Courant de ferme en ferme à la recherche d'un travail saisonnier dans les ranchs, Georges et Lennie arrivent dans le ranch de Curley à Soledad, en Californie. Leur but est de mettre de l'argent de côté pour ensuite acheter leur propre exploitation pour y vivre "comme des rentiers". Mais « The best laid schemes o'mice an'men gang aft a-Gley » (« Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas ») comme le dit Robert Burns dont s'inspire le titre du roman...
Dans ce classique américain des années 30, Steinbeck reprend les fondements du mythe américain et notamment cet idéal de tout un chacun de posséder sa propre ferme pour construire son avenir à la seule force de sa volonté. Tous ont un rêve en tête : George rêve de son ranch, Lennie de petits lapins qu'il pourrait caresser, la femme de Curley d'Hollywood. Souvent seuls, malmenés par la vie, cette échappée bienheureuse s'avère nécessaire. De leur côté, Georges et Lennie ont rompu cette solitude en s'attachant l'un à l'autre dés l'enfance, ils s'entraident, mais Lennie s'avère être l'"incarnation des désirs informulés et puissants de tous les hommes.", et ne se rendant pas compte de sa force, sa passion pour la douceur risque de lui être fatale...
Steinbeck s'est inspiré du modèle théâtral pour écrire son roman avec une prédominance pour les dialogues et des descriptions qui ressemblent à des didascalies. De fait, le rythme est rapide, la lecture fluide, impactant davantage le propos et rendant cette œuvre, devenue un classique incontournable de la littérature américaine, inoubliable !
"Moi cette question je me la pose à propos de la vie tout entière, je lui dis. A ton avis qu'est-ce qu'il faut faire tout court. De la vie. De la mort. De l'amour."
Sacha et l'autostoppeur. Deux êtres, deux choix de vie : Sacha est écrivain, ses journées ont un aspect assez répétitif que rendent ces phrases courtes percutantes, répétition de gestes similaires, quelquefois vides de sens. Dans le village où il décide de s'installer, il retrouve l'autostoppeur, qu'il a connu dans sa jeunesse, aujourd'hui marié à Marie, père d'un petit Augustin, et pourtant, épris de liberté. Avide de rencontres et de découvertes, l'autostoppeur part régulièrement sur les routes : "J'ai vu peu de gens, dans ma vie, pour lesquels autrui n'était jamais un poids, jamais une fatigue, jamais un ennui. Toujours au contraire une chance. Une fête. la possibilité d'un supplément de vie. l'autostoppeur était de ces êtres."
Ces deux hommes sont comme les deux aspirations qui peuvent tirailler l'être humain moderne, englué dans le quotidien quelquefois aliénant, et pris de vertige face à l'éventail de tous les possibles laissés de côté. Et pourtant il a bien fallu faire un choix, donner un sens à cette vie. Dans ses périples, l'autostoppeur cherche des réponses auprès des êtres croisés, il pose des questions philosophiques, mesure à quel endroit le vide atteint sa plus grande intensité, ou questionne sur notre présence sur terre, sur le sens de la vie, sur notre identité : "Elle m'a raconté que pour Spinoza chacun de nous était comme un petit nuage fragile, à chaque instant menacé de heurter d'autres nuages et de se dissoudre. Elle m'a dit que Spinoza n'utilisait pas l'image du nuage, mais que c'était comme ça qu'elle l'avait compris : vivre c'est maintenir entier le petit nuage que nous formons, malgré le temps qui passe, malgré les bonnes et mauvaises rencontres. C'est réussir à faire tenir ensemble toutes les petites gouttes de vapeur qui font que ce nuage c'est nous, et personne d'autre."
Le temps d'un voyage, les discussions s'enflamment, les liens se créent, le partage règne, comme dans cette magnifique scène finale, ode à la vie ! Un roman magnifique, doté d'une profondeur dans la légèreté, un vrai coup de coeur !!
Cet album jubilatoire nous parle du couple et de ses lassitudes. Comme à son habitude, Fabcaro se joue des clichés, les détourne et s'en moque ironiquement en une soixantaine de planches.
