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Champagne de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Champagne et campagne, même combat. Mêmes bulles d'allégresse. Même mot, fondamentalement. Qui sait encore qu'au Moyen-Age tout ce qui n'était pas la ville, tout ce qui était territoire sauvage s'appelait la champagne ?" p. 207

Au bord du lac de l'Oie dans les Laurentides se côtoient des amoureux de la nature venus se réfugier loin des contingences bruyantes et aliénantes de la ville. Lila Szach est la propriétaire de ce domaine qu'elle défend jalousement. D'autres écorchés de la vie sont venus se réfugier sur ces terres préservées : Claire qui écrit des scénarios, Simon et son kayak, Jérémie le neveu de Simon, Violette qui fuit l'horreur de sa vie. Autour d'eux rôdent les Clémont, prédateurs inquiétants.

En pleine nature, l'être humain a tendance à revenir à l'essentiel, à retrouver l'accord perdu avec ce qui l'entoure. Si Lila aime se rouler dans la mousse, Simon préfère se laisser porter par l'eau sur son kayak pour que ses soucis coulent dans les tréfonds du lac. Dans l'innocence de l'enfance, Jérémie quant à lui communique avec les esprits de la nature. La forêt devient à la fois lieu de guérison et d'émerveillement pour ces êtres déracinés, perdus dans un monde trop grand pour eux. 

"C'était l'été, comment avait-elle osé douter de l'été ? c'était l'été dans son infinie luxuriance, trente degrés à l'ombre et le soleil au zénith, c'était l'aboutissement grandiose de toutes les explosions commandées par le jeune roi été, et elle Lila Szach, mortelle si incomplète, on lui permettait de se rouler dans la jeunesse parfaite de l'été aux côtés des grives solitaires, des frédérics mélodieux, des rudbeckias, des marguerites foisonnantes, de la sève ruisselant aux doigts des épinettes, des petits chevreuils sur leurs pattes de deux mois, des vanesses amiral aux robes de satin noir et blanc, des maringouins à la musique aigrelette et des chanterelles recommencées, des sublimes chanterelles..." p. 180

Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Laurentides/Panorama

La nature qui entoure les êtres est aussi source d'apprentissage, ils retrouvent leur statut animal, avec ses pulsions, ses heurts, la paix intérieure ne s'offrant pas si facilement.  Mais ils prennent aussi conscience de la beauté du monde à préserver, à observer dans un amour inconditionnel pour l'infiniment petit.

"Elle se voyait affalée sur elle-même à dorloter sa noirceur et à en redemander et ça lui faisait soudain horreur. Quitte ça, quitte ça. Elle sortait de sa tête à grands coups de respiration et elle recommençait à voir et à entendre, les fougères, les monotropes et les pyroles, et tout ce temps la cigale qui n'avait pas cessé de l'interpeller ni les frédérics et les troglodytes de s'épuiser en récital, et elle se redressait vite au risque de s'occasionner des étourdissements - quel sacrilège d'ignorer les vrais spectacles réjouissants pour s'en inventer des douloureux, quel sacrilège et quelle sottise." p. 173

Cette nature millénaire leur apprend la vie qui passe et ne revient pas, comme les saisons, la mort qui les guette au détour d'un chemin, les épreuves de la vie, faites de hasards et d'aléas... 

Lila est comme la grande prêtresse des lieux, sauvage et humaine à la fois. Elle enseigne au petit Jérémie la sagesse , en transformant par exemple son "Faites que le mois d'août n'arrive jamais." en "Faites que je traverse le mois d'août sans encombre." "Tout était dit dans cette formule en apparence anodine. Ne crois jamais que les obstacles - en l’occurrence le mois d'août- vont se dissiper par miracle. Ne crois jamais que tu ne pourras pas les affronter." p. 175

Un récit magnifique aux confins du monde qui nous enjoint à ne pas perdre notre capacité d'émerveillement !

