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Les âmes grises de Philippe CLAUDEL

Publié le par Hélène

♥ ♥

« Rien n’est ni tout noir, ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil… »

Le narrateur raconte des évènements qui se sont passés en décembre 1917 dans l'est de la France, à quelques kilomètres du front. Le village fut marqué cet hiver-là par le meurtre d'une fillette, surnommée Belle de Jour. Le narrateur était alors policier, et il observe alors les uns et les autres, qu'il s'agisse du procureur, du juge, aucun n'est transparent. Le narrateur met ainsi en avant l’ambiguïté de l'âme humaine, le décalage entre ce que l'on voit de l'autre et ce qu'il ressent, ce qu'il est vraiment : Lysia semblait tellement affable, heureuse, alors que en lisant son journal des années après, le narrateur découvre qu'elle sombrait peu à peu. Le narrateur s'enfonce alors dans les profondeurs de l'âme humaine, pour comprendre, pour mettre à distance peut-être aussi ses propres démons.

« Tout cela a l’air bien embrouillé, comme un coq à l’âne cafouilleux, mais au fond, c’est à l’image de ma vie, qui n’a été faite que de morceaux coupants, impossibles à recoller. Pour essayer de comprendre les hommes, il faut creuser jusqu’aux racines. »

Ce sont des êtres esseulés que peint Philippe Claudel, des hommes qui s'attachent facilement, ou qui parlent seuls, comme le narrateur pour enrayer sa solitude :

« Ecrire me fait vivre à deux. Lorsqu’on est seul, depuis longtemps, on peut choisir de parler à haute voix, aux choses et aux murs. Ce que je m’applique à faire n’est guère différent. »

Philippe Claudel en quelques mots, quelques phrases, réussit à créer une atmosphère et à nous faire ressentir le gouffre qui se creuse en chaque être humain, jour après jour, déceptions après déceptions. Alors oui, le propos est sombre, mais l'écriture est lumineuse !

 

Prix Renaudot 2003 /Grand Prix littéraire des lectrices de Elle 2003

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

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La princesse de Clèves de CATEL et Claire BOUILHAC

Publié le par Hélène

En 1678 Madame de La Fayette écrit La Princesse de Clèves, l'histoire d'une jeune fille qui fait ses premiers pas à la cour de Henri II et découvre un univers à l'opposé de son éducation. En effet, la cour n'est que cabales, médisances et galanteries, quand la jeune fille a été élevée de façon vertueuse. Elle se marie avec le prince de Clèves, mais rencontre peu de temps après le duc de Nemours vers qui elle se sent inexorablement attirée.
Parviendra-t-elle à vaincre sa passion ?

Ce que j'ai aimé :

L'originalité de la BD tient dans la mise en abyme avec Mme de La Fayette qui discute avec le duc de la Rochefoucault.

Ce que j'ai moins aimé :

Il s'agit d'une adaptation assez fidèle de la princesse mais sans en saisir à mes yeux totalement l'essence même.

Les dessins m'ont semblé décevants par rapport à la grandeur de ces univers, le duc et la princesse semblant bien ordinaires et perdant de leur superbe...

Etait-il nécessaire de rajouter un chat, dans le but sans doute de plaire au plus grand monde ?

Bilan : Cette BD a le mérite de rendre accessible le célèbre roman de Mme de la Fayette, mais il lui manque une âme.

 

Le roman : La princesse de Clèves de Mme de la Fayette

Présentation de l'éditeur : Dargaud

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Les villes de papier. Une vie d'Emily Dickinson de Dominique FORTIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Chaque poème est un minuscule tombeau élevé à la mémoire de l'invisible."

La jeune Emily Dickinson est comme un oisillon fragile et insaisissable, sa vie est entourée de mystères : née le 10 décembre 1830 dans le Massachusetts, morte le 15 mai 1886 dans la même maison, elle ne s’est jamais mariée, n’a pas eu d’enfants, a passé ses dernières années cloîtrée dans sa chambre, écrivant sans cesse, mais sans souhaiter publier. Et pourtant, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des figures les plus importantes de la littérature mondiale.