Cette exquise BD sera bientôt adaptée sur Canal Plus avec Emma de Caunes, Eye Aidara, Ana Girardot, Guillaume Gouix et Pierre Delalonchamps sont quelques-unes des stars de cette série réalisée par Lola Doillon. Elle sera diffusée sur Canal + et constituée de quinze épisodes de deux minutes.
Emilienne élève seule ses deux petits enfants Blanche et Gabriel tout en menant d'une main de maître sa ferme Le Paradis. Elle est aidée par Louis un jeune homme du pays qu'elle a recueilli alors qu'il rencontrait des difficultés familiales.
A l'âge de l'adolescence, Blanche tombe amoureuse d'Alexandre, et emportée par sa passion, s'imagine qu'ils vont passer toute leur vie côte à côte, dans la ferme. Malheureusement pour elle, les projets d'Alexandre diffèrent : dévoré par l'ambition, il veut quitter le village pour la ville. Il laisse une Blanche dévastée qui se jette corps et âme dans le travail de la ferme. Jusqu'au jour où Alexandre revient...
Dans ce roman au style ramassé, les sentiments sont intenses, le drame couve sans cesse sous les corps malmenés, les passions prêtes à éclater. D'une écriture sèche et efficace, Cécile Coulon immerge son lecteur dans une histoire prenante, à l'issue tonitruante.
Sur l'île de Parla, les habitants vivent depuis plusieurs générations au rythme de la mer. Ils en apprécient la beauté, mais ils connaissent aussi la cruauté de celle qui leur a enlevé des hommes. Ainsi, ces habitants du bout du monde sont attentifs aux signes, aux chansons et aux légendes légués par leurs ancêtres, ces histoires qui ont bercé leurs enfances pour les aider à se construire et à appréhender le monde qui les entoure. Aussi, quand un homme échoue sur la plage de Sye, tous pensent à la légende de l'Homme Poisson selon laquelle un homme arrivera par la mer pour apporter l'espoir à tous. En effet, non seulement l'homme est amnésique mais il ressemble de surcroît étrangement aux illustrations de cette légende. Il ressemble aussi à Tom, un jeune homme de l'île disparu en mer et dont le corps n'a jamais été retrouvé. Face à tant de correspondances étranges, les esprits des habitants s'emballent, tant l'importance de croire aux histoires, de trouver de la beauté, du réconfort dans ce monde est prégnante :
"Qui peut expliquer cette histoire ? Ou toute autre histoire humaine ? C'est un monde extraordinaire - plein d'amour, de chagrin, de coïncidences - et nous ne le comprendrons jamais. Nous ne devrions jamais essayer. Nous devrions nous contenter de lui être reconnaissant. Oui, nous ferions mieux d'aimer, de respirer, de dire tout ira bien et d'y croire. Et nous ferions mieux de partager nos meilleures histoires, aussi souvent que possible."
Dans cette histoire de couple et de deuil, le pouvoir de l'imagination éclaire les destinées, la lumière s'infiltre dans les interstices et efface la souffrance.
« Il arrive tant de choses blessantes, dans la vie. Ça n’arrête jamais, en tous cas jamais très longtemps. Il arrive que les corps souffrent, que l’amour soit tendre et mal partagé, que des hommes pleins de bonté se noient sans que leur corps soit retrouvé. Mais Tabitha sait qu’il existe aussi des jours qui sont autant de cadeaux. Que des vies sont sauvées, contre toute attente. Il y a des moments comme celui-là ; où l’on élague des rosiers à côté de sa soeur qui chantonne, après avoir murmuré, en vous prenant dans ses bras, qu’elle aussi regrette, et que oui, oui – vous aussi lui avez toujours manqué. »
Et si les histoires peuvent permettre à un être de supporter deuil, souffrance, douleur, elles sont plus que légitimes, elles deviennent alors essentielles. Un bel hommage rendu aux contes et légendes et à la littérature...
