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Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel TREMBLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans le Montréal des années 50 Michel Tremblay grandit environné des mots magiques qu'il trouve dans les livres. Il lit sans relâche et découvre avec ravissement la comtesse de Ségur, Hergé et son Tintin au Congo, Jules Verne et ses aventures extraordinaires, des pièces classiques avec Eschyle... Tout en prenant plaisir à échanger avec lui sur ses lecteures, sa mère s'étonne de cette frénésie : 

"C'est ben beau de lire, j't'ai toujours encouragé mais le crâne va te péter ! Tu vas te rendre aveugle ! Tu vas devenir gros comme un éléphant, tu bouges pas des grandes journées de temps ! Y fait beau, sors un peu !

- Moman, c'qu'on nous fait lire à l'école est plate pour mourir, j'veux me faire une éducation tu-seul !" 

Petit à petit ses goûts s'affinent au gré de sa personnalité. Eduqué dans un établissement catholique, il se délecte de la liste des livres mis à l'index, par provocation et révolte contre cette éducation faite d'humiliation pour provoquer la culpabilité, fer de lance de cette religion. 

Années après années son esprit critique se forme et lui-même se prête au jeu de l'écriture. Il commence par réécrire la fin de "Blanche Neige et les sept nains" et finit par écrire et publier son propre recueil "Contes pour buveurs attardés". 

En évoquant son parcours de lecteur, Michel Tremblay nous communique sa passion lumineuse pour les livres et la lecture, élément constitutif de sa personnalité d'écrivain. "Ouvrir un livre demeure l'un des gestes les plus jouissifs, les plus irremplaçables de la vie." 

 

Présentation de l'édteur : Actes Sud 

Du même auteur La grosse femme d'à côté est enceinte 

D'autres avis : Découvert chez Karine:) ; Dasola 

 

Un ange cornu avec des ailes de tôle, Michel Tremblay, Actes sud, babel, 1994, 8.70 euros

 

Participation au mois québecois chez Karine:)

 

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Les fantômes de Belfast de Stuart NEVILLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Les accords de 98 ont mis fin à la guerre sanglante entre Irlande du Nord, et pourtant l'équilibre est encore fragile. 

Gerry Fegan ex-tueur de l'IRA  a purgé sa peine de prison mais se remet difficilement du rôle qu'il a joué pendant la guerre. Alcoolique dépressif, il est hanté par les fantômes des douze personnes qu'il a assassinées. Elles réclament justice et lui demandent de tuer les commanditaires de leurs meurtres. Gerry ne connaîtra la paix qu'à ce prix. En attendant, il a beau tenter d'assommer ceux qu'il nomme "les douze suiveurs" à coups de verres d'alcool, rien n'y fait, leurs cris résonnent nuit et jour dans son esprit marqué à jamais. Douze personnes. Cinq soldats et quatre civils parmi eux qui étaient là au mauvais endroit au mauvais moment.

Pourra-t-il se racheter à leurs yeux ? 

Premier roman noir de l'irlandais Stuart Neville, Les fantômes de Belfast hurlent sans doute dans la conscience de bien des irlandais victimes ou bourreaux dans cette guerre sanguinaire. Les tueurs étaient-ils des criminels ou des "victimes des circonstances" ? Servaient-ils une cause ou des intérêts plus personnels ? Les anciens terroristes sont devenus aujourd'hui des politiques véreux qui n'hésiteront pas à se mettre au travers de la route de Gerry.

Une tension de chaque instant tangible et glaçante court en ces pages...