Le style poétique de Dominique Fortier s'attache aux pas de Emily Dickinson sans chercher à juger, ni à expliquer cette femme dont le cœur s'emballe  à la vue de "l'éclair rouge d'un cardinal dans le feuillage de l'érable."

"En écrivant, elle s'efface. Elle disparaît derrière le brin d'herbe que, sans elle, on n'aurait jamais vu.(...) Elle écrit pour témoigner : ici a vécu une fleur, trois jours de juillet de l'an 18**, tuée par une ondée un matin, Chaque poème est un minuscule tombeau élevé à la mémoire de l'invisible."

Elle imagine les raisons qui ont pu la mener à rester recluse à la moitié de sa vie :

"C'est dans cette exquise répétition des choses, dans ce temps suspendu, qu'elle arrive, par éclairs, à saisir ce que murmure l'herbe et ce que souffle le vent. Il n'y a pas d'autre moyen de s'arrêter que de tourner exactement au même rythme que la Terre qui tournoie autour du Soleil, et de s'abandonner à ce vertige."

La délicatesse et la beauté de l'écriture de l'autrice s'accorde parfaitement avec ce personnage diaphane, presque  magique.

Un petit bijou !

 

Présentation de l'éditeur : Grasset

 

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Dans la gueule de l'ours de James A. McLaughlin

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Poursuivi par des hommes peu recommandables appartenant à un cartel de drogues mexicain, Rice Moore se réfugie au cœur des Appalaches, et devient garde forestier d'une réserve. Mais la découverte d'une carcasse d'ours abattu l'oblige à sortir quelque peu de son anonymat pour enquêter. Rice s'allie à Sara Birkeland, celle qui occupait le poste de garde forestier avant lui, et tous deux décident de démasquer les coupables. Même si en agissant ainsi, Rice risque de mettre en péril sa sécurité...

Il s'agit du premier roman de cet auteur, et sans être "époustouflant" il est efficace, donnant la part belle aux grands espaces américains.

Ce que j'ai aimé :

L'objet livre en lui même est très agréable, bravo à l'éditeur !

Ce que j'ai moins aimé :

J'aurais aimé que les moments de tension ne soient pas si vite avortés.

L'aspect écologique est assez léger.

Bilan :

Une lecture agréable sans être inoubliable !

 

Présentation de l'éditeur : Rue de l'Echiquier

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Vi de Kim THUY

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Heureusement, la vie aime surprendre et changer constamment l'ordre des choses afin de donner à tous une occasion de suivre ses mouvements, d'être à l'intérieur d'elle. "

Vi est la petite dernière et seule fille d'une riche famille de Saïgon. A la fin de la guerre, sa famille doit quitter le pays, si bien que Vi et sa famille rejoigneront en bateau le Québec, comme des milliers de réfugiés.

Se replongeant dans son enfance et dans ces années d'exil, l'auteur survole ses souvenirs : la rencontre entre son grand père et sa grand mère, ou entre ses deux parents, l'infidélité de son père, la dureté de sa mère, puis la nouvelle vie dans un autre pays, avec de nouvelles façons de vivre...

Elle évoque les différences de culture et la difficulté pour trouver sa place et se faire comprendre par sa mère dans cette nouvelle vie qui s'offre à elle :

"À l'opposé de la culture occidentale, qui encourage l'expression des sentiments et des opinions, les Vietnamiens les gardent jalousement pour eux ou ne les verbalisent qu'avec beaucoup de retenue parce que cet espace constitue le seul endroit qui soit inaccessible aux autres. "

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai trouvé l'ensemble trop rapide, l'auteur survolant seulement certains épisodes. Dans ses récits précédents, elle s'arrêtait juste sur quelques années, ce qui permettait de s'appesantir et d'incarner davantage les personnages, alors qu'ici elle balaie plusieurs années et personnes au détriment de la narration.