Présentation de l'éditeur :Editions Boréal 

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La traversée de l'été de Truman CAPOTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Alors que ses parents partent en Europe pour les vacances, Grady McNeil, dix-sept ans demande à rester pour passer l'été à New-York, seule dans l'appartement familial. Seule... ou presque, puisque la jeune femme est en effet tombée amoureuse de Clyde, gardien de parking à Broadway.

Ce contraste entre une jeune fille de bonne société new-yorkaise tombant amoureuse d'un gardien de parking pourrait être au cœur de l'intrigue, mais ce ne sont pas tant les différences sociales qui sont ici analysées que les sentiments purs et entiers nés de l'adolescence, persuadée d'avoir raison pour l'éternité. Clyde doit inconsciemment évoquer chez Grady le goût de l'interdit, l'envie de provoquer et de s'extraire d'un milieu conventionnel incarné par Peter, mais il est surtout l'homme des premiers émois, des premières palpitations. Seulement derrière la légèreté apparente de ce premier amour, se tapit les conséquences bien plus graves et irrévocables. La comédie romantique peut facilement vaciller vers la tragédie !

Ce livre est écrit par le jeune Truman Capote entre dix-neuf et vingt-neuf ans. Longtemps ignoré, même si Capote en parle dans sa correspondance, il est retrouvé en 2005 lors d'une vente aux enchères. Bien qu'inachevé, dans le sens où l'auteur estimait ne pas l'avoir mené à la perfection, il est finalement publié, tant la finesse psychologique de Truman Capote transparait dans ce récit écrit pourtant par un jeune homme de vingt ans. Sa concision renforce son efficacité et force est de constater que la puissance d'évocation de l'auteur était déjà présente en filigrane dans ces pages, certes non encore totalement aboutie, mais tellement lumineuse qu'il aurait été dommage de ne pas en témoigner.

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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D'acier de Silvia AVALLONE

Publié le par Hélène

d'acier

♥ ♥ ♥

 Prix des lecteurs de l’Express 2011

Piombino est une petite ville de Toscane plombée par le soleil italien. Loin d'être un lieu touristique, c'est une ville qui vit dans l'ombre de l'aciérie Lucchini, entreprise réelle qui employait plus de vingt mille ouvriers dans les années 1960 et qui en emploie deux mille aujourd'hui.

La jeunesse traine sur les plages, désœuvrée, observant au loin l'île d'Elbe, comme un eldorado qui les extrairait de cette lourdeur physique et sociale. Les garçons jouent des muscles et les filles roulent des hanches, pour oublier dans la superficialité d'un instant les dures conditions de travail des parents et l'absence prégnant d'avenir pour tous. Les mères de famille rêvent de s’abstraire de cette pesanteur mais baissent les bras, les pères sont ou violents ou démissionnaires, les jeunes filles aux rêves de starlette basculent dans des univers troubles, et les jeunes hommes s’obstinent à rester attachés à cette usine quand ils n’optent pas pour des trafics louches. Anna et Francesca, quatorze ans, errent dans cette ville piégée, rêvant d'évasion.

Silvia Avallone a un talent indéniable pour nous happer dans son monde. Dés les premières pages, elle nous plonge dans cet univers estival et nous fait ressentir les tensions sexuelles gravitant autour de ces deux jeunes filles débordantes de vie et de beauté. Elles incarnent magistralement cette jeunesse hésitant encore entre le monde naïf de l’enfance dans lequel rien ne porte à conséquence et le monde adulte, beaucoup plus âpre.  Malgré cela, l’ensemble est lumineux, éclairé par l’amitié de ces adolescentes incandescentes.

Il s'agit ici du premier roman de l'autrice, et nous retrouvons dans les suivants cette même intensité dans la description de l'adolescence.

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Le lynx ♥ ♥ ; Marina Bellezza ♥ ♥ ♥ ♥ ; La vie parfaite ♥ ♥ ♥ ♥ ; Une amitié ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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La promenade au phare de Virginia WOOLF

Publié le par Hélène

♥ ♥

"La vie, à force d'être faite de ces petits incidents distincts que l'on vit un à un, finit par faire un tout qui s'incurve comme une vague, vous emporte, et, retombant, vous jette violemment sur la grève."