"Le meilleur premier roman que j'ai lu depuis des années... Une folle virée au pays de la terreur." (James Ellroy)

 

Présentation de l'éditeur : Editions Payot et Rivages ; Poche

D'autres avis : Télérama Les 8 plumes 

 

Les fantômes de Belfast, traduit de l'anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau, 2013, Rivages noir, 425 p.,  9.65 euros 

Publié dans Roman policier Europe

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Les aurores montréales de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥  

Ce que j'ai aimé :

27 histoires assez courtes s'enchaînent dans ce recueil de nouvelles mettant en vedette Montréal et ses habitants. Ces derniers sont scrutés par l'oeil acéré de Monique Proulx à qui rien n'échappe. De fait, une psychologie très fine des rapports humains s'ébauche sous nos yeux, avec la question du rapport à l'autre au centre des réflexions, que ce soit dans un rapport familial, amoureux, professionnel. Les êtres se frôlent et s'épaulent, mais ils se quittent également victimes des difficultés de communication ou de compréhension inhérentes aux rapports humains... Le couple est le catalyseur de ces tensions, les hommes et les femmes étant bien souvent aux antipodes les uns des autres : 

"Il serait agréable de vivre avec les femmes, elle sont la douceur, la beauté totale du monde, mais voilà, elles aiment l'inquiétude, elles la chérissent tant qu'elles lui inventent sans cesse des raisons d'exister. L'inquiétude attire les reproches qui éloignent l'amour, l'inquiétude fronce de rides les passions les plus jeunes. M'aimes-tu encore, à quoi tu penses, pourquoi tu ne téléphones pas, les pauvres questions de l'inquiétude créent, à partir de rien, des monstres qui deviennent réels. 

Entre toutes les voltiges possibles, toutes les voies aériennes, les femmes choisissent fatidiquement la pesanteur." ("Jouer avec un chat")

Dans "Léa et Paul par exemple" deux époques sont mises en parallèle : celle des temps heureux, de l'amour fou puis celle de l'après, avec la rupture et la douleur qu'elle engendre : 

"Ils sont là, au milieu de tout ça, le feu qui danse sur la grève, la lune, le lac engourdi par la nuit, le chant du huard, leurs doigts se trouvent sans se chercher, ils ont envie de crier tellement cet amour est un état de grâce qui ne peut pas ne pas durer toujours.

"Tout cela ne tient donc qu'à un fil, la beauté, l'ordonnance harmonieuse de nos visages et de nos corps que nous offrons aux autres comme des bouquets d'éternité, tant de soins et de maquillages pour un masque si précaire. (...) Oui, la légèreté est votre meilleure monture, la plus susceptible de vous emporter sans heurt où il faut aller, c'est la légèreté qui nous manque le plus dans cette vie de plomb où nous n'apprenons qu'à peupler de nos anxiétés l'univers merveilleux, merveilleusement vide." ("Blanc")

Monique Proulx s'interroge également sur la place des individus dans la société, elle mentionne les immigrants, les sans-abris, des êtres déracinés qui peinent à se mouvoir dans leur nouvelle vie. Dans ce contexte, il est difficile de rester soi-même, de "demeurer un être humain." comme le dit un jeune indien sans abri dans "Rouge et blanc". La double ou triple appartenance ethnique de ces montréalais provoque des difficultés prégnantes d'adaptation. 

L'altérité est vécue à la fois comme une chance et une difficulté, si bien qu'une tristesse latente s'échappe de ces nouvelles portées par un style lyrique précis.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boreal

Vous aimerez aussi : Du même auteur : Champagne

D'autres avis : Catherine 

 

Les aurores montréales, Monique Proulx, Boréal compact, 1997, 248 p., 13.95 euros

 

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Le mois italien - Bilan et coups de coeur

Publié le par Hélène

Bilan des lectures de ce mois italien :

Seule Venise de Claudie Gallay

La parole contraire de Erri DE LUCA

Trois fois dés l'aube de Alessandro BARICCO

La petite lumière de Antonio MORESCO

Aurora Guerrera de Anna Maria ORTESE

 

Coups de coeur italiens :

Mes auteurs italiens préférés : 

Silvia Avallone D'acier de Silvia AVALLONE  ; Le lynx  ; Marina Bellezza 

Erri DE LUCA Le jour avant le bonheur de Erri DE LUCA ; Montedidio de Erri DE LUCA ; Trois chevaux de Erri DE LUCA ; Le contraire de un d’Erri DE LUCA ; Le poids du papillon de Erri DE LUCA ; En haut à gauche de Erri DE LUCA ; 