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Ru ; Man

 

Publié dans Littérature Asie

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Kingdomtide de Rye CURTIS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Vivre, c'est adapter ses espérances. C'est comme ça, ce sera toujours comme ça, que ça vous plaise ou non. Et je crois que le secret du bonheur, c'est de trouver non seulement comment accepter et supporter la vie comme elle vient, mais aussi de trouver comment en tirer de la joie en dépit de vous-même, et en dépit des conditions que la vie vous impose. "

Cloris Waldrip est la seule rescapée d'un accident d'avion, mais elle se retrouve seule environnée par les forêts denses du Montana. Le ranger Debra Lewis pressent que des survivants doivent errer dans la forêt, mais peu de sauveteurs acceptent de l'aider dans ses recherches. Cloris réussit malgré tout à survivre, aidée par un mystérieux inconnu, mais la frontière entre réalité et rêve s'estompe peu à peu. Cet individu est-il réel ou bien un fantôme ? L'aidera-t-il jusqu'à ce qu'elle soir retrouvée ?

Les personnages de ce roman sont très travaillés, dotés d'une profondeur psychologique digne de ce nom, nous amenant à nous interroger sur le résumé que l'on peut faire d'un être, et sur le phénomène qui consiste à emprisonner les autres dans une image qui n'est pas forcément la bonne, un être humain étant bien plus complexe qu'une simple image.

Si la fin est un peu décevante, il n'en reste pas moins que ce récit tient en haleine et offre de belles pistes de réflexion

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

Challenge Nature Writing avec Chinook

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Nous étions le sel de la mer de Roxanne BOUCHARD

Publié le par Hélène

♥ ♥

"C'est malgré nous. Nous embarquons et larguons le monde parce que nous portons l'infini et que notre seule réponse, c'est l'horizon."

Le début du roman sonne comme une quête des origines avec Catherine qui part sur les traces de sa mère dans un petit village de Gaspésie. Implantée dans un petit village de pêcheur, elle rencontre les personnages hauts en couleur et s'attache peu à peu à eux. Puis le corps de sa mère est retrouvé, et si a priori il s'agirait d'une mort accidentelle, le sergent Moralès est chargé d'enquêter tout de même. Mais l'enquête piétine, et le roman se concentre alors sur les ennuis de couple du sergent, brouillant les pistes...

Ce que j'ai aimé :

- L'atmosphère de ce bord de mer, entre ces pêcheurs un peu bourrus, ces femmes qui restent insaisissables et qui n'ont pas besoin des hommes pour s'accomplir, cette attente latente du bord de mer.

- La description des méandres de l'amour qui prend des formes très diverses

"C'est peut-être ça, l'amour, monsieur Moralès : une grâce qui nous élève au-dessus du doute."

Ce que j'ai moins aimé :

- Le changement de rythme à la moitié du livre est surprenant : ceux qui étaient effacés se mettent tous à raconter, à se livrer.

- Les dialogues m'ont semblé artificiels, avec des phrases toutes faites manquant de naturel

"Vous savez, Monsieur Moralès, j'ai passé ma vie à tracer des décors magnifiques, mais les courbes d'une femme sont indessinables. La beauté est inatteignable. Et on n'a pas encore parlé de l'amour..." p 139

- Beaucoup de clichés jalonnent finalement la route des personnages...

Bilan :

Mitigée...

 

Présentation de l'éditeur : VLB Editeur

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Le vent sombre de Tony HILLERMAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Désert de l'Arizona. Un homme est retrouvé mort, mais on ignore son identité. Un avion s'écrase, un moulin est vandalisé, et Jim Chee, policier navajo, enquête dans un village interdit perché sur l'une des mesas hopi. Dans sa quête, sa capacité hors normes d'entendre, de voir, de lire les traces en se mettant au diapason de la nature, lui permettra de résoudre tous les mystères qui se présentent à lui...