En ce soir d'été sur une île au large de l'Ecosse, Mrs Ramsay promet à son fils James que le lendemain ils tenteront une excursion jusqu'au phare qui illumine leurs soirées de sa lumière intermittente. Mais selon son mari, l'excursion sera compromise en raison du mauvais temps. cette simple scène met en lumière les rapports humains qui régissent cette famille : entre la mère aimante et dévouée Mrs Ramsay, cette femme souple qui essaie toujours de faire le bonheur de son entourage et son mari, beaucoup plus dur et rigide, le contraste est saisissant.

Dans ce roman, Virginia Woolf évoque son père, avec qui elle a toujours rencontré un problème relationnel, ce dernier la brimant dans son acte de création. Grâce à son roman et à sa fonction cathartique, elle se débarrasse du fantôme de ce père aux allures tyranniques. Son roman est construit autour d'une image-contraste, entre le lyrisme de l'écriture, de la création et un quotidien beaucoup plus banal englué dans des considérations triviales. 

Après sa mort, Lily, une peintre qui a elle aussi séjourné sur l'île comprendra que Mrs Ramsay insufflait du sens dans l'existence naturellement dépourvue d'un quelconque sens : en créant  un environnement propice, en se souciant de l'atmosphère, de l'harmonie des choses, de façon à ce que chacun se sente hors du commun, Mrs Ramsay est l'artiste par excellence dans cet art d'arranger des choses, et de procurer le bonheur, de faire de l'instant présent quelque chose de permanent en parvenant à stopper l'instant.

"La grande révélation n'était jamais venue. La grande révélation ne vient peut-être jamais. Elle est remplacée par de petits miracles quotidiens, des révélations, des allumettes inopinément frottées dans le noir."

@PhilipPlisson

Par le grossissement des détails, l'auteur nous montre que chaque détail vaut pour le tout, dans une esthétique dite du fragment assez particulière. Chaque évènement ne vaut que comme le reflet d'une conscience, le rendu de la conscience étant au centre de l’œuvre de Virginia Woolf. Les autres sont difficilement compréhensibles, les relations humaines ne souffrant pas l'examen de cette conscience singulière :

"Comme jugeait-on les autres, comment pensait-on à eux ? Comment ajoutait-on un tel trait à tel autre et concluait-on que c'était en définitive de la sympathie ou de l'antipathie que l'on éprouvait ? "

Les mots n'atteignent jamais leur but, trop rapides, ils tombent souvent à plat et "La moitié des notions que nous nous formons que les gens sont en somme grotesques. Elles servent nos propres buts."

Seule la conscience prévaut et cette capacité à se lover en soi-même :

"Ils devaient sentir que ce qui de nous apparait aux autres, ce par quoi ils nous connaissent, ne représente qu'une puérile réalité. Sous cette apparence tout est sombre, tout s'étend, tout a d'insondables profondeurs. Mais de temps en temps nous montons à la surface et c'est cela qu'on aperçoit de nous."

Par l'acte de création, l'être se sauve et sauve la réalité vide qui se laisse difficilement saisir...

"Chose étrange, pensait-elle, que, lorsqu'on est seul, on se sente ainsi attiré vers les choses, les objets inanimés, les arbres, les ruisseaux, les fleurs ; il semble qu'ils vous expriment ; qu'ils deviennent vous-même ; qu'ils vous connaissent, et, en un certain sens, sont vous-même ; on éprouve ainsi pour eux (elle regardait cette longue lumière calme) une irrationnelle tendresse semblable à celle que l'on éprouverait envers soi-même. Du sol de l'esprit (elle regardait, regardait toujours ses aiguilles levées), de ce lac qu'est l'être montent en volutes une vapeur, une fiancée allant à la rencontre de l'aimé."
 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur :Les vagues ♥ ♥ ♥ ; La chambre de Jacob ♥ ♥

Publié dans Littérature Europe

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L'été meurtrier de Sébastien JAPRISOT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Dans un petit village de Haute Provence, se noue un drame autour de plusieurs protagonistes. Pin-Pon Florimond est un pompier volontaire qui répare sa Delahaye à ses heures perdues, il est entouré de son frère Mickey "con comme un verre à dents", qui passe son temps à parler d'Eddy Merckx, de Bou-Bou le jeune frère tellement droit "qu'il a l'air d'un cintre", de sa mère et de la tante surnommée Cognata, sourde.