Alessandro BARICCO : Novecento : pianiste d’Alessandro BARICCO

 

Mario RIGONI STERNLes saisons de Giacomo de Mario RIGONI STERN ; Hommes, bois, abeilles de Mario RIGONI STERN

 

Milena AGUSBattements d’ailes de Milena AGUS ; Quand le requin dort de Milena AGUS

 

D'autres : 

Le soleil des Scorta de Laurent GAUDE ;

Pietra viva de Leonor de Recondo

Dans les veines ce fleuve d’argent de Dario FRANCESCHINI 

L'Italie si j'y suis de Philippe FUSARO

 

Côté policiers :

Le matériel du tueur de Gianni BIONDILLO

Gilda PIERSANTI Rouge abattoir de Gilda PIERSANTI  ; Vert Palatino de Gilda PIERSANTI  Bleu catacombes de Gilda PIERSANTI 

Andréa CAMILLERI : La concession du téléphone d’Andréa CAMILLERI ;  La voix du violon  

Donna LEONLa petite fille de ses rêves de Donna LEON

 

Côté BD

Come prima d'ALFRED ; Venise de Taniguchi

 

Divers : Eaux lentes sur Venise de Françoise CRUZ ; 

 

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Aurora Guerrera et autres nouvelles de Anna Maria ORTESE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Aurora Guerrera est la première publication de Anna Maria Ortese, un recueil de nouvelles par en 1937, grâce au prestigieux patronage de Massimo Bontempelli, l'un des écrivains les plus en vogue de son temps. Ses textes résonnent d'aspects psychanalytiques, avec cette necessité de tuer l'enfant en nous, de tourner le dos à l'enfance qui ne reviendra jamais avec son insouciance et son innocence. Beaucoup d'êtres désoeuvrés peuplent ses nouvelles, des êtres comme en apesanteur dans un monde trop grand pour eux, des femmes qui semblent pouvoir se briser à la première tempête. L'univers de Anna Maria Ortese oscille entre rêveries et errance dans un monde hésitant entre réalité et rêve. 

Cette oeuvre hétérogène à la fois fiction, fable, reportage, fragments autopbiographiques, brille surtout par un style lyrique s'exprimant dans des passages sur la nature :

" Mais souvent le retour dans la via del Mare, vers le soir, était encore plus beau : sous un ciel vitreux et vert, les yeux fixés sur la mâture des bateaux qui se profilaient à l'horizon de manière fantastique, pendant que des groupes de matelots et de touristes peuplaient la rue, mon esprit se réjouissait mystérieusement : il tombait, de tout ce vert fleuri de lumières lointaines, il pleuvait, de tous ces dômes, de toutes ces formes irréelles possédées par la merveille du temps, un agréable oubli du passé, une espérance absrde et tendre, de liberté et de futur." p. 53

"La matinée était chaude et magnifique, l'air immobile, et cependant ces fleurs, ouvertes comme des bouches à la lumière, palpitaient imperceptiblement, exprimant la joie infinie d'exister. Pour couronner cette sensation d'extase, deux papillons blancs, enivrés de lumière et de chaleur, allaient de l'une à l'autre de ses fleurs, s'éloignant un moment dans le ciel bleu, comme hésitant sur leur choix, mourant de bonheur." p. 143

Ses textes nous enjoignent à nous arrêter au bord de la route pour observer la beauté du monde qui palpite à la surface des choses.  

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : Télérama  ;  Le monde 

 

Aurora Guerrera et atres nouvelles, Anna Maria Ortese, traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli et Claude Schmitt, Actes sud, 2008, 25.40 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Le mystère des livres disparus de Ian SANSOM

Publié le par Hélène

♥ 

Israël Amstrong, trentenaire londonien, est envoyé à Temdrum en Irlande du Nord, persuadé qu'une belle carrière de bibliothécaire s'ouvre à lui. Mais quand il arrive dans le village, il apprend non seulement que la bibliothèque a fermé et est désormais remplacée par un bibliobus brinquebalant, mais il constate aussi à son grand effarement que tous les livres de la bibliothèque ont mystérieusement disparu. Qui a bien pu escamoter ainsi plus de 15000 livres ? Qu'à cela ne tienne, Israël va mener son enquête dans son vieux bibliobus.