« Peut-être y a-t-il des flocons d’argent dans les champs et un monde sous-marin. Peut-être les phoques ont-ils un cœur humain et connaissent-ils l’amour, ou le sentiment amoureux – et peut-être croira-t-elle chaque histoire qu’on raconte. Pourquoi pas ? » (p. 140)
L'anecdote : En cherchant d'autres avis, je me suis aperçue que j'avais déjà lu et chroniqué ce livre en 2013. Or je n'en ai AUCUN souvenir, et en plus, je n'avais pas tellement aimé à l'époque, alors que cette fois-ci, j'ai adoré ! Comme quoi, nos goûts changent (et j'ai dû être poisson rouge dans une vie antérieure) J'ai remplacé l'article, voici ce que j'avais moins aimé à l'époque :
"L’impression que l’auteure tire un peu trop sur la corde du pathétique en accumulant les difficultés de l’existence : enfance battue, infidélité, amour à l’épreuve du temps, disparition, maladie incurable, accidents… Les 460 pages auraient pu être abrégées..."
Je reconnais ces défauts, mais cette fois-ci, ils sont passés inaperçus tant j'ai été emportée par la beauté du texte...
En 1850, Hakan Söderström et son frère entreprennent un voyage pour quitter le Suède pour l'eldorado des Etats-Unis. Au moment de changer de bateau en Angleterre, Hakan perd dans la foule son frère Linus. Il continue sa route vers New-York, persuadé qu'il le retrouvera là-bas, seulement c'est en Californie qu'il arrive, non à New-York. Son seul objectif sera alors de retrouver ce frère chéri. Sans argent, il entreprend donc la traversée du pays à pied, croisant la route de personnages hors normes : une tenancière de saloon assez toxique, des chercheurs d'or enfiévrés, un naturaliste original qui éveillera son esprit, des fanatiques religieux, des migrants, des arnaqueurs professionnels, des criminels, des vrais Indiens et des faux Indiens...
Dans ce premier roman l'auteur prend à revers le mythe américain : son héros est un être vierge, sans attaches, sans le sou, entièrement tendu vers la quête de son frère. Les codes du western sont subvertis, les attentes du lecteur sont sans cesse renversées, l'amenant à remettre en question ces mythes imposés par l'histoire.
Mais ce road-movie se transforme aussi peu à peu en une belle réflexion sur la solitude et l'introspection à travers ce personnage atypique, colosse aux fragilités émouvantes.
"J'aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l'orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen. Bienvenue dans mon monde."
Olivier Liron est autiste Asperger. "Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence." Une différence qu'il partage avec nous aujourd'hui en choisissant résolument l'angle de l'humour et du second degré. Ayant participé en 2012 à l'émission mythique de Julien Lepers "Questions sur un champion", il revient sur cette journée particulière, prétexte pour aborder ses ressentis et expériences.
En se plongeant dans son passé, lui reviennent ces termes cruels employés par les autres camarades pour le désigner, "gogol", ces coups psychologiques incessants, l'intolérance prégnante, ce "fascisme de la norme" qui l'a rapidement condamné. Mais il a la possibilité d'écrire pour ouvrir la prison, aimer, aller à la rencontre des autres, et se répéter comme un mantra "Il y aura toujours la beauté."
L'originalité du procédé lié au suspens du jeu allié à un humour corrosif cachent une réflexion bien plus grave sur la place des personnes différentes dans notre société. Avec talent, Olivier Liron transforme le jeu "Questions pour un champion" en quête de soi même, et amorce en parallèle une réflexion sur l'acceptation, pour que chacun comprenne et intègre ce droit de ne pas "rentrer dans le moule".
Un roman-bijou qui a obtenu le grand prix des blogueurs littéraires en 2018.
A 90 ans Marge raconte son destin particulier lié à une petite île du Morbihan, l'île aux Moines : en 1938, elle rencontre deux jeunes Bretons, Blaise de Méaban et son meilleur ami Mathias. Elle épouse Blaise et, se croyant enceinte, ne peut l’accompagner à Londres lorsqu’il s’embarque pour répondre à l’Appel du Général de Gaulle. Esseulée, elle fait alors de Mathias son amant - et le véritable père de son fils. Ce trop lourd secret de famille et les guerres feront le reste…
L'auteur s'est inspiré de l'histoire de sa grand-mère pour écrire ce roman, et il entremêle la destinée individuelle à la grande Histoire, la débâcle 1940, l’épuration, la déportation, la guerre d’Indochine, les Jeux olympiques de 1964, la guerre d’Algérie... Il nous livre aussi tout un pan très intéressant de l'histoire bretonne ... Mais ...