Tony Hillerman met en avant à ces hommes respectueux des traditions de leurs ancêtres, qu'il s'agisse des indiens hopis ou des indiens navajos, les uns et les autres sont aussi à l'écoute de la nature qui les environne et les protège.

"Quelqu'un qui violait les règles normales du comportement et qui vous causait du tort était, selon la définition navajo, « égaré ». Le « vent sombre » s'était emparé de lui et avait corrompu son jugement. On évitait ce genre de personnes, on était inquiet pour elles, et on se réjouissait si elles étaient guéries de cette folie passagère et si elles étaient rendues à l'état de hozro."

Son héros prend son temps, le rythme n'est certes pas celui d'un thriller, mais il permet d'admirer les paysages grandioses de l'Arizona et de saisir toutes la subtilité de la psychologie de Jim Chee.

Je pensais qu'il s'agissait du premier de la série des Jim Chee mais a priori le premier est le Peuple de l'ombre, juste avant celui-ci. Mieux vaut les lire dans l'ordre pour saisir les nuances de l'évolution des personnages.

 

Présentation de l'éditeur : Payot et rivages

Du même auteur : Coyote attend

Challenge Nature Writing

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Chasse à l'homme de Sophie LETOURNEAU

Publié le par Hélène

En 2008, Sophie Létourneau consulte une cartomancienne qui lui prédit que, grâce à un livre, elle rencontrera l’homme de sa vie. Mais avant cela, il lui faudra déménager à Paris, s’amouracher d’un petit Français et se rendre en Asie.

Dans ce récit d'autofiction, l'auteur se lance dans l'écriture comme dans sa recherche du "petit français" : à tâtons, en hésitant avec une "mosaïque d'anecdotes et de coïncidences portées par un désir d'écrire." Elle livre des instantanés autour de  la recherche de l'amour guidé par une voyante et par la famille souhaitant qu'elle trouve cet homme tant désiré.

Le ton est léger, même si l'auteure évoque aussi les frontières fines entre le réel, l'imaginaire et l'écrit.

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai trouvé l'ensemble assez banal, ne se démarquant ni par le style, ni par les idées, avec une tendance à tourner à rond. Je ne suis pas tombée sous le charme...

 

Présentation de l'éditeur : La Peuplade

 

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Les bisons de Broken Heart de Dan O'BRIEN

Publié le par Hélène

♥ ♥

En 1992, alors qu'il élève des vaches dans son ranch du Dakota du Sud, Dan O'Brien fait le pari fou de remplacer ses vaches par des bisons. Il pratique un élevage sans hormones, sans antibiotiques et contribue à restaurer l'écosystème originel de ses terres. Il commercialise désormais ses bisons par le biais de  la Wild Idea Buffalo Company.

« J’ai consacré ma vie à la préservation et à la restauration des prairies des Grandes Plaines. Ces mêmes principes sont à la base de la Wild Idea Buffalo Company. En retournant les bisons dans leur pays natal, nous ne nous contentons pas de recréer un écosystème menacé, nous gardons les prairies intactes, avec du carbone stocké en toute sécurité sous terre, et nous produisons la viande rouge la plus saine de la planète. »

Il raconte ici cette expérience, tout en partageant des anecdotes sur ses voisins, acolytes, ou associés. Il explique l'impact environnemental de son projet en revenant aux sources de l'histoire des grandes Plaines. Nombreux sont les éleveurs acculés par les dettes et la pression des banques, mais Dan sait rebondir pour mener son projet à bien...

Ce que j'ai moins aimé :

Il s'agit d'un récit autobiographique principalement centré sur l'élevage, le sujet peut plaire ou non... Je n'ai pas été passionnée personnellement, je garde un meilleur souvenir du roman Brendan prairie du même auteur !

 

Prix du meilleur livre de l'année 2007 Magazine Lire

Présentation de l'éditeur : Folio

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