Le mystère des livres disparus est le premier titre des "enquêtes en bibliobus d'Israël Amstrong". Personnage pittoresque, il est au centre de l'intrigue, logeant dans un poulailler, conduisant comme un pied et emboutissant son bibliobus à tous les coins de rues. Il est d'une crédulité finalement peu crédible. Pataud, "polichinelle" naïf sans personnalité, il est malheureusement peu attachant, voire même tellement ridicule que l'on se lasse de ses aventures rocambolesques. 

L'intrigue pourrait sauver de la noyade Israël, sauf qu'elle traîne en longueur et que tout est fait pour que les projecteurs s'allument sur les aventures loufoques du personnage principal. 

Ma lecture fut looonnngue ! 

 

Présentation de l'éditeur : Hoekeke 

D'autres avis : France Info ; Babelio

 

Le mystère des livres disparus, Ian Sansom, traduit de l'anglais pas Dominique Chevallier, Hoëbeke, mars 2015, 336 p., 19.8 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

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Quoi de neuf sur la planète blanche ? de Bernard FRANCOU et Christian VINCENT

Publié le par Hélène

♥ ♥

La planète blanche est "un thermomètre", "étudier sa croissance ou sa diminution c'est disposer d'un formidable indicateur des changements en cours qui affectent l'atmosphère et l'océan." Les effets du climat varient beaucoup selon les composantes que l'on étudie et les grands ensembles régionaux où l'on se situe. Les auteurs ont choisi cet axe comme fil d'Ariane de cette étude. 

Pour mieux cerner le sujet, le premier chapitre nous éclaire sur les moyens d'observation de la planète glace. 

Puis, régions par régions, un panorama se met en place : il présente d'abord un Antarctique contrasté avec une péninsule antarctique affectée par la fonte de surface mais une banquise australe stable. Le Groenland et les glaces de l'Arctique, plus vulnérables, montrent des signes de fonte de plus en plus importants.

"On imagine encore mal les enjeux économiques d'une telle disparition - ouverture de nouvelles lignes de navigation, exploitation pétrolière offshore, industrie minière ...- et les conséquences pour l'écosystème et les dernières populations traditionnelles qu'une libération de l'Arctique de ses glaces de mer pourrait entraîner..." p. 57

Le pergélisol, ce sol ou cette paroi rocheuse qui subsiste à l'état gelé pendant plus d'un an et qui résiste donc à la fonte estivale, est également menacé, tout comme les glaciers de montagne vulnérables, particulièrement ceux des Alpes qui ont perdu en moyenne une épaisseur de 1.10 m/an entre 2003 et 2009 ! La dégradation du manteau neigeux dans l'hémisphère nord et le déclin de l'enneigement dans les Alpes sont prégnants, mettant en péril notamment l'économie liée aux sports d'hiver.

La hausse des températures a donc bien une influence marquante sur les glaces. "La tendance au réchauffement est indiscutable mais les moyennes lissent des disparités géographiques qui existent bel et bien." p. 108 Reste à savoir si la hausse des précipitations solides peut peut-être atténuer voire inverser l'effet du réchauffement. 

Les menaces pour les glaces du futur sont à prendre au sérieux, il faut continuer à observer la planète, comme le font Bernard Francou, directeur de recherche de l'IRD, au Laboratoire d'étude des transferts en hydrologie et environnement (LTHE) et Christian Vincent, ingénieur de recherche du CNRS au laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE). 

Point fort  : ensemble didactique avec de belles illustrations et graphiques. 

Point faible : certaines fiches imprimées en blanc sur fond jaune sont très désagréables à lire.

Bilan : Une bonne façon d'aborder le sujet en alliant à la fois données scientifiques et aperçus plus généraux accessibles au lecteur lambda. 