Ce que j'ai moins aimé :
- le manque de respiration, trop de données historiques, peu d'envolées poétiques pour une terre qui pourtant appelle la poésie
- un personnage peu attachant, assez volatile
- un style peu à mon goût : "j'étais dégoûtée" (p. 30) "je l'avais dans la peau" p.64, "dans le Larousse, au mot "frustré", son visage aurait mieux convenu que n'importe quelle définition" p.44
A Portsmouth la délinquance prend de plus en plus d'ampleur, le trafic de drogue s'étend et provoque des dégradations dans certains quartiers comme Port Solent, provoquant la grogne des habitants. Les équipes de l'inspecteur Faraday doivent faire face à ces nouvelles réalités, et les techniques d'investigation ne sont pas toujours les mêmes au sein du commissariat : quand certains choisissent d'avoir des indicateurs peu recommandables et soumis aux représailles, d'autres enquêtent de façon plus classique et éthique. Quand la fille de Stewart Maloney se présente pour signaler la disparition de son père, l'inspecteur Faraday décide d'enquêter et comprend alors que cette disparition est en relation avec une course de voiliers.
Ce que j'ai aimé : Le personnage de Faraday est bien campé, démuni face à son fils sourd qui décide de voler de ses propres ailes et de quitter le domicile conjugal, fasciné par l'ornithologie, passion qu'il partageait avec son fils.
Ce que j'ai moins aimé : assez classique... Les intrigues sont nombreuses, et pas forcément très bien coordonnées.
Il s'agit du premier tome de la série des Joe Faraday, suivis par :
Disparu en mer, 2002
Coups sur coups, 2003
Les Anges brisés de Somerstown, 2004
La Nuit du naufrage, 2006
Les Quais de la blanche, 2007
Du sang et du miel, 2008
Sur la mauvaise pente, 2009
L’Autre Côté de l’ombre, 2011
Une si jolie mort, 2012
Le paradis n'est pas pour nous
L'incendie
Happy days
Il existe aussi une série Deux flics sur les docks qui, même si elle se déroule au Havre et non à Portsmouth, est selon l'auteur :« est complètement en accord avec l’esprit de [ses] livres »
Dans ce récit autobiographique Rochette raconte son parcours : son enfance dans les années 60 près de Grenoble aux côtés de sa mère, sa fascination pour les musées, la découverte de la montagne, les compagnons de grimpe, le projet de devenir guide, le dessin. Pour devenir guide il est nécessaire d'enchainer les voies si bien que les courses défilent aux côtés des amis ou seul : La Dibona, le pilier Frendo, le Coup de Sabre, la Pierre Alain à la Meije, la Rébuffat au Pavé : le Massif des Écrins dans toute sa splendeur. Mais plus les années passent, plus les destins se nouent autour de cette nature grandiose qui peut être cruelle.
Pourquoi cet attachement à un sport aussi dangereux ? Sans doute une réponse à un "malaise existentiel, angoisses sociales, indignations, révoltes" comme le souligne Bernard Amy dans la postface. L'alpinisme permet une prise de hauteur, physique et psychologique car "Gravir une montagne, c'est à la fois se placer au-dessus et au-dessus du moi social laissé en bas."
Il permet d'affirmer l'estime de soi, de se sentir plus fort face à l'adversité.
"C'est tout cela, l'alpinisme : à la fois des moment difficiles et des plaisirs inouïs, des souffrances et des émerveillements, des moments de doute et des sentiments de puissance illimitée, des jours pitoyables et des jours où l'on monte au ciel."
Les sentiments liés à la conquête oscillent dangereusement entre peur et exaltation, et c'est ce que montre admirablement Rochette dans cette BD.
Ailefroide est une célébration de l'alpinisme, une déclaration d'amour à la haute montagne et finalement une belle leçon de vie.