Dans le village, une jeune femme fait tourner les têtes : Elle fille d'une mère allemande et d'un père paralysé des jambes qui ne sort jamais de sa chambre, Elle et ses jupes collantes trop courtes, avec ou sans culotte ; Elle qui ne sait pas bien dire les choses, mais qui dit ce qui lui passe par la tête...

Pin-Pon va se rapprocher dangereusement d'elle, sans se douter des risques encourus.

L'alternance des points de vue permet de s'immiscer dans l'âme humaine, les personnages prenant ainsi réellement vie sous nos yeux, s'incarnant pour gagner en profondeur au fil et à mesure de l'intrigue. Le style ciselé encadre une tension qui monte crescendo jusqu'à une fin époustouflante !

Du grand art !

Présentation de l'éditeur : Folio

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Les beaux étés de ZIDROU et Jordi LAFEBRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Te raconter ? Te raconter quoi, papa ? Le bonheur ça ne se raconte pas !"

Le tome 1 se déroule en août 1973. La  famille Faldérault part en vacances,  "Cap au Sud" une fois que le père aura rendu ses planches de Bd. Et c'est parti pour un voyage enchanté avec les chansons traditionnelles, le pique nique en chemin et son lieu attitré, les taquineries des frères et des sœurs, et surtout, l'insouciance de ces jours suspendus ... 

Car oui, c'est le bonheur que chante ces albums, un bonheur fragile, souvent caché dans les détails et dans les liens ténus qui relient les êtres mais un bonheur qui éclate, pur, pendant ce mois de vacances loin des aléas du quotidien. Alors peut-être que le couple bat de l'aile, que la tante est gravement malade, que le travail est difficile, mais ce qui importe avant tout, c'est de vibrer, et de retrouver l'insouciance de l'enfance et des vacances...

Le tome 2 remonte le temps, il se déroule en 1969 et relate cette fois-ci un séjour dans les calanques, avec toujours beaucoup de tendresse, de joie de vivre et de justesse dans ces planches qui fleurent bon les vacances.

Le Tome 3 est consacré à Mam'zelle Estérel, la 4L qui a accompagné les vacances de la famille Faldérault pendant des années. A l'heure de la vendre, ils se souviennent de ses premières vacances en compagnie de MamYvette et Gros Papy, les parents de Mado. Quand tous espèrent pique-niquer et aller camper au bord de la Méditerranée, Yvette-la parfaite comme la surnomme sa fille a prévu des vacances à St Etienne et a réservé dans un hôtel tenu par des belges pour ne pas "être dépaysés".

Tome 4 Le repos du guerrier : Cet été sera celui du grand changement : Pierre est devenu copropriétaire d'une villa toute neuve, clé sur porte, dans la campagne provençale ! En route ! La clé, ils l'ont - mais où diable se trouvent la porte et la villa ?...

Tome 5 la fugue : Pour se changer les idées, les Faldérault décident de fêter Noël au soleil !

Tome 6 Les Genêts : Dans le tome 6, suite à un dégât sur le pare brise, la famille se trouve bloquée, la voiture étant chez le garagiste. Ils sont hébergés par Esther et Estelle, deux femmes charmantes qui tiennent la ferme « Les Genêts ». Tandis que Pierre se prend pour Cézanne et que Mado regarde le bébé pousser, les enfants aident à sortir les chèvres et découvrent les charmes de la campagne. Mais ils apprennent aussi les secrets de la vie...

Cette série chante avec tendresse la joie de la vie en famille, parce que "C'est ça, une famille. Tu es content de voyager, de visiter d'autres pays, de rencontrer de nouveaux visages... mais en fin de compte, y a que dans ta famille que tu te sens vraiment chez toi ! " Ces liens particuliers ont raison de toute adversité et tout se termine toujours dans la concorde et l'harmonie.