 

Présentation de l'éditeur : Glénat

 

Quoi de neuf sur la planète blanche ? Comprendre le déclin des glaces et ses conséquences, Beranrd Francou et Christian Vincent, Glénat, 2015, 142 p., 15.5 euros

 

Lu dans le cadre de Masse Critiqur organisé par Babélio

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La petite lumière de Antonio MORESCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l'existence."

(Présentation de l'éditeur)

Un homme s'est retiré du monde dans un hameau abandonné. Il est le seul habitant du lieu entouré de montagnes et de forêts, loin du tumulte tonitruant du monde.

"Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant." 

Il a choisi sa solitude, et s'il retourne quelquefois vers la civilisation pour garnir son garde-manger, il revient rapidement vers son havre isolé. On ne connait pas ses raisons, ses motivations profondes, on imagine seulement... La nature gronde autour de lui et loin d'être un idéal de pureté et de beauté, elle renferme des dangers insoupçonnés, des tremblements de terre ébranlent sa maison, et chaque jour, tout autour de lui une vie inconnue grouille et l'effraie : "Pourquoi il y a tout ce sous-bois mauvais ?, je me demande. Qui essaie d'envelopper et d'effacer les arbres plus grands. Pourquoi toute cette férocité misérable et désespérée qui défigure toute chose ? Pourquoi tout ce grouillement de corps qui tentent d'épuiser les autres corps en aspirant leur sève de leurs mille et mille racines déchaînées et de leurs petites ventouses forcenées pour détourner vers eux la puissance chimique, pour créer de nouveaux fronts végétaux capables de tout anéantir, de tout massacrer ? Où je peux aller pour ne plus voir ce carnage, cette irréparable et aveugle torsion qu'on a appelée vie ?" p. 16

Comme un espoir, comme un havre de paix, l'homme observe tous les soirs une petite lumière qui s'allume sur le versant opposé de la colline. Nul hameau ne peuple cette colline, personne ne sait qui pourrait allumer cette petite lueur le soir, le mystère tremble autour d'elle. L'homme décide finalement d'aller explorer cet endroit. Il y rencontre un enfant. Seul. Etrange. Les deux êtres solitaires vont s'approcher, se frôler, échanger, partager un peu de leur vie pour mieux cheminer vers ailleurs...

Dans cette fable aux accents métaphysiques, rien n'est stable, à l'image des tremblements de terre qui secouent la colline du vieil homme. Les apparences sont trompeuses, il devient rapidement nécessaire de ne pas rester à la surface des choses pour espérer s'approcher de l'absolu. Dans une interview de la librairie Mollat, Antonio Moresco explique ce besoin de solitude  : 

"Parfois il faut faire le noir autour de soi et en soi et il faut faire silence pour entendre ce qu'on ne pourrait pas entendre dans le vacarme et la lumière éblouissante de notre époque."

La fin surprenante du récit encourage chaque lecteur à choisir sa propre interprétation, de la même façon que chacun perçoit le monde et son étrangeté différemment... La petite lumière rayonne en nous longtemps après les dernières pages tournées, cette petite fable "intime et secrète" crée un halo d'une lumineuse beauté...

 

Présentation de l'éditeur : Verdier 

D'autres avis : Télérama ;

Dominique ; Aifelle 

 

La petite lumière, Antonio Moresco, traduit de l'italien par Laurent Lombard, Verdier, 2014, 123 p., 14 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Sucré, salé, poivré de Mary WESLEY

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

A 16 ans Hébé se retrouve enceinte, refusant de révéler le nom du père. Ses grands parents qui l'ont élevée décident que seul un avortement sauvera la face des conventions de leur milieu. La jeune femme refuse de se plier à ce plan hypocrite et s'enfuit. 

Nous la retrouvons dix ans plus tard, son fils Elias est pensionnaire dans un établissement chic et pour financer ses études Hébé est cuisinière chez de vieilles dames fortunées et également "courtisane".

