de l'éditeur :

Hoëbeke 

D'autres avis :

Dominique

 

Le phare, voyage immobile, Paolo Rumiz, traduit de l'italien par Béatrice Vierne, Hoëbeke, avril 2015, 168 p., 16 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Récits de voyage

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