Un bol d'air frais pour ce début d'été brûlant...

Présentation de l'éditeur : Dargaud

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Un jour ce sera vide de Hugo LINDENBERG

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Lors d'été en Normandie, le narrateur, un enfant de sept ans, rencontre sur la plage un camarade qui l'accepte dans son monde : Baptiste. Baptiste a la chance d'avoir des parents parfaits quand le narrateur est flanqué d'une grand-mère à l'accent prononcé et d'une tante "monstrueuse". Il traque chez les autres les motifs familiaux de perfection, se délectant du spectacle des familles unies.

Dans ce roman très subtil, c'est dans les interstices que tout se passe, dans tout ce que ne dit pas le jeune narrateur, être profondément sensible qui réagit instantanément aux déceptions du monde qui l'entoure. Il nous plonge dans les émois de l'enfance, durant ce temps suspendu de l'été qui révèle la famille plus que les autres saisons, avec la promiscuité qui s'installe. L'enfant observe le monde qui l'entoure, uniquement préoccupé du présent, pour lui tout a de l'importance, il place au même niveau ce qu'il vit et ce qu'il ressent, ce qui teinte son univers d'une tristesse sourde liée au passé, et d'une honte diffuse liée à l'image décalée de sa propre famille, loin des stéréotypes qu'il observe que la plage. Il regarde le monde à hauteur d'enfant, tentant de comprendre ce qu'on refuse de lui expliquer.

Ce texte très émouvant montre avec une infinie délicatesse ces moments fragiles de l'enfance qui forgent peu à peu une identité encore fluctuante à cet âge sensible. Un très beau premier roman !

Prix Le Temps retrouvé 2020
Prix littéraire de la ville de Caen
Prix Livre Inter 2021
Prix Françoise Sagan 2021

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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Le livre d'un été de Tove JANSSON

Publié le par Hélène

  ♥ ♥ ♥ 

Le temps d'un été, la jeune Sophie partage quelques mois avec son père et sa grand mère fantasque sur une petite île, loin de tout, en suspens entre deux mondes, deux périodes floues qui l'ont laissée orpheline. Complices, la grand-mère et sa petite fille arpentent l'île, écoutent les hareldes, les oiseaux peuplant le lieu, sculptent des animaux avec des branches et des morceaux de bois, fabriquent des palais en allumettes, et discutent de Dieu, de respect d'autrui, de la vie qui palpite à leurs côtés.

Elles se fondent dans le paysage de cet été, en harmonie avec le lieu et ses habitants.

"Elle ressemblait à un énorme bécasseau quand elle se promenait, elle avançait lentement sur ses jambes raides, s'arrêtait souvent, tournait la tête à droite et à gauche, et examinait tout avant de continuer." 

La grand-mère est à l'orée entre la vie et la mort, et peu à peu elle rend hommage à cette vie qui palpite encore en elle, elle prend soin du monde et des personnes qui l'entourent, allant même jusqu'à faire le tour de l'île pour arroser ses plantes préférées quand le temps est à la sécheresse.  S'il lui arrive de perdre son dentier dans les pivoines, et de se disputer avec Sophie, elle est néanmoins celle qui éclaire l'île de sa présence révélatrice. 

"La grand-mère gravit le rocher tout en réfléchissant sur les oiseaux en général. Il lui semblait qu'aucun autre animal ne possédait leur pouvoir de dramatiser et de parfaire un évènement -les changements de temps et de saison, les multiples états d'âme que traversent les individus."

Ce court roman est une véritable hymne à "la beauté du paysage final de notre vieillesse dans un été qui s'achève ! Le silence se fait autour de nous, chacun part de son côté, et cependant nous nous retrouvons tous devant la mer, dans la paix du soir au coucher du soleil." 