Cette satire sociale de la société anglaise des années 70 est menée tambour battant, dans un rythme endiablé, tromperies diverses et variées, hypocrisie se cotoient joyeusement. Mais le fond du propos est plus grave qu'il ne semble, l'auteur nous enjoint à dépasser les apparences, car derrière le vernis social , les femmes crient et baffent les enfants, et vont même jusqu'à mordre les hommes. Portrait d'une femme libre qui s'assume, Sucré salé poivré propose un propos décalé sur le mariage : Hébé revendique une liberté sexuelle assumée, c'est elle qui mène la danse et décide de qui fera partie de son "syndicat", ainsi que du lieu et du moment des rencontres. Elle refuse le mariage et ses conventions, échaudée par son propre passé. Elle élève seule son fils, même si cela prendra du temps pour qu'elle se rende compte de ses erreurs, comme celle d'avoir choisi un pensionnat chic pour lui, peuplé d'élèves qui hantent les milieux hypocrites que Hébé a voulu fuir, adolescents qui vont à l'encontre des valeurs que cette mère libre veut inculquer à son fils.

La deuxième partie du roman se rapproche de la farce vaudevillesque avec des personnages qui ont des choses à se dire, des secrets à avouer, mais qui, par un malencontreux hasard, se manquent sans cesse. 

L'ensemble ne manque ni de charme ni de profondeur et c'est avec plaisir que nous suivons les aventures de cette Hébé émancipée, à l'image de son auteure à la vie mouvementée...

 

Présentation de l'éditeur : Editions Héloïse d'ormesson

D'autres avis : Cathulu ; Karine:); Mango

 

Sucré, salé, poivré de Mary Wesley, traduit de l'anglais par Michèle Albaret, Editions Héloïse d'Ormesson, juin 2015, 306 p., 22 euros

Publié dans Littérature Europe

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Seule Venise de Claudie GALLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Il ne faut pas attendre. Laissez-vous traverser." p.191

Suite à une rupture douloureuse, la narratrice décide de larguer les amarres et de partir pour Venise. Dans cet hiver glaçant, les touristes sont rares dans la cité des doges et dans la pension où elle a élu dominicile. Une jeune danseuse et son amoureux y loge, ainsi qu'un prince russe en fauteuil roulant avec qui la jeune femme passe plusieurs heures par jour. Compagnons d'infortune, ils se livrent l'un à l'autre au fil du temps qui file sur la cité prise dans le froid hivernal.

"- Mon poisson rouge a crevé, je dis. J'ai perdu mon boulot. Mon mec m'a plaquée.

- Dans quel ordre ?

- Le poisson à la fin." p. 41

Ses errances dans la ville embrumée mène la jeune esseulée vers une librairie dans laquelle rôde un fascinant libraire. Entre brume et premiers flocons de neige, le charme de la ville agit peu à peu sur l'esprit solitaire de la narratrice. 

"Le temps passe. Vide, silencieux. Feutré. Dehors, le ciel devient plus sombre, presque noir. Par contraste, la pierre vire au rose. Sur la place, les premières gouttes. Des parapluies s'ouvrent. Des passants se hâtent." p. 69

Le style de Claudie Gallay épouse sensuellement les pensées de cette jeune femme perdue dans sa vie comme dans la ville. Toutes deux peinent à se dire, à se livrer, sachant que les mots peuvent être trahison. La narratrice est happée par ce vide d'après la rupture, ce gouffre qui emplit l'air et étouffe l'âme, cett solitude que l'on cherche à remplir, trop vite, trop tôt, trop mal, à tort. Le temps lancinant fera son travail, de rencontres en bonheurs minuscules, un verre de vin, un repas partagé, des peines en commun, le bonheur des autres... 

Un texte tout en retenue qui apporte la lumière touches après touches, impressionnant la vie des esseulés et la nimbant de paix jour après jour.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteurLes déferlantes L'amour est une île Une part du ciel  Dans l'or du temps

D'autres avis : Caroline ;  Antigone Alex AntigoneEnnaSaxaoulLiliba

Télérama 

 

Seule Venise, Claudie Gallay, J'ai lu, 2009, 6.70 euros

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle.

 

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