Il évoque magnifiquement le bonheur qui s'immisce dans les interstices du temps et de la vie.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : L'honnête tricheuse ♥ 

Publié dans Littérature Europe

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Une enquête des soeurs Brontë tome 3 Le monarque rouge de Bella ELLIS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Alors que les sœurs Brontë se morfondent et sont sur le point de renoncer à leur carrière de détectives, la jeune Lydia fait appel à eux pour retrouver son mari, Harry. Celui ci a en effet été enlevé par des criminels qui l'accusent d'avoir en sa possession un bijou au prix inestimable. Lydia ne reverra son mari que si elle restitue le bijou dont elle ignore tout. Accompagnée de leur frère, les sœurs Brontë se lancent alors dans une enquête londonienne, fréquentant les bas-fonds sordides et arpentant les coulisses du théâtre dans lequel travaille Harry. Elles chassent le monarque rouge, le chef du gang de criminels qui tient la ville sous son joug.
Ce que j'ai aimé :

Cette fois-ci les sœurs Brontë ne s'attaquent pas seulement à un individu unique isolé et capable de faire le mal, mais à une organisation bien plus complexe qui touche vraiment aux rouages de la société et prouve la perversion du système. Les plus pauvres sont réellement démunis face à ces puissants pervers au point de s'en prendre aux enfants les plus faibles.

Ce que j'ai moins aimé :

Le changement de lieu dessert le charme de ce tome : dans les épisodes précédents, la lande et son atmosphère mystérieuse apportait une touche presque fantastique aux intrigues. Ici l'autrice a choisi le décor de Londres et de ses bas fonds, beaucoup moins romantique et surtout beaucoup plus sombres !

Bilan :

Une série originale, mais je vous conseille plutôt les tomes précédents pour commencer.

Présentation de l'éditeur : Editions Hauteville

Du même auteur : Une enquête des soeurs Brontë tome 1 ♥ ♥ ♥ ♥ ; Une enquête des soeurs Brontë tome 2 ♥ ♥ ♥ ♥

 

Publié dans Roman policier Europe

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Sourires de loup de Zadie SMITH

Publié le par Hélène

♥ ♥

Dans les quartiers nord de Londres en 1975, l'anglais Archie Jones et le Bangladais Samad Iqbal entretiennent une amitié datant de la seconde guerre mondiale.

Le roman s'ouvre au moment où Archie décide de se suicider en s'asphyxiant dans sa voiture , mais est sauvé in extremis par Mo Ismael qui tient la boucherie hallal devant laquelle était garé Archie :

« Vous entendez, m’sieur ? On n’a pas la licence pour les suicides, ici. Nous, on est halal, kasher, vous comprenez ? Si vous voulez mourir dans cet établissement, va d’abord falloir qu’on vous saigne. »

Le ton est donné, tout le roman entremêlant humour et portait acide de cette Angleterre multiculturelle en pleine mutation dans les années 1970-2000.

« Ce siècle aura été celui des étrangers, bruns, jaunes et blancs. Celui de la grande expérience de l'immigration. [...] L'immigrant ne peut que rire des peurs du nationaliste (l'envahissement, la contamination, les croisements de races) car ce ne sont là que broutilles, clopinettes, en comparaison des terreurs de l'immigrant : division, résorption, décomposition, disparition pure et simple » (p. 449).

Suite à cette aventure, Archie rencontre Clara, Jamaïcaine, avec qui il aura une fille, Irie. Samad rêvait de suivre les traces de son aïeul, héros supposé de la révolte des Cipayes au 19e siècle. Il est doté de deux jumeaux, Magid et Millat mais éprouve des difficultés à leur inculquer quelques notions d'héroïsme... En sus de ces deux familles, une autre famille aura son rôle à jouer  les Chalfen, desquels vont se rapprocher Irie et Millat. La cohabitation de ces personnalités bigarrées permet de mettre l'accent sur les conflits de culture et de génération.

Ce que j'ai moins aimé :

Le roman m'a semblé très long, souvent j'étais tentée de stopper ma lecture, mais la profondeur du roman finissait par avoir raison de mes hésitations.

Beaucoup de thèmes sont abordés ce qui peut désarçonner le lecteur.

Bilan :

Un roman ambitieux !

Présentation de l'éditeur : Folio

Thème du jour : Londres

Publié dans Littérature Europe

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